lundi 22 novembre 2010

Un exercice démocratique salutaire

La VRT a proposé hier soir « une excellente émission politique » sur la scission du pays ou le plan B. Et la conclusion est claire : la scission sera très compliquée mais pas impossible à réaliser. Par Béatrice Delvaux

La VRT nous a proposé hier soir une excellente émission politique. Ce fut aussi un salutaire exercice démocratique. La scission du pays ou le plan B sont souvent brandis comme le noir dessein de la N-VA ou la menace provocatrice des francophones. Cette fois, rien de tout cela. On n’en était plus à tourner autour du Voldemort de la politique belge. On a regardé la bête dans les yeux, sans crainte ni panique. Et la conclusion est claire : la scission sera très compliquée mais pas impossible à réaliser ; elle profitera plus aux Flamands qu’aux francophones, même si elle comporte pour tous un saut dans l’inconnu, notamment côté sécurité sociale. Au final : c’est un choix politique. Les francophones n’auront, sur le fond, pas appris grand-chose : Le Soir, entre autres, avait réalisé cet exercice il y a un mois, débouchant sur des conclusions quasi identiques. Par contre, deux éléments notoires sont à acter :
1) Les conclusions des académiques du nord ou du sud du pays sont identiques. Ce qui donne une base objective d’analyse du projet séparatiste, autre que le seul manifeste, militant, du Warande.

2) Les partis flamands se sont prononcés hier devant leur opinion publique sur un sujet qui hantait jusqu’alors surtout les rapports entre les francophones et la N-VA. Il en ressort que CD&V, SP.A, Groen et Open VLD n’ont pas basculé dans le camp de la N-VA et consorts. Leur objectif, c’est le plan A : le maintien de la Belgique , réformée. Par ailleurs, ces partis flamands ont fait remarquer aux partisans du séparatisme : primo, qu’ils ne pourraient considérer Bruxelles comme acquise en cas de scission, sous prétexte qu’elle serait en territoire flamand et, secundo, que les séparatistes n’ont jamais produit aucun projet crédible pour l’avenir de Bruxelles…

Et cela avait quelque chose de réconfortant.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHAPEAU BEATRICE !
Cet excellent papier de Béatrice Delvaux qui propose la meilleure analyse possible de l’émission choc de De Vadder nous incite à publier ici le très beau texte qu’elle a rédigé sur le thème de la Belgique idéale au cours d’une inoubliable soirée à Flagey organisée par De Buren. Saluons au passage au-delà de son talent d’éditorialiste, son souci d’apporter sur l’actualité flamande un regard aussi complet et objectif que possible. Voilà qui nous change des nostalgies belgicaines de la Libre ou des francolâtries du VIF. Seul Yves Desmedt et quelquefois Walther Pauli atteignent cette hauteur de vue dans la presse flamande gagnée largement aux thèses de la NVA. Souvenons nous de l’avertissement de Jean Luc Dehaene : never miss a good crisis.
« Les passerelles entre les deux communautés sont de plus en plus étroites »

“In een twittersamenleving is het moeilijker om compromissen te maken. Ik vraag me af hoe de parlementaire democratie moet werken in deze maatschappij.”
« Je mag nooit vergeten dat het eigen is aan de democratie dat ze zichzelf op democratische manier kan opheffen.”
« Bepaalde fenomenen vandaag vertonen een gelijkenis met de jaren dertig, al is de context helemaal anders.”
« Het gevolg kan wel zijn dat men tot de conclusie komt dat de huidige democratie niet meer werkt.”
Notre démocratie serait-elle vraiment enrayée comme il le suggère?
A bien écouter les interventions de Jambon (N-VA) et de Annemans (Vlaams Belang) très décontractés dans le débat télévisé sur le plan B, à lire les commentaires des internautes ce matin dans la ,presse flamande il y a en effet de quoi s’inquiéter et se poser les bonnes questions sur notre avenir. Quo vadis Belgica ?
MG

LA BELGIQUE IDEALE SELON BEATRICE DELVAUX
La Belgique idéale serait une Belgique qui existerait encore, qui existerait toujours. Une évidence autrefois, un quasi luxe aujourd’hui.

La Belgique idéale serait un petit pays, discret, un peu trop humble, comme caché au troisième ou quatrième rang de l’Europe, du monde et de l’histoire mais qui soudain surgit et épate par ses fulgurances, ses talents, ses coups de génie. Comme ces films « Illégal » ou « Zaak Alzheimer » sélectionnés pour les Oscars, ou son Jan Fabre qui ouvre Avignon ou son Franco Dragone qui épate Macao, sa Anne De Meulemeester qui habille Patti Smith ou sa Justine Henin qui explose Roland Garros.

La Belgique idéale serait cette Belgique à identité douce, jamais triomphante, jamais nombriliste, qui n’affiche son drapeau qu’avec réticence mais sait que belge, à l’intérieur, cela veut dire quelque chose qui va de melting pot à zinneke, de second degré à zwanze, de chaleureux à toffe pei, de bon vivant à guindailleur, de surréaliste à un peu zot, de solide à «on peut toujours compter sur toi ». Qui ne le clame pas mais aime tant quand les autres, venus d’ailleurs, lui reconnaissent soudain toutes ces qualités.

La Belgique idéale serait la Belgique qui défie, qui brave, qui provoque, qui tape du poing sur la table, s’emporte et puis paye une tournée générale aux amis de colère, aux amis de sortie, aux amis de toujours. La Belgique des Ensor, des Claus, des Arno, des Paul Goossens, des Tom Barman. La Belgique des Magritte, des Pierre Mertens, des Yvon Toussaint, des Nabil Ben Yadir.

La Belgique idéale serait la Belgique avec Bruxelles, formidable ville de sangs mêlés, incroyable bouillon d’origines et de culture et qu’enfin on aurait décidé d’aimer, de bichonner, de développer, d’aider. Une capitale où les forces du Nord et du Sud ne se déchireraient plus mais s’uniraient pour fournir un lieu de rencontres et d’échanges qui feraient des petits. Une capitale qui serait l’incarnation du sens de l’Europe, de ses vertus, de sa finalité. Une capitale où les brusseleers, les barons de Molenbeek, les eurocrates, les navetteurs, les visiteurs, les congolais… seraient chez eux.

La Belgique idéale serait une Belgique qui réussirait une grande réforme de l’Etat. Et où ensuite Flamands et francophones, parce que chacun serait rassuré et apaisé, construiraient des ponts, des alliances, des accords. Des « Nord-Sud » dans tous les sens entre les villes ports Liège et Anvers, entre les villes d’eau Namur et Gand, entre deux écoles Saint-Pierre et Sint pieters entre deux partis, entre deux CPAS, entre deux communes, entre deux familles. Comme le font aujourd’hui les théâtres, les danseurs, les humoristes, les écrivains, les journalistes.

La Belgique idéale serait une Belgique avec une circonscription fédérale.

La Belgique idéale serait une Belgique secrétaire général perpétuel de l’Europe.

La Belgique idéale serait une Belgique bilingue, partout. Et trilingue, partout. Une Belgique où l’on apprendrait le néerlandais ou le français comme deuxième langue, en immersion. Où mon fils de 16 ans se précipiterait sur « De helaasheid der dingen » de Dimitri Verhulst ou la collection des DVD de « Alles kan beter » de Woestijnvis tandis que le fils de Peter Vandermeersch ne raterait pour rien au monde la sortie du dernier album de Kroll ou de « Faire l’amour » de Jean-Philippe Toussaint.

La Belgique idéale serait une Belgique où le rejet de l’autre aurait cessé d’être, où l’on aurait soigné les frustrations du passé, où l’on ne compterait plus le nombre de transferts dans le présent ou de collabos pendant la guerre, où l’on arrêterait de s’agonir d’injures, de se bombarder de caricatures et de clichés, où l’on arrêterait de construire ce fossé à la fois réel et tellement artificiel de nos différences, des mérites des uns face aux défauts des autres. Où l’on arrêterait de penser et de dire « Ce que nous faisons, nous le faisons mieux ».

La Belgique idéale serait une Belgique où l’on ferait campagne électorale sur les enjeux du monde, sur les défis du temps, sur les besoins des gens.

La Belgique idéale serait une Belgique qui élabore un plan de dépistage du cancer du sein au lieu de voir comment ceinturer BHV. Où l’on se demanderait comment remettre au travail un jeune bruxellois sur deux au lieu de faire tourner des modèles sur des ordinateurs pour départager des égos blessés.

La Belgique idéale serait une Belgique où l’on se rendrait compte que le temps passe, que le centre de gravité s’est déplacé mais pas de quelques kilomètres, pas de Bruxelles à Namur ou de Bruxelles à Anvers. Mais de Bruxelles à Séoul ou Shanghai. Un aller, sans retour, non négociable, que ce soit à sept ou sans les libéraux, avec ou sans scission de BHV. Parti, un point c’est tout.

La Belgique idéale c’est le KVS, c’est Passa Porta, c’est Namur en mai, c’est le Musée de la Photographie de Charleroi.

La Belgique idéale, c’est ce petit restaurant d’une strotje d’Ostende qui ne sert que des soles ou des tomates crevettes. Vous avez beaucoup de chance si le patron vous parle parce qu’il a ses humeurs mais quand il vous sert son petit vin blanc, c’est le bonheur qui passe.

La Belgique idéale, c’est la rue Haute à Bruxelles le dimanche matin, avec du brol partout dans la rue, sur les pavés, sous les casquettes. Un petit café, une couque au chocolat, un coup de soleil entre deux averses et une breloque qu’on ramène à la maison.

La Belgique idéale c’est mon village natal, de la maison de mes parents à la Place de l’Eglise. Où je connaissais les noms de tous, maison par maison, en partant de la route de Saucin, vers la vieille Place, passant par le vétérinaire rue de la Poste , montant la rue de l’Eglise, jetant un œil si les garçons n’étaient pas occupé à jouer une partie de foot et n’allaient pas nous siffler. Le poulet sauce rouge du dimanche, les fermiers au café les jours d’enterrement qui attendent l’offrande en se partageant déjà les terres de celui qui est refroidi, dans le sapin.

Dans cette Belgique idéale, on ne se posait pas la question de savoir si on allait rester belge, si on le voulait, si on ne préférait pas wallon ou namurois. On était Belges et ça nous plaisait bien cette identité batarde, qui ne se poussait pas du col, mais qui avait son cœur qui se serrait, gonflé de fierté lorsqu’Eddy Merckx raflait ce fameux maillot dans le Galibier ou le Tourmalet, à ces Français qui pensaient que c’était arrivé ou ces Hollandais qui nous regardaient de haut. Ma grand mère soudain arrêtait tout, les mains suspendues sur ce tablier d’où débordaient des haricots équeutés prêts à la conserve, mon père dans son bleu de travail, écrasait une larme discrète, le bras accoudé à la cheminée. Allez, Eddy !!!

La Belgique idéale c’est lorsque la rédaction du Soir, un peu fébrile, un peu craintive, rencontrait celle du Standaard pour une aventure commune et où l’on se toisait d’abord, avant de rire aux larmes et de se faire des clins d’yeux.

La Belgique idéale, c’est la Belgique tout court. Un putain de pays de cocagne, avec pas le climat qu’il faut, pas l’accent qu’il faut, pas l’histoire qu’il faut mais avec cette merveilleuse qualité de pouvoir y être différents mais réunis. De n’avoir qu’à tisser des liens, apprendre de l’autre, apprendre l’autre. Point de rencontre entre la culture latine et la culture germanique : tudieu quel défi !

La Belgique idéale, c’est de ne pas séparer tout cela, d’arriver à le rassembler.

La Belgique idéale était là, devant nous. Avant de vouloir tout casser.

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