jeudi 11 novembre 2010

L'échec préoccupe davantage les profs

C’est désormais ainsi, chaque année, l’inspection scolaire dépose un rapport sur les visites effectuées l’année précédente dans les écoles. L’an dernier, ce rapport avait été accablant pour le corps enseignant. Celui de 2010 ne contredit pas les conclusions concrètes de l’an dernier, mais elle introduit des raisons d’espérer. « Il serait assurément sot de croire qu’un an plus tard la situation ait changé de façon significative, écrit Roger Godet, inspecteur général coordinateur, auteur du présent rapport. Chacun sait qu’un système aussi complexe que l’est notre système scolaire n’évolue en effet pas d’une façon aussi rapide. Ce rapport ne vise donc pas à apprécier les évolutions qui auraient pu être réalisées en une année scolaire. Il vise à approfondir, à enrichir les constats, les analyses et les propositions faites au terme de l’année scolaire 2008-2009. »

REMÉDIATION: LES PROFS JOUENT LE JEU
Principal enseignement positif: les profs semblent maintenant définitivement acquis à la nécessité de venir en aide aux élèves en difficulté. Les inspecteurs mentionnent ce souci dans tous les niveaux de l’enseignement, soulignant des exemples où les profs usent même de leur temps libre pour venir en aide aux élèves à problèmes. Au secondaire, cette remédiation est centrée sur maths, français et 2ème langue. Elle est plus appuyée au premier degré. Le rapport relève également une grande disparité au niveau des modalités (participation volontaire ou non de l’élève à la remédiation, périodicité, etc.). Au primaire s’est développée la pratique du maître de remédiation avec à l’occasion des formules de cotitulariat où ce maître est intégré à la classe. Mais l’inspection scolaire pointe aussi que, trop souvent encore, la remédiation intervient après des contrôles certificatifs, alors qu’une intervention serait souhaitable sans attendre l’évaluation formelle.Comprendre pourquoi un élève se plante, ce n’est pas simple. Godet écrit: « Quels que soient les disciplines ou les niveaux d’enseignement, les enseignants éprouvent des difficultés à deux égards: l’identification des difficultés, de leurs causes, et l’anticipation de ces mêmes difficultés. »

LES MATHS: LE TRADITIONNEL CASSE-PIPE
Quelles sont les matières à problèmes? Les mathématiques restent, comme l’indiquait déjà le rapport de l’an dernier, la matière où les difficultés sont les plus nombreuses: « quand un élève a plusieurs échecs, le plus souvent un de ces échecs concerne cette discipline« , dit le rapport. Un chiffre: 35,8% des 4èmes secondaires étaient en échec en maths en juin 2009. En juin 2010, à l’épreuve de fin de primaire (CEB), 64,7% des élèves en échec l’étaient en maths, uniquement en maths.Pourquoi posent-elles tant de difficultés aux enfants? « Le temps consacré aux apprentissages mathématiques ne semblent pas être en cause », écrit Roger Godet. Alors? Il est noté que le primaire privilégie les apprentissages numériques « au détriment des autres domaines ». Au secondaire, si la « répartition entre les divers domaines semble d’avantage en correspondance avec le programme », on relève que la trigonométrie est souvent (27% des écoles) reportée de la 3ème à la 4ème, voire supprimée. Au 2ème degré du secondaire, l’inspection constate de façon générale des « dépassements importants en algèbre ». De tout ça, l’inspection en tire que le « problème de la planification se pose assurément en mathématiques ». Et si la planification sur l’année pose question, ce serait surtout la planification au long du cursus qui pose problème (il manque surtout du « liant » à la charnière primaire/secondaire et entre les 3ème et 4ème secondaires). Selon le rapport, les profs de maths conçoivent leur disciplines comme un « mur de briques » (d’où l’idée, par exemple, que l’on peut reporter une discipline comme la trigonométrie à l’année suivante). Les inspecteurs préfèrent l’idée de spirale, avec l’élargissement progressif des concepts.

LE CONTRÔLES DES ABSENCES
Enfin, les inspecteurs ont également analysé une série d’aspects de la « vie scolaire » comme le contrôle des absences. De là il ressort qu’en cas d’absence ou de décrochage scolaire, l’école préfère le contact direct avec le jeune et sa famille, plutôt que les démarches administratives et écrites.

L’IMMERSION LINGUISTIQUE
Pour ce qui est de l’immersion, l’inspection est descendue dans 25 écoles primaires et 10 écoles secondaires pratiquant l’immersion linguistique. Et alors ? Il en ressort que l’esprit du décret est respecté. Mais ils observent par contre que dans les cours enseignés dans la langue-cible, le programme n’est pas toujours couvert. Au primaire, le programme serait respecté dans moins de la moitié des classes visitées. Même proportions au secondaire.1

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
THE PROOF OF THE PUDDING
Attention, l’inspecteur Godet a encore frappé après avoir mené l’enquête sur les divers terrains scolaires de la Communauté française.

“Les profs semblent maintenant définitivement acquis à la nécessité de venir en aide aux élèves en difficulté »

Grandiose ! Autrefois, il y a trrrès longtemps, un prof qui se voyait coller des heures de rattrapage se sentait aussi humilié qu’un élève obligé d’y aller. Commentaire d’un enseignant « obligé » de rattraper : « Aurai-je démérité ? » Ca ne s’invente pas.

« La remédiation intervient « après » des contrôles certificatifs » of course horse ! Prévenir c’est guérir. Partout sauf à l’école !

« Les enseignants éprouvent des difficultés à deux égards: l’identification des difficultés, de leurs causes, et l’anticipation de ces mêmes difficultés. »

Difficile de détecter ce genre de chose face à une classe de 27 ados !

«Les profs de maths conçoivent leur disciplines comme un « mur de briques » et les élèves de foncer droit dans ce mur !

Pour le reste:"immersion piège à c..."

Et enfin, la cerise sur le gâteau :

«J’ai une collègue qui a été inspectée et dont la conscience professionnelle, sur laquelle il n’y a rien à redire, a été sanctionnée par un rapport conforme. Ce que l’inspection n’a pas perçu, c’est que son cours ne passe pas parce qu’elle manque totalement de psychologie et qu’elle a une si mauvaise relation avec ses élèves que les conflits sont légions et que les résultats s’en ressentent. Ca l’inspection telle qu’elle est conçue n’a pas pu le voir. L’inspection est là pour voir si on respecte les programmes et la méthodologie des compétences. MAIS un bon prof, c’est d’abord et avant tout, quelqu’un qui sait faire passer son cours, selon moi… pas seulement quelqu’un qui est en règle administrativement. »

C’est facile d’être bon prof sur papier mais tout autre chose de performer en classe. C’est qu’il existe également des inspecteurs gadget n’inspectant que les papiers. « Papiere, bitte »

The proof of the pudding is in the eating.

Si vous ne manger pas de ce pudding pédagogique vous ne saurez jamais quel goût il a, dit avec sagesse le pragmatisme anglais…
MG

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