samedi 25 juillet 2009

Un jihadiste américain repenti charge des Belges

Arrêté au Pakistan, Bryant Vinas coopère avec les autorités américaines. Il accuserait des membres de la filière afghane, en Belgique.

Un tribunal fédéral de Brooklyn a levé partiellement le voile, mercredi, sur l’apport d’un jihadiste américain dans le combat des autorités américaines contre le terrorisme inspiré par al Qaeda. Or, ses déclarations vont jusqu’à influer sur un dossier de terrorisme instruit en Belgique

Bryant Neal Vinas, un habitant de Long Island âgé de 26 ans, est un Américain d’origine hispanique converti à l’islam. Il a fréquenté les camps d’entraînement d’extrémistes musulmans au Pakistan entre mars et août 2008 avant d’être arrêté par la police pakistanaise en novembre de la même année. Il a ensuite été remis aux autorités américaines, qui le détiennent aujourd’hui. Une prise précieuse dans le cadre de la lutte antiterroriste puisque Bryant Vinas serait un des rares Occidentaux à avoir fréquenté récemment des membres actifs d’al Qaeda. Et, surtout, l’homme a décidé de collaborer Il plaide coupable de "conspiration pour commettre un meurtre en dehors des Etats-Unis", la charge qui a été retenue contre lui.

Dans ses déclarations, celui que ses amis islamistes appelaient "Bashir el Ameriki" aurait avoué avoir participé à une attaque contre une base américaine en Afghanistan en septembre 2008 et livré des informations sur le métro de New York et sur le réseau ferré de Long Island dans le cadre d’un projet d’attentat (une alerte antiterroriste avait été lancée l’année dernière au moment des fêtes de Thanksgiving, fin novembre).

Bryant Neal Vinas aurait aussi évoqué des cibles potentielles en Europe pour le réseau terroriste d’Oussama ben Laden. Et, dans ce cadre-là, il aurait apporté des éléments à charge de prévenus arrêtés le 11 décembre 2008 à Bruxelles et à Liège, inculpés d’appartenance à une organisation terroriste et impliqués dans ce que l’on a appelé, en Belgique, la filière afghane, un réseau présumé d’acheminement de candidats terroristes - ou candidats combattants - au service des talibans. Ces accusations ont été recueillies lors d’interrogatoires de Bryant Neal Vinas, menés par le juge d’instruction belge et le procureur fédéral, aux Etats-Unis. Me Christophe Marchand, l’avocat d’Hicham Beyayo, un des prévenus poursuivi en Belgique, nuance : les accusations portent sur des compagnons présumés de ceux-ci, notamment un Belge (lire ci-dessous) et un Français, qui seraient restés au Pakistan et en Afghanistan, pour participer directement aux combats aux côtés des talibans. Car d’autres membres présumés de la filière (outre Beyayo, Youssef Arrizi et Ali el Ghanouti), s’ils se sont bien rendus dans les zones tribales situées à la frontière du Pakistan et de l’Afghanistan, n’auraient pas été "retenus" pour combattre, faute d’avoir réussi les tests nécessaires lors des séjours dans les camps d’entraînement. Ainsi, Hicham Beyayo, explique son avocat, a-t-il souffert de crises de malaria qui l’ont poursuivi après son retour en Belgique.

Mais, selon le dossier d’accusation, cet homme n’aurait pas mis fin à son aventure jihadiste en rentrant au pays. Il aurait projeté de perpétrer un attentat en Belgique, en l’occurrence peut-être lors d’un sommet semestriel de l’Union européenne. Des mesures particulières de sécurité avaient ainsi été prises, le 11 décembre 2008, à l’ouverture de la réunion de Bruxelles, soit au lendemain de l’arrestation des suspects. Mais rien n’était venu par la suite accréditer l’idée d’une menace réelle sur les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 . Me Christophe Marchand nie que son client ait nourri ce projet et s’inquiète des circonstances qui ont présidé à l’obtention des aveux de Bryant Neal Vinas à l’aune de certaines méthodes d’interrogatoires des enquêteurs américains et du deal qui a dû intervenir entre le jeune Américain et les autorités pour qu’il accepte de plaider coupable.

Selon l’avocat, Hicham Beyayo n’était pas parti au Pakistan avec l’intention de commettre des attentats, ni dans cette région ni en Belgique. Mais il était animé par un idéal de solidarité avec les musulmans qu’il aurait voulu concrétiser en combattant aux côtés des talibans. Et Me Christophe Marchand d’insister sur la nature des "étudiants en théologie" afghans que l’on peut considérer, dans son entendement, comme des belligérants d’un conflit armé et non comme des terroristes; ce qui modifierait le regard que la justice devrait porter sur leurs forces supplétives. C’est notamment pour cette raison que Me Marchand demandera, ce vendredi en chambre du conseil, la libération de son client. Fort, explique-t-il aussi, de précédents, notamment lors du procès dit de la filière irakienne, où des inculpés ont finalement été relaxés en appel mais après avoir dû subir une longue détention préventive.(La Libre Belgique)

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