jeudi 16 décembre 2010

Les années 30 hantent toujours la France

Depuis septembre 2008, date à laquelle la finance mondiale s'est effondrée, l'analogie avec cette période trouble de l'Histoire est presque quotidienne. La déclaration de Marine Le Pen liant les prières de rue des musulmans et l'Occupation en a encore été l'occasion.

Crise économique et sociale, montée de l'extrême droite, remise en cause des élites, multiplication des affaires politico-médiatiques phagocytant le débat public... Autant de caractéristiques qui rappellent les années 1930, marquées par le krach boursier de 1929 et le fascisme.

"COMPARAISON N'EST PAS RAISON". POURTANT, L'EVOCATION DE CETTE PERIODE TROUBLE DE L'HISTOIRE EST QUASI QUOTIDIENNE. Hommes politiques, observateurs de la vie publique, associations non gouvernementales, citoyens... chacun y va de son analogie avec la crise qui ébranle le monde depuis septembre 2008, date à laquelle la finance mondiale, et l'économie avec elle, s'est effondrée.
Dernière en date, celle faite lundi 13 décembre par Laurent Joffrin après le parallèle que Marine le Pen a dressé entre les prières de rue des musulmans et l'Occupation. Dans un éditorial titré "Menaces", le patron de Libération écrit que sous couvert "d'apparence contemporaine, le discours national et social [de Marine Le Pen, NDLR] nous ramène à une certaine extrême droite des années 30, la violence de la rue en moins, le respect des urnes en plus. L'antisémitisme se tait, couvert par une bruyante et sommaire dénonciation de l'islam. La haine de l'autre demeure. Le Front s'adapte. Il ne change pas."
Cette comparaison historique tient-elle face à un examen de la réalité contemporaine ?
"C'est une question essentielle pour qui s'intéresse à l'histoire des années 30. IL Y A EFFECTIVEMENT UN CERTAIN NOMBRE D'APPARENCES QUI LAISSE PENSER QUE LA CRISE ACTUELLE POURRAIT S'APPARENTER A CELLE DES ANNEES 30" constate Olivier Dard, professeur d'histoire contemporaine de Metz et directeur du centre régional universitaire lorrain d'histoire. Parmi elles, figure en bonne place la légitimité des responsables politiques. "On vit aujourd'hui dans une période de marasme avec une impuissance qui rappelle les années 30" note-t-il.
Les crises de 1929 et de 2008 ont un autre point commun pour Erwan Lecoeur, sociologue et auteur, en 2002, d'une thèse remarquée sur le Front national en ce sens qu'elles témoignent "au-delà de leur logique propre, des fragilités du système."

DES DIFFERENCES MAJEURES
Nonobstant, la stabilité des institutions de la Ve République ainsi que la stratégie de l'extrême droite, et du Front national en particulier, constituent des différences majeures avec les années 30. "Le régime politique n'est plus, aujourd'hui, vraiment contesté", selon Olivier Dard, pour qui le régime actuel est sans doute plus solide encore que ne l'était la IIIe République , moins fragile en réalité que l'on ne l'a souvent pensé, dit ou écrit. On n'est plus au temps des Ligues nationalistes. Les forces extrémistes actuelles n'aspirent plus aux bouleversements comme leurs "ancêtres" des années 30."
Autre différence entre les deux périodes : la nature de la crise économique actuelle. Alors que "DANS LA FRANCE DES ANNEES 30, LA CRISE EST POLYMORPHE [ECONOMIQUE, POLITIQUE, DIPLOMATIQUE, SOCIALE, CULTURELLE, PHILOSOPHIQUE, NDLR], raconte Olivier Dard, elle est aujourd'hui, d'abord économique, financière et sociale même si, ajoute-t-il, on ne saurait passer outre ses aspects identitaires que sont la question de l'immigration, de l'islam et aussi la relation de la France à l'Europe et au monde."

Une distinction essentielle pour Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et spécialiste de l'extrême droite. "Si la [crise] est la pire que l'Europe et les USA ont connue depuis 1945, elle n'est absolument pas comparable à celle des années 30", tranche-t-il. "L'économie des années 30 était nettement moins financiarisée que celle que nous connaissons aujourd'hui. Mais aussi parce que L'ETAT JOUE DESORMAIS UN ROLE REGULATEUR, MALGRE TOUT, QU'IL NE JOUAIT PAS A L'EPOQUE", ajoute-t-il.
UNE "REFERENCE TRAUMATIQUE" INSTRUMENTALISEE
(…) Une analyse politique qui éclaire la stratégie de "dédiabolisation" du Front National, et de Marine Le Pen en particulier. Dans une interview accordée à Nouvelobs.com, celle qui brigue la tête du FN estime que "les problématiques sont totalement nouvelles" par rapport aux années 30. Au XXe siècle, il y a eu deux totalitarismes : le nazisme et le communisme. Au XXIe siècle, on a le mondialisme, qui est un totalitarisme consumériste, du tout commerce, et l'islamisme, qui est un totalitarisme du tout religieux, avec la loi de la charia" explique-t-elle.
"UNE AUTRE HISTOIRE, UNE AUTRE EPOQUE"
L'historien et auteur Dominique Venner ne dit pas autre chose dans son éditorial du numéro 51 de La Nouvelle revue d'Histoire, qu'il a co-fondé en 2002 après avoir été un militant actif du mouvement d'ultra droite français "Jeune Nation" dans les années 50 et dirigeant du mensuel européiste [Au sens de Dominique Venner, l'européisme renvoie à la volonté de restaurer la figure de l'homme occidental et de défendre l'homme blanc, NDLR] Europe Action dans les années 60. "Les comparaisons historiques sont toujours stimulantes. Celles que proposent notre dossier sur les années 30 montrent à quel point nous sommes entrés dans une autre histoire et une tout autre époque", écrit-t-il en introduction. Et d'analyser qu'"au-delà des questions de "sécurité", agitées dans des intentions électorales, tout montre que s'exacerbe en réalité un véritable choc des civilisations sur le sol européen et au sein des sociétés européennes. Face à ce conflit de civilisation, il affirme que "les réponses politiques d'autrefois apparaissent soudain dérisoires et périmées. Ce qui est en cause n'est pas une question de régime ou de société, de droite ou de gauche, mais une question vitale : être ou disparaître." Dominique Venner conclut que "L'IMMENSE EPREUVE" QUE LES EUROPEENS TRAVERSENT SE CHARGERA D'EVEILLER EN EUX LA CONSCIENCE DE LEUR IDENTITE COMMUNE. (Nouvel Obs)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CRISE DE LA DÉMOCRATIE ?
L’occident serait-il dans le cirage ?
Dans la presse et les médias en général, il est de plus en plus question d’une nouvelle montée des périls : crise financière, tempête sur l’Euro, irruption du populisme et du nationalisme, impuissance du monde politique, paralysie de l’école, montée du chômage des jeunes et de la violence. En France, en Hollande et en Suède, la droite extrême a le vent en poupe. En Flandre De Wever plaide contre le cosmopolitisme et pour le repli identitaire. ce que Bart serait-il à Philippe Dewinter ce que Marine est à Jean Marie Le Pen ?
Aux Etats-Unis, le pilote Obama barre vent debout. « Oh no he cannot ! »
Marcel Gauchet dans l'édition papier du Soir met le drapeau de la démocratie en berne tandis que dans le Figaro il annonce la mort de l'enseignement républicain:"Dans les écoles , nous n'aprenons pas ni ne transmettons"...
"On assiste à une bataille farouche de colleurs de rustines. Le problème est que le chambre à air est irrémédiablement crevée"
De quoi déprimer en ces sombres journées de solstice en attendant des fêtes qui s’annoncent ternes.
« Il faut rigoler pour empêcher le ciel de tomber »

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