mercredi 15 décembre 2010

J’en ai marre de la presse ! J’en ai marre d’être perpétuellement sous le choc.

Par Claude Wachtelaer

Chaque fois que j’allume la télé et que je regarde le journal télévisé, c’est le même scénario, on me montre des gens sous le choc (et, implicitement, je sens qu’on espère que je sois choqué aussi).

Un terroriste se fait sauter (tout seul) à Stockholm et voilà la Suède sous le choc. La neige tombe en île de France, le trafic est perturbé et voilà la France entière sous le choc. Pour peu qu’Hortefeux se mette à accuser Météo France pour s’excuser de l’incurie – probable – d’une partie de ses services et voilà que le choc s’étend au microcosme politique.

Si un pédophile néerlandais est démasqué, voilà toute la néerlande sous le choc. Remarquons que personne, dans les reportages n’essaie d’évaluer si les bébés concernés sont sous le choc. Ce traumatisme-là est d’autant moins intéressant – médiatiquement parlant – qu’on ne peut interviewer des bébés de deux ans. Par contre, rien n’empêche de demander son avis à un gamin de 10 ans, dans un micro trottoir, sans se préoccuper du choc que cela pourrait lui causer, ni d’ailleurs de sa capacité à émettre une opinion pertinente.

La compétition du choc est sans pitié. Elle justifie toutes les dérives sémantiques. Comment un journaliste moyennement éduqué peut-il prononcer, sans rire, la phrase suivante : «en France, les prises d’otages en maternelle sont extrêmement rares» (JT rtbf du 13/12/10). Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’en Belgique, en Allemagne ou au Zimbabwe, elles sont fréquentes ?

Je vais finir par croire que le premier combat de tout libre penseur est d’arrêter de regarder les journaux télévisés. Ceux-ci participent probablement à un grand complot contre l’intelligence.
Confondant sans cesse émotion et information, information et bien pensance, il faut, face aux médias, à chaque minute, résister aux discours réducteurs, à la bêtise au front de taureau qui repose sur l’ignorance et qui se nourrit de l’instantanéité.

Sous le choc ? Demandez au londoniens quel était leur slogan pendant le Blitz. Keep calm and carry on, la meilleure réponse possible à ceux qui pensent que leur vie est mise en péril par des faits divers.

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