mardi 23 mars 2010

Les patrons se mobilisent pour le Grand-Bruxelles

Les patronats des trois Régions du pays se mobilisent pour dynamiser le développement de la métropole bruxelloise. Ils viennent de mettre sur pied une plateforme commune, la «Brussels Metropolitan Region».

«Brussels Metropolitan Region ».
Voici quelques mois, les organisations patronales de Bruxelles (Beci), de Flandre (Voka) et de Wallonie (UWE), avec l’appui de leur homologue fédérale (la FEB), ont imaginé de s’unir afin que les frontières de la Région bruxelloise ne s’apparentent pas à une muraille économiquement stérile. Le projet s’appuie sur le constat suivant. La métropole bruxelloise ne correspond pas aux limites administratives qui la définissent actuellement. Rien d’exceptionnel. C’est le cas de la plupart des grandes villes du monde. La particularité belge réside dans le cloisonnement qui en découle : alors que dans les autres cités majeures, des liens se tissent entre le cœur et sa périphérie, Bruxelles est littéralement coupée de son hinterland.

Si Bruxelles vit coupée de ses banlieues, économiquement, la ville agit comme un pôle d’attraction dont les bénéfices se font ressentir dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres autour de la Grand-Place. Comme en témoignent les nombreux zonings industriels ou de bureaux qui garnissent les environs de la capitale. Sans oublier les centaines de milliers de navetteurs qui convergent quotidiennement vers les 19 communes – 52 % des 680.000 postes de travail sont occupés par des Wallons ou des Flamands.

La ville présente néanmoins de gros problèmes sociaux : un taux de chômage dépassant les 20 %, quatre des cinq communes les plus pauvres de Belgique sont bruxelloises, etc. Conséquences : les recettes fiscales ne répondent pas aux besoins budgétaires de la cité. Et les injections du pouvoir fédéral sont relativement faibles, comparées à d’autres capitales européennes. Illustration de cette faiblesse : au rythme actuel de croissance du métro bruxellois, près de deux siècles seront nécessaires pour obtenir une densité similaire aux réseaux parisien, londonien, voire madrilène.

Quand le cœur ralentit, le corps faiblit… « Les entrepreneurs flamands ont compris l’intérêt économique de Bruxelles. En allant à l’étranger, ils sentent l’importance de cette ville et sa valeur pour eux. Et ils ont l’impression que fiscalement, légalement, le moteur économique est freiné par cette Belgique complexe où tout est multiplié par trois en termes de normes. Ce sont donc les entreprises qui disent aux autorités : “Ça ne va plus” », explique Karel Lowette. De ce cri patronal est né le BMR. « La crise politique de 2007 a aussi joué, continue Emmanuel van Innis, président du Beci. Les entreprises étaient préoccupées par la détérioration de l’image du pays. On a senti que le lobby anti-belge gonflait et que les Etats-Unis s’interrogeaient sur la présence de l’Otan à Bruxelles. »

Aussi, les organisations patronales ont-elles commandé un rapport au bureau d’études helvétique BAK Basel Economics. Objectifs : déterminer les contours de l’hinterland bruxellois et ébaucher les pistes de développement. « Nous nous étions mis d’accord : nous ne contesterions pas ce qu’ils concluraient », raconte Emmanuel van Innis. Et le bureau suisse a dessiné un BMR qui correspond à l’ancienne province du Brabant, amputée de l’arrondissement de Louvain. Sans répondre à la réalité métropolitaine bruxelloise, le tracé a l’avantage de définir une zone administrativement homogène. Et qui représente un tiers du PIB de la Belgique.

BAK Basel Economics constate que la productivité est particulièrement élevée dans la capitale mais relève surtout que « la BMR évolue lentement vers une “jobless economic growth”. Autrement dit, la croissance économique est principalement générée par une productivité en hausse, mais qui ne génère que peu d’emplois supplémentaires. C’est une mauvaise nouvelle pour une région qui connaît un taux de chômage élevé. »

«Sur base de cette analyse, nous avons constitué des groupes de travail avec la collaboration de 180 chefs d’entreprises», précise Emmanuel van Innis. Des cogitations qui ont livré trois axes de développement pour Bruxelles : le renforcement du pôle international, le développement de niches économiques fortes comme les services financiers, et la promotion de l’innovation et de l’attraction, notamment culturelle. La concrétisation passe par un plan de 40 mesures à mettre en œuvre en une décennie, ainsi que par la création d’une structure permanente. La dernière signature figure désormais sur le document qui conférera une force juridique à cette structure : la « Brussels Metropolitan Region ». Son plus gros défi sera d’exister. Réellement.

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