mardi 26 octobre 2010

Le vent du Nord est-il en train de tourner? Pas si vite

Par Francis Van de Woestyne

Les partis flamands ne suivront pas la N-VA qui veut examiner en urgence la proposition scindant BHV. Isolé, Bart De Wever souffle le chaud et le froid.
Une hirondelle ne fait pas le printemps. Et ce n’est pas parce que, doucement et timidement, les partis flamands se décollent de la N-VA, que celle-ci va adoucir son discours et s’inscrire dans la logique d’un compromis équilibré. Mais quel renversement de situation en quelques jours ! Dernier en date : le dossier BHV.
1 Quoi, BHV, c’est fini ? Non, évidemment. Tous les partis flamands veulent toujours scinder BHV, ces trois notes qui ont fait valser le gouvernement au printemps dernier. Mais les partis flamands, SP.A, Open VLD, Groen ! et même le CD&V ont décidé de ne pas demander, au Parlement, l’urgence pour l’examen de la proposition de loi scindant BHV, déposée le 12 octobre par la N-VA. Wouter Beke, le président du CD&V explique : " Le CD&V veut, comme tous les partis flamands, la scission de BHV. Mais nous savons qu’on n’obtiendra pas ce résultat via une proposition votée à la Chambre. Seule la négociation peut permettre d’aboutir à ce résultat " Le bon sens, en somme.
2 La N-VA est-elle isolée ? En politique, les retournements de situation sont fréquents et parfois très brutaux. Il y a une semaine, Bart De Wever avait refait l’unanimité dans le camp flamand en rendant publique une note qui semblait contenter tous les partis du Nord alors que tous les partis du Sud carbonisaient ce document jugé antifrancophone. Motif : le modèle étranglait assez rapidement la Wallonie sur un plan financier. Petit à petit, les partis flamands ont sorti leurs calculettes et ont donné raison aux francophones. Même l’Université de Leuven, la KUL , qu’on ne peut pas soupçonner de sympathie wallonne, a jugé que la N-VA s’était emmêlée les pinceaux dans ses calculs. Pourquoi ce décalage entre les réactions flamandes et francophones ? Depuis la fin des années 80, les francophones sont vaccinés. À cette époque, ils avaient accepté une loi de financement, conçue sur les Toshiba des conseillers de Jean-Luc Dehaene, loi dont la Communauté française fait les frais encore aujourd’hui. La rigueur a changé de camp. Aujourd’hui, les francophones sont ultra-préparés : les services d’études, celui du PS en particulier, et les cabinets ministériels ne laissent rien passer. Donc, ce week-end, Bart De Wever a dû expliquer que ce qui comptait, finalement, ce n’était pas les calculs, mais bien les arbitrages politiques. À court d’arguments, Bart De Wever a même fini par sous-entendre que confier l’analyse des modèles de refinancement à la Banque nationale ou au Bureau du Plan, c’était en fait les faire approuver par les socialistes La Banque nationale, un repère de socialistes ? Voilà qui a dû faire sourire les conseillers de la Banque centrale belge. Pour Bart de Wever, c’est sûr, la Belgique et la Corée du Nord, c’est pareil : il y a un parti dominant, le PS, qui contrôle tout. La réalité est quand même un peu plus nuancée
3 Qui veut gouverner sans la N-VA ? Personne Mais Bart De Wever voit des ennemis partout. À qui veut l’entendre, il répète son antienne : tout le monde veut gouverner sans lui. Curieux message. Car les représentants des autres partis flamands ont toujours tenu le même discours : oui, ils souhaitent gouverner avec la N-VA , premier parti au Nord du pays. Qui alors, veut les contourner ? Les francophones ? Lundi, Elio Di Rupo a dû sortir de sa réserve pour assurer que personne ne voulait virer la N-VA , qui est et reste incontournable. Bien sûr, beaucoup pensent qu’un compromis serait plus facile à dégager sans la N-VA. Bart De Wever ne pense-t-il pas que ce serait plus facile sans les socialistes ? Mais chacun est conscient des réalités politiques et personne ne songe à écarter Bart De Wever des négociations. Mais voilà : quand le président de la N-VA ne peut expliquer pourquoi les autres partis le contestent, il a recours à ce vieux stratagème : on ne veut plus de lui.
4 Que cherche la N-VA ? Mystère. On voit bien que, depuis la désignation de Johan Vande Lanotte, la N-VA tire sur tout ce qui bouge. Le Palais royal, Johan Vande Lanotte, les Wallons, le PS qui préparerait des élections N’est-ce pas plutôt la N-VA qui prépare des élections ? N’a-t-elle pas, déjà, réservé les sites N-VA-2011.be ? Après avoir vu Vande Lanotte, dimanche soir et réuni ses troupes, lundi matin, Bart De Wever s’est exprimé un ton plus bas, jugeant que la méthode du conciliateur était la bonne et qu’il ne s’opposait plus à une réunion avec les 7 présidents. A-t-il flairé le danger d’isolement qui le guettait ?
5 Alors, tapis rouge pour Johan Vande Lanotte ? Rien n’est moins sûr. On a bien vu que les partis flamands, sans doute un peu influencés par les milieux sociaux et économiques, commençaient à prendre leurs responsabilités. Il n’empêche. Lorsque Johan Vande Lanotte aura retissé les fils de la confiance - s’il y parvient -, lorsque la Banque nationale et le Bureau du Plan auront livré leurs analyses, c’est bien au futur Premier ministre, Elio Di Rupo, qu’il appartiendra d’entrer à nouveau dans la danse pour négocier, en tant que formateur, le programme de son gouvernement. On n’y est pas encore
6 Pourquoi Didier Reynders a-t-il été reçu au Palais ? Non, ce n’est pas pour évoquer l’entrée du MR dans les négociations gouvernementales - et ainsi répondre au souhait de Bart De Wever - que Didier Reynders a été reçu par le Roi. On notera d’ailleurs qu’il a été reçu en tant que vice-Premier ministre et ministre des Finances. Les autres vice-Premiers suivront pour évoquer, avec le chef de l’Etat, la situation socio-économique du pays et la manière de gérer les questions financières dans le cadre des affaires courantes. Cela dit, sans trahir le colloque singulier, on imagine quand même qu’en deux heures d’entretien, Didier Reynders et le Roi ont évoqué les délicates négociations en cours

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AU NOM DE LA DIVERSITÉ ET DE LA COMPLEXITÉ
Un lecteur commente : « Ceux qui rêvent que la N-VA chute aux prochaines élections feraient mieux de lire/écouter de temps en temps les médias flamands.

Ca sera 40% aux prochaines élections. Le problème est linguistique mais aussi et surtout socio-économique. Les flamands en ont "marre" (et je suis gentil) de la fiscalité imposée par les francophones. Ils les prennent pour des boulets.

Ca fait 20 ans qu'ils votent à droite toute, 20 ans qu'il se tape un PS qui les force à faire une politique de gauche au niveau économique/immigration/judiciaire.

Se baser uniquement sur la RTL /RTBF/La libre/Le Soir pour comprendre ce débat et vous êtes biaisé. Idem si vous ne regardez que VRT/VTM/HLN/Morgen »

Ce qui m’exaspère c’est que trop rares sont celles et ceux qui suivent ce feuilleton, ce soap comme on dit désormais, sur l’ensemble des médias disponibles. C’est pourtant ce que nous nous efforçons de faire à DiverCity au nom précisément de la diversité qui fait le charme de Bruxelles et de ce pays merveilleusement complexe. Une complexité que les artistes perçoivent si bien grâce à leur merveilleuse sensibilité.
Les Bruxellois que nous sommes ne veulent ni de l’Etat PS que veut nous « imposer » Di Rupo, ni de l’Etat N-VA dont rêvent De Wever et les membres de son Stratego. ("La NVA ne revendique pas l'application totale de SON programme mais (seulement) les 5 résolutions que TOUS les partis flamands ont votées il y a une décennie. Résultat: elle représente une (large) majorité en Flandre".)

Si le provincialisme flamand nous exaspère autant que sa version wallonne, c’est parce que nous sommes habitués à respirer l’air bruxellois. Cet air est pollué au propre comme au figuré mais il nous rend libres, frondeurs et critiques « Stadtluft macht frei ».
Comme on aimerait que le personnel politique bruxellois fasse bloc pour dire non aux deux communautés qui rêvent de mettre la capitale de l’Europe sous tutelle et prendre leur revanche après un siècle et demi de domination bruxelloise arrogante.
Nous les Bruxellois, condamnés à comprendre et à gérer la complexité d’une communauté urbaine diverse, mixte, métissée, multiculturelle faisons le pari de l’interculturalité et de la dynamique cosmopolite qui toujours a fait la grandeur de l’Europe et l’a honorée.
Efforçons-nous donc de penser « complexe » et de vivre « cosmopolite ». Ni l’un ni l’autre ne vont de soi mais participent de l’optimisme de la volonté.
MG

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