vendredi 12 novembre 2010

Le rapport des Assises de l’Interculturalité : une bible pour le communautarisme

« Force est de constater que bon nombre d’éléments du rapport publié ce lundi par le comité de pilotage des Assises de l’Interculturalité veulent inscrire résolument notre société dans un système communautariste », estiment Denis Ducarme et Daniel Bacquelaine, députés MR.

A l’opposé de la démarche voulue par le Mouvement Réformateur consistant à favoriser le vivre ensemble par le partage de valeurs fondamentales communes, force est de constater que bon nombre d’éléments du rapport publié ce lundi par le comité de pilotage des Assises de l’Interculturalité veulent inscrire résolument notre société dans un système communautariste.

Le rapport recommande notamment l’autorisation du port de signes religieux par les élèves à partir de la 4ième année de l’enseignement secondaire et autorise également le port de ces signes dans le chef des enseignants.

En matière d’emploi, le rapport propose l’imposition de quotas d’emplois réservés à des candidats d’origine étrangère, de nationalité étrangère ou membre de groupe religieux minoritaires. Le rapport suggère par ailleurs d’élargir la notion d’aménagements raisonnables prévus actuellement dans notre législation en faveur des personnes handicapées pour ce qui concerne les matières liées à l’emploi et de l’étendre aux particularismes religieux et convictionnels. Enfin, pour limiter l’énumération des recommandations les plus communautaristes, le rapport des Assises propose aussi que les signes religieux puissent être portés par l’ensemble des agents du service public qui n’exercent pas de fonctions d’autorité. Tout cela sans oublier la recommandation de revoir la formule actuelle des jours fériés pour tenir compte des différentes convictions religieuses ou philosophiques.

N’en jetez plus, la coupe est pleine ! Ce rapport, c’est tout à la fois la négation de l’indispensable impartialité de l’Etat et l’abandon du principe démocratique fondamental de la séparation des Eglises et de l’Etat.

Si le MR avait déjà exprimé son inquiétude et ses critiques en 2009 sur les faveurs faites au modèle communautariste dans le cadre de l’organisation du travail des Assises de l’interculturalité, les conclusions du rapport sont plus excessives encore que celles imaginées. Elles versent dans le relativisme le plus radical. Chacun bénéficiant de droits différenciés en fonction de son appartenance à telle ou telle communauté. C’est la porte ouverte à une accentuation des différences identitaires menant in fine à une forme de « babelisation « du vivre ensemble, ainsi qu’à l’émergence de castes légales. Un modèle destructeur pour notre société qui doit au contraire être conçue comme un ensemble cohérent construit sur des valeurs communes que sont les valeurs universelles. Nous ne pouvons accepter que des groupes, souvent très minoritaires, revendiquant leurs différences avant de réclamer leur appartenance à un socle commun de valeurs et à un modèle partagé se voient donner mandat par les Assises de l’interculturalité pour revendiquer la division de notre société plutôt que sa réconciliation.

Les propositions déposées par le MR au sein des différents Parlements déclinent notre volonté de porter un modèle pluraliste plutôt que le modèle communautariste.

Nous rejoignons pleinement les critiques émises par le professeur de l’Université Libre de Bruxelles, Guy Haarsher, à l’encontre du rapport des Assises de l’interculturalité pour ce qui concerne le port de signes religieux au niveau de l’Ecole publique. Si le MR s’est prononcé avec autant de vigueur pour l’interdiction du port ostentatoire de tout signe convictionnel au sein de l’école, c’est avant toute chose pour éviter de voir l’école publique dériver vers le communautarisme. Le MR a dans ce sens pu déposer des propositions parlementaires qui interdisent le port de signes religieux au sein de l’école jusqu’à la fin des humanités pour les élèves comme pour les professeurs. En tant que lieu d’émancipation, l’école, carrefour de la transmission des valeurs, doit favoriser la rencontre entre les élèves d’une part, mais également leurs relations au corps professoral, par-delà leurs sensibilités culturelles, religieuses ou politiques. L’école ne peut tolérer le port de signes qui, dans une conception radicale, archaïque et conservatrice de l’Islam, symbolisent la soumission de la femme à l’homme et manifestent une démarche prosélyte. En prétextant des libertés pour autoriser le voile à l’école, l’on accepte que pour certaines jeunes filles qui ne sont pas en état d’exercer pleinement leur liberté de choix, le droit à la différence se mue en un devoir d’appartenance. C’est aussi

accepter que ces jeunes filles soient instrumentalisées.

Pour ce qui concerne les matières liées à l’emploi, il est nécessaire que notre arsenal législatif en matière de discriminations et de lutte contre le racisme, particulièrement étayé, soit pleinement appliqué, sanctionne les auteurs de discriminations et garantisse à chacun l’émancipation et la liberté quelques soient les origines de la personne. Nous rejoignons la note minoritaire produite au sein du rapport des Assises par le Directeur du Centre pour l’Egalité des chances, Edouard Delruelle et nous ajoutons qu’introduire les « accommodements raisonnables « dans notre pays ressort davantage d’une démarche idéologique que d’une volonté d’apaiser les tensions qui traversent notre société. Plus que d’y encourager le « vivre ensemble « ceux-ci favoriseront une forme de « chacun chez soi «, le repli, les peurs, les tensions sociales.

Le choix de société qui est posé par ces Assises de l’interculturalité, voulues par Joëlle Milquet, est donc très clair. Le nôtre également. D’une part, un modèle de communautarisme où l’appartenance à une communauté prime sur la liberté individuelle et l’exercice par tous des mêmes droits et devoirs, où l’affirmation des différences l’emporte sur l’appartenance à une même citoyenneté partagée par tous. D’autre part, un modèle pluraliste et universaliste qui n’exige aucunement l’assimilation mais où l’appartenance à une citoyenneté partagée fondée sur les valeurs universelles d’égalité, de démocratie et de liberté l’emporte sur les différences.

Avec ses différentes propositions de loi, le Mouvement Réformateur demande aux parlements fédéral, communautaires et régionaux d’agir et de reprendre enfin la main sur ces matières et de sortir ce débat fondamental des encommissionnements dans lesquels la gauche politique les a plongé depuis trop longtemps.
Denis Ducarme
Daniel Bacquelaine
Députés MR
(1) Le Soir du 15 septembre 2009

COMMENTAIRE DE DIVERTCITY
IT TAKES THREE THINGS TO SUCCEED: A VISION TO SEE, THE VIGOUR TO ACT AND THE HEART TO CARE.
Denis Ducarme se lève du pied droit, commande son petit déjeuner, se fait apporter la presse, la scanne et repère les thèmes qui font mousser les médias. Il rédige à la diable un communiqué de presse. Son horizon s’arrête là, il fait le plein de voix dans le vivier des laïco laïque et basta..

Le MR est en panne d’idées, surtout il manque d’hommes et de femmes de conviction et de vision. Hormis Reynders, piètre stratège mais remarquable technicien, les visionnaires sont du côté du FDF, prisonnier de thèses rigides que défendait déjà Antoinette Spaak.

Le libéralisme flamand n’est guère plus emballant ce qui laisse un boulevard à leurs adversaires naturels :le PS et la N-VA .

Cela dit, comme l’écrit un lecteur :

« Les "Assises de l'Interculturalité" puent l'électoralisme à plein nez. Les votes musulmans valent bien pour certain l'abandon de quelques principes fondamentaux à la démocratie que comme le principe d'égalité entre les hommes et les femmes, ou encore le principe de la séparation du temporel et du religieux, de l'Eglise" et de l'Etat laïc. Autre recommandation qui sent bon la complaisance envers le communautarisme le plus vil, celui des préjugés antisémites trop courant dans la communauté musulmane: celle concernant le négationnisme du génocide juif. J'aurais trouvé normal que soit officiellement stipulé que le négationnisme vise en plus du génocide des Juifs, celui des Arméniens et celui des Tutsis; je condamne par contre avec la plus ferme énergie la volonté de supprimer toute référence à la shoah en laissant dans le vague les génocides (...) »
Et pendant ce temps là, doucement l’UCL prend ses distances par rapport au « C » léonardien.
MG

LA LISTE DES 303 PETITIONNAIRES DE L'UCL CONTRE MGR LEONARD
Ils demandent la démission de Monseigneur Léonard de son poste de Grand chancelier de l'UCL.
LA PETITION
Nous sommes nombreux – athées, agnostiques, croyants à des titres divers ou chrétiens pratiquants – à avoir rejoint l'Université catholique de Louvain en raison de sa tradition humaniste et du privilège qu'elle a toujours accordé à la raison sur les formes multiples d'irrationalisme. Ceci se vérifie à la fois dans le détail de ses enseignements, dans l'extraordinaire diversité de ses champs de recherche, dans la culture qui est la sienne depuis plus de cinq siècles. Pionnière de l'humanisme au temps de la Renaissance, l'UCL prend place aujourd'hui dans un espace public national relativement original, marqué par l'invention d'une laïcité ouverte.
A côté de leurs consœurs, l'UCL et la KUL participent à la formation d'une grande partie de la jeunesse – de Belgique, mais aussi d'Europe – et accomplissent à ce titre une mission de service public. Une mission pour laquelle les vertus premières sont le respect des personnes dans leur diversité de sexe, d'âge et de confession, mais aussi la mobilisation d'une réflexion scientifique libérée des affres de l'obscurantisme.
Or les récents propos de Mgr. Léonard relatifs à la « justice immanente » en matière de sida, ses déclarations sur la sexualité et le corps humains comme ses jugements à l'emporte-pièce sur l'homosexualité, viennent jeter un puissant discrédit sur cet équilibre général. En effet, l'Archevêque de Malines-Bruxelles se trouve être à la tête du Pouvoir Organisateur de l'UCL. Ses prises de position traduisent ce qu'il faut bien appeler une fuite en avant ultraconservatrice au sommet de l'Eglise catholique et portent atteinte à la culture dans laquelle nous travaillons, dans la diversité même de nos approches et de nos convictions Ces propos appellent une réaction claire de la part d'enseignants qui s'adressent à une jeunesse ayant plus que jamais besoin de repères éthiques. Cette réaction est celle de la plus vigoureuse condamnation. Rien ne justifie de telles assertions. Pire encore, celles-ci s'appuient sur une forme d'immoralité dont la logique doit être brièvement rappelée.
Parler de justice immanente suppose que certains événements naturels qui échappent à la volonté humaine se justifient au nom d'une action providentielle. Comme au Moyen Âge, cette conception voit dans la « maladie » un mécanisme de tri sélectif, doté d'une signification morale. Cela revient à prêter à des faits naturels une intentionnalité qu'ils n'ont évidemment pas. Parler d'un « amour malmené qui se venge » est une absurdité qu'aucun homme de science moderne, aucun citoyen éduqué, ne peut accepter.
Une telle vision s'appuie sur une conception du corps et de la sexualité qui n'est pas seulement archaïque, mais fallacieuse. Elle suppose en effet que le corps humain serait pareil à un objet dont on pourrait discipliner les instincts, et la sexualité cette nécessité douteuse dont la fonction essentielle serait la reproduction. Elle occulte cette part infrangible de l'identité humaine, pour laquelle le corps n'est pas un objet externe mais le lieu même de la vie, et la sexualité la matrice du désir qui nous porte à la rencontre d'un(e) autre. C'est bien parce que nous sommes corps sexués que l'autre n'est jamais l'abstraction à laquelle l'assignent les systèmes ou les pensées totalitaires, mais cette présence incarnée qui demeure, plus que tout, foyer de l'interdiction du meurtre et appel à un au-delà de soi. Or cette présence se nomme liberté : elle est le théâtre difficile et magnifique de l'apprentissage de soi et du monde, qui exige tout autre chose qu'une attitude répressive ou culpabilisante.
Enfin, la condamnation récurrente de l'homosexualité fournit le support d'une discrimination entre les personnes, contraire non seulement aux droits fondamentaux, mais aussi à cette exigence morale proprement moderne, visant à assurer à chacun le respect de ses conceptions particulières de la vie bonne dans la mesure où cela ne nuit pas à autrui, pour reprendre la formule de Kant.
Ce n'est pas faire l'apologie d'un rationalisme débridé que de souligner ces différents éléments. Nous sommes bien placés à l'UCL pour penser que la logique même du rationalisme est de savoir s'interroger sur ses propres limites, au nom d'une raison capable de s'abreuver à d'autres sources qu'elle-même. Mais nous sommes bien placés aussi pour penser que la modernité nous a fourni des acquis considérables en vue d'élaborer une éthique responsable, destinée à tous. A ce propos, est-il inutile de rappeler que l'Eglise catholique – en Belgique, mais pas seulement – est concernée par une série d'affaires de pédophilie qui demeurent un scandale absolu et qui appellent une justice autonome, ferme et responsable ? Faut-il rappeler que les toutes dernières déclarations prônant une « une absence de jugement pour des prêtres qui ne sont plus en fonction » ouvrent sur une impunité injustifiable, puisque les victimes demeurent en vie et que les actes commis doivent être pris en charge par le droit pénal ? Faut-il rappeler enfin que ces affaires ne sont pas seulement le fait de quelques-unes, mais le signe d'une déficience institutionnelle profonde ? Un minimum de décence supposerait de savoir balayer devant sa porte face à la gravité de telles situations, plutôt que d'en rajouter en tenant des propos réactionnaires sur la maladie et la sexualité.
Nous savons pertinemment que ceux-ci ne reflètent pas, loin s'en faut, l'opinion d'un grand nombre de catholiques, dont la démarche spirituelle ne se réduit nullement à ce que certains membres de leur hiérarchie affirment haut et fort. Mais nous savons aussi que ces assertions font honte à l'institution universitaire dont l'Archevêque de Malines-Bruxelles demeure le Grand chancelier. Pour cette raison même, son maintien à un tel poste est devenu injustifiable et nous demandons sa démission. A défaut, l'UCL devra en tirer les conclusions qui s'imposent quant à l'autonomie définitive de son Pouvoir Organisateur à l'égard de la hiérarchie catholique.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE DEMARCHE DE CARACTÈRE LIBRE EXAMINISTE ?
Le principe du libre examen n'est pas obligatoire, personne n’oblige à y adhérer. C’est un choix personnel.
Il garde toutes les options ouvertes, y compris celle de la foi pourvu qu’elle ne soit point dogmatique.
La citation suivante de Henri Poincaré, extraite d'un discours donné à l'occasion des 75 ans de l'ULB en 1909, est souvent citée en référence à ce principe :

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. »
Qui sont ces « athées, agnostiques, croyants à des titres divers ou chrétiens pratiquants, attachés à la tradition humaniste de l’UCL? »
Qui signe ce très beau texte affirmant que l’UCL « prend place aujourd'hui dans un espace public national relativement original, marqué par l'invention d'une laïcité ouverte. (…) et la mobilisation d'une réflexion scientifique libérée des affres de l'obscurantisme (…)attachée à une exigence morale proprement moderne, visant à assurer à chacun le respect de ses conceptions particulières de la vie bonne dans la mesure où cela ne nuit pas à autrui, pour reprendre la formule de Kant, (…). » Le tout, dans le soucis « d'élaborer une éthique responsable, destinée à tous. »
Voilà qui nous en bouche un coin !
Mais en quoi ces 300 rebelles sont-ils représentatifs de la communauté universitaire de l’UCL ?
Surtout, les signataires de ce beau texte auront-il gain, de cause ceux qui veulent la démission de Léonard au poste de chancelier de l’UCL « son maintien à un tel poste est devenu injustifiable et nous demandons sa démission. A défaut, l'UCL devra en tirer les conclusions qui s'imposent quant à l'autonomie définitive de son Pouvoir Organisateur à l'égard de la hiérarchie catholique. »
Un lecteur conclut : « Et je me prends même à rêver à une grande université francophone et pluraliste, libérée des chapelles, de toutes les chapelles. Quelle promesse pour l'avenir ! »

En effet, une plateforme unique qui réunirait les grandes universités francophones serait la seule manière d’espérer rejoindre le top des cent meilleures universités mondiales dont l’ULB aussi bien que l’UCL sont exclues désormais.

Ce serait un atout de toute première importance pour une Région de Bruxelles capitale région de la connaissance en pleine mutation.

Un peu de rêve et d’utopie sont les meilleurs ingrédients pour ne pas désespérer de l’intégrisme léonardien et de son pendant islamiste qui est pire encore.
MG

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