samedi 5 septembre 2009

Au Gabon, les dernières convulsions de la Françafrique

Alors que la situation restait très volatile, certains craignaient que les intérêts nationaux ne soient à nouveau pris pour cible, dans ce pays qui héberge environ 9 500 résidents français. (AFP/SANOGO) Crédits photo : AFP

Cent cinquante militaires français ont pris position jeudi devant le consulat général incendié dans le sud-ouest du pays. Les Français résidant sur place sont invités à rester chez eux.

Malgré les tentatives récentes de l'Élysée pour défaire les liens intimes qui ont si longtemps uni le pouvoir français à ses an ciennes colonies africaines, les vieilles habitudes de la «Françafrique» sont tenaces… Les violences qui ont éclaté jeudi au Gabon viennent de le rappeler.

Quatre-vingts militaires français ont dû intervenir jeudi matin pour secourir le consul de France de Port-Gentil, dont les bureaux avaient été incendiés par des opposants à Ali Bongo, déclaré vainqueur de l'élection présidentielle. Les installations de Total et de Schlumberger ont également été prises à partie. Une employée du groupe franco-américain a été «sérieusement blessée» par des partisans du candidat Bruno Moubamba, qui accusent la France d'avoir imposé le fils de l'ancien président Omar Bongo, dont ils contestent l'élection. Cent vingt soldats français, appartenant pour l'essentiel au 6e bataillon d'infanterie de marine, étaient toujours en alerte jeudi soir dans cette ville du sud-ouest du pays. Alors que la situation restait très volatile, certains craignaient que les intérêts nationaux ne soient à nouveau pris pour cible, dans ce pays qui héberge environ 9 500 résidents français. Vendredi matin Bernard Kouchner a exhorté les Français habitant au Gabon à la prudence. "Nous leur disons de rester chez eux pour le moment", a-t-il déclaré sur RTL.

Ce n'est pas la première fois que les forces armées françaises doivent intervenir à Port-Gentil, la deuxième ville du pays et le fief de l'opposition. En 1990, de violentes émeutes avaient ébranlé le pouvoir du président Omar Bongo. C'est François Mitterrand qui avait alors ordonné aux soldats français de rétablir l'ordre…

Redéfinir les accords de défense
Le Gabon a toujours été le meilleur allié de la France sur le continent africain et, de tous les présidents de la région, Omar Bongo - 41 ans de règne - fut celui qui entretint les liens les plus intimes avec les cercles du pouvoir français. «L'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant», avait-il coutume de dire.

En arrivant à l'Élysée, Nicolas Sarkozy avait promis de mettre fin à ces relations quasi incestueuses. Il avait notamment promis de redéfinir les accords de défense conclus entre Paris et ses anciennes colonies, dont certaines clauses secrètes autorisaient les forces armées françaises à se porter au secours des régimes en cas de crise grave. La France, estime le président français, ne doit plus se comporter en «gendarme de l'Afrique».

Deux de ces accords jugés «obsolètes» et qui ont trop souvent servi à justifier des interventions controversées dans les années 1980 et 1990, ont d'ores et déjà été renégociés, au Togo et au Cameroun. En ouvrant une base militaire à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, Nicolas Sarkozy a également opéré un recentrage stratégique de la présence française à l'étranger. Au détriment de l'Afrique : l'implantation militaire en Côte d'Ivoire a été ramenée à 900 hommes et l'une des deux bases françaises d'Afrique de l'Ouest - au Sénégal ou au Gabon, justement - doit être fermée. À terme, la France ne devrait plus maintenir que trois bases militaires permanentes en Afrique : une dans l'Ouest, une dans le centre, l'autre dans l'Est.

Si la situation dégénère…
En attendant, l'élection gabonaise pourrait rattraper une nouvelle fois la France, au moins momentanément. Un petit millier de militaires français sont basés au Gabon et ce contingent pourrait être renforcé s'il fallait évacuer les résidents français. Mais que se passera-t-il si la situation dégénère vraiment et que le président officiellement élu, Ali Bongo, demandait l'aide des militaires français, alors que l'accord de défense liant Paris à Libreville n'a pas encore été renégocié ?

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