vendredi 31 juillet 2009

Téhéran s’embrase à nouvea

Deux manifestations ont été organisées en hommage aux victimes des troubles postélectoraux. Des heurts ont opposé protestataires et policiers.
L’heure n’est pas encore à l’apaisement en Iran. De violents heurts - les premiers depuis le 9 juillet dernier - ont en effet opposé la police, jeudi, aux manifestants rassemblés dans un cimetière de Téhéran et à ceux réunis devant le Grand Mossala, lieu de prière à ciel ouvert du centre de la capitale. Les manifestants avaient rejoint ces deux endroits pour rendre hommage aux victimes des troubles consécutifs à la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad.
Plus de 2 000 personnes, d’après le récit de témoins, s’étaient rassemblées au cimetière de Beheshte Zahra, où sont enterrés la plupart des manifestants tués dans les troubles engendrés par le scrutin du 12 juin - une trentaine selon une commission parlementaire.
Les manifestants ont scandé des slogans de soutien au chef de l’opposition Mir Hussein Moussavi, contraint de rebrousser chemin par les centaines de policiers anti-émeutes déployés pour l’occasion. D’autres ont lancé des pierres contre les policiers qui encerclaient Mehdi Karoubi, un autre chef de l’opposition, tandis que d’autres encore criaient: "A mort le dictateur", "Gouvernement du coup d’Etat, démission !" Les policiers ont fait usage de matraques, de ceintures et de gaz lacrymogènes pour disperser ceux qui souhaitaient se recueillir. Plusieurs personnes ont en outre été arrêtées, ont raconté des témoins, dont le réalisateur Jafar Panahi, représentant de la Nouvelle vague du cinéma iranien, sa femme et sa fille.
M. Moussavi a tenté de s’approcher de la tombe de Neda Agha-Soltan, cette jeune femme tuée par balle le 20 juin devenue le symbole de la contestation de la réélection du président Ahmadinejad. Mais il n’a "pas été autorisé à réciter les versets du Coran habituellement prononcés en de telles circonstances et il a été immédiatement encerclé par la police anti-émeutes qui l’a reconduit vers sa voiture", a expliqué un témoin.
Mehdi Karoubi a en revanche pu se recueillir sur les tombes. "Nous avons demandé une autorisation pour une cérémonie silencieuse au Grand Mossala, mais le ministère de l’Intérieur l’a refusée. Nous avons alors pensé que le meilleur endroit pour faire cela et lire le Coran était Beheshte Zahra, sur la tombe des martyrs. Je ne comprends pas ce déploiement policier", a lancé M. Karoubi.
Malgré l’interdiction formulée par le pouvoir, environ 3 000 manifestants ont choisi de braver les autorités en se rassemblant au Grand Mossala. "Les manifestants levaient les bras en l’air, faisant le signe de la victoire, tandis que la police tentait de les disperser", a déclaré un témoin. "Certains manifestants ont incendié des poubelles tandis que des policiers anti-émeutes à moto traversaient la foule pour essayer de disperser les manifestants", selon un autre témoin. Des centaines d’automobilistes faisaient retentir leur klaxon, signe de ralliement des partisans de M. Moussavi.
Pendant ce temps, le porte-parole de la commission parlementaire sur les prisonniers, Kazem Jalali, a annoncé qu’il restait 250 personnes en prison dont 50 personnalités politiques. Le procureur général de l’Iran, Ghorbanali Dori-Najafabadi, avait indiqué mercredi qu’une grande partie des centaines de prisonniers seraient libérée d’ici à vendredi. Ainsi, Saeed Hajarian, célèbre militant de la cause réformatrice interpellé le mois dernier, a quitté la prison jeudi et a été placé en résidence surveillée. Cette libération, ordonnée par l’ayatollah Mahmoud Hachemi-Shahroudi, premier magistrat de la République islamique, constitue la dernière manifestation en date du malaise provoqué dans la hiérarchie politique et religieuse par des informations faisant état de mauvais traitements infligés aux manifestants incarcérés.
(AFP et Reuters)

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