lundi 28 décembre 2009

L'Iran réprime de nouvelles manifestations dans le sang

«Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran», scandaient dimanche les opposants au président Mahmoud Ahmadinejad . Crédits photo : AP

Les violents affrontements entre la police et les opposants au président iranien Mahmoud Ahmadinejad auraient fait au moins quinze morts, même s'il est difficile d'avoir un bilan précis. La France condamne cette répression .

Plusieurs manifestants ont été tués dimanche dans la capitale iranienne, lors de très violents affrontements entre des milliers d'opposants au président Mahmoud Ahmadinejad et les forces de l'ordre.

Il reste très difficile d'établir un bilan définitif. Lundi matin, la télévision iranienne officielle, citant le ministère des Renseignements, faisait état de «plus de quinze morts», dont cinq victimes de «groupes terroristes». Une information contredite par le bilan du Conseil suprême de sécurité nationale, qui s'en tient à huit morts.

Selon des sites d'opposition, au moins cinq morts ont été comptabilisés, dont un neveu de l'opposant Mir Hossein Moussavi. D'après le site d'opposition Rahesabz, trois des victimes auraient été tuées par des «tirs directs» de «forces militaires», près du «pont du collège» sur l'avenue Enghelab, la grande artère traversant Téhéran d'est en ouest où se sont concentrées les manifestations. Un quatrième manifestant aurait été tué un peu plus loin. D'après la police de Téhéran, qui écarte toute bavure et considère ces morts comme «suspectes», le neveu de Mir Hossein Moussavi aurait été victime d'«agresseurs inconnus». Il aurait été identifié sur cette vidéo :

Des «arrestations arbitraires»
Ces violences sont les pires en Iran depuis les affrontements qui ont suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en juin. Au moins 70 personnes avaient été tuées selon l'opposition, moitié moins d'après la police. Dans un communiqué, le Quai d'Orsay a condamné dimanche après-midi «les arrestations arbitraires et les violences» commises à Téhéran «contre de simples manifestants». La Maison-Blanche a de son côté condamné «la répression violente et injuste de civils cherchant à exercer leurs droits universels en Iran».

L'opposition, qui accuse toujours le pouvoir de fraude massive, avait appelé à ces nouvelles manifestations, en marge des rassemblements prévus pour l'Achoura, la journée de deuil religieux commémorant la mort de l'imam Hossein, figure centrale de l'islam chiite. «Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran», ont scandé les manifestants. Et de poursuivre: «C'est le mois du sang, et les bassidjis vont tomber», dans une double allusion au mois de deuil de Moharram, dont l'Achoura est le point culminant, et aux miliciens largement utilisés ces derniers mois par le gouvernement contre les manifestations.

Malgré une présence policière massive, des milliers de personnes se sont donc rassemblées le long de l'avenue Enghelab, déjà théâtre des grandes manifestations de juin. Mais la police est rapidement intervenue, utilisant des gaz lacrymogènes et chargeant violemment. Les opposants au pouvoir auraient répliqué en jetant des pierres et en incendiant des poubelles pour se protéger et bloquer les rues. Sans succès. Les milliers de partisans d'Ahmadinejad ont profité de leur dispersion pour organiser une contre-manifestation sur l'avenue, scandant des slogans favorables au guide suprême iranien, l'atyatollah Ali Khamenei.

Des centaines de vidéos prises par les manifestants circulent déjà sur internet. Elles témoignent de la violence de l'événement :
L'opposition était déjà parvenue samedi à mener plusieurs manifestations de moindre ampleur à Téhéran. Ces mouvements avaient tous été violemment dispersés par la police. Dimanche, les manifestations se poursuivaient dans la soirée, selon le site d'opposition Jaras.

La police dit avoir procédé à 300 arrestations. Dans la nuit de dimanche à lundi, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ibrahim Yazdi, chef du Mouvement de Libération de l'Iran (MLI, opposition libérale), a été arrêté à son domicile par les services de sécurité.

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