vendredi 18 septembre 2009

Les talibans essaiment et tuent à Kaboul

Par Marie-France Calle
Il y a bien longtemps que les talibans sont entrés dans Kaboul. Mais depuis quelques mois, ils font monter la pression, multipliant à une cadence accélérée les attentats meurtriers au coeur même de la capitale afghane. Bien que la sécurité y soit draconienne, seize personnes ont été tuées ce matin à 1,5 kilomètre du centre, dont six soldats italiens.

Dans la matinée, un kamikaze a lancé sa voiture piégée sur un véhicule blindé léger frappé du drapeau italien. L'un des six militaires de la Péninsule qui ont péri dans l'attentat était arrivé en Afghanistan il y a moins de vingt-quatre heures. L'explosion, d'une force inouïe, a également tué 10 passants. Une tragédie de plus. De celles que l'on ne compte presque plus en Afghanistan. Si ce n'est qu'elle fait la preuve que oui, le problème taliban reste entier dans ce pays affligé, de surcroît, d'une crise politique virulente au lendemain d'une élection présidentielle entachée de fraudes.

Si le terrorisme étrangle Kaboul, le vide du pouvoir qui risque de se prolonger en Afghanistan n'est pas moins dangereux. D'autant que, comme le souligne M.K. Bhadrakumar, ancien ambassadeur indien, et l'un des meilleurs analystes de la région, les talibans ont définitivement étendu leurs tentacules jusqu'au nord du pays. Sa dernière publication dans The Hindu met en lumière la stratégie des militants islamistes dans ces contrées où ils ne disposent pourtant pas d'un soutien traditionnel de la population.

"Les talibans étendent leurs ailes sur les provinces du nord et cela fait partie d'un plan. Ils sont arrivés à un point où il est important pour eux de démontrer qu'ils sont capables de porter la guerre là où ils le veulent. Leur tactique est d'amener l'OTAN à aller jusqu'au bout de ses limites. Cette fois encore, les talibans prennent possession des routes par lesquelles passe le ravitaillement destiné à l'OTAN et qui transite par l'Asie centrale. Copiant ainsi une tactique utilisée par les moudjahidin afghans contre les forces soviétiques, et qui s'est avéré être très efficace", écrit Bhadrakumar. L'ancien diplomate rappelle également que la province de Kunduz (où sont stationnées les troupes allemandes) était un "centre stratégique" pour les talibans avant 2001, puisqu'ils y avaient installé leurs bases militaires d'où ils surveillaient le nord de l'Afghanistan. Les tensions inter-ethniques entre Ouzbeks, Tadjiks, Hazaras, dans cette région "mosaïque" les avaient aidé à y asseoir leur autorité. Ahmed Shah Massoud a commencé à céder la province de Kunduz aux talibans en 1999, relève encore Bhadrakumar, et ce lui fut fatal. "Cela a aidé les talibans à contrôler toute la plaine de Chamali, qui s'étend de Kaboul jusqu'au début de la Vallée du Panchir, et d'intercepter le ravitaillement en provenance du Tadjikistan destiné à l'Alliance du Nord".

Est-il encore temps de déloger les talibans du nord de l'Afghanistan ?
Peut-être, mais à une condition pas très "politiquement correcte" : faire alliance avec les fameux "warlords", les seigneurs de la guerre, estime Bhadrakumar. Car si des commandants comme Mohammed Fahim, Rashid Dostum, Ismaïl Khan etc. ont du sang sur les mains et ne sont guère fréquentables, ils sont incontournables pour affronter les talibans, insiste l'analyste. Défendant de facto le président sortant Hamid Karzaï, vertement critiqué pour avoir pris comme co-listier le Tadjik Mohammed Fahim et l'Hazara Karim Khalili, pas plus recommandable. "Dans les sables mouvants d'une politique fondée sur la multiplicité ethnique, ce que l'on appelle "afghanisation" signifie qu'il faut s'appuyer sur les éléments locaux susceptibles de résister aux talibans" quels qu'ils soient, affirme Bhadrakumar.
(Namaste ! Salam !)

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