lundi 23 août 2010

A Petrosani, ville minière, l'angoisse des Roms renvoyés de France

AFP

Dans la ville minière de Petrosani (ouest), sinistrée économiquement, des Roms tout juste renvoyés de France comme Gabriel avouent leur angoisse pour l'avenir et déplorent que des hommes politiques français jouent sur "la haine de la race" pour les pousser à partir.
"Je suis dégoûté par les problèmes ici en Roumanie. L'industrie est terminée, je ne sais pas à quoi me raccrocher ni quoi faire pour entretenir ma famille", confie à l'AFP Gabriel, un père de famille de 33 ans, qui préfère taire son nom.
Il fait partie des premières dizaines de personnes rapatriées de France après le durcissement de la politique du président français Nicolas Sarkozy contre les gens du voyage et les Roms d'Europe de l'Est. Arrivé avec 60 compatriotes dans un vol Lyon-Bucarest jeudi, il vient, après un long voyage en train, de retrouver Colonia, un quartier de corons construits à Petrosani aux heures de gloire, aujourd'hui oubliées, du charbon.
Jusqu'en 1990, la région comptait 45.000 mineurs. Aujourd'hui, il ne sont plus que 8.000 dit le maire, Tiberiu Iacob-Ridzi. Le chômage atteint 11%, contre 7,4% en Roumanie. Gabriel était parti en France pour échapper à la pauvreté. Il vivait à Grenoble (est de la France ) depuis un an, avec sa famille dont un bébé né en France. Il réussissait à travailler au noir dans des garages. Sa femme avait été employée comme vendeuse, avant d'être enceinte. Grâce au conseil général de l'Isère, ils avaient pu être logés dans une chambre d'hôtel. "On commençait à prendre nos racines en France", dit-il.
" La Roumanie , c'est notre pays natal, je l'aime, mais la France te donne la possibilité de vivre, ici c'est la possibilité de mourir", dit son père Vasile, charpentier, qui venait parfois en France. Gabriel aurait voulu rester. "A cause de motifs politiques, on m'a poussé à revenir en Roumanie", dit-il. Officiellement, il a choisi la procédure du "retour volontaire" assortie de 300 euros par adulte et 100 euros par enfant. "On ne peut pas nommer retour volontaire ce qu'ils font eux (les autorités françaises, ndlr) car ils font pression et quelques hommes politiques jouent sur la haine de la race", dit-il.
"Bien sûr, il y a des gens bien et des gens qui se comportent mal dans notre communauté mais ce sont les gens bien qui souffrent", regrette Gabriel. Selon des sources gouvernementales roumaines, aucune des personnes rapatriées dans les vols de jeudi et vendredi n'a commis d'infraction. Gabriel loue les citoyens français "qui veulent vraiment t'aider" mais les autorités étaient "de plus en plus dures".
Il veut trouver du travail ici mais n'exclut pas de repartir à l'étranger. Cristinela Ionescu, Roumaine rom de 35 ans, diplômée de sociologie et de journalisme, a fondé une association de défense des Roms qui propose des formations professionnelles. "On ne renvoie pas les gens avec 300 euros en poche en leur disant retourne d'où tu viens. En tant qu'être humain et que citoyen, je suis de là où je me sens bien", dit-elle.
Elle a convenu avec le maire de faire une enquête dans les jours qui viennent pour identifier les besoins des familles. La mairie aidera comme elle peut, offrant si possible de petits travaux voire une aide financière. A Petrosani des programmes roumano-européens de constructions de logements pour les Roms sont en cours.
Mais la crise économique demeure le problème majeur dans une Roumanie qui devrait être encore en récession en 2010.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ON EST TOUJOURS LE ROM DE QUELQU’UN
En somme et en forçant à peine le trait, les Wallons et les indigents de Bruxelles sont un peu regardés par les nantis comme les Roms de Belgique : leur industrie minière et métallurgique est en ruine, le chômage les taraude et ils mendient des transferts financiers. On est toujours le Rom de quelqu’un.
Inconsciemment, il y a sans doute un peu de cela, notamment dans l’imaginaire trouble de la NVA héritière de la Volksunie et du frontisme. Un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout…
Qu’en disent les lecteurs, Des clichés, toujours et encore des clichés puisés dans la boîte de Pandore de l’inconscient collectif :
« La photo c'est une attitude innée ou c'est une habitude de travail comme on en voit quotidiennement à Bxl ? »

« En Roumanie, le taux de chômage dans la population Rom frise les 90%, et ne me dites pas qu'ils sont tous fainéants »

« Il faut bien dire que ses gens n'aiment pas du tout travailler, ils préfèrent vivre de rapines et vols en touts genres »
« 300 € ce devait être le salaire mensuel proposé aux travailleurs Français qui voulaient garder leur emploi dans leur usine délocalisée. »
« A Petrosani il y a certainement eu des Roms mineurs de fond, comme les autres ils n'avaient pas le choix. »
« Et la discrimination entre ouvriers Roumains Roms et non Roms, vous la connaissez ? »
Tout se passe comme si on était replongés dans une atmosphère d’ancien régime, à l’aube d’un « nouveau moyen âge ».
Il est saisissant de constater combien on régresse globalement, mondialement : on revoit partout les mendiants, on discrimine à qui mieux mieux les Roms et les gens de couleur, l’islamophobie fleurit, l’islamisme prospère, on menace de lapider la veuve adultère, on n’hésite pas à mutiler la femme de la pire manière au propre et au figuré, les mariages arrangés, les uniformes religieux ou assimilés à la religion font fureur ; on nous bassine les oreilles avec le halal, le ramadan « social » les turpitudes du clergé catho et que sais-je encore.
Il faut garder la tête froide. « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». (René Char, Feuillets d'Hypnos, 1946)
« À nous de penser l'incertain avec le même soin qu'autrefois le probable. Hier, nous avions le droit d'être fatalistes par optimisme ; nous devons désormais être audacieux par pessimisme. » (Alain Minc 1993)

« L'optimisme historique s'efface : un règne de plus de trois siècles s'achève, qui avait postulé à la fois le progrès et l'ordre. Progrès, croyait-on, de notre civilisation, puisque, malgré ses faux pas, l'Histoire se devait d'aller dans la bonne direction : le millénarisme communiste n'aura fait que pousser jusqu'à l'absurde cette conviction. Ordre, parallèlement, du monde qui finissait par trouver un équilibre, impérialisme, colonialisme ou concert des nations aidant... Un cycle ne se bouclerait-il pas qui, par une apparente régression, nous ramènerait vers un nouveau Moyen Âge ? Tout ne procède certes pas de la chute du communisme, mais tout s'y ramène. À l'aune des grands effondrements, l'onde de choc est sans égale depuis peut-être la disparition de l'empire romain. L'après-communisme ne se résume ni au triomphe incontesté de l'économie de marché, ni à la vengeance des nations, ni à un hypothétique imperium américain. C'est cette incapacité de découvrir le principe fondateur du monde postcommuniste qui, à sa manière, nous ramène à un nouveau Moyen Âge. À nous de penser l'incertain avec le même soin qu'autrefois le probable, d'inventer de nouveaux concepts, de réestimer le rôle de l'État, d'essayer de réagencer les jeux complexes de poulies et de contrepoids qui structurent les rapports internationaux. Hier, nous avions le droit d'être fatalistes par optimisme ; nous devons désormais être audacieux par pessimisme. »
Soyons donc avec Minc audacieux par pessimisme ! « Le pessimisme est d’humeur », disait Alain « et l’optimisme de volonté. »
Ayons sur DiverCity et partout l’optimisme de la volonté et l’audace de penser autrement que le troupeau.
« Soyez le grain de sable et non point l’huile dans les rouages » enseignait Henri Plard, maître à penser et grand traducteur de Ersnt Jünger, mon magistral professeur de littérature allemande de l’ULB.
Non juif, il eut le front à 22 ans de porter l’étoile jaune à Paris en pleine occupation et fut promptement arrêté par la gestapo et déporté à Drancy. Non, on ne le répétera jamais assez, le salut ne viendra ni du conformisme, ni des esprits au garde à vous.
MG

Aucun commentaire: