lundi 30 novembre 2009

Arundhati Roy, la mauvaise conscience de la démocratie indienne

Si l'on débat en France de la panthéonisation d'Albert Camus, c'est sans doute pour célébrer une figure disparue dans ce pays : celle de l'écrivain engagé. A mille lieues de là, à New Delhi, Arundhati Roy ne se pose pas la question : l'auteur du best-seller mondial Le Dieu des petits riens (Gallimard, 1998) emmène le journaliste de passage à un meeting de soutien aux victimes de la répression militaire au Manipur, un petit Etat de l'est de l'Inde. L'écrivain s'assied sagement sur un banc de pierre de l'université de Delhi, parmi une centaine de participants, et attend son tour de parole. A l'écart, une banderole proclame : "Un monde différent ne peut être bâti par des gens indifférents."

S'ils lisent Arundhati Roy, ses compatriotes ne peuvent rester indifférents : dans Listening to Grasshopers (Penguin Books, New Delhi, 2009), l'écrivain la plus connue en Inde se livre à une critique circonstanciée et convaincante de la "plus grande démocratie du monde", dont elle dénonce les tendances fascistes.

Manipur, justement, pourrait être le prototype de ces dérives : en 1958, pour lutter contre le mouvement indépendantiste, le gouvernement désigna le petit Etat comme une "zone perturbée", dans laquelle l'armée serait dotée de pouvoirs spéciaux. Cela a conduit à de nombreux excès, dénoncés par exemple par l'association Human Rights Watch en 2008. Mais l'action militaire violente se poursuit dans les Etats du Nord-Est comme au Cachemire et dans les Etats de l'est de la Fédération indienne, où se développe la puissante rébellion naxalite.

"Dans la dernière décennie, dénonce Roy, les personnes tuées par les forces de sécurité se comptent par milliers." Mais, selon elle, le virus de la violence militaire n'est pas seulement localisé dans les régions troublées : c'est l'ensemble du pays qui serait en proie à un fascisme rampant : "Après la chute du mur de Berlin, explique-t-elle à la table de sa cuisine, à côté d'une pile de livres et de journaux, l'Inde s'est réalignée sur les Etats-Unis. Au même moment, ceux-ci sont passés presque instantanément du soutien à l'islam - contre l'Union soviétique - à la démonisation des mouvements musulmans, présentés comme terroristes. Cela a permis au BJP (le parti nationaliste hindou) de prendre son essor sur le thème de la "fierté hindoue"." L'ouverture de l'économie n'a pas contrarié cette tendance, au contraire : "Comme dans l'Allemagne nazie, le fascisme est associé à la régénération économique. Les grandes compagnies soutiennent les leaders du BJP parce qu'ils privatisent et leur donnent les terres prises aux paysans."

Les contrôles de sécurité très poussés lors des vols intérieurs, mais aussi la présence de soldats en armes derrière des sacs de sable dans le métro de Delhi, témoignent que la sérénité ne règne pas dans le pays. Et, presque quotidiennement, les journaux parlent d'un accrochage dans les régions de rébellion naxalite que le gouvernement ne parvient plus à contrôler.

Un jour en prison
Mais c'est au coeur même des institutions politiques que la dégénérescence de la démocratie serait engagée : "La majorité des députés sont millionnaires, dit Arundhati Roy. Vous ne pouvez gagner que si vous êtes appuyé par les grandes compagnies. Savez-vous que la campagne électorale en Inde a coûté plus cher que la présidentielle aux Etats-Unis ?"

Quant aux contre-pouvoirs, tels que la Cour suprême ou les médias, ils seraient pour l'essentiel passés aux mains des élites américanisées. Pour avoir critiqué la Cour suprême, l'écrivain a passé un jour en prison en 2002. "Toutes les institutions de la démocratie ont été vidées de leur sens et travaillent ensemble au bénéfice des élites", affirme-t-elle. Quand on lui fait valoir qu'elle est libre de s'exprimer, d'écrire et de parler, elle répond : "Ce n'est pas ça, la démocratie. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple et pour le peuple."

L'écrivain exagère-t-elle ? Kalpana Sharma, une journaliste de Mumbai engagée à gauche, juge utile l'analyse et le travail de Roy mais tempère son pessimisme : "Il y a eu de grands progrès au niveau des villages, dit-elle, avec de plus grands pouvoirs accordés aux conseils locaux, les panchayat, ou avec la loi en faveur de l'emploi rural, la Negra. La lutte n'est pas perdue." Ce à quoi Roy rétorque : "Je ne vois pas mon travail comme devant maintenir un subtil équilibre des positions. Le fascisme, c'est une infiltration lente de tous les instruments du pouvoir d'Etat, une lente érosion des libertés publiques, des injustices quotidiennes mais peu spectaculaires."

Dans ces conditions, demeure-t-il quelque espoir ? "Il y a une chose très positive en Inde : les gens sont exceptionnellement conscients de ce qui se passe. Les élites et les médias, non. Mais, sur le terrain, ils sont au courant." L'écrivain aimerait se mettre à l'écart de l'actualité, progresser dans le livre de fiction qu'elle médite. Mais elle avoue l'"excitation" de cette vie. Le lendemain, elle part au Cachemire. Enquêter et, sans doute, dénoncer.
Hervé Kempf

dimanche 29 novembre 2009

Plongée dans l'école du futur

Dessins : Nawel

Imaginons un peu à quoi pourrait ressembler l'école en 2020.
Le système éducatif français se cherche. Décrochage des élèves les plus faibles, démotivation, absentéisme, baisse du niveau… le constat est sombre. La réforme du lycée, même limitée, ouvre des brèches vers l'autonomie des établissements ou la rémunération au mérite. À quoi ressemblera l'école de demain ? Le Figaro a imaginé le système éducatif en 2020. Rêve ou cauchemar, voilà ce que laissent augurer les projets, rapports et revendications des uns et des autres.

Collèges et lycées : que le meilleur gagne
Le lycée Frédéric-Beigbeder est un bâtiment lumineux, à mi-chemin entre la zone pavillonnaire et les immeubles de la cité. Derrière ses grilles et son portique de sécurité, une vaste cour qui distribue les salles de classe, salles de conférences et bureaux des professeurs. Il y a toujours de la vie derrière ces murs, puisque le lycée ne ferme pas ses portes pendant les vacances. Les bâtiments sont ouverts 365 jours par an, accueillant les élèves pendant les vacances pour des stages de remise à niveau, du perfectionnement en langue vivante… Banalité : toutes les classes sont équipées de vidéoprojecteurs et d'un accès à Internet, de même que les bureaux des professeurs, qu'ils se partagent par groupes de deux ou trois. Le visiteur qui pénètre dans le hall principal découvre une exposition de photos et des installations vidéo. Un tableau illustre le travail d'un preneur de son et d'un monteur. Car le nouveau projet d'établissement a été signé cette année par l'équipe pédagogique et les représentants de parents. Dans un monde où l'image est omniprésente, à travers les sites d'échange de vidéo en ligne, le travail du lycée sera centré sur «l'acquisition des valeurs citoyennes et de la rigueur à travers la création et la transformation d'images». Une section littéraire avec option montage vidéo, des ateliers consacrés aux connaissances scientifiques liées à la transmission d'images, un travail mêlant jeu, danse et mise en scène… Le proviseur est ravi : il a gagné quelques élèves, venus du lycée voisin, qui a fermé à la fin de l'année dernière, faute de public. «Évidemment, ricane-t-il, avec un projet sur les grandes œuvres littéraires françaises…» Son budget a augmenté d'autant : de quoi développer de nouveaux ateliers.

Ce qui existe déjà.
Les portiques de sécurité peuvent être acquis par les conseils généraux et mis à la disposition des établissements scolaires. Les établissements proposent, à l'initiative de Xavier Darcos, des stages pendant les vacances. Les projets d'établissement sont généralisés depuis la loi d'orientation de 2005, certains ayant déjà porté sur le football. La mise en concurrence des établissements découle de l'ouverture de la carte scolaire et aboutit à la fermeture des établissements les moins demandés.

La lourde charge du chef d'établissement
Jean-Marc Mercier, principal du lycée Philippe-Sollers, revient ragaillardi de la formation dispensée par le rectorat : «L'entretien d'embauche dans l'éducation nationale». Il est armé pour jauger les professeurs qui répondent à son appel d'offres. Car, en bon manager, M. Mercier recrute. Avec le budget voté cette année par son conseil d'administration, il a choisi de renforcer son équipe. Le poste en question est strictement décrit : travail en équipe, capacité à gérer une pédagogie différenciée… Il veut des gens jeunes, motivés, prêts à tout tenter. Sa politique de primes a déjà donné le ton. Fini, les professeurs enfermés dans leur classe pour faire un cours classique. Tout le monde doit participer aux ateliers de remédiation qui ont lieu tous les après-midi. D'ailleurs, sa classe sponsorisée par l'entreprise de BTP de la ville fonctionne très bien : les élèves bénéficieront d'un stage et même d'un voyage sur un des chantiers de l'entreprise. L'agence bancaire, elle, a organisé un jeu à destination des jeunes : ils géraient de l'argent fictif en étudiant les cours de Bourse. Le gagnant a eu droit à une ouverture de compte et à une petite cagnotte. Mais M. Mercier a surtout un grand projet pour l'année prochaine : la création d'une fondation d'entreprise, qui lui permettra d'investir dans de nouveaux équipements.

Ce qui existe déjà.
Les postes à profil se sont multipliés avec la généralisation des projets d'établissement. Ce sont donc les chefs d'établissement qui recrutent. L'autonomie des établissements est initiée par la loi d'orientation de 2005, même si elle est pour l'instant très limitée ; mais la réforme du lycée, par le biais des heures d'accompagnement, accorde de plus en plus de liberté pour une organisation locale des enseignements. Le jeu d'argent organisé par une banque a été mis en place à l'occasion du passage à l'euro. Il avait été supprimé après protestation des professeurs.

Le nouveau métier de professeur
Jeanne est à son bureau. Elle attend les élèves qui doivent venir lui demander des précisions sur son cours d'anglais. Puis elle participera à la soutenance d'un petit groupe de la classe de seconde dont elle est le professeur de français. Ils présentent leur projet de fin d'année sur l'archéologie régionale : histoire, présentation d'un chantier de fouilles, rédaction d'un récit sur les habitants de la ville au XIIe siècle… Elle essaiera en fin de journée de se greffer sur une heure d'étude dirigée : avec la rémunération au mérite, il vaut mieux accumuler les activités. À ce jeu-là, son collègue Bernard est plus doué qu'elle. Il a monté un club de théâtre et aide les lycéens à gérer le bureau des élèves. Autant d'heures supplémentaires. Il faut dire que Bernard a des raisons d'être motivé : il a attendu son poste pendant quatre ans. Après son concours, impossible de trouver un poste correspondant à son profil. En attendant, il a travaillé pour une officine de soutien scolaire. Mais maintenant que l'éducation nationale lui offre les mêmes possibilités… Quant à sa jeune collègue Nadia, elle a été recrutée par une procédure spécifique, pour incarner la diversité : indispensable dans un établissement comme le leur, classé ambition réussite.

Ce qui existe déjà.
Le rapport Pochard, du 4 février 2008, sur la redéfinition du métier d'enseignant évoquait l'idée de la rémunération au mérite, la bivalence et un prérecrutement adapté pour un public issu de la diversité. Les «35 heures au lycée» étaient une proposition de Ségolène Royal, mais elles étaient également suggérées sous une autre forme dans le rapport Pochard. Une source ministérielle aurait officieusement évoqué, en février 2009, la possibilité de ne pas attribuer automatiquement un poste aux titulaires des concours de recrutement, mais l'idée n'a jamais été commentée officiellement. La réforme du lycée, en développant les missions des enseignants, ouvre la porte à la rémunération au mérite.

Les parents terribles
Isabelle et Stéphane se sont réveillés aux aurores ce samedi matin. Ils sont convoqués au collège de leur fils Jérôme pour une remise à niveau. Pendant deux heures, on va leur donner les bases du «métier de parents». Il faut dire que Jérôme est infernal. Insolent, indiscipliné… C'est décidé, l'année prochaine, ils l'inscrivent dans le privé. Avec leur chèque-éducation, distribué aux familles par le ministère, ils ont le choix de l'établissement. Et puis, même si Jérôme ne fait pas grand-chose en classe, ce qui compte, c'est qu'il ait son bac. C'est pour cela qu'ils ont souscrit l'assurance vendue par une officine de soutien : bachelier ou remboursé. Et pour cette convocation, ils ont tout de même prévenu leur avocat. On ne sait jamais… L'année dernière, ils ont dû porter plainte contre l'Éducation nationale : la sœur de Jérôme, alors en terminale, avait manqué une semaine de cours à cause d'un professeur absent. La justice a tranché : l'institution était responsable de sa mauvaise note de maths au baccalauréat.

Ce qui existe déjà.
Les écoles de parents se multiplient sous forme d'associations. Certaines mairies et certains établissements scolaires proposent des formations à la psychologie de l'enfant, à l'autorité… Le chèque-éducation est une revendication notamment de l'association SOS Éducation. En 2006, l'État a été condamné pour l'absence d'un professeur de philosophie, cause, selon l'élève plaignant, de son 6/20 au baccalauréat.

Les enfants terribles
Le bonheur à l'école, ça existe. Arthur, 15 ans, ne vivra pas les heures d'insupportable ennui qu'ont subies ses parents à écouter vaguement un professeur, assis sur une chaise au fond de la classe. Certes, il ne voit pas bien l'intérêt de ce qu'on lui fait faire, mais il a au moins compris comment avoir de bonnes notes. Et puis, il est payé pour venir en cours : enfin, il voit un sens à l'école. D'ailleurs, sa classe aura droit cette année à un voyage en Espagne. Les élèves de sa classe ont été les plus assidus, avec un taux de présence de 96 %, et leurs résultats sont les meilleurs du lycée. Bon, il a fallu secouer un peu Martin, qui n'était pas motivé, mais tout le monde s'y est mis. Ce matin, Arthur remplit son livret de compétences pour le domaine «autonomie et esprit d'initiative». Il a su mener son projet de groupe sur les langues méditerranéennes, il a eu l'idée d'aller chercher des documents sur Internet et, surtout, d'ajouter un passage sur l'entraide entre les peuples… : il peut cocher tous les items. Et ne parlons pas de ceux qui concernent les langues ! Et comme le livret de compétences valorise les engagements extérieurs, il pourra faire mention de ses cours de batterie et de son groupe de rock. Le matin, il travaille sur ses projets, et l'après-midi, on vérifie les connaissances acquises, on les fixe avec un enseignant. Mais plus de notes surtout : au dernier conseil d'administration, les lycéens ont voté contre ce couperet qui augmente le stress au travail. Et ils sont des travailleurs comme les autres. Arthur a un tuteur et pratique chaque matière dans des groupes de niveaux. Comme les modules sont thématiques, il n'aura peut-être pas traité le même programme que son voisin Yohann. Mais peu importe : il est jugé sur ses capacités méthodologiques, la qualité de ses recherches… Et si les notes ne suivent pas, il pourra toujours attribuer une mauvaise évaluation à l'un des professeurs, puisque les élèves donnent leur avis en fin d'année.

Ce qui existe déjà.
L'organisation en une demi-journée de projets et une demi-journée de vérification des connaissances, ou une demi-journée de cours et une demi-journée d'ateliers, est actuellement expérimentée dans plusieurs lycées en France. La rémunération des élèves assidus est une des dispositions mises en place par le Haut-Commissariat à la jeunesse. Le livret de compétences a été validé par Luc Chatel et Martin Hirsch ; il tient également une place dans la réforme du lycée. L'idée de faire évaluer les professeurs par les élèves est proposée par de nombreux travaux de recherche en sciences de l'éducation. Un site Internet finalement supprimé l'avait mise en place.
Natacha Polony

samedi 28 novembre 2009

Irak: Blair savait qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive

John Chilcot, le responsable de la commission Chilcot, à Londres, le 20 juillt 2009. (AFP Matt Dunham)

Après trois jours d'audience, la Commission d'enquête sur la participation du Royaume-Uni en Irak a déjà permis d'éclaircir quelques points, notamment celui des armes de destruction massive dont la supposée existence a servi à justifier l'invasion de l'Irak en mars 2003.

Tony Blair savait que l'Irak n'avait plus d'armes de destruction massive (ADM) avant d'envoyer ses troupes dans le pays. C'est ce qu'a indiqué mercredi William Ehrman, haut responsable au ministère britannique des Affaires étrangères entre 2000 et 2002, alors qu'il témoignait devant la commission Chilcot, qui va enquêter durant plusieurs mois sur les relations entre le Royaume-Uni et l'Irak de 2001 à 2009.

William Ehrman a affirmé que Londres avait reçu, dans les jours précédant le début du conflit, des informations selon lesquelles Saddam Hussein avait renoncé à son programme d'ADM. «Nous obtenons dans les derniers jours avant l'engagement militaire quelques renseignements (selon lesquels) les armes chimiques et biologiques avaient été détruites et (l'Irak) pourrait ne pas avoir les munitions pour les lancer». «Il y avait des renseignements contradictoires», a-t-il toutefois tempéré. L'ancien responsable aux Affaires étrangères a finalement reconnu que les connaissances occidentales sur le programme d'ADM irakien étaient extrêmement parcellaires.

L'Irak pas en tête de liste des préoccupations
Un autre témoignage remet sérieusement en cause la raison invoquée par la coalition Bush-Blair pour envahir l'Irak, celui de Tim Dowse, chef du service de contre-prolifération nucléaire au ministère des Affaires étrangères entre 2001 et 2003. Ce dernier a expliqué que l'Irak n'était pas en 2001 «en tête de liste» des préoccupations britanniques pour le risque de prolifération nucléaire. Des propos corroborés par William Ehrman, qui témoignait en même temps: «Pour ce qui était de mes préoccupations quand je suis entré en fonction en 2001, je dirais que la Libye et l'Iran devançaient l'Irak».

Les deux anciens diplomates ont également nié l'existence de liens approfondis entre le régime de Saddam Hussein et le réseau terroriste Al Qaeda, avancée par l'ex-président américain pour mieux justifier l'intervention. «Nous avons trouvé des preuves de contacts entre des responsables irakiens et des membres d'Al Qaeda à la fin des années 1990», a expliqué Tim Dowse, «mais nous en sommes arrivés à la conclusion qu'il s'agissait de contacts très sporadiques (...), qu'il n'y avait rien qui s'apparente à une relation entre les Irakiens et Al Qaeda».

Influence de Bush sur Blair
Jeudi, la commission Chilcot a évalué comment une rencontre privée entre Bush et Blair dans le ranch de Crawford (Texas) en avril 2002 aurait influencé l'ancien résident de Downing Street. Christopher Meyer, ex-ambassadeur britannique à Washington a reconnu qu'il ne savait pas précisément «quel degré de convergence a été en quelque sorte signé au ranch de Crawford», mais a évoqué une coïncidence troublante puisque dès le lendemain, Tony Blair prononçait un discours mentionnant un «changement de régime en Irak». «A ma connaissance, je peux me tromper, mais c'était la première fois que Tony Blair parlait de changement de régime en public», a-t-il poursuivi.

S'il est possible d'envisager que les deux hommes se soient mis d'accord un an avant l'intervention militaire pour renverser Saddam Hussein, ce ne sont pour l'heure que des hypothèses. Et pour cause, la Commission manque de preuves pour mener son enquête. Les médias britanniques ont dénoncé l'existence de «documents diplomatiques cruciaux qui n'ont toujours pas été remis à la commission»: cinq télégrammes diplomatiques auraient été envoyés à Londres entre 2001 et 2003 dont un message destiné à Tony Blair juste avant sa rencontre en tête-à-tête avec le président américain, souligne le Times.

La légitimité même de la commission est toujours controversée. «Sir John Chilcot perpétue le sentiment que le Royaume-Uni ne peut tout simplement pas entendre la vérité quand cela revient à dévoiler la culpabilité du gouvernement britannique dans la fabrication délibérée d'une affaire de guerre contre l'Irak, dont tout le monde savait, ou aurait du savoir, qu'elle était fausse», s'est insurgé dans le Guardian Scott Ritter, ex-inspecteur des Nations-Unies en Irak.
Justine Laffont

vendredi 27 novembre 2009

Moslims vieren Offerfeest

Vandaag vieren Moslims het Offerfeest © TVB

Brussel - Vandaag vindt het islamitische Offerfeest plaats. Moslims die een offerdier willen slachten, kunnen terecht in de vier gemeentelijke slachtplaatsen, in Brussel, Molenbeek, Schaarbeek en Anderlecht. Thuis slachten is verboden.

Tijdens het Offerfeest herdenken moslims dat de profeet Ibrahim in opdracht van God zijn zoon Ismaël wou offeren. God liet dat niet toe en bezorgde Ibrahim een schaap dat hij kon offeren in de plaats van zijn zoon.

Het slachten van een schaap is nog altijd een traditie op het Offerfeest, dat samen met het Suikerfeest, het belangrijkste feest is van de moslimgemeenschap.

Zoals elk jaar is de organisatie van het rituele slachten een heel gedoe voor gemeentebesturen en moskeeverenigingen. Ze moeten ervoor zorgen dat in korte tijd zeer veel schapen gekeeld worden.

Gaia
De dierenrechtenorganisatie Gaia heeft op maandag 30 november een onderhoud met de Moslimexecutieve, het vertegenwoordigend orgaan van de moslims in België.

Volgens de Belgische wet moeten dieren verdoofd worden vooraleer ze worden geslacht, maar er wordt een uitzondering gemaakt voor rituele slachtingen. Gaia eist dat die uitzondering uit de wet wordt geschrapt.
(BDW)

jeudi 26 novembre 2009

D'importantes pertes non dévoilées

Dominique Strauss-Kahn estime que 50 % des pertes des banques sont cachées dans les bilans.

Ne pas retirer trop tôt les béquilles de l'économie mondiale ! Dominique Strauss-Kahn répète ce matin dans un entretien publié par 'Le Figaro' que la reprise est "fragile", même si elle se profile pour le premier semestre 2010, selon lui : "Quel est le risque aujourd'hui ? Que l'on ne continue pas à mettre en oeuvre les politiques qu'il faut pour assurer la pérennité de la reprise. Nous ne croyons pas à une rechute, ce que l'on appelle un scénario de "W", mais nous ne pouvons pas complètement l'exclure", explique le directeur général du FMI.

Le dirigeant demande donc aux gouvernements de maintenir les soutiens publics, "car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps". Si la crise financière est "à peu près maîtrisée", elle a "dégénéré en crise économique, dont on commence à voir le bout du tunnel", mais aussi en "crise sociale (qui) reste très forte, principalement dans les pays avancés. C'est ma préoccupation majeure". Le patron du FMI estime qu'au-delà des mesures conjoncturelles, "c'est notre modèle de croissance lui-même qu'il faut repenser."

Quant aux banques, elles gardent "d'importantes pertes non dévoilées : 50% sont peut-être encore cachées dans les bilans, estime DSK. La proportion est plus forte en Europe qu'aux États-Unis". Le dirigeant ajoute qu'il n'y aura pas de "croissance vive et saine sans un nettoyage complet du bilan des banques".

Le patron du FMI n'est pas en revanche favorable à la scission des banques pour limiter leur taille, préférant un système de prime d'assurance, ou de taxation du système financier incitant à prendre moins de risques. Le FMI rendra un rapport à ce sujet au G20 en avril 2010. Il insiste cependant sur l'importance d'une nouvelle réglementation du secteur financier : "limiter les bonus, moraliser la finance, c'est aussi préparer l'avenir" et avertit que "les opinions publiques et les Parlements n'accepteront pas de payer deux fois une telle facture" en cas de rechute ou de nouvelle crise financière.

Enfin, interrogé sur sa popularité personnelle en France, en tant que possible candidat de gauche à l'élection présidentielle, DSK se contente de botter en touche : "cela fait toujours plaisir que vos concitoyens vous aiment bien, mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui".

mercredi 25 novembre 2009

De blos van Brussel in 'Schaarbeek à ciels ouverts'

Een schilderachtige lucht boven Brussel, die vaak maar enkele seconden duurt. © Philippe Massart

Schaarbeek - Twee jaar lang al springt Philippe Massart binnen in Résidence Bel Air op de Lambermontlaan. Niet als bezoeker van de rusthuisbewoners, maar om er de skyline van Brussel te fotograferen, en dan vooral de sky. Het zette aanvankelijk sceptische bewoners zelfs aan om hetzelfde te doen nadat ze zijn glorieuze beelden gezien hadden.

Een man met een fototoestel wacht ongeduldig bij de lift die hem naar de tiende verdieping moet brengen. Snel, liefst: “Merkwaardige luchten duren soms maar enkele seconden. Ik was in Brussel al een tijdje op zoek naar een onbelemmerd uitzicht, maar er zaten altijd wel palen of bomen in de weg. Tot ik hier op een dag kwam vragen of ik eens naar boven mocht. Ik was onmiddellijk verleid door het zicht op de Sint-Suzannewijk, het Josaphatpark, de Heizel, de torens van Rogier en het centrum van de stad.”

Philippe Massart ziet in zijn zoeker dat het goed is: vandaag is hij op tijd. Tijdens de tentoonstelling kan de bezoeker zelf ook even naar het dakterras. En in hal, bibliotheek, televisiezaaltje en refter van het rusthuis kan hij de foto’s gaan bekijken. Een alternatieve expoplaats, om het te leren: “De belichting is niet ideaal, maar ik was toch erg blij toen directeur Bruce Reniers me voorstelde om hier te exposeren.”

Voor de leraar en websitebouwer is het zijn eerste tentoonstelling. We zien transparante regengordijnen, oplichtende oranje zijmuren in een verder grijze stad, luchten met als frêle ijkpunten het Atomium, met vlaggetje, en de lampen van het Heizelstadion. U kunt zich verbazen over de kleuren, die hij achteraf nooit wijzigt, en de vormen van de wolken en de zon, maar interessant is ook wat de luchten met de stad doen.

Ze verhullen, bevrijden, bedreigen de stad, of, zoals bij enkele herfstbeelden, laten ze de ornamentele toren van het Schaarbeekse gemeentehuis of de basiliek van Koekelberg gewoon wegzinken – apocalyptische beelden. “De stad ís niet altijd mooi, maar de lucht fungeert dan als een soort opsmuk voor een niet-opgepoetste stad.”

Op Massarts website zijn ook ‘toeristischer’ reeksen te zien. Compositorisch sterke beelden, zoals van de abdij Sint-Madeleine van Le Barraux, zijn wat ondergesneeuwd door beelden die niet de tijd kregen om clichés als Engelse ontbijten en Provençaalse luiken en lavendel te overstijgen.

Boeiender zijn Massarts andere langlopende projecten over solitaire bomen of windturbines die de lucht telkens anders onderverdelen. Massart heeft geen Chinese Dienst voor Weersverandering nodig: er zit genoeg variatie in de lucht, voor wie het wil zien.

Fototentoonstelling Schaerbeek à ciels ouverts, nog tot en met 10 januari 2010 in Residentie Bel Air, Lambermontlaan 227, 1030 Schaarbeek, dagelijks van 9 tot 18 uur, gratis.
Meer info op www.philmassphotos.be

mardi 24 novembre 2009

De islam preekt geen criminaliteit

Bert Claerhout over moslims, religie-allergie en de dominante factoren van integratie. Hij is journalist bij Braambos-tv en voormalig hoofdredacteur van het christelijke opinieblad Tertio.

"Godsdiensten - het jodendom, het christendom en de islam incluis - hebben aanleiding gegeven tot zowel de meest verheven als de meest verwerpelijke ontwikkelingen. Toch ken ik geen enkele godsdienst die criminaliteit goedkeurt"

'De geschiedenis danst en fladdert, ze maakt voortdurend schijnbe-wegingen. Dat geldt ook voor de multiculturele samenleving', zegt Bert Claerhout. Volgens hem staan we pas aan het begin van een lange weg.

Eind 2005, nauwelijks vier jaar geleden, lanceerde Brigitte Grouwels, de toenmalige CD&V-staatssecretaris voor Gelijke Kansenbeleid in de Brusselse regering, het idee een meldpunt op te richten voor wie op straat verbaal lastig wordt gevallen. Grouwels vond het niet kunnen dat in sommige wijken vrouwen nauwelijks op straat durfden te komen omdat ze door allochtone mannen allerlei onfraais naar het hoofd kregen geslingerd als ze geen hoofddoek droegen of een stuk blote buik of benen toonden. Een delegatie van Groen!, met Adelheid Byttebier op kop, verweet Grouwels toen prompt dat ze een grote groep Marokkaanse mannen stigmatiseerde.

Het kan verkeren. Toen Luckas Vander Taelen, Vlaams Parlementslid voor Groen!, onlangs in Brussel een fluim in het gezicht kreeg toen hij enkele allochtonen op hun agressieve gedrag aansprak, bleek de wereld opeens te klein. Vander Taelen deed in de media een retorische oproep tot respect voor de wetten en de waarden van het land. Het voorval leert alvast hoe sterk wij de afgelopen vier jaar zijn geëvolueerd en geradicaliseerd. Het debat dat Vander Taelen op gang bracht, illustreert ook hoe sommigen de integratie- en allochtonenproblematiek ten onrechte tot een debat over de islam reduceren.

Fundamentalisme
Vlaanderen kampt al langer dan vandaag met een allergie voor alles wat met religie te maken heeft. Velen begrijpen niet dat religie voor anderen fundamenteel kan zijn. Die anderen mogen best 'zoekers' zijn, maar zodra er geloofswaarheden aan te pas komen ruimt elke nuancering snel plaats voor verwijten van fundamentalisme. Vanuit dat perspectief ligt de kritiek op de islam voor de hand. Moslims, zo luidt het, kunnen zich niet integreren omdat zij loyaal zijn aan de sharia en niet aan de wetten van het land waarin ze wonen. Volgens sommigen mogen we hen dan ook alleen maar tolereren als ze alle aanspraken op een islamitische identiteit opgeven.

Misschien moeten we dat alles maar eens toetsen door met moslims open en bloot over hun geloof te praten, in plaats van het alleen maar over hoofddoeken, boerka's of andere identiteitskenmerken te hebben. Te beginnen in onze eigen straat. Maar uitgerekend tot zulke gesprekken komt het moeizaam. Toegegeven, het is niet makkelijk. Ook het aantal succesvolle interreligieuze initiatieven is beperkt en die komen bijna uitsluitend vanuit christelijke hoek. Maar waar het opzet slaagt (bij de Sint-Egidiusgemeenschap in Antwerpen, bijvoorbeeld), maken angst, onbegrip en vooroordelen probleemloos plaats voor redelijkheid.

Godsdiensten - het jodendom, het christendom en de islam incluis - hebben aanleiding gegeven tot zowel de meest verheven als de meest verwerpelijke ontwikkelingen. Toch ken ik geen enkele godsdienst die criminaliteit goedkeurt. De overgrote meerderheid van de moslims wil precies hetzelfde als de Vlamingen: een beetje geluk en een hoopvolle toekomst voor zijn kinderen. Sommigen bestuderen in hun vrije tijd de Koran, maar geen haar op hun hoofd denkt eraan een politiekantoor of auto's in brand te steken.

De manier waarop sommige media de meest vreemde verbanden leggen tussen integratie, criminaliteit en islam, verbaast mij dagelijks. Criminele jongeren van allochtone origine worden meestal niet als individuen maar als groep beoordeeld. Alsof de door hen begane misdaden rechtstreeks met hun culturele of religieuze achtergrond te maken hebben. En we vergeten blijkbaar maar al te graag dat onderwijs, vorming en werk vaak een grotere impact op een geslaagde integratie kunnen hebben dan religie. Recente cijfers daarover voor Brussel tonen evenwel een weinig rooskleurig beeld. Maar liefst één op de drie jonge Brusselaars, doorgaans laaggeschoolden, is werkloos.

We kunnen moeilijk ontkennen dat de social engineering die onze maatschappij de afgelopen decennia op het getouw zette om allochtonen te integreren deels is mislukt. Ambitieuze pogingen om de sociale achterstand weg te werken leidden er soms toe dat het sommige wijken slechter verging doordat ze averechtse prikkels veroorzaakten. Ook het 'pamperen' van allochtonen door straathoekwerkers leverde op lange termijn niet de gewenste resultaten op.

Het staat buiten kijf dat tewerkstelling cruciaal is om de samenlevingsspanningen in de hoofdstad op te lossen. Daartoe moet een tweesporenbeleid worden gevolg: banen creëren door vraag en aanbod beter op elkaar af te stemmen enerzijds, het racisme bekampen anderzijds. De Brusselse politici dragen daartoe een verpletterende verantwoordelijkheid.

Scholen versus gevangenissen
De Franse schrijver Victor Hugo pleitte ervoor meer scholen te bouwen. "Hoe meer scholen we bouwen, hoe minder gevangenissen we nodig hebben", meende hij. Ruim een eeuw later klinkt de roep voor nieuwe gevangenissen luider dan ooit. Betekent dit dat onze beschaving erop achteruitgaat? Neen. Het leert wel dat de utopieën van de vooruitgang niet door continue en rechtlijnige processen worden verwezenlijkt.

De geschiedenis danst en fladdert, ze maakt voortdurend schijnbewegingen. Dat geldt ook voor de multiculturele samenleving. We staan pas aan het begin van een lange weg. Het is naïef te denken dat een voluntaristische politiek die alles van hogerhand programmeert en stuurt zal volstaan. Yves Desmet pleit terecht voor meer redelijkheid en verzoening. Ik ben ervan overtuigd dat de meeste moslims dat ook willen. Misschien moeten hun religieuze leiders die bekommernis eens wat nadrukkelijker laten horen.

lundi 23 novembre 2009

Un an après Bombay, un terrorisme de plus en plus global

Bombay commémore le premier anniversaire des attaques du 26 novembre 2008. D'un caractère sans précédent, préparées avec minutie et d'une incroyable cruauté, elles ont coûté la vie à près de 200 personnes. A l'heure où la capitale économique et financière de l'Inde se souvient, les Etats-Unis viennent d'arrêter à Chicago deux hommes d'origine pakistanaise. Liés au Lashkar-e-Taiba, un groupe islamiste basé au Pakistan, ils auraient aidé à orchestrer les attentats de Bombay. Selon le FBI, ils étaient en train d'en préparer de nouveaux. En Inde, mais aussi au Danemark. Le terrorisme se fait de plus en plus global, et c'est loin d'être rassurant.

L'arrestation, il y a trois semaines, de David Coleman Headley, Daood Gilani de son vrai nom, et de son comparse Tahawwur Hussain Rana, remet en perspective le modus operandi du terrorisme dans le sous-continent indien et, à vrai dire, dans le monde entier. Comme le soulignait récemment le Washington Post, nous sommes désormais en présence d'un "terrorisme transatlantique". Non seulement les opérations visant à tuer le maximum de gens en des lieux très précis de la planète, peuvent être fomentées n'importe où, y compris en Amérique, mais elles deviennent de plus en plus sophistiquées. Effrayant, relève le quotidien.

"Headley et le businessman de Chicago Tahawwur Hussain Rana sont suspectés d'être des militants islamistes. Ils ne sont pas accusés d'avoir tenté d'attaquer les Etats-Unis, mais de monter des opérations à l'étranger, bénéficiant d'un relatif anonymat sur le territoire américain. Le profil des deux hommes a quelque chose de nouveau, et les autorités américaines observent cette évolution avec inquiétude", relève le Post dans son édition du 20 novembre. Poursuivant : "Un responsable (américain) du contre-terrorisme a qualifié de véritable révélation ("eye-opening") les résultats de l'enquête, qui affirment que les deux hommes travaillaient avec deux organisations terroristes basées au Pakistan liées à Al-Qaïda, le Lashkar-e-Taiba et le Harkat-e-Jihad-e-Islami. Pour d'autres, cela rappelle qu'Al-Qaïda et ses émules continuent d'essayer de construire un réseau opérationnel aux Etats-Unis".

Une fois encore, hélas, la filière remonte au Pakistan. Le New York Times allant, pour sa part, jusqu'à affirmer que Headley et Rana avaient le soutien d'une section de l'establishment militaire pakistanais. Dans la foulée, des militaires à la retraite auraient d'ailleurs été arrêtés au Pakistan.

Selon les premières enquêtes menées en Inde, Headley aurait non seulement aidé à orchestrer les attentats du 26/11/2008 à Bombay, mais, au cours des derniers mois, il en aurait préparé d'autres. A Bombay, à Pune (150 kms au sud-est de Bombay), voire à Delhi. "Nous passons au peigne fin toutes les villes indiennes où s'est rendu Headley, et enquêtons auprès de toutes les personnes qu'il a rencontrées", a déclaré Palaniappan Chidambaram, le ministre indien de l'Intérieur.

Reste que pour Headley et Rana, l'Inde n'était pas la seule cible. Il y avait aussi le Danemark.

"David Coleman Headley, 49 ans, et Tahawwur Hussain Rana, 48 ans, sont accusés d'avoir prémédité un attentat contre le quotidien danois Jyllands-Posten. Le but était de tuer un rédacteur et un caricaturiste du journal pour avoir publié, en 2005, 12 caricatures du Prophète Mahommet, ce qui avait enflammé une bonne partie du monde musulman", relève l'agence Associated Press.

Ces révélations alarmantes ne manqueront pas de peser sur les commémorations du 26 novembre. A Pune, Headley se serait fait passer pour Juif afin d'infiltrer la Chabad House (le Centre Loubavitch) de la ville. Or, il y a un an, la Chabad House de Bombay a été prise d'assaut par les terroristes. Le rabbin Gavriel Holtzberg et son épouse Rivka, ainsi que plusieurs hôtes, on été tués. Le petit Moshe, leur fils âgé de deux ans à l'époque, a été miraculeusement épargné grâce au courage de sa nourrice indienne, Sandra Samuel. J'y reviendrai dans une nouvelle note et dans Le Figaro. Pour l'heure, je vous livre une ou deux photos, prises à Bombay, où je me trouve actuellement. Outre celle de l'affiche placardée sur une palissade de l'Hôtel Taj Mahal (ci-dessus), il y a celles des impacts de balles au Café Léopold, où les terroristes ont tiré à la cantonnade.

...Et où le garde de sécurité ne laisse entrer aucun client sans l'avoir soumis à son détecteur de métaux "made in Israël". "Super efficace !" lance-t-il. Preuve de la coopération entre l'Inde et Israël dans la lutte contre le terrorisme.

Une chose est sûre, si tous mes interlocuteurs, ici, affirment qu'il faut aller de l'avant, ne pas se laisser intimider par "une poignée de terroristes venus du Pakistan", selon les termes de l'un d'entre eux, tout le monde sait aussi que l'Inde n'est pas à l'abri de nouvelles attaques. L'affaire Headley-Rana vient de le mettre cruellement en lumière. A point nommé.
Marie-France Calle

vendredi 20 novembre 2009

Les pouvoirs du nouveau président de l'Europe

FOCUS - Coup de projecteur sur le poste de président permanent et celui de chef de la diplomatie de l'Union, créés par le traité de Lisbonne.

» Le président permanent du Conseil européen
• Historique : jusqu'à présent, la présidence du Conseil européen était tournante. Elle était assumée à tour de rôle par l'État membre qui exerce pendant six mois la présidence de l'Union.

• Mode de désignation : il sera élu à la majorité qualifiée par le Conseil européen pour une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois. La majorité qualifiée est atteinte si elle réunit 255 voix (par exemple, la France en a 29) sur les 345 du Conseil et si elle représente la majorité des pays membres et au moins 62% de la population de l'Union. En cas d'empêchement ou de faute grave, le Conseil européen peut mettre fin à son mandat selon la même procédure. Le président devra présenter au Parlement européen un rapport après chacune des réunions du Conseil européen. Il ne pourra pas exercer de fonction politique dans son pays d'origine.

• Fonctions : contrairement à ce que sa dénomination laisse suggérer, ce président n'est pas le président de l'Europe. Théoriquement, le traité de Lisbonne limite ses compétences à la présidence et la préparation du Conseil européen et de ses quatre sommets annuels. Composé des chefs d'État des États membres, de son président et du président de la Commission, le Conseil européen définit les orientations et les priorités politiques générales de l'Union. Cependant, il n'exerce aucune fonction législative. Selon le traité de Lisbonne, le président du Conseil devra aider et «faciliter le consensus au sein du Conseil». Il représentera également l'UE lors des sommets internationaux.

Mais certains observateurs estiment que le rôle du président du Conseil dépendra également de la stature internationale du titulaire du poste qui pourrait être tenté d'élargir ses compétences théoriques.

» Le Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
• Historique : le poste de «Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune» («Monsieur Pesc»), a été institué par le traité d'Amsterdam en 1997 et a été confié à Javier Solana, ex-ministre espagnol des Affaires étrangères et ancien secrétaire général de l'Otan. Lisbonne a rebaptisé ce poste «Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité».

• Mode de désignation : il est choisi à la majorité qualifiée par le Conseil européen. Ayant le statut de vice-président de la Commission européenne, il est soumis, avec les autres commissaires, au vote collégial d'approbation du Parlement européen.

• Fonctions : le traité de Lisbonne renforce ses compétences, autrefois éclatées entre la Commission et la présidence tournante du Conseil européen. Les postes du «Monsieur Pesc» et du Commissaire européen chargé des relations extérieures fusionnent. Le nouveau chef de la diplomatie européenne siègera donc à la Commission européenne et deviendra l'un de ses vice-présidents «en charge de l'action internationale». Il aura également la double casquette de président du conseil des ministres des affaires étrangères et participera aussi aux travaux du Conseil européen. Son action sera appuyée par la création d'un nouveau service diplomatique européen pour l'action extérieure, fonctionnant sur les ressources des institutions de l'UE et des États membres.

La distinction entre le président permanent et le Haut représentant aux affaires étrangères est hiérarchique. Le président du Conseil européen définira ainsi les grandes lignes de la politique extérieure, tandis que le vice-président de la Commission l'exécutera.
Constance Jamet

jeudi 19 novembre 2009

"Les Filles d'Allah" devant la justice turque

Par où le moderne arrive-t-il en islam ? Certains crient : "Bonaparte", "La conquête d'Egypte" ! D'autres : "Nahda ! Les Lumières arabes !" Mais il est une voie aujourd'hui plus discrète qui passe par le roman. Souvenons-nous : Allah, la colère des croyants, le texte canonique profané par Gibrael l'ange et son compagnon, Pozzo et Estragon d'un Coran travesti. Horreur ! Sacrilège ! C'était Salman Rushdie, le chemin burlesque, britannique, drôle et irrévérencieux des Versets sataniques, un conte voltairien qui fit hurler "à mort" les très sérieux mollahs.

Au printemps, en Turquie, à l'initiative d'un membre d'un groupe islamique traditionaliste, Nedim Gürsel a été accusé d'avoir "dénigré les valeurs religieuses d'une partie de la population" ("Le Monde des livres" du 8 mai 2009). Dans son roman Les Filles d'Allah, les déesses préislamiques Lat, Manat et Uzza, mentionnées dans le Coran comme des créatures silencieuses, chantent et déplorent la façon dont Allah a donné sa préférence au Prophète et à sa cause, le monothéisme, en choisissant son "messager" plutôt que "ses filles".

On croyait l'affaire judiciaire close. Défendu par de nombreux intellectuels et écrivains, Nedim Gürsel a été acquitté au mois de juin. Mais appel a été fait de la décision du tribunal d'Istanbul et le procès est relancé. Gürsel, qui a déjà eu à faire à la justice turque, regrette que certains lecteurs se sentent offusqués. "J'ai simplement voulu raconter les souvenirs d'un enfant élevé par son grand-père. Un homme pieux, soucieux du droit, qui raconta à son petit-fils les divers épisodes de la vie du Prophète. Les voix des déesses ne sont qu'une ruse pour conter mon histoire." Reste à savoir si les juges d'appel sauront distinguer la littérature de la théologie.

A sa manière tendre, intime, Nedim Gürsel, écrivant plusieurs langues, mais écrivain en turc, vivant là où son oeuvre le mène, s'est lui aussi emparé du très susceptible Coran. Et le sacré, une nouvelle fois, entra dans le profane. Et Dieu fut rappelé au monde pour ce qu'il est, une mémoire d'enfant effrayé par le diable. "Tu avais la foi, écrit Gürsel de l'enfant qu'il était, en Anatolie. Et pourtant tu avais peur. Tu n'étais impressionné ni par l'eau du paradis ni par les coupes de nacre... Ce qui te préoccupait sans cesse, c'était l'enfer."

Nedim Gürsel est un djinn, un ogre délicat qui se nourrit de mondes engloutis : Venise, Istanbul, âges d'or conjugués au passé, errances au présent. Il semble avoir pris, avec les années, les plis de sa culture ottomane et européenne. Au téléphone, sans penser à se départir de ses orientalismes, il m'avait dit : "Venez à la maison, nous boirons un café turc." What else !, avais-je envie de répondre en citant George Clooney. Mais cette modernité-là, le rire, la dérision, ce fut celle de Rushdie et des goguenards de l'archimonde. Gürsel, lui, est une autre espèce d'écrivain apatride, moins amusé, plus mélancolique. Il est dernièrement l'auteur des Filles d'Allah, un chant polyphonique autour du Coran où les sourates entendues dans l'autre langue, l'arabe, refont surface, le sacré accédant ainsi à la vie du roman. C'est un livre du grand-père comme on dirait du père, où l'enfance est contée comme un commandement, d'en haut, l'écrivain orchestrant ce murmure sacrilège de la substitution. Il prend la place de Dieu sans jamais l'usurper. Il dit "tu" pour se raconter. Et qui es-tu, justement ? D'où viens-tu, Nedim Gürsel?

"Beaucoup de gens en Turquie m'ont dit : "Pas toi, Nedim ! Pas le Coran !" Mais je leur ai répondu : "Ce sont mes souvenirs. J'ai été élevé par mon grand-père, qui était très pieux. Puis je suis parti étudier à Istanbul et j'ai oublié. C'est seulement maintenant que cette enfance islamique me revient.""

En 1915, le "hadji Rahmi", son grand-père, part à la guerre. Les Turcs mobilisent. Ils s'en vont chasser l'infidèle hors de la Terre sainte. Ce sont les belles pages épiques, galopantes de ce roman choral, presque chanté : le front des jeunes soldats ouvert en plein désert, loin de ce que l'on apprend, ici, en France, aux écoliers. Loin de la Marne, des Dardanelles, loin des gaz moutarde et des fleurs au fusil. Dans Les Filles d'Allah, la Grande Guerre apparaît renversée, retournée, sens dessus dessous.

Ce n'est pas la boue des Flandres, mais le désert du Hedjaz, où Lawrence, l'allié des insurgés arabes, est un simple ennemi. La gamme de gris pierre des champs de barbelés est absente. En conteur innocent d'une bataille qui paraît aujourd'hui si vaine, si inutile, Gürsel décentre l'histoire européenne. Au chapitre intitulé "Une pluie d'étoiles", il écrit : "C'est après la mort de ton grand-père que tu as trouvé le carnet sur lequel il avait consigné ses souvenirs de guerre." Et plus loin, faisant de ce carnet la source matérielle d'une fiction soudainement métamorphosée en récit : "On marchait toute la nuit dans le désert : les chameaux portant le ravitaillement, les buffles et les boeufs traînant les canons et les ponts mobiles... Les soldats avaient de l'eau à boire et un manteau pour se coucher dans le froid glacial de la nuit, mais pas de tentes. Ils creusaient de leurs mains un trou pour s'y coucher..."

Aujourd'hui aussi, il fait froid, c'est Paris en octobre, rue de la Santé, passé les longs murs de la vieille prison, à quelques mètres de l'hôpital Sainte-Anne, là où crient les déments ; et pour un peu, d'ici, au sixième étage d'un immeuble moderne, on croira dominer la folie. Mensonges des sains d'esprit ! Gürsel, lui, est sur le départ. Demain, il sera à Beyrouth, bientôt ailleurs, De ville en ville, titre d'un recueil de textes, paru en mars 2007, où il rendait visite aux morts de l'Europe littéraire : Baudelaire, Kafka, traces et fantômes de la mélancolie. Est-ce pour s'excuser de l'étroitesse des lieux, des tapis usés par terre, de la vue sur les barres d'immeubles de la place d'Italie, il me montre une photo : "Voilà ce que nous apercevons de la maison de ma famille, à Istanbul ", vision idéale du détroit du Bosphore, un bateau à roue glisse au bas de l'image. "C'est un des lieux où le Bosphore est le plus étroit et la maison est grande."

Même aux apatrides, il faut donc un pays. Au fil des années, après tant de voyages, de vies écartelées, une ici, à Paris, comme professeur et une autre là-bas, celle des souvenirs, à la fois de l'écriture et de la nostalgie, Gürsel l'aura tout simplement créé. Son pays, c'est son oeuvre, dont il dit aujourd'hui tristement : "Ma fille ne me lit pas." Et, pourtant, il y a là assez d'histoires, de paysages, d'errances, de départs et d'exils pour y choisir sa demeure ou y rester, comme une malle, en français, on dit "en souffrance". Si un jour, en plus des ponts au-dessus du Bosphore, un géant devait relier les deux rives, l'Europe à la lointaine Asie, il faudrait penser à lui. Car c'est encore, ce matin-là, un solide gaillard, fort et délicat, qui pourrait bien jouer le dieu du passage. Alors, Les Lapins du commandant serviraient de fondations, Le Dernier Tramway relierait les deux rives, Un long été à Istanbul accompagnerait notre promenade et chaque page écrite, nouvelles, essais, romans de Gürsel prendrait place à l'endroit où il n'y avait rien qu'un bras de mer de vieilles rancoeurs et d'incompréhensions.

Lui qui lit le français, que pense-t-il de cette traduction des Filles d'Allah ? "En Turquie, répond Gürsel, je suis plutôt considéré comme un styliste. Mais, dans cette version française, les éditeurs ont pris la décision d'adapter le texte pour que les références au Coran soient plus compréhensibles." Vieux tropisme des langues et des nations : toujours réduire l'étrangeté de l'autre.

Maintenant, au sixième étage de la rue de la Santé, le ciel s'est rembruni. Devant une cafetière à pressoir, l'écrivain des ombres, de la dérive, du vieux rêve bohème et de la solitude triture le chapelet que lui a légué son grand-père. Je m'interroge : les souvenirs de l'enfance, lorsque l'islam n'était pour lui qu'un chant, des histoires, légendes et poèmes, toute cette mémoire excavée de ses premières peurs l'aurait-elle rappelé à la foi ? Gürsel en fils des Lumières, laïque et malicieux, répond en ouvrant une boîte de cigares : "Oh non ! Le chapelet, c'est pour ne pas fumer."

Alors, sans égard pour la vérité, juste comme ça, pour jouer, je lui demande : "Mais, au fait, dans Les Filles d'Allah, le bras que votre grand-père a perdu pendant la Grande Guerre, l'a-t-il vraiment perdu ? Et les carnets écrits pendant le siège de Médine, les a-t-il vraiment écrits ?" Jetant courageusement un trouble de fiction sur Dieu, le monde, les prophètes, la vie tout entière, jusqu'à notre rencontre, le romancier et sa ruse confessent tous les deux : "Non, les carnets et le bras, je les ai inventés."
Camille de Toledo

Les Filles d'Allah de Nedim Gürsel. Traduit du turc par Jean Descat, Seuil, 310 p., 21,50 €.

La guerre oubliée du Golfe

Des Yéménites dans un camp de réfugiés au nord du pays, dans la province d'Hajjah, en octobre dernier. Le conflit, qui a éclaté en 2004, a fait des milliers de morts et de déplacés. Crédits photo : AFP

REPORTAGE - Les combats entre l'armée yéménite et la rébellion chiite ont redoublé depuis l'été dernier. Après la mort de l'un de ses gardes-frontière, l'Arabie saoudite a dû s'en mêler.

«Que notre armée chasse tous les rebelles au Yémen pour que nous puissions rentrer chez nous !» s'exclame Yéhia en étendant du linge entre deux tentes. Une semaine après avoir évacué son village de Jabri, ce paysan saoudien qui vit désormais dans un camp de réfugiés, hors de la zone des combats, se veut pourtant fataliste : «notre sort est entre les mains de Dieu».

Une nuit, les militaires saoudiens sont venus le prévenir qu'il n'avait que quelques heures pour plier bagages. «Les insurgés nous menaçaient à quelques centaines de mètres de chez nous», se souvient Yéhia. Au petit matin, les habitants de Jabri et cinq mille autres venus de hameaux frontaliers ont été conduits dans des camps installés par les autorités saoudiennes avec l'aide d'associations caritatives islamiques.

Ces réfugiés sont les dernières victimes d'une guerre oubliée aux confins de l'Arabie saoudite et du Yémen. Une zone de non-droit où se mêlent, dans un cocktail explosif, les trafics en tous genres, une rébellion chiite aux portes de la terre sacrée sunnite d'Arabie, et, pour couronner le tout, al-Qaida en embuscade le long de ces 1 500 kilomètres de frontière montagneuse et incontrôlable.

De quoi inquiéter la monarchie saoudienne, qui va construire un gigantesque mur électronique le long de sa frontière avec le Yémen. «Riyad est convaincu que l'Iran est derrière la révolte de ses voisins chiites. Pour les Saoudiens, il est inacceptable d'avoir un mini-Hezbollah à sa frontière», explique un homme d'affaires occidental.

Un paradis pour la contrebande
Les Houthis, une minorité zaïdite d'inspiration chiite, s'estiment opprimés par le président yéménite Ali Abdallah Saleh. Ils se sont révoltés en 2004. Depuis, cette guerre a fait des milliers de morts et de réfugiés. En août, l'armée yéménite a lancé une vaste offensive pour liquider les Houthis, qui pénètrent en territoire saoudien pour contourner les forces de Sanaa.

Le 3 novembre, un garde-frontière saoudien a été abattu par la rébellion. Quatre officiers ont été également enlevés dans les monts du Djebel Doukhan, à cheval entre les deux pays. L'armée saoudienne est alors passée à l'offensive. Pour la première fois en cinq ans de conflit. Hélicoptères Apache, avions de combat Tornado et F-15 bombardent régulièrement les positions houthies en territoire saoudien et au Yémen. Cinq cents commandos de la base de Tabouk ont été dépêchés en renfort.
Le prince saoudien Khaled Ben Sultan. Crédits photo : AFP

«Nous poursuivrons les raids tant que les rebelles n'auront pas reculé à des dizaines de kilomètres» en territoire yéménite, a prévenu le vice-ministre de la Défense, le prince Khaled Ben Sultan. En évacuant le secteur frontalier de ses habitants, l'armée cherche aussi à éviter les prises d'otages par les Houthis. L'accès à cette «zone de sécurité» est théoriquement interdit à la presse étrangère. À l'intérieur, les soldats ont pris position dans les hameaux fantômes. Dans les localités encore habitées comme al-Raha, les tribus, armées, prêtent main-forte aux militaires.

Ceux-ci multiplient les patrouilles et les barrages volants. Ils fouillent les rares passants qui s'aventurent dans les rues. Mais faute d'appareils de vision nocturne, la chasse aux infiltrés est ardue. Entre vallées et pitons rocheux, la région est un paradis pour la contrebande. D'armes, de drogue et même d'enfants yéménites, expédiés par centaines chaque année chez leurs riches voisins du nord.

La semaine dernière, un jeune a été arrêté alors qu'il se faisait passer pour un réfugié. Les militaires saoudiens l'ont abattu avant qu'il n'ait eu le temps de sortir son arme. D'autres rebelles se déguisent en femmes pour déjouer les contrôles. Entre résistance armée et contrebande mafieuse, la violence est aveugle. En mai, trois Anglaises, prises en otages vraisemblablement par des trafiquants, ont été égorgées. Depuis, on est sans nouvelles de leurs six compagnons allemands.

Les insurgés, qui disposent de missiles sol-air, avaient préparé leurs infiltrations. Des caches d'armes et des tranchées ont été découvertes par les troupes saoudiennes. Elles dataient d'il y a deux mois. «Nous recevions des Yéménites qui venaient faire leurs achats chez nous, raconte Yéhia, mais nous ne savions pas qu'ils pouvaient avoir des liens avec les rebelles.»

Pourchassés par l'armée yéménite, les Houthis se sont regroupés l'été dernier dans le district de Malahidh, sur l'autre versant des montagnes. Cette région est connue pour ses marchés d'armes. Les kalachnikovs et les grenades sont ensuite acheminées en Arabie saoudite à dos de mulet avec la complicité des Qairis, la tribu qui vit de part et d'autre de la frontière. Mais ces derniers temps, l'étau de l'armée yéménite s'est resserré. Les insurgés avaient besoin d'une porte de sortie. «Leur incursion en Arabie devait leur permettre d'accéder à la côte saoudienne, d'où les rebelles devaient recevoir leurs armes», explique un militaire de retour du front. D'autres les accusent de vouloir établir un miniport clandestin au sud de la ville saoudienne de Jizzan, sur la mer Rouge.

Une aubaine pour al-Qaida
«Les Houthis reçoivent leurs armes d'Iran via les ports érythréens situés en face, sur l'autre rive de la mer Rouge, notamment celui d'Assab», affirmait récemment Bashir Eshaq, responsable d'un mouvement d'opposition au régime d'Asmara. Le mois dernier, les autorités yéménites ont annoncé avoir arrêté cinq ressortissants iraniens à bord de bateaux remplis d'armes.

«Les rebelles veulent créer leur mini-État à la frontière saoudo-yéménite et attirer les Saoudiens dans la guerre civile entre eux et Sanaa, analyse le général en retraite Saleh Ben Faris al-Zaharani, membre du Majlis al-Shoura, le conseil consultatif local. Mais ils commettent des meurtres inacceptables et l'Arabie a décidé de défendre sa frontière.»

Alors que les Houthis nient être soutenus logistiquement par l'Iran, en Arabie, certains estiment que l'intervention militaire de leur pays pourrait avoir d'autres motifs. «Les insurgés cherchaient à installer des réseaux de contrebande en Arabie plus qu'à vraiment déstabiliser le royaume, assure un expert. Ils avaient simplement besoin de soutiens parmi les tribus.» Ces relais auraient été neutralisés à la faveur du «nettoyage» de la zone frontalière.

«Il y a certainement des liens entre les trafiquants et les rebelles, affirme Barakat Qoureiha, professeur à l'université de Jizzan. C'est pour cela que les autorités ont décidé d'intervenir militairement». D'autant qu'une autre menace guette : al-Qaida profite du bourbier pour s'infiltrer en territoire saoudien et y lancer des attaques. «Quand je pars au travail le matin, ma femme ferme la porte à clé derrière moi», raconte Barakat Qoureiha.

Il y a un mois, deux terroristes déguisés en femmes ont été tués à Jizzan avant qu'ils ne commettent un attentat. Venus du Yémen où la branche locale d'al-Qaida et la saoudienne ont fusionné en début d'année, ils portaient des ceintures d'explosifs et des armes automatiques. Leur cible reste inconnue. Mais quelques semaines auparavant, un autre membre d'al-Qaida, venu lui aussi du Yémen, s'était déjà fait exploser devant le prince Mohammed Ben Nayef, manquant de peu le patron de l'antiterrorisme saoudien.

Cette guerre aux ressorts confus est une aubaine pour la mouvance terroriste. En effet, l'armée saoudienne a dû dégarnir sa présence plus à l'est de la frontière, en face des repaires djihadistes au Yémen. Dans ce contexte, la nouvelle stratégie d'al-Qaida - s'en prendre aux «têtes» du régime saoudien, alliés de l'Occident - ne peut qu'accroître l'inquiétude de Riyad.

Après dix jours de combat, l'armée saoudienne affirme avoir arrêté des centaines d'infiltrés et regagné le territoire conquis par la rébellion. Une chose est sûre : la troupe ne s'aventurera pas au Yémen. Elle garde un souvenir horrifié des derniers accrochages de 1995 lorsque quinze soldats saoudiens avaient été égorgés la nuit par des guerriers yéménites.

Mais aujourd'hui, cette «guerre pour la défense du royaume» est populaire. Les convois militaires en partance pour le front sont salués par les badauds. Quant à Khaled Ben Sultan, il n'est pas mécontent de pouvoir ainsi s'affirmer comme possible successeur à la Défense de son père, le prince Sultan, hospitalisé hors du pays depuis un an. Mais le conflit peut aussi s'embourber. «Tant que la guerre ne sera pas terminée au Yémen, elle se poursuivra côté saoudien, redoute un diplomate. Or les Yéménites n'ont pas les moyens de la gagner seuls.»
Georges Malbrunot

mercredi 18 novembre 2009

Ne pas céder au nouveau chantage des banquiers

Par PHILIPPE MARTIN professeur à Sciences-Po.

La campagne de lobbying des banques s’intensifie contre les projets de nouvelles réglementations financières discutés en Europe. Les banques utilisent la même stratégie que celle qui a si bien fonctionné, pour elles, depuis le début de la crise : le chantage. Si les Etats imposaient de nouvelles réglementations qu’elles jugeraient trop restrictives, en particulier sur les capitaux propres qu’elles doivent détenir, elles affirment qu’elles devraient restreindre fortement le crédit replongeant ainsi l’économie dans la récession. C’est à peu près l’argument qu’elles avaient utilisé après la faillite de Lehman. Sans sauvetage public, les faillites en cascade des banques feraient imploser l’économie réelle. Ce chantage avait réussi et les gouvernements avaient cédé à juste titre. En revanche, ils ne doivent pas se soumettre au chantage actuel. Deux ans après la crise, force est de constater cependant qu’aucune nouvelle réglementation n’est entrée en vigueur.

Une raison est que les profits des banques et donc les rémunérations des banquiers reviennent en force et leur pouvoir de lobbying s’en trouve donc renforcé. Pourquoi ? La crise a éliminé des concurrents et le coût de la matière première pour les banques (la liquidité) a fortement diminué grâce aux taux d’intérêt très faibles des banques centrales. En outre, contrairement aux autres acteurs privés de l’économie, les banques bénéficient gratuitement d’une garantie de l’Etat. Garantie qui leur permet d’emprunter à coût faible et d’investir dans des activités risquées et à rentabilité élevée. Lorsque les banquiers répètent en chœur que leurs profits et rémunérations actuelles ne viennent pas de la manne publique parce qu’ils ont remboursé les sommes prêtées en pleine crise, ils sont donc d’une mauvaise foi confondante. Les profits actuels des banques sont directement liés à l’aide publique.

Les débats entre les économistes sont vifs sur le type de réglementations nécessaires pour empêcher que la garantie publique dont bénéficient les banques ne produise une trop grande prise de risque. Mais ils s’accordent sur la nécessité d’imposer des règles plus strictes qui auront pour conséquence de diminuer les profits des banques.

Le sujet des bonus les divise davantage. Certains considèrent qu’il s’agit d’une question secondaire, une distraction des vrais enjeux, et que les bonus n’ont pas joué de rôle dans la crise financière. Les autres (qui croient peut-être plus aux incitations) considèrent en revanche que, même si les rémunérations et les bonus ne sont pas la cause majeure de la crise (il n’y a de toute façon pas de cause unique), elles ont incité les banquiers et les traders à prendre davantage de risques en jouant à un casino très asymétrique : pile, je gagne un énorme bonus, face je perds mon bonus mais pas les sommes engagées par la banque, qui sera de toute façon sauvée par l’Etat. Jusqu’ici, ce débat restait assez théorique.

Une étude récente et très rigoureuse de trois économistes (Cheng, Hong et Scheinkman disponible sur le site de ce dernier à l’université de Princeton) permet va plus loin. Ils utilisent des données sur les rémunérations des dirigeants d’environ 150 institutions financières américaines (principalement des banques) sur la période 1992-2008 pour étudier la corrélation entre le montant de ces rémunérations et les risques pris par ces institutions. Le résultat est très clair : à taille égale, les institutions offrant des rémunérations (en particulier des bonus) plus élevées ont été plus agressives (c’était bien le but de ces rémunérations incitatives) et ont pris plus de risques. Pendant la phase de la bulle, elles ont eu des rendements plus élevés et, pendant la phase de crash, elles ont fait plus de pertes. Elles ont en particulier davantage investi dans les subprimes. Que peut-on en déduire? Que les montants des bonus ne doivent être ni laissés à la discrétion des banques qui bénéficient de la garantie de l’Etat, ni livrés à la vindicte populaire, qui les juge évidemment injustes. Il s’agit de réduire non des rémunérations astronomiques - c’est le rôle de l’impôt sur le revenu - mais le risque. Exactement comme un assureur peut obliger l’assuré à mettre en place des extincteurs contre l’incendie, l’Etat assureur peut obliger les banques à mettre en place un système de rémunération qui décourage la prise excessive de risque.

Comme celui des capitaux propres, le contrôle des rémunérations des banquiers doit faire partie de l’arsenal du régulateur pour éviter que le contribuable ne se retrouve une nouvelle fois contraint de payer la facture.

mardi 17 novembre 2009

Jihâd contre «guerre sainte»

Le Coran qui est guidance et lumière ne saurait sanctifier une guerre quelle qu’elle soit, car la guerre est toujours synonyme de larmes, de sang, de souffrances et d’exactions de toutes sortes ! L'idée même de «guerre sainte» n’a donc rien de coranique.

Tout d'abord, la notion de jihâd, popularisée en Occident sous le nom de «guerre sainte» est une notion avant tout d’ordre spirituel. Il s’agit de faire effort de ses biens et de sa personne sur le chemin de Dieu :
« Les croyants sont seulement ceux qui croient en Dieu et à Son Envoyé, bien mieux, ne doutent pas, et font effort de leurs biens et de leur personne sur le chemin de Dieu » (XLIX, 15).

Al-jihâd-al-akbar, ou le grand jihâd, est la lutte intérieure contre tout désir détournant l’homme de son centre, et le petit jihâd, c’est l’action pour l’unité et l’harmonie de la communauté musulmane contre toutes les formes d’idolâtrie de pouvoirs, de richesses, de faux savoirs, qui l’écarteraient du chemin de Dieu.

Ensuite, le Coran recommande la reconnaissance entre les peuples :
«Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre reconnaissance mutuelle.
Le plus digne au regard de Dieu est celui qui se prémunit davantage» (XLIX, 13)

Il rappelle le caractère sacré de la vie humaine :
«C'est pourquoi Nous édictâmes à l'intention des Fils d'Israël, que tuer une âme non coupable du meurtre d'une autre âme ou de dégât sur la terre, c'est comme d'avoir tué l'humanité entière; et que faire vivre une âme c'est comme de faire vivre l'humanité entière.» (V, 32)

Tout en condamnant de manière catégorique ceux qui provoquent des dégâts sur la terre :
« Faites dépense sur le chemin de Dieu. Ne vous lancez pas de vos propres mains dans la destruction. Agissez bellement : Dieu aime les bel-agissants.
Il s’en trouve aussi, de qui te charme le propos sur la vie d’ici-bas ; tel va jusqu’à prendre Dieu à témoin de ce qu’il a dans le cœur : or, il est le plus acharné des adversaires
à peine a-t-il tourné le dos qu’il se démène sur la terre à y faire dégât, à ruiner labour, engendrement.
— Or Dieu déteste le dégât
Dieu distingue l’homme d’amélioration de l’homme de dégât. »
(II, 195, 204-205, 220)


Selon Zamarcharî, le premier verset autorisant la lutte défensive vint après soixante-dix autres proscrivant la violence en général.

« Permission est donnée à ceux qui combattent pour avoir subi l’iniquité…
— Dieu de les secourir est Capable.
— … à ceux qui furent évincés de leurs demeures à contre-droit, et seulement parce qu’ils disaient : “Notre Seigneur est Dieu”… » (XXII, 39-40)


ALI DADDY

lundi 16 novembre 2009

ULB viert 175 jaar vrij onderzoek

Elsene - De Université Libre de Bruxelles (ULB) viert zijn 175ste verjaardag. De feestelijkheden duren het hele academiejaar 2009-2010. Vandaag wordt het startschot gegeven met een voorstelling in Bozar.

De universiteit werd gesticht in 1834, kort na de Belgische onafhankelijkheid. De Brusselse advocaat en politicus Pierre-Théodore Verhaegen stond mee aan de wieg van de nieuwe staatsinstelling. Die werd opgericht als reactie op de katholieke universiteiten.

Van bij de stichting was het onderwijs in de ULB gebaseerd op de vrijheid van mening, in tegenstelling tot de katholieke universiteit. Het vrij onderzoek stond hoog in het vaandel geschreven, "om onverdraagzaamheid en vooroordelen te bevechten".

De eerste colleges (voor 76 studenten) werden gehouden in het voormalige hof van Karel van Lotharingen op de Museumplein. In 1842 verhuisde de ULB naar de Stuiversstraat. Door de aanleg van de Noord-Zuidverbinding moest de universiteit uitwijken naar het gehucht Solbos, op de terreinen van de Wereldtentoonstelling van 1910.

Na 1960 breidde de ULB uit naar de campus La Plaine, het voormalige oefenterrein van het leger. Een gedeelte van het domein werd na de afsplitsing in 1969 als campus toegewezen aan de Nederlandstalige Vrije Universiteit Brussel (VUB).
(BDW)

A Rome, les dirigeants du G8 snobent un sommet contre la faim

Toutes les six secondes, un enfant meurt de faim dans le monde: pour combattre cette tragédie, une soixantaine de chefs d’Etat participent à partir de lundi à Rome à un sommet de la FAO, snobé par la quasi-totalité des dirigeants du G8 et accueilli dans un certain scepticisme.

Outre le pape Benoît XVI, des chefs d’Etats venus surtout d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine ont répondu à l’invitation de l’organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO).

Parmi eux, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, le président brésilien Lula et son homologue controversé, le Zimbabwéen Robert Mugabe. Du côté des pays du G8, seule l’Italie sera représentée par son chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, qui, au passage, échappe à la réouverture d’un procès prévue le même jour à Milan.

Pour Jacques Diouf, directeur général de la FAO, «le combat contre la faim peut être remporté».

Mais «né au forceps», ce sommet sur la sécurité alimentaire est né dans un «climat de grand scepticisme», les puissances occidentales plaidant pour un changement de stratégie dans la lutte contre la faim, selon une source diplomatique latino-américaine.

En juin 2008, les pays membres de la FAO s’étaient engagés à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici à 2015. Depuis, ce chiffre est passé de 850 millions à 1,02 milliard. Le journal de la Conférence épiscopale italienne Avvenire a prévenu contre un «risque d’échec» craignant «une assiette vide au sommet de la FAO», tandis que le maire de Rome, Gianni Alemanno, s’est déjà déclaré «déçu» par le projet de déclaration finale.

Aucun nouvel engagement chiffré ne figure en effet dans ce texte d’une quarantaine d’articles, notamment pas les 44 milliards de dollars annuels pour l’agriculture, jugés nécessaires par la FAO. Les auteurs de la déclaration se contentent de saluer la promesse des membres du G8 à l’Aquila en juillet dernier de mobiliser 20 milliards de dollars sur trois ans contre la faim, et de demander que «ces engagements soient honorés».

Les organisations d’aide au développement ActionAid et Oxfam ont dénoncé par avance un sommet qui «risque d’être un gaspillage de temps et d’argent».

Pour sensibiliser l’opinion, Jacques Diouf a lancé une pétition en ligne et appelé à une grève de la faim de 24 heures. Lui-même affirme avoir jeûné «par solidarité», de même que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, arrivé dimanche dans une capitale déjà bouclée par un millier de policiers et carabiniers.
(Source AFP)

dimanche 15 novembre 2009

Les politiques redécouvrent l'école

La jeune génération politique a compris l'importance de la question scolaire à l'heure des pannes d'ascenseur social et de l'explosion de l'illettrisme. Crédits photo : Le Figaro

À droite comme à gauche, l'éducation redevient un thème de réflexion des partis politiques.
Enfin, serait-on tenté de soupirer. L'école est proclamée pilier de la République, sa décrépitude inquiète les Français, qui le montrent en achetant les nombreux livres consacrés au sujet, en se passionnant, même, pour les questions pédagogiques, allant jusqu'à investir en nombre dans des méthodes syllabiques d'apprentissage de la lecture. Et du côté des politiques, rien. Nicolas Sarkozy l'avait compris, qui avait consacré au sujet ses principaux discours de campagne présidentielle. Ségolène Royal également, par ses références à l'autorité des maîtres. Mais hors campagne, hors même cette seule campagne de 2007, les politiques restent plus que discrets sur le sujet. À l'exception de ceux qui ont été ministre ou de ceux qui voudraient l'être (ou les deux comme pour Jack Lang), le silence est assourdissant. Or, à droite comme à gauche, il vient d'être brisé.

Par Jean-François Copé, d'abord, qui lançait le 22 octobre avec son club Génération France (dont Luc Chatel est vice-président) quelques propositions autour du collège. Par Vincent Peillon, ensuite, qui poursuit son dialogue avec les Verts et le MoDem en organisant samedi à Dijon une journée de réflexion sur l'éducation. Les initiatives ont à elles seules le mérite d'exister, et de prouver que la jeune génération a compris l'importance de la question scolaire à l'heure des pannes d'ascenseur social et de l'explosion de l'illettrisme. Au point qu'on se demande comment droite et gauche avaient pu à se point abandonner le terrain.

Pour Jean-François Copé, la timidité de la droite avant le tandem Sarkozy-Darcos viendrait du «traumatisme Devaquet» et des manifestations étudiantes de 1986. Certes. Mais la réforme Devaquet concernait l'université. Sur l'école, la droite était inaudible depuis… Edgar Faure (à l'exception de la loi Haby sur le collège unique, loi de gauche promulguée par le centre droit).

Depuis qu'elle s'était persuadée que l'école était un sujet pour les enseignants, électorat forcément captif de la gauche. Or la gauche, dans la décennie 2000, ne fut pas plus audible, occupée qu'elle était à s'interdire de regarder en face le résultat de ses réformes, et notamment la loi d'orientation de 1989. Résignation d'un côté, dénégation de l'autre. C'est à ce cycle que certains rêvent de mettre fin.

Fossé culturel
À droite, pourtant, on observe un devoir de réserve afin de ne pas gêner l'action du ministre. Nathalie Kosciusko-Morizet, un temps intéressée par la question, s'est placée en retrait. Xavier Darcos s'interdit d'empiéter sur les plates-bandes de son successeur. Quant au maire de Meaux, il souligne que «sur la réforme du lycée, il a été fait ce qu'il fallait faire» ; ce qui ne l'empêche pas de regretter la «retraite en rase campagne» de Nicolas Sarkozy en décembre 2008. Les accents républicains du duo Guaino-Darcos en 2007 ? Il les balaie d'un revers de main, concluant qu'il «faut contrôler le niveau au primaire». Mais les références de Jean-François Copé sont ailleurs.

Même clivage à gauche, où le fossé culturel vire à la guerre de tranchée. Le PS, puissance invitante à Dijon , a convoqué dans ses tables rondes le ban et l'arrière ban des syndicats (excepté le Snalc, deuxième syndicat du secondaire, sans doute jugé trop critique), fédérations de parents et autres lobbys pédagogiques. Qui ont menacé de boycotter la rencontre quand ils ont appris que venait pour le MoDem Jean-Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du crétin, grand contempteur des «pédagos» et coauteur des programmes du primaire de Xavier Darcos. Le trublion a été désinvité sans l'être vraiment, avec les excuses d'un Vincent Peillon proclamant sa fibre «républicaine» ; et laissant au MoDem un boulevard pour faire entendre sur l'école un discours un peu différent. Même Ségolène Royal s'est invitée dans un débat où les présidentiables n'étaient pourtant pas souhaités.

Les rares politiques qui osent s'avancer sur le chemin miné de la question scolaire tentent donc, à droite comme à gauche, d'éviter les sujets qui fâchent et les clivages essentiels.

Le «pragmatisme» vient remplacer les interrogations sur le rôle de l'école, les méthodes d'apprentissage et les causes profondes de l'échec scolaire. D'où le succès de Sébastien Clerc, jeune professeur sans idéologie, auteur d'une «méthode» pour éviter une violence qu'il se contente de constater. Il fut l'invité vedette de Jean-François Copé. Mais il figure également en bonne place à Dijon, chez Vincent Peillon. Un «plus petit dénominateur commun» qui prouve que, si 2012 doit se jouer en partie sur l'école, les jeux ne sont pas faits.

Les républicains
François Bayrou, président du MoDem. Crédits photo : Le Figaro

Le terme «républicains» désigne, de façon large, ceux qui, à droite comme à gauche, voient dans l'école un lieu spécifique, de transmission des connaissances et de formation des citoyens. Jean-Pierre Chevènement incarne notamment une partie de ce courant de pensée ; non pas le Chevènement de 1984, inventeur des 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat, mais celui des années 1990 et 2000, opposé aux dérives des pédagogies modernes, et menant au sein de sa fondation Res Publica une réflexion sur les moyens de refonder l'école et ses missions. Les discours d'Henri Guaino, comme les programmes du primaire mis en place par Xavier Darcos, et rétablissant des leçons de grammaire et d'orthographe, relèvent de cette inspiration que l'on trouve aussi bien dans les ouvrages d'Alain Finkielkraut que dans ceux, à gauche, de Jean-Claude Michéa.

Orphelins du Darcos première version (remplacé par le couple Descoings-Chatel), et peu optimistes sur les capacités de la gauche à retrouver les mannes de Jules Ferry, ces «républicains» sont tentés de se retrouver chez un autre agrégé de lettres, François Bayrou. Presque malgré lui, et plus encore depuis le ralliement de Jean-Paul Brighelli, le président du MoDem se voit mis en position de porter un discours qui cherche à sortir de la caricature sur les «bonnes vieilles méthodes» et la «nostalgie». Marielle de Sarnez, présente à Dijon, osera-t-elle reprendre à son compte des propositions faites de recherches sur le rythme des apprentissages, d'un bilan en forme de constat de décès du collège unique et des ZEP et d'un attachement viscéral à un élitisme républicain comme barrière aux inégalités sociales ? À voir.

Les pédagolibertaires
Philippe Meirieu. Crédits photo : Le Figaro

Ils ont pignon sur rue depuis trente ans, ont inspiré la loi de 1989, la formation des enseignants et, jusqu'en 2007, les programmes scolaires, mais ils se considèrent toujours comme victimes d'un hypothétique conservatisme des enseignants refusant les dernières avancées des sciences de l'éducation. Car ils revendiquent également la caution de la science. Leur spectre va des plus institutionnels - ils sont nombreux parmi le corps des inspecteurs - aux plus marginaux, comme Gaby Cohn-Bendit. Politiquement, ce courant de pensée fut porté au pouvoir avec Lionel Jospin, et il inspire les positions du PS, des Verts et de l'extrême gauche. Mais il a aussi imprégné le vocabulaire d'une partie de la droite, à travers les discours sur la «créativité» des enseignants ou l'abandon de savoirs jugés inadaptés au monde moderne.

Son maître à penser, Philippe Meirieu, ancien directeur de l'IUFM de Lyon, vient de rejoindre les Verts. Il sera tête de liste Europe-Écologie pour la région Rhône-Alpes. Surnommé par ses adversaires le «pape de la pédagogie» ou, de façon moins amène, le «primat des pédagols», il passerait donc du rôle d'éminence grise et de référence médiatique unique à celui de candidat. Ce qui n'en fait pas une «jeunesse» en politique.
Vincent Peillon. Crédits photo : Le Figaro

Vincent Peillon, malgré des odes à Jean-Pierre Chevènement, organise son rassemblement sous l'égide des réseaux PS. D'où la présence à Dijon de Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire de l'Éducation nationale peu féru du devoir de réserve, et longtemps numéro 2 du PS sur les questions éducatives. Avec lui, qui constitua les réseaux de Ségolène Royal en 2007, et les représentants des Cahiers pédagogiques, de la FCPE, du Sgen ou de l'Unsa, ce sont les sciences de l'éducation, dans leurs différentes nuances, qui présideront à la rénovation des idées de la gauche sur l'école. À ceux qui y verraient plutôt un éternel recommencement, Vincent Peillon doit répondre par des «propositions». Sa dénonciation des notes comme «évaluation somative et pas formative» qui «provoquent de la souffrance» rappellent furieusement tout les discours pédagogiques des vingt dernières années.

Les libéraux modernistes
Jean-François Copé. Crédits photo : Le Figaro

Les inspirateurs de ce courant sont actuellement Richard Descoings, directeur de Sciences Po, ou Jean-Marie Blanquer, recteur de l'académie de Créteil, tous deux spécialistes des expérimentations, notamment à destination des zones d'éducation prioritaires. Toutefois, le premier à avoir incarné ce courant, n'en déplaise à ses actuels représentants, est Claude Allègre, l'homme du «Mammouth». Contempteur des «conservatismes» aussi bien incarnés, selon lui, par les syndicats que par les tenants des savoirs traditionnels, chantre des nouvelles technologies et de l'adaptation aux impératifs de «l'économie de la connaissance», Claude Allègre, qui prépara avec Lionel Jospin et Philippe Meirieu la loi de 1989, fut le premier à défendre les nouvelles technologies et l'anglais, la confiance en soi des élèves et l'évolution du métier d'enseignant.

Jean-François Copé, qui se réclame de Richard Descoings et de Jean-Marie Blanquer, s'est surtout intéressé au collège. Les axes de sa «réforme en profondeur» sont, pêle-mêle, d'organiser l'autonomie des établissements scolaires avec des chefs d'établissements-PDG-managers, de favoriser le e-learning, de développer l'apprentissage de langues utiles comme l'anglais, le chinois ou l'arabe et de «donner davantage confiance en eux aux élèves» par un travail sur l'oral, et de spécialiser les collèges par niveau, 6e, 5e…

Mélenchon, avocat des filières pro
Jean-Luc Mélenchon. Crédits photo : Le Figaro

Ministre délégué à l'Enseignement professionnel de 2000 à 2002 (et ancien professeur de lettres en lycée professionnel), il est l'un des rares connaisseurs de cette branche délaissée du système éducatif. Au point de s'en faire l'ardent avocat. Et de dénoncer une gauche intellectuelle méprisant les savoirs professionnels et les filières manuelles. «Ça intéresse tellement peu de monde que j'ai pu modifier l'ensemble des programmes de CAP sans avoir un entrefilet dans les journaux. Dans un sens, c'est pratique.» Républicain par son attachement à un enseignement public fort et sa volonté de casser le collège unique par des 4e et 3e technologiques, mais influencé par les pédagogies inductives (davantage adaptées à l'enseignement professionnel qu'aux savoirs classiques), Jean-Luc Mélenchon appelle de ses vœux un ministère unique gérant l'ensemble de l'enseignement professionnel, agricole, secondaire et tertiaire, des «lycées de métiers» regroupant lycéens, appren- tis et adultes en for mation continue et un maillage du territoire équivalent à celui des fi lières générales.
Natacha Polony

samedi 14 novembre 2009

Les sombres desseins du «New York Post»

Presse. Pour avoir critiqué un dessin scabreux, une journaliste noire du quotidien de Murdoch a été licenciée. Elle dénonce le racisme ambiant.

Ce pourrait être un de ces titres racoleurs du New York Post : «Virée pour avoir traité son employeur de raciste». A cette différence près que l’employeur est précisément le tabloïd new-yorkais. Et la femme qui se dit victime d’un licenciement abusif, une ancienne rédactrice en chef adjointe. Sandra Guzman a porté plainte pour discrimination devant un tribunal fédéral de Manhattan contre le groupe News Corp de Rupert Murdoch, propriétaire du quotidien.

Tout est parti d’un fait divers : en février, un chimpanzé qui avait manqué de tuer une femme a été abattu par la police. Le lendemain, le New York Post illustrait l’histoire par une caricature montrant deux policiers penchés sur le cadavre du primate, l’un d’eux disant : «Ils vont devoir trouver quelqu’un d’autre pour écrire le plan de relance économique.» Un commentaire ambigu, faisant référence au plan de redressement que Barack Obama venait de signer. Du chimpanzé au premier président noir des Etats-Unis… Le New York Post n’a vraisemblablement pas jugé l’assimilation raciste. «Le but du journal est de détruire Barack Obama. Nous ne voulons pas qu’il réussisse», confiait plus tard le chef de bureau du Post à Washington à Sandra Guzman . Ce n’est pas pour rien que le Post partage avec la chaîne Fox News le même patron, Rupert Murdoch…

Boycott. La célèbre NAACP, l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur, a aussitôt appelé au boycott du journal et au départ de son rédacteur en chef, Col Allan. Un homme contre lequel Sandra Guzman a pléthore d’arguments. La journaliste noire d’origine portoricaine, qui compte un Emmy Award à son CV, était chargée depuis six ans du supplément Tempo, dédié au lectorat latino. Il lui a suffi de dénoncer le racisme du dessin pour perdre son emploi. Le Post soutient que la fin de son contrat de travail est due à la suspension de la publication de Tempo, faute de rentrées publicitaires.

Sandra Guzman assure, elle, que «les femmes et les employés de couleur sont en butte à une discrimination systématique» dans le journal. Pire, que le travail y est «ponctué de commentaires et de comportements sexistes et racistes». La faute à une culture machiste perpétuée par un personnel majoritairement masculin et blanc. Seuls trois des 300 journalistes du tabloïd sont noirs.

«Pas de quartier». La faute aussi à Col Allan, cet Australien de 56 ans appelé à la rescousse en 2001 pour relancer les ventes. Sa devise, «Pas de quartier», lui vaut le surnom de «Col Pot». Alors que des militants des droits civiques manifestaient en février devant le journal, Col Allan les aurait, selon Sandra Guzman, dénigrés par un : «Ils sont issus de minorités et la majorité d’entre eux ne sont pas éduqués.» Coïncidence ? Les cinq derniers employés à avoir été licenciés étaient soit noirs soit des femmes de couleur.

Dans sa plainte, Sandra Guzman, que le vice-président de News Corp, Les Goodstein - peu indifférent à ses charmes latinos -, avait baptisée «Cha Cha numéro 1», liste ainsi pour sa défense une myriade d’autres remarques et comportements diffamatoires. L’affaire fait grand bruit et n’arrange pas les affaires du Post, qui a perdu 30% de ses lecteurs ces deux dernières années.
ALEXANDRA GENESTE