samedi 12 septembre 2009

BIENVENUE AU GOUVERNEMENT BRUXELLOIS

Par Jan Goossens Directeur artistique du KVS
Une idée de cadeau pour le ministre-président Charles Picqué : offrir à la nouvelle équipe gouverne-
mentale Le dérègle-
ment du monde du

Franco-Libanais Amin Maalouf.

Le Soir a déjà interviewé Maalouf, mais la lecture complète de l’essai est un passage obligé pour tous ceux qui, dans ce monde, endossent une responsabilité politique. « Chacun tourne dans son orbite, devant son public, qui l’entend à demi-mot, et qui n’entend pas le discours adverse. » C’est en ces termes que Maalouf décrit le dialogue de sourds entre le monde arabe et le monde occidental. Il est assez dommage qu’il en aille aussi souvent ainsi entre néerlandophones et francophones, surtout en ce qui concerne Bruxelles.

Lorsqu’à l’occasion de l’extrémiste Yzerwake, on en appelle à « lâcher Bruxelles », il s’agit d’une gaffe qui ne mène nulle part. Et une triste preuve de l’incapacité de certains Flamands à composer avec d’autres mentalités, d’autres langues, d’autres cultures. De là à conclure avec certitude, comme Charles Picqué semble le faire dans Le Soir du 27 août, que tous les Flamands veulent soit avaler Bruxelles ou ne plus rien avoir avec elle, est bien peu nuancé et contraire à la vérité. J’espère que cette rubrique hebdomadaire pourra expliquer que parmi les Flamands, on trouve autant d’attitudes différentes vis-à-vis de Bruxelles qu’il y en a parmi les Wallons. Certes, égoïstes ou anti, comme j’en rencontre parfois à Mons ou à Liège. Mais une plus jeune génération de Flamands montre aussi un réel enthousiasme pour Bruxelles. Et une énorme volonté de bâtir l’avenir avec les francophones et ceux qui pratiquent une autre langue. En bref, réduire paresseusement le « stoemp flamand » à un bloc monolithique et extrémiste haineux envers Bruxelles est indigne de hauts politiciens francophones. Peut-être pouvons-nous enfin consacrer notre attention aux voix positives dans chacune des communautés ?

Je pense que de nombreux francophones, néerlandophones et Bruxellois pratiquant d’autres langues ont le sentiment que l’équipe Picqué entame la législature de la vérité. Parce que dans notre pays, il faut enfin parler du financement de Bruxelles. Et parce qu’il serait bon de se pencher, sans trop d’égards pour les principes sacrés de la Flandre ou de la Wallonie, sur l’aménagement institutionnel de Bruxelles. Suffisamment de spécialistes universitaires sont clairs sur ce point. Et nous savons tous que sans cela, de grandes préoccupations bruxelloises – comme l’emploi, le logement, la mobilité et l’enseignement – resteront des préoccupations. Mais peut-être est-ce aussi la législature de la vérité, parce que, en tant que Bruxellois, avec nos propres compétences, nos capacités et nos besoins, nous pouvons et nous devons en faire autant par nous-mêmes. Sur les plans socio-économique, écologique et culturel, et même institutionnel, quand il s’agit de la relation entre la Région et les Communautés. À condition que dans cette ville multiculturelle par excellence, nous dépassions les chamailleries communautaires et que nous prêtions sérieusement l’oreille aux bonnes propositions des autres, y compris celles qui n’émanent ni des néerlandophones ni des francophones – largement 30 % de la population. À condition que se lèvent des politiciens capables de transcender la vision
communautaire et qui, avec l’élan communicatif d’un Barack Obama, s’attellent à un projet urbain intégré et étendu – au nom de toute une ville et de toute une population.

La bonne nouvelle est que le potentiel de Bruxelles reste énorme. Cette ville n’a pas seulement certains décideurs compétents. La société civile a aussi fait des efforts ces dernières années. Quatre organisations patronales ont récemment publié une étude économique de Bruxelles fameusement intéressante. Les mondes syndical, académique et culturel formulèrent avant l’été leur vision pour l’avenir : les conclusions de ces États généraux demandent une traduction politique. Les deux plateformes culturelles bruxelloises vont accoucher sous peu de leur « plan culturel ». Même si la Région n’a pas de véritable compétence en matière culturelle, elle risque de rater de grandes chances de faire de la culture LE moteur d’une meilleure société à Bruxelles.

En résumé : It’s the politics, stupid. Allons-nous continuer à encaisser et à rejeter la faute sur les vilains Flamands et Wallons ? Ou faisons-nous en sorte que cette ville ne rate pas le train vers l’avenir, ne soit pas dépassée par Lille et Maastricht et qu’elle valorise au plus haut son capital humain et intellectuel ? Amin Maalouf place la barre à la hauteur à laquelle elle doit l’être : la question pertinente n’est pas celle de savoir si nos mentalités et nos comportements ont progressé par rapport à ceux de nos ancêtres ; c’est celle de savoir s’ils ont suffisamment évolué pour nous permettre de faire face aux gigantesques défis du monde d’aujourd’hui. Dans une ville qui compte des dizaines de nationalités et de langues, partagée entre une grande richesse et une extrême pauvreté, où un habitant sur quatre a moins de 20 ans, les défis et les responsabilités sont effectivement énormes.
(Le Soir)
(Traduit du néerlandais par Fabienne Trefois)

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