jeudi 18 mars 2010

"Le voile est un épouvantail politique. Le problème est ailleurs."

POUR MALIKA HAMIDI, DIRECTRICE DU EUROPEAN MUSLIM NETWORK, LA VRAIE QUESTION , C’EST L’IDENTITE.
Entretien

Malika Hamidi est une femme très demandée ces jours-ci. Mardi, elle parlait à une conférence organisée entre autres par le British Council à Bruxelles. Ce jeudi soir, elle est l’invitée du Mrax pour un débat sur l’islamophobie qui sera introduit par Joëlle Milquet. Elle porte le voile, et elle s’explique.

MALIKA HAMIDI, VOUS ETES LA DIRECTRICE GENERALE DU EUROPEAN MUSLIM NETWORK A BRUXELLES, FRANÇAISE D’ORIGINE ALGERIENNE, RESIDANT EN BELGIQUE DEPUIS DIX ANS, ET VOUS PORTEZ LE VOILE. QUE PENSEZ-VOUS DE LA DECISION DE LA COUR D ’APPEL DE MONS QUI AUTORISE UNE INSTITUTRICE A PORTER LE VOILE EN CLASSE?
La cour a tranché. Néanmoins, je reste insatisfaite car on a tranché à Mons mais à Bruxelles, d’autres décisions sont prises. Le fait qu’en Flandre, on a légiféré et qu’en Belgique francophone, on laisse encore au directeur d’établissement le soin de décider, c’est une hypocrisie. Ce n’est pas à coups de lois qu’on va régler nos affaires de visibilité des symboles religieux, mais par un vrai débat d’idées et de philosophie sur la diversité religieuse et culturelle aujourd’hui. Le voile est un épouvantail politique alors que les problèmes sont ailleurs. Des femmes sont battues par leurs conjoints. Dans la rue, vous pouvez vous prendre une balle dans la tête. Ce sont des problèmes de sécurité.

CERTAINS DISENT QUE LE FOULARD CRISTALLISE UN DEBAT PLUS LARGE…
Il cristallise les peurs des autres. Le dernier livre de Samuel Huntington était titré: "Qui sommes-nous?". Chacun a son identité questionnée. L’Europe, la Belgique aussi. Nous aussi, en tant que musulmanes, sommes tiraillées entre notre foi et la société civile. Le vrai débat se situe là. Les communautés ne se connaissent pas suffisamment.

VOUS VOULEZ, COMME EN FRANCE, LANCER LE DEBAT SUR L’IDENTITE NATIONALE?
Pas de la même manière qu’en France. On connaît les soubassements racistes du débat français. Néanmoins, je suis pour un débat sur la cohésion sociale et le vivre ensemble entre les différentes communautés, religieuses ou philosophiques.

LE VOILE, QUE REPRESENTE-T-IL POUR VOUS?
Une quête spirituelle. Un élan vers le divin, par amour pour Dieu. Nous le portons non pas par soumission au père ou au frère, comme certains voudraient nous le faire croire. Et pour moi, ce foulard est aussi un gain de pouvoir. Il est une manière de gagner en autonomie, de construire mon discours dans mon rapport à mon propre corps. Il ne m’enferme pas. Au contraire, il est une libération dans la société civile, comme aux premiers temps de l’islam, lorsque les femmes jouaient un rôle moteur dans le paysage islamique.

C’EST POUR VOUS METTRE EN VALEUR?
Il fait partie de mon code vestimentaire qui doit être en phase avec mes principes islamiques.

QUELLE EST LA DIFFERENCE POUR VOUS ENTRE LE HIDJAB ET LE NIQAB?
Le foulard couvre la chevelure, mais pas le visage. Le niqab n’obéit absolument pas à un principe islamique. C’est un vêtement culturel qui avait sa place à l’époque en Afghanistan et qui était même un vêtement préislamique. Certains disent que les femmes du Prophète de l’islam - que la paix soit sur lui - devaient se voiler le visage mais il n’a jamais été demandé aux femmes de se voiler le visage complètement. A ce titre, je n’ai pas à me couvrir le visage complètement.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS QUE DES JEUNES FILLES NEES EN BELGIQUE, QUI ONT REÇU UNE EDUCATION BELGE, DECIDENT DE PORTER LE VOILE?
Les femmes musulmanes disent de cette manière qu’elles peuvent vivre leur foi et leur citoyenneté sans créer de divorce entre les deux. Notre génération s’est réconciliée avec la foi. Nous avons eu accès à des sources, des livres, et aussi à Internet. La globalisation nous a aidées. Nous sommes pour la plupart beaucoup plus éduquées.

C’EST UNE RADICALISATION?
Est-ce que j’ai l’air d’une radicale? C’est une réconciliation avec la foi, là où nous vivons aujourd’hui, dans des sociétés européennes, au XXIe siècle.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«Le vrai débat c’est que les communautés ne se connaissent pas suffisamment ».
L’un des objectifs de DiverCity c’est précisément de contribuer à une meilleure connaissance mutuelle entre les communautés et les courants religieux et philosophiques qui les traversent..
Malika Hamidi, plaide pour « un débat sur la cohésion sociale et le vivre ensemble entre les différentes communautés, religieuses ou philosophiques. »
En cela encore elle rejoint une préoccupation fondamentale de Reflets.
C’est précisément l’esprit de la pièce « Nathan le Sage » de Lessing qui se joue actuellement au théâtre des Martyrs et qui pose admirablement ce problème dès le 18ème siècle. A voir sans faute et sans tarder.
NATHAN LE SAGE DE GOTTHOLD EPHRAÏM LESSING

Et si les hommes essayaient la paix ? Peut-être s'apercevraient-ils que les différences entre eux – de race, de foi, de coutumes -, ces divergences qui leur paraissaient jusqu'alors insupportables ne sont que singularités minimes si l'on envisage ce qui fonde leur commune destinée. A travers l'histoire de Nathan le Sage, Gotthold Ephraïm Lessing, grande figure de la littérature allemande classique, imagine une fable de bonne volonté où les trois religions révélées peuvent se réconcilier en un dialogue fraternel. Nous voici transportés, par la magie du théâtre, au xiie siècle, à Jérusalem, sur cette terre d'Orient mythique où les civilisations se croisent et se fécondent depuis des millénaires…
Le spectacle est brillamment mise en scène par Christine Delmotte qui monte la pièce pour la troisième fois et est habitée par ce texte depuis plus de quinze ans. C’est dire qu’elle en a compris toutes les subtilités. Les acteurs sont époustouflants de vérité ( Isabelle De Hertogh, Christophe Destexhe, Julien De Visscher, Soufian El Boubsi, Daniel Hanssens, Youssef Khattabi, Bach Lan Le-Ba-Thi, Alice Moens et Laurent Tisseyre). Nathan est bouleversant d’humanité et de tolérante compassion
Surtout, le public sort transformé de ce dialogue interculturel et interreligieux d’une très haute élévation. La parabole de l'anneau est un moment très fort. C’est la clef de voûte de la pièce.
On la croirait sortie d’un des textes fondateurs des trois religions dites du Livre . Il n’en est rien, elle sort tout droit de la sagesse éclairée de Lessing.
Ce texte est considéré à juste titre comme un des textes clef de la philosophie des lumières et comme l’expression la plus poignante de l’idée de tolérance. Il mérite d’être médité.

LA PARABOLE DE L'ANNEAU
Un homme se fait faire un anneau qui détient le pouvoir de susciter l’amour pour celui qui le porte et qu’il lègue à son fils préféré en lui enjoignant de faire de même. L’anneau est transmis ainsi de père en fils jusqu’au jour où il échoit à un père également attaché à ses trois enfants. Se voyant mourir, il fait faire deux anneaux neufs par un orfèvre, et remet un anneau en secret à chacun de ses fils. Le père mort, les trois fils se disputent l’héritage, chacun persuadé de détenir l’anneau véritable.
Ne trouvant pas de compromis possible, puisque chacun détient la vérité de la bouche de son père et qu’il ne peut donc la remettre en question sans accuser ce père bien-aimé de lui avoir menti, les frères demandent au juge un arbitrage. Le juge remarque que l’anneau a la réputation de susciter l’amour de Dieu et des hommes, et qu’il suffit d’attendre pour voir quel anneau est efficace, à moins que le père n’ait fait fabriquer trois anneaux neufs et que l’anneau originel ne soit perdu. Il invite donc les frères à travailler pour l’avenir en s’efforçant de rendre les générations à venir le plus vertueuses possible.
Dans cette parabole on peut voir le père comme une représentation de Dieu, les trois fils étant les trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et Islam. Comme le père aime également ses trois fils, Dieu aime également les trois religions alors que celles-ci se disputent et prétendent chacune détenir la vérité au lieu d’imiter l’amour dont le père a témoigné à leur égard. Dans l’hypothèse où les trois anneaux seraient neufs le père apparaît comme le représentant d’une religion originelle ou idéale désormais perdue, et les fils comme trois religions révélées, historiques, également proches ou éloignées de la vérité première. Dans cette dernière perspective le juge représente Dieu qui recommande aux hommes de se préoccuper de l’éducation de leurs propres enfants au lieu de leur donner l’exemple détestable de ces querelles.
Malika Hamidi a raison, la vraie question, c’est l’identité. Le drame c’est que toutes les identités sont incertaines comme le montre bien si bien la pièce. L’article de Nicolas Zomersztajn sur l’identité juive ne dit pas autre chose. El on sait depuis Maalouf que les identités sont très souvent meurtrières.



A SERIOUS MAN : ANGOISSE JUIVE ET IDENTITÉ
Si la centralité d’Israël est une réalité, elle n’abolit pas pour autant l’existence de la diaspora ni n’épuise les multiples manières de vivre sa judéité. Avec le dernier film des Frères Coen, A Serious Man, on pourrait même ajouter que la flamme de la créativité juive en diaspora brûle toujours.
C’est l’histoire banale de Larry Gopnick, un Juif, professeur de physique dans une université du Middle-West. Son but est de mener une existence tranquille et de couler des jours heureux dans une banlieue résidentielle de Minneapolis. Mais tout son petit monde s’écroule lorsque sa femme lui annonce qu’elle veut divorcer et le quitter pour un collègue sentencieux qui passe son temps à lui asséner des leçons de morale alors qu’il lui pique sa femme. Larry ne peut même pas trouver de salut auprès de ses deux enfants : son fils de 13 ans fume des joints et vole l’argent de sa sœur qu’elle fauche elle-même à son père.
Cette poisse s’abat aussi sur son travail. Sa titularisation à la tête du département de physique est compromise par des lettres anonymes hargneuses tandis qu’un étudiant coréen tente de le corrompre pour obtenir son diplôme. L’insécurité de Gopnick est accrue, tant par la présence menaçante d’un voisin non juif aux allures de fasciste que par sa voisine juive très sexy qui l’entraîne dans son lit et l’initie aux plaisirs hallucinogènes. Pour sortir de cet acharnement du sort, ce scientifique cartésien va pourtant chercher la réponse à ses problèmes auprès de trois rabbins dont les consultations se révèlent infructueuses tellement leurs propos sont vides de sens.
Si cette histoire surréaliste fait penser au récit biblique de Job, on perçoit que ce film, dont l’action se situe en 1967, porte essentiellement sur la condition juive diasporique moderne. Les frères Coen s’attachent à montrer les transformations et les bouleversements vécus par les Juifs américains. Durant les années 1960, ces fils et petits-fils d’immigrés d’Europe orientale grossissent les rangs de la classe moyenne. Leur mobilité sociale s’accomplit à travers des études universitaires et l’accès aux professions libérales.
L’infortuné Larry Gopnick se retrouve au cœur d’une contradiction interne propre à l’ensemble des Juifs aujourd’hui. Ils sont constamment tiraillés entre leur formidable intégration et leur propre besoin de permanence. Cette lutte permanente contre l’assimilation se livre à armes inégales. On résiste difficilement à un aimant aussi puissant qu’une société libre aux possibilités multiples. L’éducation juive que le fils de Gopnick reçoit est absurde et déconnectée. Sa préparation à la bar-mitzva se réduit à sa capacité de débiter à toute allure un passage de la Torah sans avoir la moindre idée de son sens. Le rock psychédélique des Jefferson Airplane et les joints qu’il fume lui permettent de compenser l’absence totale d’enthousiasme qu’il nourrit à l’égard des cours de judaïsme et de sa cérémonie de bar-mitzva. Le déclin du sentiment religieux des Juifs américains et leur adhésion aux valeurs et aux normes de la classe moyenne américaine sont au cœur du film.
La filiation des frères Coen dans la culture juive réside surtout dans leur capacité à montrer par l’humour et l’absurde la quintessence de la tonalité juive ashkénaze : le questionnement perpétuel doublé de l’angoisse métaphysique. Cette inquiétude profonde n’a rien de génétique. Elle est le produit d’une expérience historique complexe à laquelle nous nous efforçons d’échapper.
Même si les allusions au judaïsme et les expressions typiquement juives fusent presque à chaque scène, au point qu’on se demande si un non-Juif peut tout comprendre, le public semble apprécier ce film. Peut-être parce qu’on y retrouve tout simplement une perspective juive sur des questions universelles. Comment survivre aux catastrophes et aux embûches tout en restant le plus humain possible ? Comment se comporter en mensch alors qu’on est confronté à des situations extrêmes ? Les Juifs se posent souvent cette question. Vu le succès du film, ils ne sont sûrement pas les seuls.
Nicolas Zomersztajn

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MENSCH ET LES IDENTITES INCERTAINES
«A Serious Man » est un film à voir de toute urgence. A la fois drôle caustique et plein de tendresse, il aborde le thème difficile de l’identité juive, une identité complexe et incertaine. Mais ne le sont-elles pas toutes, ces identités que Sarkozy a pris le risque de sortir de la boîte de Pandore. Dans une étude remarquable sur la quête De l’identité juive chez Pierre Goldman, Zomersztajn voit dans ce militant communiste, aventureux, rebelle et gangster à ses heures, l’archétype du juif en recherche. Il s’inscrit selon lui dans une longue lignée de Juifs de rupture dont le premier représentant fut, selon lui, Spinoza. A travers les siècles, cette figure très particulière s’est maintenue avec Marx, Freud, Kafka, Trotski, Einstein… Ceux qu’Isaac Deutscher, historien socialiste et internationaliste, a qualifiés de « Juifs non-juifs ». Ces « Juifs non-juifs » s’ils sont en rupture avec la tradition religieuse et la vie communautaire « essaient néanmoins de se maintenir juifs en reportant l’exigence d’études et de réflexion des textes sacrés sur la culture et l’éthique ».

Cette sécularisation de la quête de sens au sein de la communauté juive de la diaspora est tout à fait interpellante.
Elle s’observe, toutes choses étant égales, chez un nombre toujours croissant de catholiques en rupture d’église, brouillés pour la plupart définitivement avec le vatican. Comment se comporter en chrétien alors qu’on est confronté à des situations extrêmes

Il reste à se demander si un tel phénomène s’observe aussi au sein des communautés immigrées musulmanes ? Autrement dit : comment se comporter en Bel Agissant alors qu’on est confronté à des situations extrêmes ?
Mais ne serait-il pas plus simple de dire : comment se comporter en humain digne de ce nom dans toutes les circonstances même les plus extrêmes. Les juifs diraient en Mensch. "Le voile est un épouvantail politique. Le problème est ailleurs."

PROCESSEN-VERBAAL VOOR BOERKA'S IN BRUSSEL
Het aantal processen-verbaal voor het dragen van een boerka of niqab in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest is in 2009 licht gedaald. 29 vrouwen kregen een proces-verbaal. In 2008 werden 33 inbreuken vastgesteld. Steeds meer gemeenten verbaliseren nochtans bij een volledig verhuld gezicht. In 2008 bestraften enkel Sint-Jans-Molenbeek, Koekelberg, Sint-Gillis en Brussel-Stad het dragen van een sluier in het openbaar. In 2009 werden er bekeuringen gegeven in acht gemeenten. In Molenbeek en Brussel-Stad werden de meeste pv's uitgeschreven. Met elk negen bekeuringen spannen ze de kroon. Het dragen van een boerka of niqab kan tot een boete van 150 euro leiden.

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