mercredi 9 septembre 2009

Le « Madoff libanais » fait scandale

Par Delphine Minoui
C'est le nouveau sujet à la mode de Beyrouth. Révélée la semaine dernière au grand public, l'affaire du « Madoff libanais » est en train de tourner au vinaigre ... A l'origine du scandale : un homme d'affaire chiite originaire du Liban-Sud, Salah Ezzedine, qui aurait dilapidé l'argent de ses clients à hauteur de plus de ... 1,5 milliards de dollars ! Le businessman, qui se trouve aujourd'hui derrière les barreaux, avait fait miroiter à ses victimes des taux d'intérêt croustillants allant jusqu'à 60 %.

Nombreuses de ses cibles, aujourd'hui à sec, se trouvent être de nombreux petits investisseurs : étudiants, commerçants, épiciers... A la tête d'une maison d'édition spécialisée dans les livres religieux, Ezzedine était connu, dans la communauté chiite, pour ses dons à des fondations caritatives. Son honnêteté apparence et sa réputation de piété sans faille les a induit en erreur....

Selon le quotidien Al Akhbar, 40 % des habitants du village de Yaroun, au Sud, lui auraient fait confiance. Ils s'en mordent aujourd'hui les doigts. « Un des habitants avait investi avec Ezzedine l'argent de son emprunt destiné à financer sa maison. Je ne sais pas comment il va s'en sortir... », confie Ali Ghashem, l'ex-maire du village au quotidien libanais.

Mais si l'affaire est en train d'atteindre des proportions démesurées, c'est parce qu'au fil de l'enquête juridique, de nouveaux noms apparaissent dans la liste des clients floués. Et pas n'importe lesquels. Parmi eux, révèle la presse libanaise, se trouvent des figures du Hezbollah (cliquer ci-dessous pour lire la suite).

Sensible à la réputation d'organisation non corrompue, qu'il a cherché à bâtir au cours de ces dernières années, le Parti de Dieu se retrouve dans l'embarras. Interviewé par Al Akhbar, Ammar Moussavi, son responsable en charge des relations internationales, s'est empressé de nier toute relation d'Ezzedine avec le Hezbollah autre que des liens amicaux avec certains membres. Mais toujours selon le même journal, la seule plainte officielle déposée à ce jour viendrait du député Hezbollah Hussein Hajj Hassan, qui aurait perdu l'équivalent de 400 000 dollars...

La rumeur raconte qu'avant l'arrestation du « Madoff libanais », le Hezbollah aurait réclamé la saisie des biens immobiliers d'Ezzedine pour éponger les pertes de ses membres... Quid des petits investisseurs, dont certains sont endettés jusqu'au coup ? « Reste à la République islamique à faire marcher la planche à billets, comme après la guerre de 2006 », plaisante un chercheur libanais... Mais au Liban-Sud, les ex-clients d'Ezzedine rient jaune... L'affaire est loin d'être close.

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