jeudi 1 octobre 2009

MA FLANDRE ANGOISSEE

Jan Goossens, directeur artistique du KVS
Ces derniers jours, la Flandre semble ni plus ni moins en proie à une peur panique. Parce que le port du voile générait des tensions dans deux écoles anversoises, l’enseignement communautaire flamand a décidé d’interdire les symboles religieuxdans toutes les écoles du réseau de la Communauté flamande.

Il faut le faire : en prenant une mesure qui se veut émancipatrice, on récolte exactement le contraire de ce que l’on a semé. Le voile est maintenant devenu un problème dans beaucoup d’autres écoles flamandes ,alors qu’il ne l’était pas un auparavant.

Une étape sérieuse a été franchie sur la voie de la création d’écoles islamiques indépendantes. Et une fois de plus, il apparaîtra que l’onne peut forcer l’émancipation par des contraintes dogmatiques:pour de nombreuses adolescentes musulmanes, cette interdiction paternaliste ne sera qu’un encouragement supplémentaire à afficher d’autant plus clairement leur identité par le port du voile.

Quelle contribution les libres penseurs rabiques de l’enseignement communautaire comptaient-ils apporter à notre société flamande, sinon davantage de polarisation dans les rapports avec une communautéqui est déjà fortement négligée? Cela reste un mystère.

De jeunes musulmans très constructifs n’y comprennent eux-mêmes plus rien, comme en témoigne cette lettre ouverte d’une classe de musulmans de Borgerhout dans De Morgen : «De quoi notre société a-t-elle peur? Nous ne sommes pas partisans d’écoles réservées auxmusulmans. Mais alors, où sont donc les non-musulmans? Pourquoi ne sont-ils pas dans notre classe?»

Alors que l’enseignement communautaire proclamait le voile comme l’ennemi de sa population, une autre bombe éclatait dans les quartiers défavorisés de Bruxelles. Apparue à un bien mauvais moment, l’arrestation d’un adolescent de 14 ans à Molenbeek a débouché sur l’attaque brutale d’un commissariat de police. Un xième avertissement pour tous les Belges. Les conflits identitaires menaçants et la criminalité dans les quartiers surpeuplés de Bruxelles aux taux de chômage phénoménal nous concernent tous.

Maisiln’yeut que peu de marques d’une réelle implication en Flandre, surtout delapart de certains médias. Bien au contraire. On se contenta de slogans sensationnels.

De Laatste Nieuws déballa en long et en large un aperçu des quartiers bruxellois où nul nepourrait plus pénétrer sans craindre pour sa vie. Le quotidien parlait de «zones réservées aux Arabes où la loi de la rue l’emporte sur celle de la police». Ceuxqui ont pris la peine de visiter ces quartiers savent combien ces informations sont ridicules. Molenbeek et Anderlecht n’ont rienàvoir avec les banlieues parisiennes.

Le quotidien gratuit Zondag, disponible dans de nombreux commerces flamands, en remet une louche. «Guerre à Bruxelles», annonçait la première page. Et aussi:«Les haines se règlent à l’aide de kalachnikovs, de riotguns et de “bombes incendiaires”». Soudain, notre capitale de la Flandre et de la Belgique prenait singulièrement des allures de Beyrouth ou de Johannesburg.

Evidemment, personne n’est entré dans les quartiers en question pour y entamer la conversation avec ceux qui y jouent un rôle important. Comme le comédien BenHamidou, Molenbeekois pur-sang : «Un certain nombre de criminels y sont en effet à l’œuvre, qui empoisonnent la vie des autres et contre lesquels il faut intervenir avec force.

Cela ne doit pas être uniquement l’affaire du bourgmestre Moureauxet des Molenbeekois, le soutien du fédéral y est indispensable. Mais chacun doit aussi voire et encourager les aspects positifs. Des progrès ont été enregistrés ces dernières années grâce à la politique locale. Dans la société civile également, dans les maisons de jeunes et les réunions de quartier, de nombreux projets promeuvent la cohabitation harmonieuse».

Une visite guidée à Molenbeek, avec pour guide Ben Hamidou: pour de nombreux Flamands,cela serait bien plus instructif que les spectaculaires récits catastrophes dans les mé- dias. Ehoui, BenHamidouest unmusulmanpratiquant, respecte le Ramadan, etbeaucoup de femmes de son entourage portent le voile.

Fuir la réalité semble être la règle. Ce qui nous dérange ou nous effraie en Flandre, nous en faisons ungrand danger,auquel il faut échapper. Dans la mesure du possible, nous l’interdisons.

Pour être tout à fait clair, je ne suis pas un partisan duvoile et je constate qu’il y a de grands problèmes à Bruxelles. Mais la manière avec laquelle la Flandre s’en accommode, ouplutôt ne s’en accommode pas, ne résout rien. LaFlandrepeut interdire le voile, ignorer des individus comme Ben Hamidou et ne pas leur donner la parole, lâcher Bruxelles, ériger un mur autour de son territoire et en faire une réserve homogène et unilingue. Mais nous ne parviendrons résolument pas àtenir àl’écart le monde en colère. Ni en Flandre, ni en Wallonie. Je ne puisqu’espérer que cela touche Pierre Galand, le Centre d’Action Laïque et leurs partisans en Belgique francophone.
Traduit du néerlandais par Fabienne Trefois

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