mardi 11 janvier 2011

Algérie : "Nous sommes une jeunesse désenchantée"

"On veut vivre dignement et librement"

Si la situation s'est calmée en Algérie après une fin de semaine marquée par des émeutes urbaines, des Algériens racontent leur pessimisme face à l'avenir et à la situation de leur pays.
"Nous sommes une jeunesse désenchantée", par Nina B.
Je vis en Algérie et j'espère que le pays va s'embraser et se soulever comme en 1988. Pourquoi ce désir alors que j'aime mon pays ? Parce que nous souffrons de nos conditions de vie : chômage, précarité sociale et économique, problèmes de logement, d'accès aux soins. Nous sommes une jeunesse désenchantée. Alors qu'on lit dans les journaux que l'Algérie est riche, où est la richesse ? 155 milliards de dollars de réserves de change grâce au pétrole ! Notre pays est aux mains d'une élite et de hauts responsables corrompus. Notre jeunesse est laissée sur le carreau car les richesses de notre pays ne sont pas redistribuées. Nous en avons ras-le-bol car à cela s'ajoute maintenant la cherté de la vie. C'est de la "hogra" [mépris vis-à-vis du peuple], nous n'avons rien à perdre et je souhaite de tout mon cœur que mon pays se soulève et cette fois pas pour un match de foot mais pour l'Algérie.
"J'HABITE ALGER LA SOMBRE , J'AI 25 ANS ET LA SEULE CHOSE DONT JE REVE C'EST BIEN D'ASSISTER A UNE RENAISSANCE DE MON PAYS", PAR ANGE
Comme tout le monde le sait, ces nouvelles manifestations sont dues aux problèmes sociaux que vivent les Algériens. Aucune organisation, parti politique, syndicat ou autre n'a appelé à une manifestation. Ce sont des jeunes, encore une fois, qui en ont marre de leur situation ; ils ne voient aucun avenir dans leur propre pays, l'un des plus riches au monde. J'habite Alger la sombre, j'ai 25 ans et la seule chose dont je rêve c'est bien d'assister à une renaissance de mon pays, une deuxième indépendance et une deuxième République. Mais en l'absence de vraies forces d'opposition, les extrémistes trouvent encore une fois le champ libre et appellent à une nouvelle "fitna" [guerre civile]. Jeudi vers 22 heures à Bab el-Oued, l'ex-chef du FIS [Front islamique du salut] appelait à la révolution, avec autour de lui des jeunes qui criaient "Allah akbar".
"APRES DE LONGUE ANNEES D'ETUDES, JE TRAVAILLE POUR UN SALAIRE DE MISERE", PAR ABDELKRIM K.
(...) Je peux comprendre cette réaction de jeunes comme moi, même si je ne cautionne pas leur méthode. Je suis diplômé et après de longue années d'études je travaille pour un salaire de misère. Et on me demande de plus de passer le service national obligatoire ! Quel service ? Pour quelle nation ? Celle des fils-à-papas-généraux et autres voleurs ? A 27 ans je ne vois en l'avenir qu'une image noire où aucune lumière n'existe. (...) De l'autre coté, il existe une couche sociale qui vit dans une démesure totale, digne des pétrodollars des pays du Golfe ! Il y'a trop d'injustice dans un pays suffisamment riche pour offrir à chacun le droit de vivre dans la dignité. C'est notre seul requête. On ne veut pas être riche, on veut vivre dignement et librement dans ce beau pays.
"CE NE SONT PAS LES PRIX DE L'HUILE OU DU SUCRE QUI SONT A L'ORIGINE DE CES EMEUTES", PAR MED F.
Ce ne sont pas les prix de l'huile ou du sucre qui sont à l'origine de ces émeutes, mais bien la frustration de ces jeunes de ne pas pouvoir travailler, de ne pas trouver de loisirs pour se défouler... Car l'Etat ne se soucie pas de sa population mais bien de ses propres intérêts. Pour un pays si riche, c'est très frustrant. Quant aux émeutes, les jeunes ne savent pas ce qu'ils font ni quoi faire, simplement, ça les défoule, ça les change de leur quotidien... L'Etat devrait prendre ce problème au sérieux, sans quoi il comptera ses jours.

LA JEUNESSE FRANÇAISE FAIT FACE A UNE CRISE STRUCTURELLE
LEMONDE.
La jeunesse française fait face à une crise structurelle. Les difficultés d'accession au logement et à l'emploi pour une partie de la jeunesse sont une réalité qu'il ne s'agit pas de nier. Ces difficultés sont amplifiées par la crise économique. Mais si elles touchent particulièrement les jeunes en termes de chômage, c'est aussi parce que les taux d'emploi des seniors n'ont cette fois pas diminué : en voulant faire contribuer les baby-boomers, on a, à court-terme, touché les jeunes par ricochet ! D'autre part, il existe un risque à se focaliser sur les jeunes et à oublier tous les autres chômeurs de longue durée. La crise structurelle de la jeunesse est en fait due à l'inadaptation des institutions éducatives et sociales à la massification scolaire et à l'allongement de la jeunesse qui en résulte. IL FAUT REPONDRE A CES CHANGEMENTS EN REFORMANT NOTRE SYSTEME EDUCATIF ET SOCIAL.

L'intégration de la valeur locative des biens immobiliers dans le revenu imposable, comme le propose Louis Chauvel, va dans le bons sens mais concerne peu les jeunes car ils contribuent peu à l'impôt sur le revenu (du fait, justement, de leur "paupérisation"). IL FAUT COMMENCER PAR CHANGER LES OBJECTIFS QUE L'ON DONNE AU SYSTEME SCOLAIRE. La méritocratie scolaire française encourage toutes les formes de compétition scolaire : ségrégation urbaine, choix d'option stratégiques, pression sur le système éducatif pour évaluer, hiérarchiser et faire redoubler de la part même de parents anxieux par rapport à la réussite scolaire de leurs enfants.

Guillaume Allègre est co-auteur du rapport "L'autonomie des jeunes au service de l'égalité" publié par Terra Nova.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VERS UN NOUVEAU MAI 68 LARVÉ OU FRANCHEMENT REVOLUTIONNAIRE ?
Grèce, France, Maghreb, la jeunesse entre en révolte contre les frustrations que lui impose le système piloté par les aînés. La révolte gronde partout. Bruxelles la jeunesse allochtone victime du décrochage et du chômage flirte les tentations de la rue, la délinquance et la désespérance. A défaut d’une politique hardie et créative, la situation pourrait se révéler très rapidement explosive, par effet de contagion avec les images télévisées montrant la rébellion des frères de là-bas.
MG

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