jeudi 18 novembre 2010

Le coaching payant fâche les profs

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Depuis quelques années se développe le «marché blanc» du «coaching scolaire». Une pratique que dénoncent les professeurs, l’estimant source d’inégalités entre élèves. Par Pierre Bouillon

Votre enfant bat le beurre en maths ? Il se fait lessiver en anglais ? Les devoirs du soir tournent invariablement au supplice ? On connaissait les cours particuliers. Voilà le coaching scolaire, version pignon sur rue des dépannages assurés en douce par le fils du voisin ou par ces professeurs qui s’offrent un complément de salaire.

Un marché, désormais. Et que ce phénomène émeuve, ce n’est pas neuf. Mais pendant la Toussaint , une société de coaching individuel, Educadomo, a fait sa pub sur la chaîne publique. Et cette campagne a fâché la Confédération générale des enseignants. Sur l’air de trop c’est trop, la CGE rue dans les brancards. « Le fonctionnement d’un tel centre de coaching implique des choix que nous refusons et dénonçons. Le travail individuel à la maison prend le pas sur le travail collectif en classe ; la responsabilité des parents est transformée en culpabilité, tout en offrant une possibilité de se débarrasser du problème en le confiant à quelqu’un d’autre contre rémunération. Ce qui a pour conséquence que les inégalités sociales sont davantage traduites en inégalités scolaires. »

Pour la CGE , c’est à l’école de prendre en charge l’élève. « Si l’école est pleinement responsable des apprentissages, elle doit aussi assurer l’accompagnement des élèves en difficulté ; il n’y a pas de raison d’externaliser ce travail. Si, dans certains cas, le recours à une aide individualisée auprès de spécialistes se justifie (logopède, médecin, psychologue, psychiatre…), il est malhonnête de faire croire à des parents qu’une aide à domicile par des étudiants sans formation pédagogique puisse assurer la réussite de leurs enfants. »

Pour Sandrine Grosjean, de la CGE , le coaching est en expansion. « Il se développe et de façon de plus en plus visible. Et l’école offre de plus en plus au système de se développer : en début d’année, des écoles fournissent aux élèves une liste avec, parmi d’autres personnes-ressources, les coordonnées de boîtes de coaching ! »

Pour la CGE , l’essor du coaching scolaire est dû au « développement d’une société de la performance » – les boîtes de coaching « jouant là-dessus, sur l’angoisse des parents. »

Etonnant, au fait : le rapport 2009-10 de l’inspection signale que l’école se préoccupe davantage de la remédiation. « Dire ça ne veut pas encore dire que l’on s’en préoccupe assez », dit Sandrine Grosjean. Pour la CGE : « Un travail considérable doit encore être fourni par enseignants et chercheurs pour construire des séquences d’apprentissage qui prennent en compte les difficultés des élèves. Il n’est donc pas question de faire plus, mais autrement. »

Coachs sans qualification
Si la CGE s’emporte, c’est aussi au vu du fonctionnement d’Educadomo. « Contrairement à d’autres formules comme Echec à l’échec ou les écoles de devoirs, Educadomo confie le coaching à des étudiants sans qualification pédagogique. »

La CGE appelle les acteurs scolaires, du politique aux syndicats, à se mobiliser pour que « le coaching payant externe n’ait plus de raison d’être ». Elle appelle les parents à « trouver le courage de renvoyer l’école à sa responsabilité dans l’apprentissage des enfants ». Car « en Belgique, l’enseignement obligatoire est gratuit. Les parents, quels que soient leurs moyens, ne doivent pas payer pour que leurs enfants apprennent ».

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ON SE VOILE LA FACE
Ne nous leurrons pas, depuis des décennies, les parents nantis des élèves inscrits dans des bahuts sélectifs ont recours au coaching en noir : les leçons particulières qui arrondissent les fin de mois difficiles des enseignants.
Les moins nantis se saignent au quatre veines pour bénéficier du même service.
Il se trouve que quelques petits malins, sans doutes des enseignants dégoûtés par le système actuel, s’installent en indépendant pour dispenser leurs très particulières leçons. Au lieu de faire du noir, ils font du blanc ce qui leur permet de mettre leur bagnole au nom de la société machin. Pas de quoi émouvoir un syndicaliste puisque cela crée de l’emploi.
« L'école est gratuite mais l'enseignement est payant. » commente un lecteur qui a tout compris. Sans doute ne sont-ils que 15 ou 20 % , les bons élèves qui réussissent sans aide dans le secondaire huppé. Restent 80% au moins qui suent en math physique, chimie et ont besoin d’aide, surtout en néerlandais.
« Nous assistons en effet à une dérive du rôle de l'école. Les enfants n'apprennent plus à l'école mais emmènent dans leur cartable les matières à connaître pour les contrôles. Cela revient à une privatisation de l'enseignement. » Bien vu de la part de ce lecteur. L’école à la bruxelloise doit être réformée radicalement ou nous allons droit au mur.
Il existe cependant une solution alternative : le coaching gratuit organisé par l’ULB dans les écoles à discrimination positive et appelé « tutorat ». Des « students » bacheliers vont aider des ados en difficulté au sein des écoles. C’est pratiquement gratuit, efficace mais trop peu connu.
Qu’on se le dise.
MG

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