dimanche 5 décembre 2010

La Brise, à Boitsfort, réclame un moratoire

© Thierry Du Bois

Le personnel de l’athénée de Watermael-Boitsfort, dont la fermeture au 1er septembre 2011 a été confirmée par le gouvernement de la Communauté française, a réclamé un moratoire de cinq ans, au terme d’une assemblée générale.

Le personnel a rencontré vendredi matin, dans un climat houleux, les représentants des cabinets du ministre-président Rudy Demotte, de la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet et du ministre en charge des bâtiments scolaires Jean-Marc Nollet.

Ceux-ci étaient venus expliquer les raisons de la décision de fermeture, liée à la baisse persistante du nombre d’élèves depuis plusieurs années (le plancher des 400 élèves, qui n’est plus atteint, avait déjà fait l’objet d’une dérogation) ainsi qu’au coût jugé trop élevé (15 millions d’euros) des travaux de rénovation nécessaires.

Des mesures d’accompagnement du personnel et des élèves ont été annoncées, mais l’assemblée générale du personnel ne s’est pas contentée de cette réponse.

Selon le front commun syndical, les acteurs de terrain ont pu faire valoir des perspectives « réelles et objectives » pour retrouver un chiffre de population répondant aux normes. Tissu urbain bruxellois et projets immobiliers proches ont ainsi été mis en évidence.

L’athénée dit bénéficier du soutien des conseils communaux de Watermael et d’Ixelles, ainsi que des préfets de la zone.

Son assemblée générale a donc réclamé un moratoire de 5 ans sur la décision de fermeture, « seule solution raisonnable face à cette violence indigne de ministres élus démocratiquement », selon le front commun syndical, qui programme des actions.
(belga)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHAQUE FOIS QU’ON FERME UNE ECOLE ?
On connaît le mot célèbre de Victor Hugo « Chaque fois qu’on ouvre une école on ferme une prison ».

Et voilà que c’est une école qu’on ferme au grand dam des son équipe pédagogique et des parents d’élèves de cette jolie commune qui ont choisi d’inscrire leur enfant dans l’enseignement officiel.

Deux commentaires de lecteurs nous ont interpellé et surtout l’analyse richement argumentée de Claude Wachtelaer que nous soumettons à l’appréciation des lecteurs de diverCity

« L'agression contre l'Enseignement Officiel par deux ministres qui sont réputés particulièrement proches de l'enseignement congréganiste est ici claire et non discutable ! Il est tout aussi clair que le PS, et la laïcité, ont commis une faute majeure en abandonnant le secteur de l'enseignement. D'une manière générale, il est grand temps de relever la réputation de l'enseignement officiel, qui dispose de trop peu de moyens et est même méprisé par les soi-disant "bien pensants".

«Cool.... si j'étais entrepreneur...je rachèterais bien l'endroit...chic et pas cher, pour revendre très très cher...avec gros gros bénéfice...et les élus communaux ne me diront pas non....parce que grâce à moi, il y aura de belles recettes communales à venir»

LA BRISE - IMPREVOYANCE A WATERMAEL ?
par claude wachtelaer dans : humeur, enseignement ,

Fermera, fermera pas ?
Le sort de La Brise (alias Athénée Royal de Watermael) fait la une de l’actualité bruxelloise.
Une école qui meurt est toujours un histoire triste. Mais cela ne doit pas nous empêcher de jeter un regard rationnel sur la situation actuelle. D’autant que les déclarations successives des Ministres responsables (Mme Simonet et M. Nollet) imposent de s’interroger sur divers aspects de la gouvernance de l’enseignement en CFWB. Voyons donc quelques problèmes.

Les normes.
La Brise est sous la norme des 400 élèves. En principe, cela contraint le Pouvoir organisateur à fermer ou à fusionner. La règle a déjà joué pour des établissements du subventionné. La CFWB l’a envisagé, elle l’a même décidé en fait. Mais le buzz médiatique de ces derniers jours semble avoir fait reculer la Ministre. Elle a donc sorti un lapin de son chapeau. il y aurait un projet communal de construction de logements sociaux qui pourrait faire remonter la population scolaire !? Personne, dans les médias, ne semble être préoccupé par cette avalanche de conditonnels, mais passons … .

Le bâtiment.
Apparemment, les locaux actuels de l’A.R. tiennent plus de la cage à poule que du nec plus ultra de l’architecture. Il semblerait que le coût de leur rénovation soit exorbitant. Si ce constat a pour intérêt de favoriser une bonne prise de bec entre Nollet et Simonet, , je crains qu’il ne fasse guère l’affaire de ceux qui donnent cours dans ces locaux.

L’anticipation.
Le grand défi de l’enseignement bruxellois pour les vingt prochaines années, c’est la démographie. Tous réseaux confondus, le manque de places va se faire cruellement sentir. Mais le gouvernement de la CFWB vient de commencer (depuis moins d’un an) à s’intéresser au problème. Et les autorités de la CFWB envisagent de fermer - purement et simplement - des infrastructures et laissent, d’autre part, se détériorer d’autres espaces.

Le mal ainsi identifié. Quels en sont les causes ?
Je me permettrai de formuler ici quelques hypothèses sans valeur scientifique, mais qui se fondent sur une expérience significative.

Juge et partie.
Le gouvernement de la CFWB est, à la fois, l’autorité régulatrice de l’enseignement et un Pouvoir Organisateur parmi d’autres. Elle finance et elle concurrence. Elle fixe les règles et - comme dans ce cas précis - elle s’autorise à les transgresser, sans réelle justification. Il serait donc temps de réfléchir à doter l’enseignement de la CFWB - à l’imitation de ce qui s’est fait en communauté flamande - d’un pouvoir organisateur autonome , raisonnablement indépendant du gouvernement de la CFWB.

La distance avec le terrain.
A Bruxelles en particulier, les établissements de la CFWB sont des ilôts autonomes. Coupés des autorités communales, coupés des écoles primaires qui sont souvent leurs plus gros fournisseurs. Un isolement institutionnel renforcé par la fréquente rotation de l’encadrement. Il n’y a pas si longtemps que l’on parlait à Bruxelles de valse des proviseurs. Compte tenu de toutes ses responsabilités, il est clair qu’un préfet met plusieurs années à se constituer un réseau local. Le rythme des changements d’affectation rend cette ambition très illusoire. Les écoles de la CFWB sont donc très mal armées pour être réellement au service de la communauté comme l’envisagent les anglo-saxons. Si l’on ajoute à ce constat (qui n’implique aucune critique à l’égard des acteurs de première ligne, souvent dévoués et courageux) que les bruxellois sont minoritaires dans les Cabinets ministériels, on comprend que la complexité des réalités bruxelloises ne soit guère prise en compte.

Un réseau superflu ?
Il faut oser poser la question qui fâche. Dans la logique qui a présidé à la mise en place du système éducatif belge (logique largement dominée par l’Eglise catholique), l’Etat devait avoir, en matière d’enseignement, un rôle essentiellement supplétif. Pour ce qui concerne l’enseignement public - et c’est particulièrement vrai en région bruxelloise - ce sont surtout les réseaux communaux et provinciaux qui ont été à la pointe du combat.
En région wallonne, et particulièrement dans les zones rurales, l’enseignement de l’Etat a rempli un rôle essentiel en garantissant le libre choix philosophique. En région bruxelloise, ce rôle est beaucoup moins évident, particulièrement dans les communes qui ont leur propre enseignement secondaire.
Ces pouvoirs communaux peuvent, en plus, mobiliser plus facilement les synergies des services communaux et disposent, plus facilement que les écoles de la CFWB , d’informations pertinentes face aux évolutions sociétales. Au moment où tout le monde vante le modèle finlandais, il convient sans doute de s’interroger sur la possibilité - comme c’est le cas là-bas - de confier aux communes la gestion de l’enseignement officiel. Pour une série de celles-ci (Bruxelles mais aussi Anderlecht, Schaerbeek, Ixelles) cela ferait à peine une différence. Pour d’autres - et en réfléchissant au rôle que la COCOF pourrait jouer - l’effort ne serait pas démesuré.
En tout cas, je suis convaincu qu’une approche pragmatique et allant dans le sens de la décentralisation, nous éviterait le ridicule de la situation actuelle d’un PO qui veut maintenir une école que les normes condamnent, dans un bâtiment insalubre qu’on refuse de rénover parce que les coûts sont trop élevés, le tout dans une région où les places dans les écoles manqueront dans les années à venir.

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