mardi 9 mars 2010

De Decker: "Des militaires pour éduquer les jeunes délinquants"

Le président du Sénat s’alarme de la montée de la violence à Bruxelles. Et demande la création de centres pour jeunes avec encadrement militaire. Le bourgmestre d’Uccle et président du Sénat, le MR Armand De Decker, tire la sonnette d’alarme après les éléments dramatiques qui ont coûté la vie à une mère de famille vendredi dans sa commune.

Etes-vous surpris par cette violence urbaine qui frappe aussi les communes “aisées” du Sud de Bruxelles – dont la vôtre ?
Non, cela fait des années que je dénonce la montée de la violence à Bruxelles. Je suis bourgmestre depuis trois ans, président de la zone de police, je connais la réalité des choses. On constate cette montée de la violence commise par des délinquants de plus en plus jeunes. Dans ma zone de police, 95 % des jeunes que nous arrêtons, parfois multi multi multi récidivistes, sont libérés dans la journée Par manque de place dans les IPPJ ou parce que les juges de la jeunesse estiment que le délit est insuffisant Mais qu’est-ce qu’on crée comme société avec cela ? Une société où les jeunes ont un sentiment d’impunité totale

Vous l’avez dit : il faut 100 places dans des IPPJ à Bruxelles…
Il faut créer 100 places en IPPJ, c’est indispensable dans une grande ville. Mais cela pose aussi un autre problème : avons-nous réussi l’intégration des jeunes d’origine étrangère ?

Donc : “Avons-nous réussi l’intégration des jeunes d’origine étrangère” ?
Non. Quand je vois ce que je vois aujourd’hui, je ne peux que me dire qu’on a raté quelque chose. Daniel Ducarme avait osé le dire il y a cinq ans, il a été critiqué. Mais il avait raison. Et qu’on ne vienne pas me dire que je suis d’Uccle, j’ai vécu vingt-cinq ans à Schaerbeek. A l’époque, les choses se passaient bien, les parents étaient autoritaires. D’ailleurs, ils nous reprochaient d’être trop laxistes avec leurs enfants. Au Maroc, ça ne se passe pas comme ça, nous disaient-ils ! A un moment, ils vont vous marcher sur la tête Et c’est ce qui s’est passé Et surtout à la troisième et à la quatrième génération, cela s’est aggravé Je pense être un des politiciens belges qui connaît le mieux le Maroc, je suis allé trente-cinq fois sur place, je connais tout le monde là-bas. Aux Etats-Unis, on ne se pose pas cette question, si on veut devenir Américain, on adopte les valeurs des Etats-Unis. En Belgique francophone, les trois partis de gauche sont opposés à cela

Qui a raté l’intégration des jeunes d’origine marocaine ?
Je pense que nous sommes face à un vrai problème. Quand on voit aussi la violence dans les écoles, où il y a beaucoup de jeunes d’origine étrangère, le racket, etc. Tout cela doit être abordé d’une manière fondamentale, c’est un travail de fond, on ne peut pas remoraliser toute une jeunesse comme cela. En Flandre, c’est différent, qu’ils soient d’origine turque ou marocaine, ils doivent faire l’effort d’apprendre le flamand, ils intègrent donc des valeurs au passage. En Belgique francophone, on a une grosse carence en matière d’enseignement

Que proposez-vous pour faire face à cette délinquance des jeunes ?
Je remets sur la table l’idée de créer des centres d’éducation renforcés avec encadrement militaire. Un délinquant a 20 ans, il n’est plus question d’IPPJ. La prison ? Mais ça ne servira à rien : l’objectif est de ramener ces types qui ont perdu le sens des valeurs dans la vie réelle. Pour moi, la prison est indispensable, mais elle n’améliore pas les gens. Il faut un centre de resocialisation avec un cadre autoritaire où les jeunes sentent que la justice est là et qu’on ne rigole plus. On doit lui enseigner des choses, là-bas. Il y aurait du sport, une vie en équipe

Mais peut-on y mettre des gens qui ont commis un meurtre ?
Oui, ce serait pour les grands dérapages de début de vie. Comme ces types ont 20 ou 24 ans, ils vont encore vivre soixante ans : l’intérêt de la société, c’est de les rattraper et de les retourner. Un type de 40 ans, il est fait, on ne le changera plus. Donc, il va en prison. Mais un jeune, on doit le rattraper. Ça ne va pas se faire en prison ni dans une IPPJ, où on part voir des matches de football, le week-end

Cette proposition s’était vue opposer une fin de non-recevoir il y a trois ans. Pourquoi serait-ce plus praticable aujourd’hui ?
Mais parce que le contexte a changé ! Il y a de nombreux officiers et sous-officiers qui sont prêts pour l’encadrement ! Ils ont inculqué la discipline toute leur vie, c’est mieux que la prison. C’est au gouvernement fédéral à organiser cela. C’est au ministre de la Justice et au ministre de la Défense à prendre les choses en main. Dans le gouvernement précédent, on ne parvenait pas à avancer sur ces idées

Ce sont des idées de “droite”, et le Parti socialiste est toujours au gouvernement semble-t-il…
Oui, mais ils sont entourés par les libéraux et les sociaux-chrétiens.

Vous plaidez pour une politique de tolérance zéro ?
Non, pour une réaction rapide et proportionnée. Il y a aujourd’hui un laxisme général, il y a cette génération post-soixante-huitarde qui est aux manettes. Les "il est interdit d’interdire", etc., ça ne va pas, c’est une vision totalement naïve de la société. Il faut que les peines de prison soient prononcées et appliquées - aussi petites soient-elles. La doctrine Giuliani à New York, c’est cela : une réaction rapide et proportionnée. Ici, les peines ne sont pas appliquées, c’est très mauvais pour la démocratie.

Diriez-vous que certaines zones de Bruxelles sont devenues des zones de non-droit ?
Je dirais qu’il n’y a pas de zones de non-droit à Bruxelles, mais qu’il y a certains quartiers où pour faire respecter la loi, on doit y aller avec cinquante ou cent policiers. Mais cela bouge en ce moment. Les chefs de corps demandent une réserve de quarante policiers de jour et de nuit pour intervenir d’urgence en cas de problème. On tire à la Kalachnikov à Anderlecht et à Forest : ça ne va plus

Une journaliste de “ La DH ” s’est procuré une arme de guerre Kalachnikov en six heures à Bruxelles : n’y a-t-il pas là aussi un problème au niveau du trafic d’armes ?
Effectivement, et nous prenons ce problème très au sérieux. Je peux vous dire que ça va changer, nous avons vu le Premier ministre et c’est le premier sujet que nous traitons avec les bourgmestres de Bruxelles. J’ai commandé une enquête aux services de renseignement sur le trafic d’arme de guerre en Belgique.

L’état des lieux que vous dressez est alarmant…
On est un peu aujourd’hui dans la société d’Orange mécanique, tous les jours à à Bruxelles, il y a des séquestrations et des attaques de gens, on le constate dans des rapports de police. Ces personnes sont traumatisées ! Ces gens en ont marre ! Moi, j’ai de plus en plus de personnes qui viennent me trouver et me disent qu’ils s’abonnent à des sociétés de sécurité. Ils payent pour que, quand ils rentrent du cinéma, la voiture de sécurité soit devant chez eux quand ils arrivent Il y a des gens qui me demandent de pouvoir faire des rues privées !

Des rues privées ?
Parfaitement : des rues privées ! Je connais ces rues privées, il y en a à Rio de Janeiro, à Lima, il y en a dans toute l’Amérique latine. Ils veulent se barricader. Est-ce que l’on veut cela ?

Et vous refusez ?
Evidemment que je refuse ! Je ne vais pas laisser aller cette dérive, je leur dis qu’il faut faire confiance à la police et à la justice. Mais la demande est croissante ! S’il n’y a pas de grandes mesures ou de prise de conscience, on va droit vers des quartiers barricadés comme à Rio, Lima ou Mexico, où on met des gardes à l’entrée, des projecteurs, des grilles. D’autres me demandent d’ajouter des caméras de surveillance partout et me disent qu’ils sont prêts à payer Je ne peux pas autoriser ces différences : ce n’est pas parce que les riches se mettent des caméras partout qu’ils devraient être plus en sécurité que les autres. Je ne sais pas si on se rend compte de cela, mais il faut réagir ou on va dans le mur.
Martin Buxant

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN DEDECKER PEUT EN CACHER UN AUTRE
Le sergent De Decker veut des centres fermés à discipline militaire, gérés par des militaires. Nous parlons du De Decker bruxellois, président du Sénat, non pas du Dedecker populiste judoka. La campagne électorale communale est ouverte à Uccle. Le garde chasse bourgmestre y déclare ouverte la chasse aux braconniers et aux délinquants allochtones petits et grands ; la pêche aux voix réactionnaires également.

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