lundi 9 août 2010

Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite

Serge Portelli est vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle, connu pour son opposition aux peines planchers et aux consignes de rentabilité de la chancellerie.
 
Qu’il est réconfortant ce premier tollé contre les derniers projets du pouvoir! Mais quelle naïveté chez ceux qui y voient un “dérapage”, une “outrance”, une pure opération électoraliste, une manoeuvre de diversion destinée à conquérir des voix du Front National. À croire qu’ils n’ont jamais vraiment lu ni écouté les discours nous sommes pourtant abreuvés depuis quelques années. Aucune des mesures qui nous font frémir ou nous soulèvent le coeur n’est le fait des circonstances. Il n’y a ni exagération ni infléchissement, ni même durcissement d’une ligne politique. Nous sommes dans le droit fil de l’idéologie sarkozyste dont beaucoup s’obstinent encore à nier l’existence et dont l’actuel président de la République n’est jamais que le principal, mais provisoire porte-parole.
Nous assistons à l’une de ses dernières et inévitables évolutions: la confusion, dans une France qui glisse lentement vers la droite, entre cette droite-extrême qu’est le sarkozysme et l’extrême-droite classique. Dans le dernier programme en vente à ce jour (car le catalogue varie de jour en jour) nous trouvons donc - la déchéance de leur nationalité française de certains Français “d’origine étrangère” qui auraient volontairement porté atteinte à la vie d’un membre des forces de l’ordre (première version présidentielle) ou (seconde version ministérielle) contre les coupables de polygamie, d’excision, d’appel au travail illégal , voire d’actes de délinquance grave (sic) - la fin de l’acquisition automatique de la nationalité française au moment de la majorité pour des mineurs étrangers s’ils ont commis des actes de délinquance - la dénonciation explicite de l’immigration comme facteur de délinquance - des mesures censées mettre fin au “comportement” de “certains parmi les gens du voyage et les Roms”, dont “la reconduite quasi immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public ou à des fraudes en direction de la Roumanie et de la Bulgarie” et des expulsions des campements illégaux. - des peines de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de défaillance caractérisée (deux ans d’après l’honorable parlementaire, Eric Ciotti, qui dit mieux?) - l’extension du système des peines planchers en cas de violence - une peine de 30 ans de réclusion pour les auteurs de crime contre un représentant des forces de l’ordre...
Ce déluge de réformes n’a que l’apparence d’une énumération à la Prévert. Il faut être aveugle pour ne pas voir, derrière chacune de ces mesures ou de ces déclarations, une conception très précise et singulière de l’homme, de la société et des libertés, un dessein parfaitement réfléchi, extrêmement cohérent et inlassablement répété. Bref, une “idéologie”, terme que le sarkozysme réfute toujours pour en affubler ses adversaires puisque, pour lui, l’idéologie c’est toujours l’autre.
Au fond de cette idéologie, il y a le fantasme archaïque d’une humanité simplifiée, sans le moindre degré de complexité. Avec d’un côté les bons, de l’autre les mauvais. D’un côté, ceux qui respectent des valeurs fondamentales que le candidat à l’élection présidentielle énumérait dans un de ses discours de campagne, à Marseille, le 19 avril 2007: “la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l’ordre, la morale”. De l’autre, tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre ne les respectent pas et qui, selon l’une des expressions favorites du régime, ramassée sur le zinc d’un comptoir et à nouveau ressassée ces derniers jours, “empoisonnent la vie des honnêtes gens”. À partir de cette vision manichéenne du monde, se bâtit l’autre fantasme, plus récent, d’une société sans risque, aseptisée, obsédée par une sécurité absolue, dans laquelle les principes de précaution puis d’exclusion s’appliquent à tout ce qui peut représenter un danger. Le ressort idéologique secondaire est donc la peur. Peur, minutieusement entretenue, de tous les fauteurs de trouble de ce nouvel ordre moral et sécuritaire. Dans cette société violente, on préférera stigmatiser, déchoir, humilier, expulser, enfermer que d’affronter les vrais problèmes. Contrairement au credo affiché, il ne s’agit pas d’être efficace, mais de frapper fort, devant les médias, et d’impressionner l’opinion publique.
Rejoignant les thèmes fondamentaux de l’extrême droite, le sarkozysme met au premier rang de ces peurs l’étranger ou l’immigré qu’il assimile constamment au délinquant, fustigeant les “cinquante ans d'immigration insuffisamment régulée” (y compris donc de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007...), martelant que “la question des étrangers est un problème majeur dans notre pays” (Frédéric Lefebvre, le 5 août dernier). Si le mot xénophobie a un sens, il faut donc admettre, après tant d’années de démonstration acharnée, que le sarkozysme est xénophobe. (…)
Le projet actuel concernant la déchéance de nationalité s’inscrit dans le droit fil de cette idéologie. Il s’appuie sur des notions héritées de notre histoire la plus sombre. L’expression de “Français d’origine étrangère” estampille définitivement le projet. La stigmatisation des Roms et de leur “comportement” est très exactement de la même veine. D’autant qu’il confond intentionnellement dans la même opprobre ces citoyens de l’Union Européenne (Bulgares et Roumains) avec les “gens du voyage”, dont l’immense majorité est française. Tout ceci devient insupportable. Nous sommes aux antipodes d’une société républicaine où l’égalité, la liberté, le respect de l’autre, la tolérance, la solidarité, le partage sont à la base de la paix civile et du progrès social. Les Français sont tous égaux devant la loi. Pourquoi ce principe fondamental est-il inscrit à l’article premier de la Constitution? Parce que la France ne veut plus revivre les abominations d’une politique raciste et xénophobe. Parce que les fondateurs de notre République ont voulu interdire à tous les gouvernants de distinguer selon l’origine. Parce qu’ils ont voulu faire de notre pays une terre d’accueil, de solidarité et d’asile. Oui, ces projets sont anticonstitutionnels. Pire, ils sont indignes.
Les autres mesures sur la délinquance et les mineurs tentent, eux, de nous persuader que nous sommes dans un monde en guerre. (…) il s’agit de faire voter une nouvelle loi qui, cette fois-ci, on vous le jure, anéantira l’ennemi. Dans cette conception affligeante de la loi, il suffit d’aggraver une peine pour stopper la criminalité. Les parents des mineurs récidivistes seraient donc sanctionnés pénalement. Si jamais ce projet lumineux était adopté peut-être se trouvera-t-il un juge - constitutionnel par exemple - pour rappeler que, dans une démocratie, toute responsabilité pénale est individuelle. Personne ne peut être puni pour une infraction commise par un autre, même son frère, même ses parents, même ses enfants. Il fut un temps, fort lointain, bien bien avant la Révolution française, où la responsabilité était familiale. C’était le temps des huttes, des peaux de bêtes, des clans et des vendettas. Le progrès, la civilisation sont passés par là. Le droit aussi. Mais la “performance de la sécurité intérieure”, on peut le comprendre, a ses exigences. Supérieures aux avancées de l’humanité. (…)
Certains parlent de Vichy, d’autres même de nazisme. Il faut garder raison. Nous quittons la démocratie - le constat est déjà assez rude - pour nous engager dans un Etat-limite où le mot d’ordre est à la répression, aux expulsions, aux enfermements, à la surveillance. (…)
Toute cette agitation, à moins de deux ans des élections présidentielles, précipite une évolution ancienne et lourde de dangers pour la société française: le renforcement et la banalisation des idées du Front National. Elle traduit la confusion tragique de deux discours: celui du sarkozysme et celui de l’extrême-droite. Il est encore trop tôt pour savoir qui, dans les urnes, profitera de cette gémellisation des extrêmes si ce n’est que le Front National a l’avantage de l’ancienneté et que l’électorat, sur toute l’étendue de l’échiquier politique, a toujours préféré l’original à la copie. (…)

 Insécurité : les antisarkozystes dérapent
Une opinion de Claude Demelenne, journaliste,initiateur de la campagne de « Vigilance citoyenne » : BRUXELLES FAR WEST, NON MERCI !

Si j’étais français, lors du premier tour des élections présidentielles de 2012, je voterais pour Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de François Mitterrand, et probable candidat du Mouvement Républicain et Citoyen (gauche indépendante). Je ne suis donc pas un fan de Nicolas Sarkozy. Pourtant, je suis choqué par l’attitude d’une grande partie de la gauche, qui raconte à peu près n’importe quoi sur l’action du Président français contre la délinquance.
 
Celle-ci a pris des formes nouvelles, qu’il importe de rappeler. Dans certaines cités, des petits voyous tirent à balles réelles sur les policiers. Ils installent un système mafieux, visant à contrôler des pans entiers du territoire. Terrorisés, les habitants sont obligés de coopérer avec les dealers et les trafiquants. A Saint-Aignan, quelques dizaines de Roms ont attaqué une gendarmerie, pour venger la mort d’un des leurs abattu alors qu’il forçait un barrage policier.
La progression de l’hyper-violence, les menaces contre les forces de l’ordre et la mise à sac de commissariats ne sont pas propres à la France. Chez nous aussi, et particulièrement à Bruxelles, de tels faits gravissimes se reproduisent de façon cyclique : émeutes à répétition dans les quartiers, agressions et racket à la sortie des écoles, braquages et hold-up de bijouteries en série
La délinquance est devenue un mode de vie pour une petite minorité de jeunes caïds, souvent d’origine immigrée. Une telle affirmation n’est pas raciste, mais réaliste, comme l’a relevé récemment le sénateur écologiste flamand de Bruxelles, Luckas Vander Taelen.
 
La droite française propose une batterie de mesures pour répondre au défi de l’insécurité: réunion au sommet pour examiner les problèmes posés par le comportement de certains Roms, expulsion de ceux d’entre eux qui occupent des terrains de façon illégale, aggravation des peines pour les auteurs de violences graves, déchéance de nationalité pour toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou tout autre dépositaire de l’autorité publique, ainsi que dans les cas de traite des êtres humains ou d’excision, responsabilisation pénale des parents de mineurs délinquants, conditionnement du versement des allocations familiales à l’assiduité scolaire des enfants
Certaines de ces mesures sont contestables. Particulièrement celles qui, selon l’expression de Luc Ferry, ex-ministre de l’Education, ne feraient qu’"ajouter de la misère à la misère". Mais aucune de ces mesures n’est scandaleuse. Aucune n’est indigne. Aucune n’autorise de diaboliser Nicolas Sarkozy. Aucune ne justifie de crier au racisme voire au fascisme renaissant. C’est cependant la pente glissante qu’a décidé d’emprunter une partie de la gauche politique et intellectuelle.
Cette gauche à court d’idées hurle au loup. La meute se déchaîne. Les Verts évoquent des "délires paranoïaques anti-étrangers". Dominique Voynet dénonce "une déchéance morale", le PS, la "stigmatisation d’une communauté", Olivier Besancenot, une "stigmatisation ethnique". La Ligue des droits de l’homme accuse Sarkozy d’entonner "les refrains des années 30". L’Humanité (communiste) incrimine "une xénophobie d’Etat, une véritable chasse à l’homme" et compare l’action de la droite à celle du "régime de Vichy". Libération (gauche) reprend la référence à Vichy et écrit que Sarkozy "revient aux mesures pratiquées aux heures les plus honteuses du passé français".
Le philosophe de gauche, Grégoire Chamayou, explique, dans L’Huma, que "le respect de la loi n’est pas la motivation première de la police, mais bien le plaisir de la traque". Interrogé par le site Rue 89, le sociologue Mathieu Rigouste assène que "le pouvoir adopte des postures de guerre" et veut "policer la vie sociale des pauvres", avant de rendre hommage aux habitats des cités qui "résistent chaque jour à la férocité policière".
Pour Martine Aubry, enfin, Sarkozy pratique une "dérive antirépublicaine qui abîme la France". Ce qui abîme la France, n’en déplaise à Martine Aubry, ce ne sont pas ceux qui, parfois maladroitement, tentent de protéger les citoyens, mais ceux qui font vivre ceux-ci dans la peur. Ce sont ceux qui se croient tout permis et transforment certains quartiers en zones de non-droit, dignes du Far West.
 
Une certaine gauche prétendument "morale" marche sur la tête lorsqu’elle criminalise, non pas les voyous, mais la droite au pouvoir. La référence aux années 30 et au régime de Vichy est d’une insoutenable bêtise. Je suis absolument convaincu qu’une gauche responsable, revenue au pouvoir, appliquerait globalement les mêmes mesures sécuritaires que Nicolas Sarkozy. Avec, peut-être, un emballage un peu différent, une fine couche de vernis droit-de-l’hommiste.
Ceux qui en doutent n’ont qu’à se remémorer la politique sécuritaire menée par Jean-Pierre Chevènement, lorsqu’il fut ministre socialiste de l’Intérieur. A l’époque, il fut traité de quasi fasciste par la gauche "morale" parce qu’il faisait preuve de fermeté à l’égard de ceux qu’il appelait les "sauvageons", ne voulait pas ouvrir largement les frontières, et refusait de régulariser tous les sans-papiers.
 
Le discours de type boy-scout sur la prévention ne suffit plus. L’argument de la "cause sociale de la délinquance", mis en avant par la gauche, est trop simpliste. Le basculement dans la délinquance s’explique aussi par le sentiment d’impunité, suggérant à certains jeunes que le vol, l’agression, la possession et l’usage d’une arme, ce n’est finalement pas si grave. Les prestidigitateurs de gauche sont convaincus qu’une police de proximité permettrait d’éteindre l’incendie. Cette affirmation témoigne d’une méconnaissance inquiétante des réalités de terrains.
Dans certaines cités françaises - c’est le cas dans le quartier de la Villeneuve, à Grenoble - les policiers sont menacés de mort, eux et leur famille sont ciblés personnellement par les délinquants, comme s’ils faisaient partie d’une bande rivale. Impossible pour eux, de vivre dans le même quartier que ceux qui les harcèlent et vont jusqu’à lancer des appels au meurtre, via des graffitis menaçants.
Dans pareil contexte, parler de "police de proximité" est une aimable plaisanterie. Seuls des policiers ne résidant pas dans les quartiers chauds sont susceptibles de travailler efficacement, sans crainte de représailles lorsqu’ils rentrent à leur domicile.
La situation n’est guère très différente dans certains endroits de Bruxelles : à chaque émeute, ce sont majoritairement des gendarmes venus de Flandre qui viennent rétablir un semblant d’ordre. Il est urgent d’en finir avec le discours de victimisation, tenu par la gauche angélique. Ceux qui ne respectent pas la loi et rendent impossible le vivre ensemble, ne sont pas des victimes du pouvoir de droite et de la répression policière.
La gauche qui fascise Nicolas Sarkozy, ne commet pas seulement une faute politique grave. Elle se moque du peuple, qu’elle prétend défendre. Les premières victimes de l’insécurité sont les classes populaires. La gauche l’oublie trop souvent en préférant cultiver ses fantasmes anti-sécuritaires.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SECURITE D’ACCORD, DEMOCRATIE D’ABORD !
Si je vous présente ces articles conjointement, c’est parce que tous deux interpellent et poussent à la réflexion.
S’il ne faut pas sacrifier au politiquement correct de la gauche morale , il ne faut pas non plus céder aux sirènes sécuritaires et surtout pas à l’amalgame ni à la stigmatisation.
Si Mr Demelenne est si peu choqué par les mesures sécuritaires de Mr Sarkozy c’est que celles qu’il propose dans son plan «anti-Far-West» s’en rapprochent sensiblement.
Mais s’il est vrai qu’il faut en finir avec un certain sentiment d’impunité il est aussi vrai qu’il faut surtout renforcer la prévention et ne pas oublier que celle-ci commence à l’école de la République.
VDB

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