mercredi 4 août 2010

Gens du voyage : La région bruxelloise à la traîne

Le 1er terrain de transit ne sera pas accessible avant 2011 aux gens du voyage. Quelque 50 familles sont à la recherche d’une place résidentielle à Bruxelles.

Si l’on a beaucoup évoqué, ces derniers jours, la situation des gens du voyage en Flandre et Wallonie (lire ci-contre), qu’en est-il en région bruxelloise ?
D’ici le printemps 2011, le premier terrain de transit officiel sera accessible aux gens du voyage, à Haren (Bruxelles-Ville), rue de la Grenouillette. Mais avant, des travaux de réaménagement devront être effectués. Ils débuteront en octobre. Il faudra ainsi placer des clôtures; amener l’eau, le gaz et l’électricité; raccorder les égouts; prévoir un système d’évacuation des eaux usées ou encore concevoir une voirie. Sont également prévus un pavillon sanitaire et de stockage ainsi qu’un pavillon d’accueil pour un concierge afin d’assurer la sécurité du site. " La Ville de Bruxelles est la première en région bruxelloise à concrétiser un terrain de transit pour les gens du voyage", précise-t-on au cabinet de l’échevin de l’Urbanisme. Ce projet de 800000 euros est d’ailleurs financé sur les fonds propres de la Ville. Concrètement , le terrain, mis à la disposition de la Ville par le CPAS pour une durée de 27 ans, pourra accueillir 20 à 25 caravanes pour "une durée limitée à trois mois afin de permettre une rotation", indique-t-on au cabinet. "Nous espérons que notre initiative incitera d’autres communes et/ou la Région à agir dans ce sens "
Certes, entre 2004 et 2006, les gens du voyage avaient déjà la possibilité de s’arrêter à Haren pour un maximum de deux semaines, mais à la suite de divers problèmes, le terrain avait dû être fermé. "C’était une première expérience à Bruxelles pour voir comment organiser au mieux l’accueil des gens du voyage", commente Koen Geurts, collaborateur au Service Roms et gens du voyage du Centre régional d’intégration "Foyer", mandaté par la Communauté flamande à Bruxelles. "Mais depuis quatre ans, il n’y a plus aucun terrain officiel. C’est la même histoire depuis 2006 : on reporte le projet à chaque fois", déplore-t-il. "Espérons que cela aille plus vite cette fois".
En l’absence d’un terrain officiel de transit, quelles possibilités s’offrent alors aux gens du voyage à Bruxelles ? "Notre service a notamment comme mission de négocier l’occupation temporaire de terrain avec les communes, mais les communes sont rarement ouvertes à la négociation", regrette Koen Geurts. "Elles avancent toutes sortes d’arguments. En réalité, c’est surtout que les bourgmestres craignent de perdre leur électorat car nombre d’habitants ont des préjugés sur les gens du voyage", estime-t-il.
Ces derniers temps, les gens du voyage arrêtaient donc leur caravane sur un terrain à Neder-over-Heembeek, au croisement de l’avenue des Croix du Feu; une occupation "illégale" puisqu’aucune infrastructure n’est prévue pour les recevoir. La Ville de Bruxelles y développe d’ailleurs depuis peu un autre projet : garder ce terrain en gestion extensive afin d’y accroître la biodiversité, notamment en y semant de la moutarde - ce qui n’a pas manqué de créer la polémique. "Nous poursuivons le projet dans cette direction. Il n’y a donc plus vraiment d’accès pour les gens du voyage puisque le terrain est labouré et semé", expose Maximilien Fontaine, ingénieur agronome au service des Espaces verts de la Ville.
En Belgique, les gens du voyage sont estimés à 15 000. Tandis que pendant l’été et les périodes chaudes, les Roms belges réalisent la plus grande partie de leurs déplacements en Belgique et, partant, nécessitent des terrains de passage, d’autres cherchent des terrains pour passer l’hiver ou encore scolariser leurs enfants. A Bruxelles, 80 familles Roms, manouches et des voyageurs séjournent dans des caravanes sur une dizaine de terrains résidentiels qu’ils ont acquis, notamment à Anderlecht, Haren, Neder-over-Heembeek et Molenbeek. "Mais seuls 15 % de ces terrains sont légalement reconnus, les autres étant seulement tolérés par les communes", précise Koen Geurts. "Beaucoup de familles Roms n’ont pas de place. Actuellement, une cinquantaine voudraient s’installer à Bruxelles parce qu’elles ont un lien familial, historique,... avec Bruxelles, mais faute de place, elles vont habiter temporairement à Zellik, Vilvorde, Leeuw-St-Pierre, etc."
Pour Koen Geurts, il s’agit avant tout d’une question de "volonté politique", et ce même si, à tous niveaux, le chemin pour vaincre les préjugés à l’égard des gens du voyage est encore long.
La Wallonie compte ainsi depuis plus de 20 ans un terrain de passage à Bastogne tandis qu’a été créé en 2003 le Centre de médiation des gens du voyage, association destinée à servir d’intermédiaire entre les gens du voyage, les pouvoirs publics et les populations sédentaires, et à gérer les terrains d’accueil. De même, la Région wallonne subventionne à hauteur de 60 % l’équipement et l’aménagement de terrains pour recevoir les gens du voyage.
Quant à la Flandre , elle compte quatre terrains de passage et deux aires d’accueil temporaire, et l’on y dénombrait, en 2003, 841 familles belges de gens du voyage pour une trentaine de terrains communaux résidentiels. La Région flamande intervient par ailleurs à hauteur de 90 % dans l’aménagement, la rénovation ou l’extension des terrains d’accueil des gens du voyage. Enfin, le code flamand du logement a été modifié en 2004 afin de reconnaître la caravane comme habitat à part entière.
Toutes proportions gardées, la Région bruxelloise semble donc bien à la traîne. Bien que le Parlement bruxellois ait adopté, en 2004, une proposition de résolution relative à la création de plusieurs terrains de transit destinés aux gens du voyage, les concrétisations (hormis à Haren) peinent à se réaliser. Quant aux subventions, la seule enveloppe prévue pour aider les communes à financer l’aménagement des terrains d’accueil est allouée par la Cocof pour un montant total de 13000 euros. Seule petite avancée, le Code du logement bruxellois sera réexaminé au cours du second semestre : la possibilité de reconnaître la caravane comme habitat devrait être à l’ordre du jour.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SCOLARISER LES ENFANTS DU VOYAGE
Cet article de la Libre remarquablement documenté montre à quel point le problème des Roms nomades se déplaçant en Europe par caravanes est traité à la légère par le monde politique volontiers donneur de leçon.
Il pointe un aspect particulièrement délicat de cette question, celui de la scolarisation des enfants du voyage.
Lorsqu’on est sollicité en pleine journée par de jeunes mendiants accompagnés ou pas par leurs géniteurs ou génitrices on est en droit de se demander ce qu’ils font là ou lieu d’être présents à l’école.
Il est vrai qu’à Bruxelles, plus de six mille jeunes en âge d’obligation scolaire ne sont enregistrés dans aucune école ni flamande ni francophone.
MG

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