vendredi 20 août 2010

LE TOURNANT

Imaginez un pays de Cocagne.
Non, pas l’Italie, elle est gangrenée par le berlusconisme. Pas davantage la France : on y vivait, dit le proverbe, comme les dieux avant que douce France ne se transforme en Sarkozie. Non je vous parle d’un beau pays qui serait coupé en deux avec un état prospère et arrogant jouxtant une région affublée d’un parc industriel désuet au climat socialisant.
Vous avez deviné ?
Mais oui bien sûr c’est à l’Allemagne que je pensais.
L’Allemagne qui a tout fait pour se réunifier et former une seule nation avec sa partie orientale la RDA amputée et défigurée par le socialisme d’Etat. « Es muss zusammenwachsen was zusammen gehört » (Willy Brandt)
Elle a opéré sa révolution de velours en se séparant sans bain de sang du bloc soviétique pour rejoindre l’autre Allemagne. On a appelé cela « die Kehre », le tournant. L’autre Allemagne, celle de Helmut Kohl a du subir, elle aussi, une révolution copernicienne-le mot est à la mode- pour faire accepter la parité du DM fort avec la monnaie de singe qui circulait en RDA.
Mais voilà, il se trouve que Helmut Kohl, historien de formation, comme Bart De Wever, avait une vision à long terme. Aujourd’hui, certains regrettent le bon vieux temps du socialisme à la Honecker et d’autres, de l’autre côté du l’ancien rideau de fer regrettent le temps de la prospérité du Deutsch Mark affaibli par les transferts massifs de rentrées fiscales au bénéfice des Ossis, les habitants de l’ancienne RDA
.
En somme, nous vivons en Belgique le même phénomène mais exactement à l’envers :
« un grand tournant » vers la sixième réforme qui doit redessiner l’Etat belge dernière étape avant un divorce annoncé et la grande sécession.
Mais n’anticipons pas. En ce moment, nous vivons une lune de fiel prélude à une séparation et qui sait, un divorce à la belge par consentement mutuel.

BAS LES MASQUES
.Qu’est ce à dire ?

Que selon Pascal Delwit : « On n’est pas dans une impasse », puisque « Le communiqué du Palais Royal souligne opportunément ce qui est réussi, et notamment l’ouverture sur la loi de financement. » (Vous avez dit convergences ?)

1. Que, selon Béatrice Delveaux, Elio Di Rupo, préformateur machiavélique encouragé par la volonté royale s’est mis en tête de réussir à « concilier l’inconciliable » : « conjuguer la volonté majoritaire des Flamands de déplacer le centre de gravité du pays et celle des francophones de conserver les mécanismes qui lient les deux communautés »
2. Qu’il se fait fort de « combiner la volonté de la N-VA de scinder le pays avec celle, francophone, de maintenir une Belgique unie et solidaire. ».
3. Qu’« après avoir ouvert la boite du transfert de compétences vers les entités fédérées, il ouvre désormais celle encore plus taboue, de la responsabilisation et de la loi de financement. »
4. Qu’il a réussi de la sorte à coincer ainsi, en parfait Machiavel, la N-VA de Bart de Wever « en montrant publiquement sa volonté de réaliser tous les pans de cette grande réforme, en exposant au grand jour les résultats potentiellement engrangés »
5. Que le ban (les électeurs flottants) et surtout l’arrière ban (les ultras porteurs de drapeaux jaunes à gueules de lion) de la N-VA devront y « réfléchir à deux fois avant de torpiller ces acquis potentiels, en multipliant et en radicalisant ses demandes. Une Flandre, majoritaire, ne lui pardonnerait pas. »
6. Que Bart s’est laissé coincer par Elio. S'il accepte, Bourgeois et ses ultras lui en feront le reproche et les Dedecker ainsi que le VB ne le rateront pas plus les ultras du CD&V.
7. Que « le Roi, garant symbolique de l’existence du pays, a donné à Elio Machiavel le blanc-seing pour aller encore plus loin dans la refonte de l’Etat, lui évitant (provisoirement ?) d’apparaître comme un traître aux yeux de certains francophones. »
8. Que la réaction de Olivier Maingain n’a pas tardé à fuser : « Au lieu de se battre pour obtenir l’élargissement de Bruxelles, le pré-formateur est allé chez le chef de l’Etat pour obtenir qu’il avalise les exigences de la N-VA, dont la seule préoccupation est de dépecer l’Etat fédéral. »
9. Qu’en bénéficiant d’un blanc seing royal, Elio, en bon Machiavel au service du Prince, « se dote du filet de sécurité lui permettant d’effectuer ce saut dans le vide institutionnel « en cas d’accord, les Flamands auront en grande partie ce qu’ils souhaitent mais à condition de ne pas d’appauvrir les francophones, ni mettre en danger le rôle durable de l’Etat fédéral.
10. Que Machiavel s’est donné autant les garanties d’un possible succès que la légitimité d’un potentiel échec.
11. Qu’il est conscient que « tous les modèles de financement que la NVA met sur la table conduisent à un étranglement programmé de Bruxelles et de la Wallonie, mais qu’il veut tout faire pour « aboutir à un accord équilibré qui pacifie enfin notre pays. »
12. Que la région wallonne et la communauté Française devront se sentir davantage responsables de la manière dont ils gèrent les deniers des contribuables, car comme l’affirme un lecteur flamand dans De Morgen : « Wallonië, en meer en meer ook Brussel worden in slaap gewiegd door de Belgische dotaties. In gelijk welk modern bedrijf draagt iedereen verantwoordelijkheid voor de middelen die hem toevertrouwd
13. Et Bert Sturtewagen, l’éditorialiste du Standaard, d’ajouter: “Er moet worden gepraat over mechanismen die de gewesten en gemeenschappen verantwoordelijk maken voor het geld dat ze uitgeven. (…) Wat helaas nog steeds ontbreekt, is het vertrouwen om elkaars uitgangspunten niet louter als bedreigingen te zien maar als grondstof voor een vernieuwende aanpak.
14. Nog steeds beschouwen de meeste Franstaligen zich als pure slachtoffers van een offensief Vlaanderen. Dat het in handen krijgen van eigen hefbomen niet vanzelfsprekend naar hun ondergang moet leiden, wil er nog steeds niet in.”

Elio Di Rupo, le Machiavel montois a beau être brillant stratège et excellent pédagogue, il a lui aussi ses détracteurs, tel ce lecteur du Soir qui se plait à rappeler qu’il est aussi « le fossoyeur de la Wallonie par son laxisme, sa politique d'assistanat à tout va, son silence (que je dis coupable) sur les "affaires" qui ont secoué son parti sans avoir jamais pris une décision à ce sujet si ce n'est la création de son "fameux" comité de déontologie qui n'a, jusqu'à présent, même pas accouché d'une souris. »

« Les hommes ne savent être ni entièrement bon ni entièrement mauvais »
« Gouverner c'est faire croire » (Nicolas Machiavel)

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