samedi 27 novembre 2010

L'avenir de la Belgique s'enfuit

Au cours des trente dernières années, quelque chose s’être fissuré dans l’économie belge. Jadis, le pays était l’un des plus florissants du monde. Aujourd’hui, il s’essouffle à rester dans les indices de compétitivité au sein desquels, inexorablement, il s’enfonce. Plus grave, des différences régionales importantes persistent. La Belgique économique a compris qu’une partie de son avenir était derrière elle.

Bien sûr, on argumentera que l‘économie s’est mondialisée et qu’il n’est que logique qu’un petit pays se dilue dans des agrégats plus importants. Les polarités de développement se sont inversées et la croissance est à l’Est. Depuis dix ans, l’euro a pris le relais du franc belge. Si la Belgique est la capitale de l’Europe, c’est plutôt l’Europe qui se réunit à Bruxelles. On se rappellera aussi que le Royaume n’est protégé par aucune géographie défensive et que son ouverture territoriale en accentue la dépendance.

Pourtant, il y a autre chose. Pas un naufrage, mais plutôt une infime et inéluctable dérive. Une morosité silencieuse. Une résignation. Beaucoup de Belges le ressentent, mais peu l’expriment. C’est un sentiment flou, teinté d’amertume des grandeurs passées et d’incompréhension des réalités modernes. Une nostalgie des années soixante où le pays promettait à ses élites aux meilleures destinées et l’insouciance du plein-emploi.

Et finalement, lorsque le chercheur écarte l’accessoire du principal, il lui reste une cause, sans doute impudique : C’est la pusillanimité de l’Etat, qui n’a plus donné confiance. D’ailleurs, nous n’avons plus de gouvernement de combat depuis trois ans. Il a démissionné de son rôle de vigie. Le pouvoir politique s’est rétréci par morcellement. Devant ces multiples signaux, de nombreux entrepreneurs ont quitté le pays sur la pointe des pieds. Les entreprises belges, autrefois reconnues, sont désormais de simples filiales de groupes étrangers.
Mais il y a pire : la Belgique est devenue toute petite parce que le pouvoir politique écarte ses élites des débats citoyens. L’entreprenariat est suspect, la réussite professionnelle à peine tolérée, les centres universitaires sont désargentés et les reconnaissances nationales sont devenues le résultat d’équilibres politiques et linguistiques.
Ce qui est singulier en Belgique, c’est que l’Etat est resté suspendu entre une formulation révolue et des configurations inaccomplies. Il y a un malaise, dans ce pays : celui d’une économie qui est en apesanteur, en suspension de drames. C’est une économie qui a vieilli, qui devient triste. Cette crise est plus profonde qu’une simple étape : elle devient existentielle.
L’avenir s’enfuit. Les rentes glorieuses s’épuisent.
Mais il faudra renoncer au renoncement.
De nouveaux hommes devront immanquablement apparaître.
Il faut les espérer sages.
(Bruno Colmant)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE BLUES DES BELGES
Après le temps des trente glorieuses, celui des trente piteuses, voici venu chez nous celui des trois calamiteuses qui achèvent de mettre le moral des Belges à zéro. Et leur pessimisme de se radicaliser au fil des saisons comme si ils vivaient dans un mois de novembre sans fin.
On a beau recourir aux stratagèmes dits de la méthode Coué, se répéter à l’instar du philosophe Alain que « le pessimisme est d’humeur, l’optimisme de volonté », la volonté d’optimisme des Belges qui si longtemps les anima, est à bout de souffle.
« Pas un naufrage, mais plutôt une infime et inéluctable dérive. Une morosité silencieuse. Une résignation. Beaucoup de Belges le ressentent, mais peu l’expriment. C’est un sentiment flou, teinté d’amertume des grandeurs passées et d’incompréhension des réalités modernes. »
Le mal être est partout, dans les conversations de bistrot, les dîners en ville et en famille, les files devant les caisses des grandes surfaces, les bouchons d’autoroutes, les transports en commun, les salles de spectacle et de cinéma, les églises désertées, les mosquées ternes et les temples de la mal bouffe, sans oublier les médias, ces amplificateurs du mal être qui charrient les informations déprimantes par marées.
« Il y a un malaise, dans ce pays : celui d’une économie qui est en apesanteur, en suspension de drames. C’est une économie qui a vieilli, qui devient triste. Cette crise est plus profonde qu’une simple étape : elle devient existentielle. »
Climat d’agonie, atmosphère de funérailles, l’occident décline à vue d’œil, si l’économie belge vieillit, sa classe politique est carrément en bout de course.
“L’avenir s’enfuit”.
Et voilà que doit nous revenir en mémoire l’étrange avertissement de Jean Luc Dehaene, éternel optimiste de volonté qui prend désormais des accents de Cassandre: « Je mag nooit vergeten dat het eigen is aan de democratie dat ze zichzelf op democratische manier kan opheffen.”
Est-il en train de nous dire que c’est carrément notre système démocratique qui est menacé ?
« Bepaalde fenomenen vandaag vertonen een gelijkenis met de jaren dertig, al is de context helemaal anders.”
Dehaene décèlerait-il dans l’air du temps comme un parfum des années trente ? Pire, aurait-il détecté des dysfonctionnements menaçant notre système démocratique ?
« Het gevolg kan wel zijn dat men tot de conclusie komt dat de huidige democratie niet meer werkt.”
Notre démocratie serait-elle vraiment enrayée comme il le suggère?
Mais comme dirait Hillary Clinton « Never miss a good crisis. » ou comme Colmant dans ce très beau texte saurons-nous « renoncer au renoncement ».
« De nouveaux hommes devront immanquablement apparaître. »
« Il faut les espérer sages. »
Se méfier avant tout de « l’homme nouveau » tel qu’il surgit ans les années trente et tel qu’il semble vouloir renaître aujourd’hui en Suède, en Hollande et dans une Flandre que nous aimons mais que nous sentons gagnée par cet immense désarroi qui voile les esprits et brouille les consciences
« Never miss a good crisis. »
MG

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