lundi 13 décembre 2010

Irresponsable, pour la Belgique, et la Flandre

Par Béatrice Delvaux

La Belgique est le malade de l'Europe. » Ces propos tenus sur la scène européenne alors que notre pays, sur le fil du rasoir, est visé par les spéculateurs dans une Europe d'une extrême fragilité financière (en faisant comme si l'Irlande et la Grèce n'existaient pas !), sont une faute d'une gravité sans nom, témoignant d'une irresponsabilité fondamentale dans le chef d'un Bart De Wever ignorant la raison d'Etat. Car il ne s'agit pas ici de se payer la tête des francophones un soir de Noël. Non, ce que M. De Wever met en jeu à la face de l'Europe et du monde – le Spiegel n'est pas la gazette de Gooik –, c'est le bien-être de base des citoyens de ce pays, Flamands compris. Car la spéculation n'est pas séparatiste : elle ne va pas s'attaquer uniquement à ces junkies de francophones, elle va frapper tout et tous. Pas certain que les 20 % de Flamands qui ont voté N-VA pour plus d'efficacité dans la gestion du pays, voire même les 7 % qui voulaient le séparatisme, souhaitent que cela passe d'abord par la faillite belge, Flandre incluse. Les patrons du Voka, qui ont patiemment construit le renouveau économique flamand, ne devraient pas être ravis à l'idée que leur leader favori prenne le risque de ruiner cette prospérité, par goût immodéré de la provocation ou par obsession indépendantiste.
A ce train-là, les « dealers » flamands de transferts d'aujourd'hui pourraient bien être les « junkies » des plans de sauvetage de l'Europe de demain. Et, à Noël, sur le plateau du Slimste Mens, lorsqu'on demandera à Bart De Wever de citer la plus célèbre réplique de Clinton à Bush Sr, pas certain que la Flandre se gondole lorsqu'il répondra : « It's the economy, stupid. »
Imaginons que les spéculateurs ne lisent pas le Spiegel ou misent encore sur la solidité belge malgré cette exécution publique et délibérée de la crédibilité du pays : les interviews du leader nationaliste n'en restent pas moins empreintes d'irresponsabilité politique. Qu'en déduire d'autre en effet, sinon que la N-VA se moque du monde politique et des citoyens depuis six mois, qu'elle ne souhaite pas d'accord et veut juste l'éclatement du pays et/ou le chaos ?
C'est écrit ce matin, noir sur blanc, dans un hebdomadaire allemand. Ce que la N-VA ne dit pas (ou ne dit plus) aux négociateurs, elle le proclame ainsi à la face du monde, par presse interposée. Ajoutant la goujaterie au mensonge politique. Car après six mois, chers citoyens, Bart De Wever ne se demande pas, quoi que vous en pensiez et en dépit des efforts importants accomplis par tous les autres partis politiques du Nord et du Sud, si le « split rate » est mieux que le « crédit d'impôt » ; ou comment concrétiser les transferts de compétences sur table ; ou encore comment bétonner le principe de responsabilisation désormais acquis. Non, le message profond qu'elle livre est que le Roi est un « vendu », que les francophones pourrissent le fonctionnement du pays et que la seule réforme de l'Etat possible est sa scission.
Arrêtons l'hypocrisie !
La Belgique a besoin de réformes profondes. La réforme de l'Etat, en particulier, exige du travail, des compromis, du courage : Bart De Wever – c'est lui qui le dit – leur préfère l'émotion et les simplismes qui marquent les foules.
Ce matin, le leader de la N-VA et les siens vont jouer les Calimero, accuser la presse francophone de les persécuter. Certains au Nord, voire au Sud, nous reprocheront de faire son jeu, en cédant à ses provocations. Après la lecture du Spiegel, la seule vraie question, est : qui va empêcher l'irresponsabilité de faire sombrer ce pays, Flandre comprise ?

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BIEN ENVOYÉ

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