vendredi 3 décembre 2010

Ugeux alarmiste sur la crise

Georges Ugeux n’est guère optimiste. C’est le moins que l’on puisse dire. Sur son blog Démystifier la finance , l’ex administrateur éclair de Fortis et ex-vice président de la Bourse de New York avertit :
«Où que l’on regarde, les feux avant-coureurs d’une prochaine crise financière s’allument. Elle commencera sur l’Atlantique, mais cette fois, elle devrait être contagieuse dans le Pacifique. Elle pourrait être pire que celle de 2007-2008. »

Pour Ugeux, il est grand temps de mettre sous contrôle le risque d’emballement et tenter de maîtriser la crise. Mais cela risque d’être difficile en raison du dysfonctionnement politique régnant des deux côtés de l’Atlantique.

Il dresse un tableau très sombre de la situation :
Aux USA, le système politique est enrayé (...) le déficit budgétaire est insoutenable (...)sans compter les groupes de pression qui tentent d’empêcher que ce soit dans leur domaine que les coupes sombres soient effectuées.
En Europe, le risque de contagion se heurte à une Eurozone qui, ayant sous-estimé la gravité des endettements nationaux, n’a pas les moyens de soutenir les déficits budgétaires de certains de ses Etats Membres.(…) L’Europe doit se doter d’un état-major de crise qui siège en permanence dès maintenant.
Cette fois, l’Asie se trouvera entrainée. Tout d’abord, l’endettement du Japon est un des plus importants du monde. De plus, les banques centrales asiatiques sont les plus gros détenteurs de dette publique européenne et américaine et verront leurs réserves perdre de la valeur et leurs devises fragilisées.

CONCLUSION DE GEORGES UGEUX :
La démocratie est en danger, et notre système social avec elle. Une remise en ordre comprendra une restructuration d’au moins cinq ans. A nous de décider si nous allons la mener ou si elle nous sera imposée.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE TEMPS DES DONNEURS D’ALARME
Après Dehaene voici Ugeux qui joue les Cassandre.
Hier nous sommes aller écouter un autre « prophète » à Flagey, Amin Maalouf évoquant ce qu’il appelle l’ « épuisement des civilisations ». « Les lumières vacillent », « on observe une régression générale » « J’adopte la démarche d’un veilleur de nuit dans un jardin après la tempête…alors qu’une autre plus violente s’annonce »
La thèse centrale de son « règlement du monde »tient moins à la guerre des civilisations qu'à l'épuisement simultané des civilisations, l'humanité ayant atteint en quelque sorte son seuil d'incompétence morale.
Islam et Occident : les deux discours ont leur cohérence théorique, mais chacun, dans la pratique, trahit ses propres idéaux. L'Occident est infidèle à ses propres valeurs, ce qui la disqualifie auprès des peuples qu'il prétend acculturer à la démocratie. Le monde arabo-musulman n'a plus ni la légitimité généalogique ni la légitimité patriotique autour desquelles il s'était historiquement structuré. Vivant dans l'humiliation et la nostalgie régressive de son 'Age d'or', l'ère des islamismes ayant succédé à l'ère des nationalismes, il se trouve condamné à une fuite en avant dans le radicalisme. Comment ne pas avoir à l’esprit l’interrogation de Mohamed Arkoun, autre grand « prophète » de notre temps pour qui la grande question était de savoir si « l’islam se moderniserait ou si la modernité s’islamiserait »
Ces 'dérèglements symétriques' ne sont qu'un des éléments d'un dérèglement planétaire plus global qui exige que l'humanité se rassemble pour faire face à des urgences qui, à l'exemple des perturbations climatiques, menacent tous les peuples.
« Et si la Préhistoire de l'humanité prenait fin sous nos yeux, ouvrant dans les convulsions le grand chapitre d'une nouvelle Histoire de l'homme qui commence ? »
Thomas Flamerion commente :
«L ’humanité va mal. Amin Maalouf n’est pas le premier à l’écrire.
Il se dégage de ses propos et de toute sa personne « une puissante empathie, un altruisme sincère et une vision éclairée d’un monde en passe d’atteindre "son seuil d’incompétence morale".
Maalouf, qui se reconnaît à la fois dans la civilisation occidentale et dans la culture arabe, tente de tracer les voies d’une "coexistence harmonieuse" et d’une action groupée des peuples contre le cataclysme qui menace. »
La culture doit être, selon Amin Maalouf, le vecteur de cette "réconciliation", pour vaincre les querelles de clocher qui embrasent le village global. « Le dérèglement du monde » est un essai pour penser le tumulte et repenser les règles qui le régissent. »
Salle comble hier soir à Flagey, et c’est réjouissant, pour écouter et ovationner un des grands donneurs d’alarme de notre temps qui nous enjoint, « après un XXème siècle raté à penser le monde autrement ».
« On fait fausse route ». L’Europe doit prendre conscience qu’elle est « devenue terre d’immigration » et qu’à ce titre elle est dans l’obligation de penser et d’organiser autrement le vivre ensemble. Chaque immigré doit être regardé comme « un lieu de rencontre, un trait d’union entre deux cultures, la sienne propre et celle du pays d’accueil ». Dans ses conclusions Maalouf corrige Malraux en proclamant avec force :
« le XXIème siècle sera culturel ou il ne sera pas »
Sans un « sursaut culturel » (ajoutons : sans un sursaut éthique) nous sombrerons dans la barbarie.
La littérature, la culture de l’autre, son éthique sont des guides pour découvrir et explorer la diversité.
La diversité ? il y a un trésor caché dedans.
Le XIXè me siècle a essayé le nationalisme, le XXème siècle a joué la carte des idéologies et de la pureté ethnique nazie. Si enfin on jouait le joker ultime, le tout dernier atout de l’humanité, celui de la diversité?
MG

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