mercredi 3 novembre 2010

La vague républicaine gagne les Etats-Unis

Les adversaires républicains de Barack Obama se sont emparés facilement de la majorité à la Chambre des représentants, sonnant ainsi le glas des réformes du président, dont les alliés démocrates ont toutefois réussi à garder le contrôle du Sénat. Par Luis Lema

Le parti démocrate américain a vu s’évanouir mardi sa confortable majorité à la Chambre des Représentants de Washington. Mais les républicains, entraînés par le mouvement « patriote » du Tea Party semblaient manquer une partie de leur reconquête, puisqu’il leur manquait hier en fin de soirée (heure américaine) une poignée de sièges au Sénat pour dépasser le seuil qui leur aurait permis de contrôler les deux chambres du Congrès.
AFP

Il y a deux ans, en ce même début novembre, les Etats américains tombaient les uns après les autres dans l’escarcelle démocrate, conquis par la personnalité de Barack Obama et séduits par les espoirs que soulevait cette candidature inhabituelle. Ce mardi, ces Etats sont redevenus rouges (la couleur républicaine), les uns après les autres. Selon les projections données par les médias américains, les républicains ne parviendraient pas seulement à emporter les 39 sièges qui leur manquaient pour s’assurer la majorité à la Chambre des Représentants. Ils auraient obtenu un gain d’au moins une cinquantaine de sièges, ce qui transforme leur victoire en un raz-de-marée comparable au mouvement de balancier qui avait sanctionné le président démocrate Bill Clinton à mi-mandat, en 1994..

Le mouvement du Tea Party, qui a servi de locomotive à la droite en s’opposant de front à Barack Obama et en défendant un programme radical qui inclut parfois la suppression du Département de l’Education ou de l’Energie, a particulièrement bien résonné aux oreilles de la population blanche âgée de plus de 60 ans ainsi que de ceux qui se proclament indépendants.

A la Maison-Blanche , il y aura sans doute matière à méditer devant l’incapacité à prévoir l’arrivée de cette vague rouge et aux moyens d’y faire face. Ce sont les questions économiques, et principalement le taux de chômage qui avoisine les 10% depuis près d’une année qui expliquent en grande partie ce mécontentement des électeurs, ajouté à la personnalité et aux origines du président Barack Obama, qu’une grande partie de l’Amérique blanche a aujourd’hui rejeté comme un corps étranger.

Mais si les deux prochaines années seront difficiles pour le président, elles risquent aussi de le devenir pour les républicains, qui devront traduire en actes concrets leurs promesses parfois fantaisistes. Une tâche qui est encore compliquée par leur manque de réussite au Sénat. Sans compter le fait que Barack Obama dispose d’un droit de veto face aux initiatives du législatif, un droit dont il ferait sans doute usage si les républicains venaient à attaquer de front css principales réussites, comme la réforme de l’assurance-santé ou la régulation du système financier.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
OBAMA PRESIDE AU DÉCLIN AMÉRICAIN
Il est facile d’accuser Obama d’avoir déçu les Américains. Encore faut-il expliquer pourquoi ses propres électeurs estiment qu’il n’a pas tenu ses promesses et a démérité. Dans une interview au vitriol donnée au Monde qui mérite toute notre attention, la grande journaliste Arianna Huftington, la Cassandre américaine née Stassinopoulos commente son un ouvrage majeur « Third World America, (L'Amérique du tiers-monde »).

Attention, cet article est à lire à la loupe, crayon en main car il nous livre une clef passe partout pour comprendre que c’est l’occident tout entier qui est entré dans un déclin accéléré. La crise belge en est une illustration aiguë et une conséquence comme on peut en constater des dizaines. La cause : l’effondrement du capitalisme vingt ans après l’implosion de son concurrent le communisme.
MG

ARIANNA HUFFINGTON : "LES ETATS-UNIS SE DELABRENT"
Deux ans après l'élection de Barack Obama et la vague d'optimisme qu'elle a suscitée, le titre de votre livre – Third World America, (L'Amérique du tiers-monde) – fait l'effet d'une douche froide.
C'est un titre volontairement provocateur, tant les mots Amérique et tiers-monde paraissent contradictoires dans une nation convaincue de tout temps d'être la plus noble, la plus riche, la plus puissante et la plus généreuse du monde. Mais les signaux sont au rouge et je sonne l'alarme tant qu'il est encore temps de contrecarrer cette chute vers le tiers-monde.
Lorsque j'étais en Grèce, mon héroïne favorite était Cassandre, dont les Troyens ont ignoré les avertissements ; ils l'ont payé de leur vie. J'espère avoir davantage d'écho. Notre pays se délabre : industrie, écoles, infrastructures. La pauvreté gagne partout du terrain (+ 25 % entre 2000 et 2008 dans les banlieues des grandes villes). L'ascenseur social n'est pas en panne, il redescend !
Près de 100 millions d'Américains vivent dans des familles aux revenus inférieurs à ceux de leurs parents au même âge. Les enfants de parents fortunés qui ne font pas d'études ont plus de chance d'être riches que les enfants de parents pauvres qui, eux, ont entrepris des études. La classe moyenne, sur laquelle a reposé l'essor économique de ce pays, est une espèce en voie de disparition.

L'UNE DES PROMESSES-CLES DE L'EQUIPE OBAMA, PENDANT LA CAMPAGNE DE 2008, ETAIT POURTANT QU'IL "N'OUBLIERAIT PAS LA CLASSE MOYENNE ".
Eh bien, c'est fait. Elle est dévastée. Et sa disparition est bien plus menaçante pour la stabilité à long terme de ce pays que la crise financière, qui a vu 3 000 milliards de dollars d'argent du contribuable versés à Wall Street. Des chiffres ? Depuis la fin de 2007, nous avons perdu plus de 8,4 millions d'emplois. Un Américain sur 5 est sans emploi ou sous-employé.
Un crédit immobilier sur 8 mène à la saisie. Un Américain sur 8 vit de bons alimentaires. Chaque mois, plus de 120 000 familles se déclarent en faillite. La crise économique a balayé plus de 5 000 milliards de fonds de retraite et d'économies ! Je ne comprends pas que Washington n'ait pas conscience de l'urgence absolue d'agir.

D'AUTANT QUE, PARALLELEMENT, DES COUPES BUDGETAIRES MASSIVES ONT AFFECTE NOMBRE DE SERVICES PUBLICS.
Quel paradoxe ! C'est au moment où les familles sont les plus vulnérables, menacées par la misère, qu'on leur supprime les services et les aides dont elles n'ont jamais eu autant besoin ! Au moins 45 Etats ont opéré des coupes dans des services vitaux pour les plus faibles : enfants, personnes âgées, handicapés, malades, sans-abri. Sans parler des étudiants, systématiquement affectés.
L'Alabama a aboli les services qui permettaient à 1 100 seniors de rester chez eux plutôt que d'aller en maison de soins. Le Michigan, le Nevada, la Californie et l'Utah ont supprimé le remboursement des soins dentaires et ophtalmologiques pour les bénéficiaires de Medicaid, l'assurance-maladie des plus pauvres. Je pourrais continuer l'énumération. Et, pendant que la misère s'installe dans le pays, on continue de dépenser des milliards dans des guerres inutiles.

ENCORE LE SIGNE, SELON VOUS, D'UNE MENTALITE DE PAYS DU TIERS-MONDE ?
Comment ne pas penser à la Corée du Nord, obsédée par son entrée dans le club nucléaire alors que le peuple meurt de faim ? Notre engagement en Afghanistan n'a plus aucun sens.
Nous avons perdu la bataille des cœurs et des esprits en tuant accidentellement de nombreux civils, on y soutient un régime corrompu, on y engloutit des fortunes qui seraient bien plus utiles dans nos écoles, nos services sociaux, nos infrastructures.
Selon l'historien Arnold Toynbee, les civilisations ne meurent pas d'assassinat mais de suicide. Il est plus que temps de faire preuve de bon sens et d'inverser nos priorités si nous ne voulons pas mourir de notre propre main.

DANS LES PRIORITES, VOUS INSISTEZ SUR L'IMPORTANCE D'INVESTIR MASSIVEMENT DANS DE GRANDS TRAVAUX D'INFRASTRUCTURES.
C'est l'urgence absolue ! Nos infrastructures, qui furent autrefois la force de ce pays, sont dans un état lamentable. Le système de canalisations date de la guerre de sécession ! Le réseau électrique est largement insuffisant, d'autant que la demande d'électricité a augmenté de 25 % depuis 1990.
Un tiers du réseau routier peut être considéré comme insuffisant, voire médiocre. Le système ferroviaire n'a cessé de régresser depuis 80 ans et paraît grotesque en comparaison des trains ultrarapides qui traversent la France , le Japon, la Chine.Un quart des ponts est, selon le département des transports, "structurellement déficient", ou "fonctionnellement obsolète". Nos réservoirs – plus de 85 000 – présentent un réel danger.
Non seulement il nous faut réparer ces installations archaïques, mais il faut investir dans des infrastructures qui nous maintiennent dans la course pour les enjeux du futur. Ce serait une formidable occasion de créer des dizaines de milliers d'emplois, de relancer des industries, de stimuler notre économie.

LE PLAN DE "STIMULUS" D'OBAMA, SIGNE AU TOUT DEBUT DE SON MANDAT, N'AVAIT-IL PAS CET OBJECTIF ?
On l'avait espéré. A l'époque, Tom Friedman du New York Times avait même écrit que les mois suivants seraient "parmi les plus importants de l'histoire américaine". Mais Obama a raté son moment. Il n'a pas osé. Il n'a pas su faire preuve de l'audace, de l'indépendance et du charisme d'un Roosevelt qui, en pleine dépression, avait lancé un programme de travaux gigantesques dont les bénéfices se ressentent encore aujourd'hui.
Chamailleries partisanes, lobbies, démagogie électoraliste ont eu raison d'un vrai plan de relance. Sur les 787 milliards du plan, seuls 72 ont été alloués aux projets d'infrastructures. Navrant.

OU EN SONT LES ECOLES ?
C'est le secteur le plus dévasté ! Je ne parle pas du triste état des bâtiments publics. Je parle de ce qui se passe en classe.
Rien n'accélère davantage notre glissade vers un statut de tiers-monde que notre échec à éduquer convenablement nos enfants. C'est pourtant par l'école que passait le rêve américain ! Et pour la classe moyenne, la route vers le succès ! Mais des études montrent que parmi 30 pays développés, les Etats-Unis se situent au 25e rang pour les maths, au 21e pour les sciences. Des résultats lamentables.
30 % des lycéens quittent l'école sans diplôme. Or on ne cesse de licencier des professeurs, de réduire le nombre d'heures de cours, voire de jours d'école. Des bourses sont supprimées alors que les frais pédagogiques augmentent.
Pendant ce temps-là, des prisons ont essaimé un peu partout à une vitesse que même McDonald's pourrait envier. Trop d'écoles américaines préparent plus à la prison qu'à l'université. Quel échec !

LA FIN DU REVE AMERICAIN ?
Oui, pour des dizaines de millions d'Américains, le rêve est brisé.

QUI L'A TUE ?
Beaucoup pointent un doigt vengeur vers Washington. Et accusent notre système politique de paralysie à cause d'une classe politique clivée en deux camps irréductibles, incapables du moindre consensus.
Je crois, moi, que les deux partis sont tombés exactement de la même façon dans la poche des maîtres de l'industrie, des banques et des affaires qui remplissent leurs coffres de campagne. Le principe démocratique fondateur, "un homme, une voix", a été remplacé par l'arithmétique de la politique des groupes d'intérêts. Les lobbies et leur déluge de dollars ont envahi Washington. Une vraie prise de pouvoir. Et le gouvernement fixe ses priorités au milieu de ce bazar de trafic d'influence.
Savez-vous qu'en 2009, plus de 13 700 lobbyistes enregistrés ont dépensé un record de 3,5 milliards de dollars, le double qu'en 2002 ? 26 lobbyistes par membre du Congrès ! Etonnez-vous après cela que les plans ambitieux pour réformer Wall Street, le secteur de l'énergie ou la sécurité sociale aient dérapé ! Que les réformes aient été tuées dans l'œuf ! La classe moyenne n'a pas la chance de disposer, elle, de bataillons de lobbyistes capables d'inonder de cash Congrès et Maison Blanche. Il n'existe pas de lobby du rêve américain…

VOUS DENONCEZ PARTICULIEREMENT LA COLLUSION ENTRE WASHINGTON ET WALL STREET.
Ah, on peut dire que les grands patrons de Wall Street ont fait très fort ! Au lieu d'assiéger ou de combattre ceux qui faisaient la loi, ils les ont rejoints, investissant eux-mêmes les postes de pouvoir à Washington et intégrant les cabinets de décideurs et législateurs. Y compris l'équipe économique d'Obama !
C'est ainsi que la pensée Wall Street est devenue la pensée dominante, comme une composante génétique de nos dirigeants. Les banques ont remplacé le peuple au centre de l'univers économique. Au point que, lorsqu'elles ont été menacées de s'effondrer, le peuple des contribuables a été prié de leur porter secours de toute urgence. A coups de milliards. Et surtout : sans conditions!

FAITES-VOUS PARTIE DES DEÇUS D'OBAMA ?
Son élection restera historique. Et c'est un homme brillant. Mais il a dramatiquement sous-estimé la crise. Dans son équipe, il a pris des gens comme Larry Summers ou Tim Geithner, qui voyaient le monde avec les yeux de Wall Street et pensaient que le reste du pays suivrait si l'on sauvait Wall Street. Quelle erreur !
Ils n'ont pas compris que le problème de l'emploi est structurel, et n'ont donc pas pris les mesures adéquates. D'autre part, et contrairement à ses promesses de campagne, Obama n'a pas changé le système grâce auquel fonctionne Washington. Et je regrette son profond respect pour l'establishment. Cependant, je dois admettre qu'il n'y a pas d'alternative. Car les propositions des républicains sont carrément risibles.

QUEL EST LE SENTIMENT QUI PREVAUT ACTUELLEMENT DANS LE PAYS ?
La peur. Peur du déclin. Peur que les emplois soient perdus pour toujours. Peur de ne plus toucher de retraite. Peur de ne plus pouvoir se soigner ou d'avoir à choisir entre payer ses médicaments ou manger. Peur de voir sa maison saisie. Peur de voir l'Amérique divisée en deux classes : les riches et tous les autres, ceux qui ont et ceux qui n'ont pas. Peur enfin que le pire ne soit pas passé.

EST-CE CE QUI EXPLIQUE LA MONTEE DU TEA PARTY ?
La peur cède légitimement à la colère, laquelle se retourne contre le président, le parti au pouvoir, l'establishment. Il faut toujours des boucs émissaires !
Dans les années 1880, en pleine crise économique, on s'en est pris aux immigrants chinois du chemin de fer, accusés de pervertir le moral de la jeunesse, dégrader les villes, voler le travail des "vrais" Américains. Dans les années 1930, c'est aux Américains d'ascendance mexicaine qu'on s'en est pris et qu'on a déportés.
Pas étonnant qu'une paranoïa apparaisse aujourd'hui, et que les plus anxieux, excités par des démagogues de tout poil, soient prêts à croire les rumeurs les plus extravagantes et malsaines : Obama musulman, Obama communiste, Obama nazi… C'est fou, terriblement dangereux. Mais cela témoigne surtout d'une angoisse et d'une insécurité économique majeure dont il est plus que temps de prendre la mesure.
Propos recueillis par Annick Cojean (envoyée spéciale à New York)
La "une" du "Monde Magazine" daté samedi 30 octobre.DR

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUO VADIS AMERICA ?
Le grand déclin américain aurait-il commencé ?
Assistons-nous au début d’un lent suicide yankee sous la présidence de Barack Obama, celui qui fut attendu comme le nouveau messie et qui se transforme, comme lui, en bouc émissaire collectif ?
Nous n’avons pas encore lu « Third World America, (L'Amérique du tiers-monde) » mais l’interview de son auteur Arianna Huffington nous a rudement secoués.
Comment, en la découvrant, ne pas entendre résonner dans l’oreille le rythme syncopé et les paroles de la célèbre chanson « America » ? (1957)
(“Everything free in America ”, “Buying on credit in America ”, “Industry boom in America ”) tirée de West Side Story composée par Leonard Bernstein et Stephen Sondheim .

GIRLS
I like to be in America
Okay by me in America
Everything free in America

BERNARDO
For a small fee in America

ANITA
Skyscrapers bloom in America

ROSALIA
Cadillacs zoom in America

TERESITA
Industry boom in America

BOYS
Twelve in a room in America

ANITA
Life can be bright in America

BOYS
If you can fight in America

GIRLS
Life is all right in America

BOYS
If you're all white in America

BERNARDO
Everywhere grime in America
Organized crime in America
Terrible time in America

TERRIBLE TIMES IN AMERICA
« Les signaux sont au rouge et je sonne l'alarme tant qu'il est encore temps de contrecarrer cette chute vers le tiers-monde. »
Serait-ce la fin du rêve américain ?
« Oui, pour des dizaines de millions d'Américains, le rêve est brisé. »
Lorsque Arianna Huffington née Arianna Stassinopoulos, vivait encore en Grèce, son héroïne favorite était Cassandre, dont les Troyens ont ignoré les avertissements ; ils l'ont payé de leur vie. La grande prophétesse des médias US espère avoir davantage d'écho.
« Notre pays se délabre : industrie, écoles, infrastructures. La pauvreté gagne partout du terrain (+ 25 % entre 2000 et 2008 dans les banlieues des grandes villes). L'ascenseur social n'est pas en panne, il redescend ! » On croirait lire une description de Bruxelles aujourd’hui !
« Près de 100 millions d'Américains vivent dans des familles aux revenus inférieurs à ceux de leurs parents au même âge. Les enfants de parents fortunés qui ne font pas d'études ont plus de chance d'être riches que les enfants de parents pauvres qui, eux, ont entrepris des études. La classe moyenne, sur laquelle a reposé l'essor économique de ce pays, est une espèce en voie de disparition. »
La classe moyenne est dévastée.
L’engagement US en Afghanistan n'a plus aucun sens.
« Nous avons perdu la bataille des cœurs et des esprits en tuant accidentellement de nombreux civils, on y soutient un régime corrompu, on y engloutit des fortunes qui seraient bien plus utiles dans nos écoles, nos services sociaux, nos infrastructures. »
La civilisation américaine serait-elle touchée à mort par les huit années Busch et la grande déception Obama ?
« Selon l'historien Arnold Toynbee, les civilisations ne meurent pas d'assassinat mais de suicide. Il est plus que temps de faire preuve de bon sens et d'inverser nos priorités si nous ne voulons pas mourir de notre propre main. »
« Non seulement il nous faut réparer ces installations archaïques, mais il faut investir dans des infrastructures qui nous maintiennent dans la course pour les enjeux du futur. Ce serait une formidable occasion de créer des dizaines de milliers d'emplois, de relancer des industries, de stimuler notre économie. »
« Obama a raté son moment. Il n'a pas osé. Il n'a pas su faire preuve de l'audace, de l'indépendance et du charisme d'un Roosevelt qui, en pleine dépression, avait lancé un programme de travaux gigantesques dont les bénéfices se ressentent encore aujourd'hui. »
C’est ici que les Américains attendaient Obama, c’est en cela qu’il les a déçus.

OU EN SONT LES ECOLES ?
Plus encore qu’en Europe et un peu comme à Bruxelles, l’enseignement est le secteur le plus dévasté ! « Je ne parle pas du triste état des bâtiments publics. Je parle de ce qui se passe en classe. »
« Rien n'accélère davantage notre glissade vers un statut de tiers-monde que notre échec à éduquer convenablement nos enfants. C'est pourtant par l'école que passait le rêve américain ! Et pour la classe moyenne, la route vers le succès ! Mais des études montrent que parmi 30 pays développés, les Etats-Unis se situent au 25e rang pour les maths, au 21e pour les sciences. Des résultats lamentables. Trop d'écoles américaines préparent plus à la prison qu'à l'université. Quel échec ! »
« 30 % des lycéens quittent l'école sans diplôme. »
Encore une fois, c’est exactement ce qui se passe à Bruxelles.

LA FIN DU REVE AMERICAIN ?
Oui, pour des dizaines de millions d'Américains, le rêve est brisé. « Beaucoup pointent un doigt vengeur vers Washington. Et accusent notre système politique de paralysie à cause d'une classe politique clivée en deux camps irréductibles, incapables du moindre consensus. »
« La pensée Wall Street est devenue la pensée dominante, comme une composante génétique de nos dirigeants. Les banques ont remplacé le peuple au centre de l'univers économique »
« Obama a dramatiquement sous-estimé la crise ».
Le sentiment qui prévaut actuellement en Amérique, comme en Europe d’ailleurs, c’est la peur. « Peur du déclin. Peur que les emplois soient perdus pour toujours. Peur de ne plus toucher de retraite. Peur de ne plus pouvoir se soigner ou d'avoir à choisir entre payer ses médicaments ou manger. Peur de voir sa maison saisie. Peur de voir l'Amérique divisée en deux classes : les riches et tous les autres, ceux qui ont et ceux qui n'ont pas. Peur enfin que le pire ne soit pas passé. »
Ce qui explique la montée du « tea party » c’est cette peur qui « cède à la colère, laquelle se retourne contre le président, le parti au pouvoir, l'establishment. Il faut toujours des boucs émissaires ! » « Pas étonnant qu'une paranoïa apparaisse aujourd'hui, et que les plus anxieux, excités par des démagogues de tout poil, soient prêts à croire les rumeurs les plus extravagantes et malsaines : Obama musulman, Obama communiste, Obama nazi… »
C'est fou, mais surtout, c’est terriblement dangereux car cela témoigne d'une angoisse et d'une insécurité économique majeure dont il est plus que temps de prendre la mesure. I’m hoping that we will bring that sense of urgency that, as you saw from the interview with the President, is missing. We need to move from hope to Hope
And so, I really feel that it starts with a lot of very personal decisions. And a lot of them are not political. They have to do with tapping into our own strength and resilience, because I see, from the people I talk to, how many are crushed by the loss of a job, the loss of a home, and how others find that resilience in them, and not only survive, but manage to rebuild their lives in an even deeper way.
Even unemployed people are doing amazing things, and that’s where my optimism is coming from.
The audacity to win was replaced by the timidity to govern. And there is timidity everywhere.”
Il est navrant de constater que l’Amérique deux ans à peine après avoir donné au monde un espoir de renaissance, soudain renoue avec ses démons républicains.
Obama a été élu pour faire des miracles. Il est puni à mi mandat pour ne pas avoir su réaliser l’impossible tout de suite.
Et tandis qu’il s’efforce de réformer un pays vermoulu dans son conformisme, tout est mis en place pour l’en empêcher.
Le rêve américain est brisé, sans doute à jamais. Place donc au rêve européen.
MG

AMY GOODMAN: THIRD WORLD AMERICA
ARIANNA HUFFINGTON: I deliberately chose a title that is very jarring. You know, we don’t associate America with the third world. But I chose it because I really believe that we are on this trajectory, where the middle class is crumbling. And the middle class is the foundation not just of American prosperity, but American democracy and democratic stability.
And what I was seeing, since Cassandra has always been my favorite heroine growing up in Greece , is that there isn’t the sense of urgency that is needed if we really believe this is happening. And so, by using that title, Third World America, and by providing the data and the stories to back it up, I’m hoping that we will bring that sense of urgency that, as you saw from the interview with the President, is missing. You know, it was the sense of urgency that everybody had that famous weekend when they saved Wall Street, you know, when everybody, all the establishments—political, financial, Democratic, Republican—came together, and they said, "We simply cannot afford to allow the financial system to collapse. We don’t exactly know what will save it, but we’ll throw everything against the wall, because we can’t afford that." That has been completely missing. You know, we’ve had endless conversations about jobs are a priority, jobs will be our focus, but it’s not really happening. The President asks for all ideas. You know, we’ve all been screaming many ideas—you know, Republican, Democrats, you know—from the payroll tax holiday to a really serious infrastructure and jobs program, to a green bank, to an infrastructure bank, to tax credits for small businesses. You know, the ideas are out there. What is missing is that sense of urgency and the political will.
JUAN GONZALEZ: Well, you talk especially about the inability so far of the administration to craft solutions to, for instance, the foreclosure crisis, to really help the millions of Americans that are facing foreclosure. Why do think it’s been so difficult to have that same kind of urgency for unemployment, for the housing crisis, as they have had for solving the bank meltdown?
ARIANNA HUFFINGTON: Well, I’m so glad you brought up foreclosures, because it kind of sums up everything. The fact that the cramdown amendment that Dick Durbin, Senator Durbin, was shepherding through the Senate—the fact that that amendment failed, which would have allowed over a million families to stay in their homes, simply by being able to negotiate, to have a loan modification, that tells you everything you want to know about how broken our system is. That was after the banks had wrecked the economy, after they had been bailed out by taxpayers. They still had the power to kill this amendment.
And also, I say in the book, how is that even in their own interest? You know, how many millions of homes do banks want to own? And what are they going to do with them? Especially as we know that property values immediately go down, all the surrounding properties suffer, when a home is foreclosed. Not to mention what it does to families. You know, all the stories, the heartrending stories that I write about, of families moving with school children in motels or with grandparents—with the latest Pew numbers yesterday about how many children are now being brought up by grandparents—in homeless shelters. This is like a kind of a gateway calamity that affects everything.
AMY GOODMAN: And yet, this is—you wrote Pigs at the Trough. That was under the Bush years. This is the Obama years, and you’re writing Third World America.
ARIANNA HUFFINGTON: Well, that’s why in section five, which is really, for me, the most important section of the book, because it’s about solutions. And, you know, we can sit here and go through the first four sections of the diagnosis of the problem and what’s wrong, but in the end, I feel we need to recognize. It’s about that we need to move from hope to Hope 2.0. And Hope 2.0 is about us what people can do, what communities can do. Of course we are going to keep calling on the government to do the right thing, but right now we have to just change the wind, because politicians will keep putting their fingers up and see which way it’s blowing, and it has to be blowing in a different direction.
And so, I really feel that it starts with a lot of very personal decisions. And a lot of them are not political. They have to do with tapping into our own strength and resilience, because I see, from the people I talk to, how many are crushed by the loss of a job, the loss of a home, and how others find that resilience in them, and not only survive, but manage to rebuild their lives in an even deeper way. I mean, I write about Brenda Carter, who lost her job after thirteen years in HR. And, you know, she had to just literally collect all her belongings from her—and I remember my editor said, "We have to cut 20,000 words. Let’s cut all this thing about what exactly she took out of her office—her plants, her pictures. We don’t really need that." I said, "No, we do need that, because everybody understands that." You know, you’ve built your life, you have your little office, and you have everything there, and suddenly you have to take it all down after thirteen years. She filed hundreds of job applications. She never got another job. So, what did she do? She started cooking praline candy and selling them, first door to door, then online. She got a real estate license. She improved her tack ability. So she’s rebuilding her life after months of depression. So that’s like key, to not let ourselves be defeated by what’s happening.
JUAN GONZALEZ: But let me ask you about this Hope 2.0, because it seems to me that part of the problem is that so many of the popular movement activists who had Hope 1.0 and who, when Obama came into government, either, one, became part of the—you know, got appointments in the administration, or, even worse, I think, became sort of targets by the administration whenever they were raising too much of a ruckus. They were called in by the administration, that gave them access, whether it’s the immigration rights advocates, whether it’s the labor unions, and basically said, "Hey, you’re not helping. You’re not helping our situation to get reform." So they have, in essence, been disarmed. The activists have been either co-opted or increasingly the administration becomes the break on their ability to mobilize a popular movement. What can be done about that?
ARIANNA HUFFINGTON: Well, first of all, I can understand the reluctance to criticize when the alternative is John Boehner as speaker or Sarah Palin as president. I mean, obliviously, I don’t share the reluctance, and it hasn’t stopped me or you from calling things as we see them, but I can understand that—do we really want to hand the country back to the Republicans? Do we really want to hand the country to those whose only solution is to prolong all the tax cuts, including to the richest Americans, etc., etc.?
But what is happening right now is that we really need to put that aside and just rebuild a grassroots movement, and also look at what we’re doing in our own lives, right down to how do we build our own financial literacy? You know, many people really go into these mortgages, go into these credit cards, without a full understanding of the tricks and traps hidden in there. So there are very specific steps that need to be taken. And there is one other thing, which is, what are we doing to give back in our community? So, what I’m saying is, as well as our political activism, what are we doing to be much more hands-on in the lives of our communities? Because even unemployed people are doing amazing things, and that’s where my optimism is coming from. You know, Seth Reams, who lost his job as a concierge in Portland , Oregon , and started this group called wevegottimetohelp.org, and so now, you know, literally, people flood his little operation with calls for asking for babysitting help, for help to move from their apartment, whatever is needed. So that kind of culture is also something we need to build.
AMY GOODMAN: You mentioned green jobs earlier. Today in the Washington Times, their main story is about, well, saying, "Noticeably absent from President Obama’s latest economic-stimulus package are any further attempts to create jobs through 'green' energy projects, reflecting a year in which the administration’s original, loudly trumpeted efforts proved largely unfruitful." Why? Why did he back off? First he fires Van Jones, or they get rid of Van Jones, and then green jobs is out the window, when it can be one of the most productive forms of employment.
ARIANNA HUFFINGTON: Well, that’s really the fundamental problem. The audacity to win was replaced by the timidity to govern. And there is timidity everywhere. I mean, there are really no bold measures. And at a time of this huge economic crisis that we’re facing, we cannot just deal with things in this incredibly cautious way. I mean, the stimulus is a very good example. You know, I write in the book that Lloyd George said it best—you know, the English prime minister—when he said that you cannot jump across a chasm in two leaps. And that’s what they try to do, you know, and so falling into this abyss, which may be a double-dip recession. We don’t know exactly what it’s going to be, but it’s not good. And they’re beginning to recognize it’s not good and changing the rhetoric, at least. But the point is that at the time many people predicted it. Even Christine Romer, we now know, had really advocated in her different scenario a stimulus high enough to actually make it work, because now, what the right is doing is saying, "You know, we gave all that money, and it hasn’t worked." So the inadequacy of the solution is now being used to undermine the very idea of government stepping in and helping—unless, of course, it’s to save Wall Street.
JUAN GONZALEZ: I’d like to ask you about education, because you touch on it quite a bit in the book. You say that our high schools have become dropout factories. We have one of the lowest graduation rates in the industrialized world. Over 30 percent of American high school students fail to leave with a diploma. And even those who do graduate are often unprepared for college. Now, the Obama administration has made a big issue of education with its Race to the Top, and you seem to support some of the initiatives. You certainly back the idea of being able to fire teachers who are not performing and doing away with outmoded union protections. But you also have a—you condemn its emphasis on testing as a means of determining whether public schools are improving. I’m interested in your take on this, how the Obama administration is doing on education, and also their big emphasis on charter schools, on the creation of charter schools. Do you think that that is a way to reform public education in the United States ?
ARIANNA HUFFINGTON: Well, first of all, I think that what the Obama administration and Arne Duncan are doing with education is the best thing they’re doing. They’re acknowledging the crisis. They’re acknowledging that what we’ve done has not worked. And it’s sort of coinciding with the release of this amazing documentary that I write about in the book called Waiting for Superman, that profiles Geoffrey Canada and the work he’s doing here in Harlem, and again, the amazing work of saying we’re going to put children first, we are not going to allow anything, including the tenure of bad teachers, or anything at all, to stand in the way. And that’s the kind of determination we need, because otherwise, what this documentary powerfully captures is the fact that getting a decent education now, if you’re in one of those completely dysfunctional public schools, is a matter of lottery. You know, are you going to be lucky enough to win one of the slots in a another decent school? And that’s like amazing, that this entire American Dream has come down to chance.
AMY GOODMAN: I wanted to ask you about Robert Gibbs’s comment on the professional left. Do you think he’s talking about you there, among others?
ARIANNA HUFFINGTON: Oh, I don’t really know exactly who he’s talking about, but I really think that this whole idea that has been perpetuated by the media, and by the White House, of dividing every issue into one that has a left and right position is incredibly undermining our ability to find real solutions. And at the Huffington Post, we now have a tagline that we call "Beyond left and right." That’s different than bipartisanship. That’s different than "Let’s comes together and split the difference and just compromise and pass something." That’s general consensus on things like Afghanistan , for example. When George Will came out against escalating in Afghanistan, we trumpeted it as a headline beyond left and right, because the media keep positioning anyone who wants to leave Afghanistan as some kind of peacenik lefty who doesn’t understand the realities of national security, when people from across the political spectrum, including the Cato Institute, are recognizing that what we are doing is fighting an unwinnable war that is not helping us in terms of our national security. And, in fact, we are buttressing a corrupt regime at the expense of what we can do at home. Two billion dollars a week. So there I was the other day on Morning Joe, and Joe Scarborough and Ed Rendell, who were on, both agreed we need to stop that. So, I mean, we need to say clearly that these are not all left-right decisions.
AMY GOODMAN: President Obama is holding his first news conference since the end of May today at the White House. What would you ask him?
ARIANNA HUFFINGTON: Well, I would ask him where is the fierce urgency of now, that he likes to quote, because that’s what is needed, because people are suffering.
AMY GOODMAN: I want to thank you for being with us, Arianna Huffington. Her new book is called Third World America: How Our Politicians Are Abandoning the Middle Class and Betraying the American Dream.

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