lundi 21 septembre 2009

Une fête si peu festive

Par Arnaud de la GrangeAFP
Les autorités chinoises montrent une fois de plus leurs capacités de mobilisation, voire d'immobilisation puisque que le centre-ville de la capitale et un certain nombre d'axes y conduisant ont encore été bloqués à partir de vendredi après-midi pour les répétitions du défilé militaire qui couronnera la célébration du 60ème anniversaire de la RPC. Les rues et les parcs de stationnement entourant la place Tiananmen étaient barrés, les magasins et les bureaux alentours fermés, les transports publics réduits à un service limité ou interrompus. Certains commerçants se plaignent des mesures qui nuisent à leurs affaires.

Les autres métropoles peuvent se réjouir de ne plus avoir à organiser de telles manœuvres. En effet, pour la première fois, les gouvernements des différentes régions de Chine sont exemptés de défiler et de passer en revue les troupes de militaires, a annoncé hier le gouvernement central et le Comité central du parti. Deux raisons essentielles à cela : d'abord, prévenir des troubles sociaux éventuels, ensuite, éviter « les prodigalités et le gaspillage » en période de crise économique.

(Photo AP)

C'est apparemment à cause du ras-le-bol des Pékinois devant une ville mise en état de siège pour un simple défilé que les autorités ont décidé d'annuler la dernière répétition générale, prévue le 26 septembre. Selon l'agence Chine Nouvelle citant une source anonyme, elle a été annulée « pour éviter de nouvelles perturbations affectant la population ». L'obsession sécuritaire et la hantise du moindre incident venant entacher une célébration nationale qui doit être parfaite ôte encore une fois - à l'instar du Pékin des JO - tout caractère festif à cet anniversaire. « C'est ridicule et dramatique d'être incapable de faire une vraie fête populaire, confie un Pékinois, depuis des semaines, ce ne sont que restrictions et problèmes. Les autorités qui veulent donner une impression de force ne se rendent même pas compte qu'elles montrent leur faiblesse et leur paranoïa en se montrant aussi terrorisées et nerveuses pour un simple défilé ! Qu'est ce que se serait s'il fallait sortir cet arsenal pour une vraie crise ».

Il est en effet assez stupéfiant de voir les officiels perdre leurs nerfs pour une simple parade. Vendredi soir, deux journalistes japonais et un journaliste chinois de l'agence Kyodo News ont ainsi été brutalisés, alors qu'ils filmaient les préparatifs de la répétition depuis leur chambre du Beijing Hotel. Selon l'agence, la police a fait irruption et un reporter et deux cameramen ont reçu des coups de pied et ont été «frappés à la tête pour être forcés à s'agenouiller». Deux ordinateurs ont été détruits. Tout cela pour quelques images d'une répétition d'un défilé qui sera par essence public ! Et l'on voit mal où peuvent se nicher les fameux secrets d'Etat...

Le déploiement policier massif dans le centre de Pékin - encore plus important que pour les JO de 2008 selon Pékin - n'a pas empêché deux mystérieuses attaques au couteau, jeudi et samedi au sud-ouest de la place Tiananmen (photo AP). Hier, une touriste française a en effet été légèrement blessée par un homme qui l'a attaquée avec un couteau (elle a pu rejoindre son groupe après avoir été soignée). Capturé, l'homme serait un chômeur récent originaire de Nanchang, la capitale de la province du Jiangxi (Sud-Est). L'attaque s'est produite à 500 mètres de la place Tiananmen, près du centre commercial de Dashilan. C'est à peu près au même endroit que deux gardes de sécurité ont été tués jeudi et plusieurs autres personnes blessées par des attaques au couteau. La police affirme que l'attaque a été menée par un seul homme, ivre, et originaire de la province de Jilin (Nord-Est). Mais le South China Morning Post cite des témoins qui assurent avoir vu trois attaquants, dont deux se seraient enfuis. On ne serait plus alors, dans la configuration de l'acte d'un déséquilibré isolé.
(Chine)

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