lundi 17 janvier 2011

Après la Tunisie , quel pays arabe pourrait tomber ?

Par Georges Malbrunot (Figaro)

Inédite au Maghreb et au Mashreck, la « révolution » tunisienne va donner des idées à d’autres peuples arabes en quête de libertés, mais elle va également être étudiée de près par leurs régimes, qui vont tirer les leçons de la débâcle de Ben Ali.

La première d’entre elles concerne l’homogénéité de leur appareil sécuritaire derrière les pouvoirs en place. En Tunisie, l’armée a fini par lâcher Ben Ali. Et aucune autre force n’a pu la soumettre, en particulier la police et les services de renseignements. Cette homogénéité de l’appareil de sécurité est la planche de salut de régimes arabes autoritaires ou dictatoriaux. Là où elle est forte, le risque de chute des pouvoirs est limité (en Syrie par exemple, mais aussi au-delà du monde arabe, en Iran).

L’autre leçon que ces régimes vont tirer, c’est le souci d’apporter un minimum de prospérité à leurs populations, et parfois de mieux répartir la richesse entre les nantis – voire les familles dirigeantes - et le peuple, en premier lieu LA JEUNESSE , VERITABLE BOMBE A RETARDEMENT, SI RIEN D'AUTRE NE LUI EST OFFERT QUE L'EXIL OU LE TERRORISME ISLAMISTE.
En revanche, il n’est pas du tout sûr que l’exemple tunisien conduise les dirigeants arabes à ouvrir leur système politique et à accorder davantage de libertés à leurs populations. Pour certains en effet, libéraliser serait synonyme de chute de leurs pouvoirs. Les dictateurs arabes ont tous l’exemple soviétique en tête : s’ils libéralisaient leur système politique, ils risqueraient d’être emportés par une perestroïka, version arabe. Cela étant, ils devront répondre à une demande croissante et incontournable de libertés politique et syndicale. De la réponse qu'ils sauront apporter à ces exigences dépendra en partie leur salut.
Ces éléments posés, quels pays pourraient suivre l’exemple de la Tunisie ?
Quatre états arabes présentent certaines similarités avec la Tunisie : la Jordanie , l’Egypte, la Syrie et le Yémen.
En Jordanie en Egypte et au Yémen, de très larges segments de la population souffrent d’une extrême pauvreté, lourde de dangers pour la stabilité de ces pays, tandis que les prix des denrées de première nécessité augmentent régulièrement, créant de nouvelles poches de misère.
Au Royaume hachémite, des manifestations contre la vie chère ont éclaté ces derniers mois. Difficile pourtant d’envisager un scénario à la tunisienne en Jordanie. Pour plusieurs raisons. La première c’est que le pays est l’allié de l’Occident, des Etats-Unis en particulier mais aussi d’Israël – dont il est le glacis de sécurité – et que ces deux puissances ne laisseront jamais tomber le roi Abdallah au profit des islamistes ou des Palestiniens, majoritaires sur la rive orientale du Jourdain. D’autre part, contrairement à la Tunisie , l’armée jordanienne, composée quasi exclusivement de bédouins, est et restera loyale au souverain, et elle n’hésitera pas elle à réprimer dans le sang une révolte populaire. Enfin, les services de renseignements jordaniens ont infiltré depuis longtemps leurs « ennemis » intérieurs et savent donc assez bien ce qui se trame chez les islamistes ou parmi les réfugiés palestiniens des camps.
En Egypte également, l’armée est politisée et veille au grain pour protéger Hosni Moubarak, qui devra tout de même – sous la pression américaine – accroître le champ des libertés pour ses concitoyens.
C’est en Egypte que l’épouvantail islamiste agité par le régime pour survivre peut encore le mieux fonctionner auprès des pays Occidentaux. Les Frères musulmans représentent en effet une alternative au pouvoir du vieux raïs âgé de plus de 80 ans et qui pourrait briguer un nouveau mandat en septembre prochain.
La Syrie est sans doute le pays où la contestation d’un pouvoir accaparé par un clan ressemble le plus à la Tunisie. La famille Assad au sens large est critiquée pour son appétit des affaires. Comme en Tunisie sous Ben Ali, les sociétés françaises qui se sont implantées en Syrie savent auprès de quels intermédiaires il convient de s'adresser pour décrocher des contrats. Mais la Syrie de Bashar al-Assad a été plus clairvoyante que la Tunisie de Ben Ali : elle a su associer au partage de la manne de très nombreuses familles issues de la majorité sunnite, qui n’ont pas intérêt à voir le régime tomber, quelque soit le degré d’hostilité qu’il leur inspire. La Syrie a su s’ouvrir économiquement, sans s’ouvrir politiquement. C’est sans doute dans cette voie minimale que les pays arabes vont être contraints de s’engager aujourd’hui.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
WHO IS NEXT ?
Nous nous contenterons, par manque de compétence et de lumières sur le sujet de proposer quelques commentaires de lecteurs qui nous ont paru interpellant.
Vu de loin, de très loin, il nous semble que la grande menace c’est de voir l’islamisme s’engouffrer dans le vide laissé par la - et qui sait demain- les dictatures vacillantes.
« Et ... l'algérie ?????? pourquoi n'en parlez vous pas ? » demande un internaute. « Avec ses réserves de pétroles et de gaz, si il y a bien un peuple dans le monde arabe qui souffre de l'injustice c'est bien le peuple algérien.
L'Algérie qui est gouverné par des généraux corrompus, et qui amasse des milliards sur le dos du peuple algérien, ça mérite vraiment une révolution qui serait encore plus justifiée que celle du peuple tunisien.

« et la Maroc ? » demande un Marocain. « Chez nous la situation ressemble a la dictature de Ben Ali: pas de démocratie, pas de liberté d'expression, pots de vin et pistons pour faire quoi que ce soit... » «

« L'Algérie et le Maroc sont les pays à la sociologie la plus proche de la Tunisie , et ils sont les plus concernés par les évènements. On peut le voir avec les trois immolations en Algérie ces derniers jours et les deux semaines d'émeutes simultanées avec celles de Tunisie. La proximité culturelle et humaine entre ces trois pays est évidente, nous sommes bien placés pour le savoir en France, parfois mieux que les maghrébins eux-même. Par ailleurs, dans tout l'ensemble arabe, ce sont les deux seuls pays avec la Tunisie où il y a déjà eu de nombreuses émeutes politiques par le passé. »

« Ne nous réjouissons pas trop de la fuite de ZABA. Le plus dur reste à venir et rien n’est encore acquis. Quand le soleil se couche, tout le monde se calfeutre en espérant que demain, ça ira mieux... Et pour l’instant le nouveau jour a toujours été pire que la veille.

La Tunisie est un pays bien méconnu de la plupart des commentateurs qui commentent justement sa situation.

Je doute que la Libye et l'Algérie vont tout faire pour voir la Tunisie devenir libre et démocratique. L'armée n'a que 35000 hommes c'est peu pour un pays de 180 000 km2 et de dix millions d'habitants. Sans un accord entre l'opposition, l'armée le RCD et les forces de sécurité la situation va s'empirer. Or le tourisme c'est 400 000 emplois et sans le calme il sera difficile de se nourrir et de refaire venir les touristes. »
«Qu’on arrête de donner des leçons surtout de la part des chancelleries chancelantes occidentales, vous qui auraient parier sur des dictateurs mal ou élus par des suffrages truqués et béni par les démocraties occidentales, seulement pour faire des peuples arabes de gens dociles, et écrasés. au fait vous les maîtres du monde, vous haïssez les peuples, les gardant toujours a l état d indigence, je ne crois pas que vous seriez heureux de voir des pays arabes démocrates, et libre, ça vous fera très mal ,
vous parlez de liberté de l’homme après l’avoir asservi,vous parlez de droit de la famille après avoir exterminé le noyau social qui est la famille, vous parler des droits de la femme après l avoir poussé a la prostitution, vous parlez du droit de l enfant après l avoir affamé ( Afrique), taisez vous messieurs et laisser les peuples prendre leur droit qui les guidera droit vers la liberté.»

Décidément , vous êtes bien naïf , il n y aura qu un simulacre de démocratie et le futur "président" tunisien, sera imposé par l occident, qui défendra comme d’habitude les valets de l’occident et musellera son peuple , comme Ben Ali. »
« Prochain pays : l'Iran? » Attention que le mouvement ne pousse ses métastases en France voire même à Bruxelles où les jeunes beures sont aussi désepérés que lesurs homologues de l'autre rive de la Méditerranée.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

AU SUIVANT; OUI, OUI, ... NON, AUX SUIVANTS!

Un vent de printemps praguois soufflerait-il sur notre Maghreb? Le soleil finira-t-il par se lever là où d'habitude il se couche? Mohamed Bouazizi, 26 ans, symbolise le désespoir d'un peuple, d'une région, d'un monde - le monde arabe - à la manière de Jan Palach, 21 ans, en 1969 pour protester contre l'invasion des chars soviétiques!

Les Tunisiens ouvrent une nouvelle page dans l'histoire moderne des nations arabes. La soif de liberté et le désir de démocratie mettent fin à des décennies de répression, d'oppression et d'étouffement de toutes les aspirations. La rue tunisienne s'est exprimée courageusement et clairement: nous voulons être libres, égaux ... et bénéficier du développement de notre pays. Non aux privilèges injustifiés, non à la corruption, non à l'autoritarisme aveugle, non au règne imbécile de la terreur qui faisait du pays une prison à ciel ouvert!

Ah qu'il serait bien inspiré ce petit vent frais tunisien venu droit de la rue de souffler dans la direction de l'ouest, vers l'Algérie et la Maroc! Là-bas des généraux, ici un monarque absolu. Le gâteau algérien se partage entre quelques hauts gradés et seules les miettes quittent la caserne! Les cornes de gazelle marocaines sont l'exclusivité du palais, de la cour et des courtisans. Le roi, sa famille et ses amis ont mis la main sur l'économie, la politique, la religion, ... et même le sable et l'air du pays tout entier.

Plutôt qu'une brise printanière parfumée de jasmin, il faudrait ici et là une tempête de sable qui emportera définitivement ces attitudes d'un autre âge, ces méthodes d'une autre ère et ces hommes aux attitudes inqualifiables et aux méthodes inacceptables.

Et le poète tunisien Aboul Qassem Chabbi de lancer à leur encontre:

Lorsqu'un peuple veut la vie,
Force est au destin de répondre
Aux ténèbres de se dissiper
Et aux chaînes de se rompre !

Et vers l’est ou le Machrek, on voudrait aussi l’écouter chanter, et tenir … le régime égyptien à la gorge pour que Moubarak qui chauffe le siège pour son fils prenne le même avion que Ben Ali. Avec une escale à Tripoli d’abord pour donner un lift à Kaddhafi – pour qui les Tunisiens se sont précipités ! Un autre grand démocrate qui veut aussi inaugurer la république monarchique en Libye ! Et une tornade dans le Golfe …, mais là, il faudra attendre ! L’Afrique du Nord, d’abord car le fruit y est mûr et les intérêts des Puissants moins importants.


Et la France de Voltaire et d'Hugo - aujourd'hui symbolisée par l'autisme d'Alliot-Marie, étrangère aux affaires qu'elle conduit - propose d'aider Ben Ali à maintenir l'ordre! Scandaleux, honteux, ineffable! Pleurez valeurs de la France républicaine, souffrez mouvements humanistes européens qui jadis inspiriez les autres peuples, lamentez-vous vous tous qui rêviez d'une solidarité entre les femmes et les hommes épris de liberté et de mieux-être.

Notre Europe s'est décidément bien essoufflée. Quand elle ne boit pas le thé en mauvaise compagnie, quand elle ne se recroqueville pas sur son petit confort matériel, quand elle ne suit pas aveuglément des politiques aventurières en Iraq ou en Afghanistan, elle fait la sourde oreille aux cris et chuchotements de ses voisins du Sud et propose de les étouffer à coups de matraque.

Et pendant ce temps-là, le triumvirat se réunit pour voir si l’on reprend les négociations à sept ou si l’on continue à jouer à cache-cache jusqu’à ce que notre pays sombre encore plus dans le ridicule en attendant de couler … socialement et économiquement.

AA