dimanche 9 janvier 2011

Algérie, Tunisie : les raisons économiques de la colère

Jeunes manifestants Crédits photo : STR/AFP

Envolée des prix de l'alimentaire, chômage éternellement élevé, jeunesse qualifiée sans débouchés… La croissance, qui repart malgré tout, ne profite qu'à une minorité.

Depuis quelques jours, le sud de la méditerranée s'embrase. La Tunisie fait face à une révolte sociale spontanée et l'Algérie connaît des émeutes du pain avec la flambée des prix de l'alimentaire. Les prix du sucre, de la farine et des céréales ont bondi de 20 à 30%. Le kilo de sucre qui valait 70 dinars il y a peu (72 centimes), s'achète aujourd'hui 150 dinars (1,50 euro) quand un camionneur gagne environ 800 dinars par jour (8,40 euros).
Ces deux mouvements prennent racine dans un terreau de très fortes inégalités sociales, et malgré une conjoncture économique qui se redresse après la crise. La Tunisie et l'Algérie devraient connaître une croissance de 3,8% en 2010, et de respectivement 4,8% et 4% en 2011, selon le Fonds monétaire international. Le pays de Zine el-Abidine Ben Ali profite de son ouverture vers l'extérieur et du retour des échanges commerciaux internationaux. Celui du président Abdelaziz Bouteflika tire parti de la hausse du prix du pétrole dont il dépend très fortement.
PETROLE ET CHOMAGE
«C'est bien là le paradoxe: l'Algérie bénéficie d'une rente pétrolière mais elle connaît des émeutes de la faim», dénonce Sion Assidon, membre du conseil d'administration de Transparency international, ONG luttant contre la corruption. Tunisie et Algérie souffrent l'un comme l'autre d'un chômage endémique. Chez le premier, il atteint 13,3%, et beaucoup plus parmi les jeunes diplômés, note le FMI dans un rapport. En Algérie, le taux de chômage s'établirait à 10%. Mais il ne faut pas s'y fier. «Dur de croire aux chiffres, les statistiques sont biaisées par les dirigeants», estime Mokhtar Lakehal, économiste à Sciences Po Paris.
Des mesures ont pourtant été prises à la sortie de la crise. Le gouvernement algérien a augmenté les fonctionnaires de 30% en 2010. Un pompier gagne aux alentours de 14.175 dinars par mois, soit 148 euros (chiffres 2008 de l'Organisation internationale du travail). Il a mis en place un plan quinquennal centré sur le développement des infrastructures et l'emploi doté de 286 milliards de dollars.
Financée par les exportations d'hydrocarbures, «cette somme représente 180% du produit intérieur brut (PIB), même si une partie provient de crédits non dépensés du programme précédent», commente Jésus Castillo, économiste chez Natixis. Reste que l'économie algérienne n'est pas assez diversifiée. Elle ne peut pas offrir les emplois en nombre suffisant à sa jeunesse toujours plus nombreuse (sa population croît encore). Pire, le plan pourrait plus profiter aux entreprises étrangères qui n'emploient que peu de locaux.
ÉMIGRATION BLOQUEE
Avant la crise, la Tunisie et l'Algérie bénéficiaient de deux «soupapes». L'une est toujours là : l'économie informelle. L'activité qui échappe aux taxes représenterait entre 40 et 60% du PIB. La deuxième échappatoire, l'émigration, a en revanche disparu. «Depuis quelques années, l'Europe a fermé ses frontières aux jeunes maghrébins et les pays du Golfe ont fait de même depuis deux ou trois ans», observe Mokhtar Lakehal. En outre, «on observe une captation de l'Etat par une famille en Tunisie, et par une minorité proche du pouvoir en Algérie qui détournent les ressources à leurs profits», décrit Sion Assidon.
Les révoltes de ces derniers jours changeront-elles a donne ? «La levée de boucliers de la part des avocats tunisiens signifie que le modèle Ben Ali, qui promouvait un minimum la classe moyenne, est en train d'échouer», veut croire Sion Assidon. Mokhtar Lakehal est plus pessimiste : «ce sont des épiphénomènes. Les manifestants seront matraqués, les meneurs arrêtés, et dans un mois les gens retourneront à leurs occupations. Mais la marmite continuera de bouillir.»

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRUXELLES AUSSI EST UN VOLCAN SOCIAL QUI GRONDE
Pour le sociologue Bilal Benyaich, les inégalités sociales sont une bombe à retardement là bas, ici, partout. On s’en rend compte dans le Maghreb et en Grèce mais on ferait bien de prendre conscience que c’est pareil en Belgique, en particulier à Bruxelles.
Ce sont précisément ces inégalités qui expliquent les tensions énormes entre une Wallonie rouge exsangue et une Flandre des Tea Parties prospère, égoïste et de plus en plus « noire ». Surtout elles s’observent à Bruxelles ville de province pour les exclus, et métropole monde pour les nantis.
Selon Benyaich Bruxelles possède le “hardware “ d’une ville secondaire et le “software “ d’une métropole
C’est une ville passionnante pour les expats et les autochtones qui ont les moyens d’y vivre confortablement, de profiter de sa très large offre culturelle (théâtres, cinémas, restos, concerts, librairies, bibliothèques, parcs, bistrots) et économique (marchés, grandes surfaces, commerce de proximités, services innombrables, enseignement, médecine d’excellence ) Idéale pour les bien nés et déprimante pour les économiquement faibles issus des communes du croissant pauvre.
Bilal Benyaich en sa qualité de politicologue est un observateur averti de la situation bruxelloise où il réside. Il estime que si les écarts devaient se creuser davantage, on peut s’attendre, chez nous également, à des émeutes comme au Maghreb mais avec un caractère socio ethniques plus marqué (« Klassenrellen met een etnisch sausje. »)
Bilal Benyaich a grandi à Diest dans une famille de mineurs de fond. Il n’a pas tardé à comprendre que tous ne sont pas égaux dans une société où les classes s’opposent. Il se retrouva comme seul élève d’origine immigrée au très élitaire Sint-Jan Berchmanscollege, tous ses camarades ayant été dirigés l’école officielle pour la plupart en sections technique ou professionnelle. « Tout cela semblait alors tellement normal. »
C’est en se rendant régulièrement au Maroc qu’il a pris conscience de l’immense fossé tant économique q’identitaire qui s’était creusé entre les Marocains de là bas et ceux issus de la diaspora.
En s’installant à Bruxelles où les inégalités sautent aux yeux ce sentiment de contraste s’est encore accentué.
Le caractère ethnique de ces discriminations devient de plus en plus évident et constitue un danger potentiel. D’autant que les riches et les pauvres habitent très près les uns des autres. Les banlieues bruxelloises sont comme un eden inaccessible pour qui habite dans les quartiers déshérités du centre. (“de kantoorwijken zijn ontzettend rijk vergeleken met de volkswijken. De blanken zijn ontzettend rijk in vergelijking met de kleurlingen, de moslims arm vergeleken met de niet-moslims.”)
Pour qui y gagne bien sa vie, Bruxelles est une ville formidable. Pour les jeunes chômeurs (40% des jeunes dans les communes de la première couronne) les perspectives sont bouchées. (« Onder hen heb je een groot aantal kinderen en jongeren zonder veel toekomstperspectief.”). Difficile d’ignorer le degré de frustration qui habite les jeunes en décrochage scolaire et social : beaucoup vivent en roue libre, en proie à des comportement criminogènes. Notamment les jeunes Anderlechtois de Curregem ; rarement ils quittent leurs quartiers, ils ignorent tout de ce qui peut se passer à Uccle ou à Boistfort.
Bruxelles est une ville discriminatoire où les mentalités s’opposent ; un paradis pour qui arrive de Flandre de Wallonie, de France ou de Navarre avec un diplôme en poche. Pour l’autochtone qui y naît ce serait plutôt un enfer.
Benyaich s’est senti d’emblée comme un poisson dans l’eau à Bruxelles Tant qu’il vivait à Diest en Flandre, il se sentait comme pris dans un vide (« Alsof er daarbuiten geen wereld bestond”) où rien ne se passe et où tout semble si lent. (« de mensen zijn aangenaam, maar monodimensionaal”). Bruxelles c’est l’exact contraire de la Flandre profonde, une ville monde avec laquelle et les Flamands et les Wallons ont du mal parce qu’elle ne se raccroche pas à aucun stéréotype de nation. (« Iets waarvan Vlamingen en Walen niet weten wat ze ermee moeten: al wat negatief is, projecteren ze op Brussel; al het positieve projecteren ze op respectievelijk Vlaanderen of Wallonië. En dat is natuurlijk klinkklare onzin. Brussel zit dus wel degelijk in Benyaichs bloed, maar zijn blik reikt tot ver over de grenzen van het Gewest, van België.” )

SOCIOLOOG BENYAICH: ‘SOCIALE ONGELIJKHEID IS EEN TIJDBOM’
za “Deze stad heeft de hardware van een provincienest, maar de software van een metropool. Enorm boeiend als je financieel gewapend bent, hard voor wie van de hand in de tand moet leven. Als me hier één ding stoort, dan is het wel de sociale ongelijkheid.” Bilal Benyaich is politicoloog, maar ook beleidsmedewerker van de Strategische Adviesraad voor het Welzijns-, Gezondheids- en Gezinsbeleid bij de Sociaal-Economische Raad van Vlaanderen (Serv). Hij schreef het boek Europa, Israël & de Palestijnen.

Bilal Benyaich: "Als het zo verdergaat, dan kun je rellen gaan verwachten. Klassenrellen met een etnisch sausje." (© Marc Gysens)
O nze-Lieve-Vrouw ter Sneeuw doet haar naam alle eer aan: voorzichtig schuifel ik over het maagdelijk witte Vrijheidsplein naar mijn afspraak met Bilal Benyaich. Voor wie het goed heeft, is dit een ongemakje met poëtische kantjes; voor wie het slecht heeft, een gesel – de zoveelste. Bilal Benyaich heeft het goed, maar hij weet waarover hij spreekt als hij het heeft over sociale ongelijkheid.
“Ik ben opgegroeid in Diest, in een mijnwerkersgezin. Als klein manneke al ervoer ik het feit dat niet iedereen gelijk was, ik zag dat de maatschappij er een van hardnekkige socia le lagen was. Ook in het onderwijs: ik was de enige leerling van allochtone afkomst in het Sint-Jan Berchmanscollege, en dat in een stadje met een grote Turkse gemeenschap. Twee zaken vielen op. Ten eerste ging 99 procent van de Diestse allochtonen naar het gemeenschapsonderwijs. Ten tweede werden die leerlingen haast een voor een afgevoerd naar het beroeps- of technisch onderwijs. Niemand die zich daar veel vragen bij stelde... Door mijn reizen naar Marokko zag ik daarnaast de groeiende kloof, zowel economisch als op het vlak van identiteit, tussen de Marokkanen in het moederland en in de diaspora.”
“Het inzicht in sociale tegenstellingen kreeg ik dus van kleins af mee. Leven in Brussel heeft dat nog versterkt. Omdat de sociale ongelijkheid je hier in het gezicht slaat. Een ongelijkheid die zich, vreemd genoeg, van langs­om meer etnisch begint te uiten. Potentieel is dat uiterst gevaarlijk: als dit zo verder gaat, als de armoede binnen bepaalde bevolkingsgroepen onevenredig blijft toenemen, dan kun je socia le rellen gaan verwachten. KLASSENRELLEN MET EEN ETNISCH SAUSJE. Zeker omdat rijk en arm heel dicht bij elkaar leven. De rand van Brussel is, vergeleken met de binnenstad, ontzettend rijk, de kantoorwijken zijn ontzettend rijk vergeleken met de volkswijken. De blanken zijn ontzettend rijk in vergelijking met de kleurlingen, de moslims arm vergeleken met de niet-moslims.”
“Verdien je deftig de kost, dan ben je ‘gewapend’ om hier te leven. Dan is Brussel enorm boeiend. Ben je werkloos, dan is het zoveel moeilijker om de vele positieve aspecten van Brussel te kunnen vatten en ervan te genieten. En veel inwoners krijgen gewoonweg de kans niet om die positieve zaken te omarmen. Onder hen heb je een groot aantal kinderen en jongeren zonder veel toekomstperspectief.”
“Je kunt er gewoonweg niet naast kijken: heel wat frustraties die leven bij de jeugd, zijn te herleiden tot dit probleem. Een voorbeeldje: een groot deel van de jongeren die in bepaalde wijken van Anderlecht geboren en getogen zijn, komt nooit in het stadscentrum. Die weten bij wijze van spreken zelfs niet hoe ze in dat centrum moeten geraken, laat staan in gemeenten zoals Ukkel. Hun leven, hun bewustzijn is beperkt tot hun straat, hun wijk, en verder kijken ze niet. De nieuwsgierigheid hebben ze, maar niet de middelen en bijgevolg ook niet de moed. Zo zorg je voor een gesegregeerde stad met verschillende, soms haaks op elkaar staande mentaliteiten. Brussel is dan misschien een paradijs voor de nieuwkomer uit Vlaanderen of Wallonië met een diploma op zak, maar voor de autochtone Brusselaars is het hier vaak de hel.”
VACUÜM
De minder mooie kanten van Brussel raken Benyaich ontegensprekelijk, maar toch voelt hij zich als een vis in het water. “Ik woon hier nu zeven jaar, ik ben me heel snel – vanaf de eerste dag, eigenlijk – Brusselaar gaan voelen. Veel sneller dan dat ik me Diestenaar voelde. Diest is een mooi stadje omgeven door dorpen en gemeenten, het ene al kleiner dan het andere. Vlaanderen, Vlaanderen. Soms had ik daar een beetje het gevoel in een vacuüm te leven. Alsof er daarbuiten geen wereld bestond. Er verandert weinig, alles gaat ontzettend traag, de mensen zijn aangenaam, maar monodimensionaal. Wie gaat studeren in de ‘grote’ stad, Leuven of Hasselt, komt meestal terug om zich te settelen. In Diest, Zichem, Scherpenheuvel, Schaffen, Webbekom, Kaggevinne...”
“BRUSSEL IS DE ANTIPODE VAN DAT LANDELIJKE VLAANDEREN. Op een wel heel beperkt aantal vierkante kilometer heb je ontzettend veel variatie, ontzettend veel contact tussen verschillende werelden. Wat Brussel nóg specialer maakt, is het feit dat het de hardware heeft van een provinciestad, maar de software van een wereldstad. Een wereldstad die, in tegenstelling tot zoveel andere hoofdsteden in West-Europa, niet samenvalt met ‘de natie’. Iets waarvan Vlamingen en Walen niet weten wat ze ermee moeten: al wat negatief is, projecteren ze op Brussel; al het positieve projecteren ze op respectievelijk Vlaanderen of Wallonië. En dat is natuurlijk klinkklare onzin.”
WOORD EN DAAD
Brussel zit dus wel degelijk in Benyaichs bloed, maar zijn blik reikt tot ver over de grenzen van het Gewest, van België.
Bilal Benyaich, Europa, Israël & de Palestijnen, uitg. ASP, 320 blz., 22,95 euro

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