mercredi 24 novembre 2010

La tristesse de l'économie wallonne

Il y a quarante ans, dans les écoles primaires de Wallonie, on faisait des dictées. Des dictées pour apprendre, bien sûr, orthographe et calligraphie. Mais aussi pour apprendre l’histoire.
Et de quoi parlait-on dans ces dictées polies des années soixante ? Pas de la seconde guerre mondiale. Ses plaies, attisées par la question royale, étaient trop vives. De la guerre de Corée ? L’étude de la géographie viendrait plus tard. Pas non plus de l’indépendance du Congo, dont les cartes jaunies illustraient encore les classes à côté des portraits royaux. Des grandes grèves de l’hiver 1960-61 et de la loi unique ? Encore moins. Là non plus, il ne fallait pas confronter les écoliers avec de désagréables réalités sociales.

Non : les dictées des années soixante parlaient de la catastrophe du Bois-du-Cazier à Marcinelle, survenue en août 1956. L’accident des houillères fut le plus grand traumatisme humain et industriel de la Wallonie. Le cataclysme fut effroyable : 262 morts, avec des familles décimées. Ce douloureux stigmate resterait national, respecté et honoré dans les mémoires.
Mais il y avait autre chose : L’accident était un outrage à la fierté manufacturière de la Wallonie. Car , on l’apprenait dans les écoles primaires, la Wallonie , c’était l’acier. L’acier du plan Marshall, la fonte produite grâce au coke des mines, l’alliage qui forgerait la société de croissance à laquelle une nouvelle génération aspirait.
Mais pourquoi donc dicter un événement tragique à de jeunes élèves, qui ne prendraient conscience que bien plus tard des douleurs de la vie ? Certainement pour exorciser la douleur du drame, mais aussi, peut-être, pour conjurer l’angoisse des réalités économiques que cet accident prophétisait. Car, avec le recul d’un demi-siècle, le drame du charbonnage portait en lui les indices des mutations sociologiques que la Wallonie allait traverser.

Les écoliers wallons des années soixante ont aujourd’hui 50 ans. Cette génération est très attachée à ses valeurs et à sa culture. Elle porte en elle la mémoire des traumatismes collectifs, comme ce drame de Marcinelle. Mais elle s’interroge, elle aussi, sur l’état de la Wallonie. Au-delà des discours incantatoires, elle a observé sa stationnarité économique et son tissu familial meurtri. Auparavant une des plus prospères du monde, cette région est devenue le réceptacle d’aides européennes.
A qui la faute ? A une géographie enclavée ? Aux actionnaires trop frileux ? Au patronat manquant de vision stratégique ? A une administration oppressante ? Aux syndicats qui auraient freiné la reconversion ? A la myopie de certains hommes politiques des années septante qui auraient troqué des aides publiques contre une régionalisation ?
Aujourd’hui, il faut investir massivement dans la formation, pour faire des écoliers de cette décennie des quadras polyvalents. Grâce à une formation exigeante, ils conserveront une bonne employabilité pour aborder les mouvements tectoniques qui se dessinent. Leurs concurrents ou collègues ne seront pas le Wallon d’à côté, le Flamand d’un peu plus loin ou le Bruxellois de la capitale. Ils sont, aujourd’hui, écoliers à Moscou, Bombay ou dans un village reculé de la Chine.
Et, finalement, c’est sans doute l’économiste français Alain Peyrefitte qui, mieux que quiconque, enseignait magistralement ce que la génération des quadras n’a pas suffisamment appris dans les dictées : la confiance dans le progrès. La confiance dans la confiance. La confiance qui fonde une société de développement. Car l’économie n’est pas fondée sur la Providence. Elle est stimulée par l’optimisme, la créativité et des valeurs positives.
Bruno Colmant

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AUGMENTER L’EMPLOYABILITE DES WALLONS ET DES BRUXELLOIS
« It’s the economy stupid »
Of course horse. Colmant a raison pas d’emploi sans relance, pas de relance sans formation.
Ce qui bloque tout et singulièrement en ce moment les négociations pour former un gouvernement fédéral, c’est le taux trop faible d’employabilité en Wallonie et à Bruxelles.
Le destin de Wallobru est entre les mains de la Communauté française, principalement de son enseignement.
C’est surtout Bruxelles qui doit réformer son enseignement mais n’a aucun pouvoir de fait pour le faire puisque cette compétence n’est pas régionale mais communautaire.
Mais il faudra autre chose, je le crains que de bonnes vieilles dictées pour résoudre ce problème.
Convoquer d’urgence des Etats Généraux de l’enseignement bruxellois !
C’est au moins la 20ème fois que DiverCity le dit.
On tapera encore sur ce clou !

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