dimanche 21 mars 2010

De wondere wereld van Belgisch Congo

CARL DE KEYZER TOONT HEDEN EN VERLEDEN VAN DE VOORMALIGE KOLONIE IN HET FOTOMUSEUM

Het is even schrikken als hij zegt dat hij halverwege het project aan opgeven dacht. ‘Dit was tot nu toe het moeilijkste project dat ik ooit deed. Enerzijds was er de berg archiefbeelden uit het Afrikamuseum van Tervuren. Er zaten tot 900.000 foto's ongecatalogeerd in dozen verpakt. Samen met Johan Lagae, wetenschappelijk onderzoeker aan de Universiteit Gent, heb ik uiteindelijk zo'n 42.000 beelden bekeken.'

‘Daarnaast is Congo zelf een onwaarschijnlijk lastig land om als fotograaf te werken. Voor Congo (belge) heb ik uren in wachtzalen gesleten en honderden dollars op tafel gelegd om de toestemming voor een foto te krijgen.'

We stappen in de eerste zaal langs de zwartwitbeelden uit het Tervurenarchief. Congo belge en images noemt Carl De Keyzer zonder blozen ‘uniek'. ‘De foto's zijn, op een paar uitzonderingen na, nooit verschenen. Er was veel retoucheerwerk nodig vooraleer ik een goede print van de glasnegatieven kon maken. Ik heb duizenden puntjes en krassen weggewerkt, soms moest ik zelfs stukken beeld kopiëren omdat de helft was weggevaagd.'

Het monnikenwerk heeft zijn fascinatie voor het onderwerp gelukkig niet klein gekregen. Als we De Keyzer naar zijn favoriet vragen, loopt hij recht naar de foto met de overbevolkte sloep (zie hiernaast). ‘En dat is maar een van de duizenden pareltjes uit het Tervurenarchief', zegt hij oprecht bewonderend.

Tussen het voormalige Belgische Congo en het huidige Congo zit in het Fotomuseum maar dertig meter. De tentoonstelling Congo (belge), met foto's van De Keyzer, wil het beeld bijstellen dat we van Congo hebben. ‘Zelf heb ik me lange tijd verraden gevoeld. Als tiener kreeg ik in de geschiedenislessen verhalen mee waarvan ik niet wist of ze klopten. Zo heb ik pas laat ontdekt dat Congo niet langer het eigendom van België was. Met Congo (belge) wilde ik de feiten controleren en eventueel corrigeren.'

Zo is Congo meer dan brousse en stof, ontdekte De Keyzer. Het is een surreëel landschap waarin de Belgen in het verleden een stukje Vlaanderen hebben neergeplant. ‘Soms reden we tientallen kilometers door lianen om dan plotseling in een dreef met platanen te belanden met op het einde een kerktoren en een stadhuis. Een kilometer verder reed je het dorp uit en zat je weer in Afrika. Het is een onverteerd taboe, maar het enige wonderbaarlijke dat België naast Eddy Merckx en Jacques Brel heeft voortgebracht, is Belgisch Congo.'

‘Congo belge en images' en ‘Congo (belge)', nog tot 16/5 in het Fotomuseum, Antwerpen. Op zondag 24/1 signeert Carl De Keyzer tussen 14 en 16 uur de twee fotoboeken die naar aanleiding van de tentoonstellingen bij Lannoo zijn uitgegeven.

CONGO : (DE) CONSTRUIRE LE "MODELE BELGE"
Au Foto museum à Anvers, Carl De Keyzer dissèque l’imagier du Congo belge. Une démythification jouissive par photos interposées.

On connaît le rôle du sabre et du goupillon dans les conquêtes coloniales de la Belgique. On oublie trop souvent celui du positivisme et de l’image. En effet, pour perdurer, il ne suffisait pas de combattre et de convertir, il fallait aussi inventorier et décrire. En tant qu’image exacte, la photographie permit les deux.

Au Musée de la photographie à Anvers, une centaine de clichés anciens nous laissent voir ce recensement systématique des curiosités de la nouvelle colonie comme une sorte de tour du propriétaire. L’écho qu’ils suscitent chez le visiteur laisse entendre clairement combien il s’agissait-là aussi de l’élaboration du mythe du Congo belge. Le mythe dans ses deux versants, à la fois histoire lénifiante et modèle conquérant.

L’ensemble - époustouflant - offre l’introduction la plus éclairante qui soit à la centaine de photographies de Carl De Keyzer exposées tout à côté et montrant les traces de cette cruelle chimère aujourd’hui. Il est d’autant plus "ajusté" que le photographe de Magnum lui-même et l’historien Johan Lagae ont exploré de concert les collections du Musée de Tervuren pour le concocter. Cela nous vaut la découverte d’extraordinaires images, des sortes de "tableaux d’histoire" en noir et blanc montrant comment les Blancs s’imposaient aux Noirs. Images de défrichages, de constructions, de découpages au carré de l’espace pour des implantations de comptoirs et de villages. Images d’un blitzkrieg rationnel si l’on considère que la messe - c’est le cas de le dire - était dite en trois décennies.

Elles sont d’autant plus extraordinaires ces photographies qu’elles ont été tirées à partir des négatifs originaux d’une qualité époustouflante. Traitées avec les moyens d’aujourd’hui et agrandies au format 1m x1,2 m elles livrent des informations que personne n’avait jamais vues auparavant dans les tout petits tirages d’archivage. De plus, leur sélection (parmi 44000 documents) par les regards complémentaires du photographe et de l’historien les ramènent dans le champs de la photographie d’auteur. En effet, à l’intention évanouie de l’opérateur de l’époque s’est de facto substituée celle d’une critique à rebours d’un système inhumain.

Le Belge le sait confusément, mais un solide tabou l’empêche de l’admettre, le système colonial était en grande partie tributaire de l’esclavage. Peu importe les euphémismes d’alors ("travail forcé éducatif" ), ce qu’on voit dans cette exposition ce sont des hommes enchaînés les uns aux autres par le cou, des hommes mutilés, des hommes écrasés par le labeur, harassés par les charges portées lors des expéditions, des hommes minés par des conditions de travail abominables. Ce que l’on voit surtout, ce sont des hommes humiliés. Tout cela est encore plus difficile à regarder lorsqu’on sait que ces images étaient prises en toute bonne conscience, comme un témoignage de la civilisation en marche. Au-delà de la seule exhumation de documents, il s’agit donc ici surtout d’une mise en perspective nouvelle, d’une relecture de notre histoire tant glorifiée d’un point de vue économique et si peu glorieuse du point de vue humain.

Après ce "Congo belge en images" des archives, l’exposition "Congo (belge)" de Carl De Keyzer nous montre ce qu’il en reste. Ce travail a été conçu autour d’une idée simple : visiter le Congo d’aujourd’hui avec un guide de Voyage des années 50. Autrement dit, retourner sur des lieux suffisamment remarquables que pour figurer dans le manuel du voyageur de l’époque et voir ce qu’il en est advenu. Difficile évidemment de retrouver tel ou tel bâtiment situé par exemple alors "4, rue de Namur à Kolwezi", cependant dix mois sur place ont néanmoins permis de faire état d’une ruine à l’échelle du pays. Toutes les infrastructures coloniales - alors plus nombreuses qu’en Belgique - sont la plupart du temps encore debout, mais dans un état délabré. Comme souvent avec De Keyzer, le constat suffit sans qu’il soit nécessaire de gloser. La complexité des images, pourtant très accessibles, décourage d’ailleurs de se lancer dans des considérations rebattues sur la responsabilité des uns et des autres. Ce qui compte ici, c’est ce que l’on voit. A savoir, un pays qui n’a pas détruit, comme d’autres l’ont fait lors de leur indépendance, ce que les Blancs avaient construit. Un pays qui continue à utiliser les installations coloniales et donc à se couler encore dans le "modèle belge". Cela nous donne des visions surréalistes d’une déglingue généralisée avec ses no-man’s lands urbains quasiment lunaires, ses villas de colon "customisées" et ses usines en ruine. Reste au milieu de tout cela, plutôt bien préservés par une communauté religieuse vieillissante mais encore en place, des lieux de culte, des écoles et des dispensaires. C’est-à-dire trop peu. Ce qui laisse au visiteur de l’expo ou au lecteur de l’excellent ouvrage éponyme paru chez Lannoo, un goût plutôt amer. Pour lui la boucle est ainsi bouclée avec la certitude que le mythe bâti jadis dans l’image se dissout aujourd’hui en elle.

Fidèle à lui-même et sans qu’il l’énonce vraiment, Carl De Keyzer poursuit sa longue entreprise de démystification des pouvoirs. Cela, et c’est bien toute son originalité, à travers une critique des images - mentales ou non - qui ont fait ou qui font leur apologie. Autrement dit, plutôt que de prolonger la veine du photo-reportage elle-même porteuse de mythes, le Gantois a depuis longtemps opté pour celle de l’anthropologie visuelle. Cet excellent "Congo (belge)" au bout du bout des "tristes tropiques" est en cela plus proche de l’esprit des disciples de Levi Strauss que de ceux de Cartier-Bresson. On s’en réjouit.
"Congo (belge)" photographies de Carl De Keyzer et "Congo belge en images" sélection de photographies issues des collections du Musée de Tervuren par Carl De Keyzer et Johan Lagae. Exposition : Anvers, FoMu, Waalse Kaai, 47. Du 22 janvier au 16 mai, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Rens. : www.fotomuseum.be Les livres, respectivement 45 et 42 € sont parus chez Lannoo.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE EXPOSITION NÉCESSAIRE A LA LIMITE DU SUPPORTABLE

La colonisation, ces images saisissantes le montrent et le démontrent, est en effet d'abord une conquête. Le pays colonisateur est celui des canons et de l’efficacité technologique, de la cruauté avec en prime la bonne conscience du civilisateur brutal.
Cela dit, le colonisateur emmène dans ses bagages la médecine qui éradique la malaria et l’instruction qui devrait émanciper mais s’en garde bien.

Les Romains ont conquis la Gaule autrefois, les armes à la mains mais aussi avec la civilisation tapie sous la bâche des chariots des colons envahisseurs, comme au States au siècle de la conquête de l’Ouest dont les indiens firent les frais.
Il faut courir voir cette expo qui montre l’avant et l’après. C’est saisissant totalement dérangeant mais parfaitement nécessaire.

On nous dit que le roi doit absolument se rendre au Congo pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’indépendance.
Comme on aimerait que Albert II ait vu cette sublimissime exposition et aussi que des milliers de Belges y courent pour prendre une bonne leçon d’interculturalité.

Ils font que les belges prennent conscience de ce que fut «leur» Congo s’ils veulent se réconcilier jamais avec les descendants des colonisés

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