samedi 25 décembre 2010

Assange dit qu'il a de "fortes chances" d'être tué dans une prison américaine

Arrêté le 7 décembre à Londres en vertu d'un mandat d'arrêt européen émis par les autorités suédoises, Julian Assange a passé au total neuf jours sous les verrous.

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a déclaré qu'il avait "de fortes chances" d'être tué dans une prison américaine s'il venait à être extradé aux Etats-Unis pour espionnage, dans un entretien accordé au Guardian paru vendredi.
Assange a estimé que si les Etats-Unis parvenaient à le faire extrader outre-Atlantique pour l'emprisonner, il avait "de fortes chances" d'y être assassiné, "comme Jack Ruby" l'avait été en 1967. Ruby assassina Lee Harvey Oswald le 24 novembre 1963, deux jours après qu'Oswald eut été arrêté pour l'assassinat du Président Kennedy.
L'Australien, qui bénéficie actuellement d'un régime de liberté conditionnelle en Grande-Bretagne, est sous le coup d'une extradition vers la Suède pour "agressions sexuelles". De son côté, Washington envisagerait de le poursuivre pour espionnage après la diffusion sur WikiLeaks de milliers de notes diplomatiques américaines.
Arrêté le 7 décembre à Londres en vertu d'un mandat d'arrêt européen émis par les autorités suédoises, Julian Assange a passé au total neuf jours sous les verrous. L'audience sur son éventuelle extradition vers la Suède débutera le 7 février. Mais celle-ci pourrait prendre plusieurs mois, en raison des nombreux appels possibles. Tenu de résider en attendant dans le manoir d'Ellingham Hall où l'accueille l'un de ses amis, il est soumis à un couvre-feu et porte un bracelet électronique.

JULIAN ASSANGE "HOMME DE L'ANNEE" POUR LE MONDE
Julian Assange a été élu "homme de l'année" par la rédaction du quotidien Le Monde, qui consacre au fondateur de WikiLeaks un grand portrait et la Une de son supplément magazine hebdomadaire à paraître vendredi.
Le Monde est un des cinq grands journaux occidentaux - avec The New York Times, The Guardian, El Pais et Der Spiegel - à s'être associé à WikiLeaks pour la publication des mémos de la diplomatie américaine.
Julian Assange, qui a passé neuf jours en prison début décembre, est assigné à résidence en Angleterre, sous le coup d'une demande d'extradition de la Suède , où il est poursuivi pour agressions sexuelles sur deux femmes. Celles-ci l'accusent de leur avoir imposé des rapports sans préservatif.
Les internautes du site web du journal ont également élu Assange comme "homme de l'année" (56,2%) devant le Prix Nobel de la paix le Chinois Liu Xiaobo (22,3%) et l'Américain Mark Zuckerberg (6,9%), le fondateur de Facebook.
La semaine passée, Time avait sacré "homme de l'année" Mark Zuckerberg, un choix contraire à celui des lecteurs du magazine américain qui se portait sur Julian Assange.

STOORZENDER ASSANGE
Hubert van Humbeeck

Time koos Mark Zuckerberg tot Persoon van het Jaar. Had dat toch niet Julian Assange moeten zijn?
Het Amerikaanse weekblad Time kiest al sinds 1927 rond midden december zijn Persoon van het Jaar. De figuur die, volgens de redactie van het blad, de meeste invloed had op de gebeurtenissen van de voorbije maanden. De eerste laureaat was Charles Lindbergh, maar ooit waren ook Adolf Hitler en Josef Stalin aan de beurt en bij gelegenheid viel de keuze op een computer, de bedreigde aarde of de Amerikaanse vrouw. Voor 2010 koos Time voor Mark Zuckerberg, de niet door iedereen geliefde ceo van de sociaalnetwerksite Facebook.

De lezers van het blad maakten een andere keuze, en eigenlijk werd min of meer verwacht dat de redactie dat ook zou doen. Zij gaven de voorkeur aan Julian Assange, de man achter de klokkenluiderwebsite WikiLeaks. Die zorgt al maanden voor ophef door vertrouwelijke boodschappen uit het Amerikaanse diplomatieke circuit openbaar te maken. Misschien vond Time het niet geraadzaam om voor Assange te kiezen omdat twee Zweedse vrouwen hem van seksueel misbruik beschuldigen. Tegelijk wordt hij soms vergeleken met Daniel Ellsberg, de defensieanalist die in 1971 met de Pentagon Papers een geheim rapport van het ministerie van Defensie over de oorlog in Vietnam publiek maakte. Henry Kissinger noemde Ellsberg ‘the most dangerous man in the world’ en hij kreeg, zoals Assange, het gerecht achter zich aan. Man van het Jaar van Time in 1971 werd Richard Nixon – of all people.

Zuckerberg en Assange hebben dit met elkaar gemeen dat ze allebei gebruikmaken van dezelfde gesofisticeerde technologie. De ene werd er schatrijk mee. De andere belandde in een cel. De ene wil mensen met elkaar in contact brengen. De andere probeert om politieke processen transparanter te maken. Omdat mensen altijd een etiket opgekleefd krijgen, wordt Assange vaak een anarchist genoemd: hij verstoort een bepaalde orde. Dat de boodschappen van WikiLeaks in de meeste gevallen niet verder gaan dan wat iedereen in de krant kan lezen, doet daarbij weinig ter zake.

Instellingen schrokken trouwens vooral toen aanhangers van WikiLeaks erin slaagden om de websites en daarmee ook een deel van de werking van overheden, banken en andere financiële instellingen te blokkeren die zich tegen Assange hadden gekeerd. Ze gebruikten daarvoor geen bommen in de oude anarchistische stijl, maar wapens waarmee ze vertrouwder zijn: ze bombardeerden sites met zo veel internetverkeer dat ze vastliepen of helemaal crashten. Dat WikiLeaks tot zo’n riposte in staat was, zorgt voor onzekerheid. Het weekblad The Economist vergelijkt de hele operatie met een soort van elektronische blokkade van een bedrijf. Een sit-in, als het ware. Of met een actie van burgerlijke ongehoorzaamheid, waarmee Amerika sinds de campagnes voor burgerrechten vertrouwd zou moeten zijn. Een wapen van de kleine man.

Het avontuur van WikiLeaks leert de verbaasde burger dat er zich op het internet soms echte cyberoorlogen afspelen, waarbij computersystemen van landen en organisaties worden aangevallen en onklaar gemaakt. Mark Zuckerberg zei in een dankwoord dat hij verder zal proberen om mensen dichter bij elkaar te brengen. Julian Assange is een stoorzender in het harde spel om grote belangen. Een ongeleid projectiel. Maar hij staat wel dichter bij de echte, grimmige wereld.

JULIAN ASSANGE: "C’EST INTERESSANT DE VOIR LA CENSURE EN OCCIDENT"
Julian Assange à Ellingham, en Angleterre, le 17 décembre.Reuters/PAUL HACKETT
Ellingham (Angleterre), Envoyé spécial - Depuis sa libération conditionnelle après neuf jours de prison, Julian Assange vit avec sa garde rapprochée dans un manoir, en pleine campagne anglaise, prêté par un riche sympathisant de WikiLeaks. En attendant que la justice britannique décide s'il sera extradé vers la Suède , suite à deux plaintes pour agression sexuelle, il est soumis à un strict contrôle de police.

Malgré ces contraintes, il a dû se remettre au travail aussitôt, car les problèmes financiers de WikiLeaks se sont brutalement aggravés. Coup sur coup, le service de paiement en ligne PayPal, les sociétés de cartes de crédit Visa et MasterCard, puis Bank of America et la banque suisse Postfinance ont bloqué sans préavis les transactions de WikiLeaks, et fermé des comptes personnels de Julian Assange.

Dans un entretien accordé au Monde, il reconnaît que ces mesures ont eu un effet dévastateur: "Grâce à la médiatisation de notre action, nous avions commencé à recevoir près de 100000 euros de dons par jour" – surtout des petites sommes provenant de sympathisants du monde entier.

Cela n'a pas duré: "Les banques ont tout coupé. En une semaine, nous avons subi un manque à gagner de près de 100 000 euros par jour, soit au total un demi-million d'euros. Or ce trésor de guerre nous aurait permis de continuer à fonctionner pendant au moins six mois. Et cette perte augmente jour après jour."

Selon lui, cette cascade d'interdictions bancaires n'est pas une coïncidence. Il est persuadé que Washington, qui veut sa perte depuis que WikiLeaks divulgue ses documents militaires et diplomatiques confidentiels américains, orchestre en sous-main une guerre financière : "C'est intéressant de voir comment fonctionne la censure en Occident. Une censure économique extrajudiciaire, résultant d'ingérences politiques visant des multinationales. Ces pressions s'étendent aux banques suisses, sensibles aux menaces américaines de réglementation des flux financiers."

FRAIS DE JUSTICE
Le manque d'argent se fait aussi sentir sur le front judiciaire, car WikiLeaks est régulièrement traîné devant les tribunaux: "Le fonds de soutien servant à assurer notre défense a été paralysé. Par générosité, des avocats travaillent pour nous bénévolement, mais d'autres ont besoin d'être payés. WikiLeaks a une dette de plus 200 000 euros de frais juridiques."

S'y ajoutent les dépenses engendrées par l'affaire personnelle de M. Assange, son combat contre la procédure d'extradition: "Si l'on inclut le paiement de ma caution, mes frais de justice se montent déjà à environ 500 000 euros." A elle seule, la traduction en anglais des documents judiciaires envoyés par la Suède a coûté près de 20 000 euros – alors que la convention européenne des droits de l'homme obligeait la justice suédoise à fournir les documents déjà traduits.

Julian Assange se veut pourtant optimiste: "A ma sortie de prison, j'ai été impressionné par la vague de soutien dont nous avons bénéficié." Il n'approuve pas les cyberattaques menées en représailles contre les banques par des hackers gagnés à sa cause, mais il y voit un indice de sa popularité montante sur le Net, et au-delà.

Par ailleurs, ses partisans ont lancé une contre-attaque judiciaire: la société islandaise qui gérait une partie des transactions de WikiLeaks a porté plainte contre Visa Europe pour rupture abusive de contrat.

WikiLeaks a réussi à conserver quelques canaux de financement, notamment via la fondation allemande Wau Holland (proche de l'association de hackers libertaires Chaos Computer Club), qui collecte et gère des fonds pour WikiLeaks depuis des années. Mais Julian Assange note que la guerre insidieuse contre lui semble se poursuivre: "D'un seul coup, sans raison valable, les autorités cherchent à remettre en cause le statut d'association caritative de Wau Holland", ce qui risquerait d'entraver ses activités financières.

En attendant, il invite ses partisans à lui envoyer de l'argent au moyen de transferts vers des comptes en Islande et en Allemagne, ou par mandat postal vers des adresses en Angleterre et en Australie.
(Yves Eudes)

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