jeudi 17 septembre 2009

Affaibli, Ben Laden cherche à survivre et à diviser

Par Georges Malbrunot
Pour la première fois depuis longtemps, le dernier message d’Oussama Ben Laden ne comporte pas de menaces contre l’Occident. Pour la première fois également depuis des lustres, l’homme le plus recherché au monde replace Israël au centre de sa «guerre sainte», en rappelant que la justification de ses attaques terroristes était «le soutien américain à son allié israélien».

Les nouveautés dans la rhétorique du patron d’Al Qaida ne s’arrêtent pas là : Ben Laden rend hommage au président Barack Obama « qui admit dans son discours du Caire l’existence de misères parmi nos peuples ». En revanche, contrairement à la plupart de ses précédents enregistrements, Ben Laden omet, cette fois, de glorifier les 19 terroristes auteurs des attentats du 11 Septembre aux Etats-Unis.

Pourquoi un tel infléchissement dans la communication du chef d’Al Qaida à l’égard du peuple américain ?

A défaut de pouvoir apporter de réponse directe, les experts s’accordent au moins sur un constat : Ben Laden est très affaibli. Traqué sans relâche par les drones américains dans les Zones tribales afghano-pakistanaises, l’homme est davantage préoccupé par sa propre survie que par la planification d’attentats à travers le monde.

Preuve de l’extrême précarité de sa situation : ses messages ne le montrent plus en images – sa dernière vidéo remonte à septembre 2007 – et ses enregistrements audio de substitution sont de mauvaise qualité. Dans les grottes à la frontière afghano-pakistanaise, la logistique a visiblement du mal à suivre.

Jamais depuis les bombardements de l’après 11 Septembre 2001, les coups portés contre Al Qaida n’ont été aussi rudes que ces quinze derniers mois.

Pour la seule année 2008, l’organisation a perdu dix de ses plus hauts-cadres, dont trois responsables opérationnels. Et les pertes ont frappé les plus expérimentés, des djihadistes issus de la première génération. Pas facile de les remplacer. Surtout que les finances manqueraient cruellement, comme en témoigne un appel aux dons, lancé début juillet sur un forum djihadiste.

« Ben Laden n’est plus le chef opérationnel d’Al Qaida », affirme un expert anti terroriste français. Sa mouvance aujourd’hui se résume à un noyau de responsables, bénéficiant d’appuis tribaux entre l’Afghanistan et le Pakistan, des organisations régionales franchisées (en Irak, au Maghreb, dans la Péninsule arabique, en Asie centrale etc…) et des cellules autonomes dispersées à travers le monde, mais traquées, elles aussi, par les services de sécurité locaux.

La mission de Ben Laden dans ce dispositif ? Survivre. Avec une obsession : surtout ne pas se faire capturer vivant par ses ennemis. Bref, continuer d’exister. Face aussi à Ayman al-Zawahiri, le numéro deux du mouvement. Les apparitions du véritable idéologue d’Al Qaida sont plus fréquentes que celles de Ben Laden et surtout plus tournées vers la Palestine.

«Cheikh Oussama » cherche à récupérer la cause palestinienne, pour apaiser des partisans qui ne comprennent pas pourquoi Al Qaida n’a jamais frappé à l’intérieur de l’Etat hébreu.

Sur la Toile, les disputes théologiques sont vives au sein d’une mouvance djihadiste, qui s’interroge sur la violence à outrance d’Al Qaida, dont les principales victimes sont d'abord des musulmans.

D’éminents responsables religieux dénoncent « l’approche nihiliste » de Ben Laden (pas d’autre programme que la destruction de l’Occident, et le remplacement des régimes arabes corrompus par le califat).

Sur la défensive à la fois idéologiquement et sur le terrain, Ben Laden cherche-t-il, pour autant, « une porte de sortie afin d’arrêter ses attaques », comme l’estiment certains analystes ? Rien n’est moins sûr. Il a beau affirmer qu’Obama est d’abord «une victime» de certains groupes de pression, son ton nouveau n’a pas d’autre but que de semer la confusion, en disant aux Américains qu’ils ont les moyens d’arrêter la guerre, à condition qu’ils se plient à ses conditions : c’est-à-dire en finir avec le soutien à Israël.

"Ben Laden n'a plus les moyens de commettre de gros attentats, il cherche donc à enfoncer le clou dans les opinions publiques", tranche le spécialiste d'Al Qaida.
(L'Orient indiscret)

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