samedi 24 octobre 2009

Verhofsdadt, futur président du Conseil européen ?


© AFP.
Au terme d’une procédure totalement opaque, les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept vont bientôt élire le futur président permanent du Conseil européen. Des noms circulent, dont celui de Guy Verhofstadt, qui est fortement poussé par les libéraux allemands.

Dans toute démocratie, les dirigeants sont élus, en toute transparence. Le président permanent du Conseil européen – fonction créée par le traité de Lisbonne – va être formellement élu par les chefs d’État ou de gouvernement des Vingt-Sept. « Mais le processus de sélection est incroyablement opaque », nous dit un témoin privilégié, ayant vécu de près d’autres tractations analogues, notamment pour le choix du président de la Commission européenne.

Ici, pas de profil de fonction précis ! Cherche-t-on un « boss » politique, fort et charismatique, ou un « chairman » qui présidera les séances des sommets européens en honnête courtier ? Un serviteur de l’Europe ou des États qui la constituent ? Pas clair : le premier dans la place devra peut-être, finalement, inventer la fonction. L’Histoire est tissée d’approximations…

Pas de candidats non plus ! Pas de programmes ! Pas de débats contradictoires ! « Incroyablement opaque », insiste notre interlocuteur.

L’heure est donc à l’intrigue, aux donnant donnant, aux rapports de force. Comme toujours en pareille circonstance, ce sont les dirigeants des grands pays de l’Union qui tirent les ficelles – ensemble ou chacun de son côté. « Dans l’Union, a coutume de dire le Premier ministre slovaque, Robert Fico, il y a les grands chiens et les petits chiens. Et les petits chiens peuvent juste choisir derrière quel grand chien ils vont s’aligner… »

José Manuel Barroso a été reconduit à la tête de la Commission. Un Portugais PPE (conservateur). Deux autres postes clés restent à pourvoir : président du Conseil européen et haut représentant pour les Affaires étrangères également vice-président de la Commission. Des équilibres s’imposent : hommes-femmes, gauche-droite, Nord-Sud, anciens-nouveaux, centre-périphérie.

«Sarkozy, ou Brown, ou Merkel, ou Zapatero, met tout ça dans son logiciel politique personnel, puis il commence à sonder les autres, poursuit notre témoin. Il envoie son conseiller diplomatique. Ou il téléphone. Mais le plus souvent, ça se discute entre quatre yeux, sans collaborateur, en marge des visites ou des réunions officielles. Qui, par exemple, était au sommet du G20 à Pittsburgh ? Qui s’y est isolé avec qui ? Qui a rendu visite à qui ces derniers jours ? Ces contacts sont très discrets, mais on peut parfois jouer l’un pour influencer l’autre : si un Balte rechigne, on lui dépêche un autre Balte… Cela dit, personne ne peut dire non plus de deux ou trois fois!»

Le calendrier européen de ces derniers jours ? Il révèle surtout des déplacements de… Herman Van Rompuy ! Le Premier ministre s’est rendu lundi à Vienne, puis mercredi à Bratislava et à Dublin, pour préparer la présidence belge de l’UE, qui débutera le 1er juillet prochain. Olivier Chastel, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, qui l’accompagnait, confirme : « Au cours de deux des trois visites, le Premier s’est isolé avec son homologue ». Pour parler de « ça » ! Et que prône la Belgique ? Réponse du secrétaire d’État : « Herman Van Rompuy répète qu’il s’agit d’un président pour le Conseil européen, pas d’un président pour l’Europe. »

Le calendrier européen montre aussi que Nicolas Sarkozy a reçu séparément ces jours-ci à l’Elysée les chefs des gouvernements bulgare et hongrois.

Qui est dans le secret ?
« Le président Barroso, en tant que membre du Conseil européen, est associé aux discussions, nous confie le porte-parole de la Commission, Johannes Laitenberger. Mais il ne faut pas mélanger les genres : il sait que ce n’est pas à lui de choisir. » José Manuel Barroso ne manque en tout cas pas d’humour. Mardi, devant les eurodéputés réunis à Strasbourg, il lançait : « Il n’y a pas de négociation à huis clos, pas d’agenda caché ! »

Le Parlement européen n’apprécie d’ailleurs guère le brouillard qui entoure l’affaire. « Nous attendons les vrais noms et j’espère que nous en saurons plus jeudi prochain, lorsque les dirigeants PPE se retrouveront avant le sommet européen », admet devant nous le Français Joseph Daul, chef du groupe conservateur. Les libéraux ont obtenu, des autres groupes, un débat parlementaire (le 11 ou le 12 novembre) sur « le rôle et les responsabilités » du futur président permanent du Conseil européen, « avant d’en déterminer le titulaire. » Ce débat n’engagera toutefois personne ! L’Allemande Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts, affirme même qu’« il faut s’inspirer de ce qui s’est fait avant la reconduction de José Manuel Barroso. » Elle rêve ! Seul son compatriote Martin Schulz, le chef du groupe socialiste, fait mine d’être au courant : « Oui, nous répond-il, nous avons des consultations informelles, les chefs d’État ou de gouvernement socialistes et moi, sur le sujet. »

Qui est, pour l’heure, le favori ?
« Il n’y a pas de favori, nous déclare l’eurodéputé PPE français Michel Barnier, donné futur commissaire européen. Parce qu’Angela Merkel n’a pas voulu en discuter réellement, tant que son nouveau gouvernement, avec les libéraux, n’était pas formé. » Et le proche de Nicolas Sarkozy de résumer : « Elle n’était pas en ordre de marche. »

« Les noms qui ont été lancés jusqu’à présent ne veulent rien dire, commente notre témoin clé. Dans les affaires européennes, les noms lancés trop tôt sont toujours flingués, comme au tir aux pigeons. Gordon Brown a jeté Tony Blair dans la mêlée pour le tuer politiquement… »

Dans les médias – un indicateur parmi d’autres –, c’est vrai que la cote de l’ancien chef du gouvernement britannique est à la baisse. Cette semaine, une pétition anti-Blair a du reste été lancée au Parlement européen, par un Luxembourgeois et quatre Allemands, issus des trois grandes familles politiques. En revanche, la « popularité » de Mary Robinson, l’ex-présidente irlandaise, paraît bien décoller.

Et Guy Verhofstadt ?
L’ancien Premier ministre et actuel chef du groupe libéral à l’Europarlement, toujours meurtri de sa mésaventure de 2004 – il avait failli accéder à la présidence de la Commission – observe sobrement qu’il n’a pas « beaucoup d’amis » parmi les chefs d’État ou de gouvernement des Vingt-Sept. Mais les libéraux allemands le soutiennent à fond. Et ils pourraient, dit-on, arracher, dans le cadre de l’accord gouvernemental allemand, que la chancelière aussi en fasse son candidat…

Le choix du futur haut représentant pourrait s’avérer plus simple. Et forcément influencer l’autre désignation. Le nom du Britannique David Miliband est maintenant sur toutes les lèvres pour le poste de « ministre » des Affaires étrangères de l’Union. Un Britannique travailliste ? Nouvelle donne capitale pour le logiciel…

Le principal intéressé a démenti vendredi après-midi tout intérêt pour la fonction. Selon le porte-parole de la Commission européenne, « personne ne veut s’exposer à ce stade, parce que le calendrier n’est pas fixé. » « Les plus malins ne se sont pas encore déclarés », renchérit Olivier Chastel.

Le président du Conseil européen sera vraisemblablement élu au cours d’un sommet spécial, à la mi-novembre. Les petits pays auront alors obtenu des assurances quant au portefeuille de leur commissaire dans l’équipe Barroso II : telle est en effet la principale monnaie d’échange. Et on pourra se compter.

D’ici là, d’étranges ombres continueront à se mouvoir dans le brouillard.
Maroun Labaki

LA FONCTION
Ce que dit le traité de Lisbonne
«Le Conseil européen élit son président à la majorité qualifiée pour une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois. (…)

Le président du Conseil européen :

a) préside et anime les travaux du Conseil européen ;

b) assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la Commission, et sur la base des travaux du Conseil des affaires générales ;

c) œuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen ;

d) présente au Parlement européen un rapport à la suite de chacune des réunions du Conseil européen.

Le président du Conseil européen assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, sans préjudice des attributions du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Le président du Conseil européen ne peut pas exercer de mandat national. »

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