mercredi 1 juillet 2009

Profitant du soutien russe et chinois, le président iranien est en mesure de résister aux pressions américaines et de poursuivre son programme nucléai

© AFP Mahmoud Ahmadinejad

Si la Russie et la Chine acceptent d’apporter leur soutien à une aggravation des sanctions contre l’Iran, elles le monnaieront contre des compensations. Les Russes exigeront par exemple des engagements sur la question du déploiement de missiles américains en Europe orientale. Mais Mahmoud Ahmadinejad sait pertinemment que tant que les Chinois et les Russes soutiendront Téhéran il y aura peu de chances que les pressions exercées par les Etats-Unis puissent avoir de l’effet.

Bien que feutrées, les critiques d’Israël à l’encontre du président américain Barack Obama n’en sont pas moins dures. Pour les responsables militaires israéliens, ses conseillers ne savent tout simplement pas lire correctement la carte du Moyen-Orient. Pis, ils ne connaissent pas la culture iranienne. L’alpha et l’oméga des problèmes du Moyen-Orient aujourd’hui, insiste-t-on dans les milieux israéliens de la défense, c’est la culture iranienne. Selon eux, le peuple iranien est animé par un nationalisme virulent à l’œuvre dans toutes les couches de la société et à tous les échelons du système politique. “Il y a des choses dans cette culture que nous avons du mal à comprendre, d’autant que la dissimulation de la vérité y bénéficie du sceau officiel. Il est permis de mentir”, explique une source.

Si Ahmadinejad continue d’adopter une posture extrémiste, les militaires israéliens n’en considèrent pas moins cela comme une marque de faiblesse. Plus les responsables iraniens haussent le ton, plus grande est leur peur, ce qui fait du régime des ayatollahs une menace pour le monde entier. Un homme sûr de lui n’agit pas de la sorte. La peur du régime est grande et ce qui lui fait le plus peur, c’est Israël. Depuis les premiers jours d’une révolution islamique [en 1979] destinée à exporter le régime des ayatollahs dans l’ensemble de la région, Israël est perçu comme une épine dans le pied. Les responsables iraniens ont donc développé des instruments de propagande sans précédent pour faire de l’Etat juif le problème central du Moyen-Orient. Dans cette campagne permanente, Ahmadinejad a franchi une étape en devenant le premier dirigeant musulman à parler ouvertement de l’anéantissement d’Israël. Depuis juin 1967, plus personne n’avait caressé pareil rêve en public. Si la campagne de propagande iranienne contre Israël a redoublé de vigueur ces derniers mois, c’est parce que le régime vit dans la hantise d’un effondrement de la République islamique et tente de mobiliser à la fois le nationalisme iranien et celui du monde arabe.

En attendant, le régime iranien est en train de passer entre les gouttes et, douce vengeance, tente de donner une leçon aux Américains en prenant progressivement le contrôle de l’Irak, en travaillant au corps les chiites irakiens et en frappant les forces de la coalition. Autre signe montrant que Washington s’est complètement égaré dans sa stratégie moyen-orientale, l’administration Obama n’est pas parvenue à déchiffrer les démarches de l’Iran envers la Chine et la Russie. Ainsi, Vladimir Poutine, l’homme fort du pouvoir à Moscou, se sert de l’Iran pour faire renouer la Russie avec son âge d’or de grande puissance, tandis que le régime iranien utilise la Russie pour défier la puissance américaine.

Ahmadinejad a jusqu’à présent réussi à berner la bonne foi des Occidentaux en attirant leur attention sur sa seule personne et en leur faisant oublier le véritable enjeu, le nucléaire. Ce problème, croit-on en Occident, disparaîtra avec la disparition du problème Ahmadinejad, ce qui ne fait qu’aviver les craintes des militaires israéliens. L’inquiétude n’a fait que croître en Israël depuis que, dans son discours du Caire, Barack Obama a déclaré que chaque Etat avait le droit de développer le nucléaire à des fins pacifiques. Cela signifie que, dans le fond, les Etats-Unis se sont résignés à accepter d’ici peu un Iran disposant de capacités nucléaires. Or, lorsque le régime iranien disposera enfin de la bombe, plus personne ne pourra rien contre lui. (Courrier international)

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