mardi 18 janvier 2011

En route vers l’évaporation de la Belgique ?

Carte blanche de Philippe Van Parijs, UCL, Chaire Hoover d’éthique économique et sociale.

Sommes-nous en bonne voie vers l’évaporation de la Belgique ? Hélas non. Hélas ? Oui. Car il n’y a rien de pervers – au contraire – à souhaiter qu’un jour, la Belgique puisse s’effacer pour laisser à l’Union européenne le soin de fournir à nos Régions étroitement imbriquées l’enveloppe protectrice que la fédération belge leur fournit aujourd’hui. Elargir la solidarité sans l’affaiblir est un progrès de la civilisation. Et nous organiser démocratiquement à plus grande échelle doit permettre de servir plus efficacement l’intérêt général. Si c’est de cela qu’il s’agit, vive l’évaporation de la Belgique. Et le plus tôt sera le mieux.
Le problème, évidemment, c’est que les obstacles auxquels se heurtent une démocratie efficace et une solidarité généreuse au niveau européen sont fondamentalement les mêmes que ceux qui les menacent en Belgique, sauf qu’au lieu de devoir naviguer avec deux opinions publiques distinctes, l’Union européenne en compte une trentaine. Si donc il est imaginable qu’elle puisse un jour se substituer à la fédération belge, ce ne pourra être que si la Belgique lui montre le chemin, si elle parvient à façonner des institutions qui permettent, malgré la dualité irréversible de ses opinions publiques, un fonctionnement démocratique sans blocages récurrents et une solidarité généreuse sans ressentiment permanent.

Ceux qui veulent que la Belgique s’évapore et ceux qui veulent qu’elle fonctionne bien doivent donc réaliser qu’ils sont des alliés objectifs. Il est aussi absurde pour les premiers de promouvoir la stratégie du pourrissement qu’il l’est pour les seconds de clamer « Touche pas à mon pays ! ». Il faudra au contraire remodeler profondément nos institutions, dans le cadre de la réforme en cours de négociation et dans le cadre des innombrables autres qui lui succéderont. Il s’agira ainsi de laisser graduellement loin derrière nous non seulement la nation belge unitaire dont a rêvé le XIXe siècle, mais aussi la Belgique bi-communautaire auquel a abouti le XXe. Il s’agira de façonner une fédération simplifiée, efficace et solidaire constituée de quatre régions dotées chacune d’une identité forte et d’un ensemble vaste et cohérent de compétences.

Si c’est là la direction, sommes-nous bien sur la bonne route ? Un petit peu, mais beaucoup trop laborieusement. Pourquoi ne fait-on pas plus vite et mieux ? Pas parce que ceux qui sont aux commandes seraient des « politicailleurs » qu’il suffirait de remplacer par de vrais « hommes d’Etat » pour que tout rentre dans l’ordre. Etant donné les contraintes sous lesquelles ils opèrent, ils ne se débrouillent pas si mal, et le font du reste au prix de sacrifices personnels importants qui imposent le respect.

Ce qu’il faut, c’est modifier ces contraintes, en commençant par éliminer une perversité évidente de notre système politique. Celui-ci accule les deux ensembles de partis (francophones d’un côté, néerlandophones de l’autre) à se lancer dans une surenchère de promesses préélectorales qui importent fortement à une portion de leur électorat unilingue et ne déplaisent fortement que dans l’autre communauté. Puis il contraint ceux d’entre eux qui sont appelés à former le gouvernement à renier une bonne part de ces promesses du fait de leur incompatibilité avec celles de ceux avec qui le gouvernement doit être formé.

Que faire ? Les partis politiques nationaux ne se reconstitueront pas. Mais il est possible et urgent de cesser d’empêcher ceux qui veulent gouverner la fédération de gagner des voix en montrant qu’ils sont sensibles aux revendications d’électeurs de l’autre communauté. Sans circonscription électorale fédérale, titrait le Groupe Pavia (www.pavia.be) en novembre 2007, « ce sera pire encore la prochaine fois » (Le Soir, 6/11/2007). Et c’est pire en effet cette fois-ci et ne sera pas mieux, si rien n’est fait dans ce sens, après les prochaines élections. Il est grand temps de comprendre qu’une telle réforme ne vise nullement à « réveiller la nation belge du coma » – comme le lui reproche encore Bart De Wever dans le long article du New Yorker (10/1/2011) sur le « divorce belge ». Elle est au contraire une condition de possibilité d’un progrès moins laborieux vers un mode de fonctionnement plus efficace d’une fédération belge fortement décentralisée, lui-même le prélude, lorsque l’Europe sera en mesure de prendre le relais, à son évaporation. Faute de comprendre cela, ce qui s’évaporera au fil de cette crise et de toutes les suivantes, ce n’est pas la Belgique , mais, sous la pression des marchés financiers, l’argent de tous les Belges et donc avant tout l’argent des Flamands, à la fois plus riches (de 15 %) et plus nombreux (de 80 %) que les Wallons.

Pour créer les conditions d’une dynamique nouvelle, il ne faut cependant pas tout attendre des responsables politiques. Les journalistes, les artistes, les universitaires ont un rôle tout aussi essentiel à jouer pour créer un climat qui aide à se connaître, à s’écouter, à comprendre ce qui sous-tend les revendications des autres, et à dégager, bien avant les négociations, de véritables solutions win-win. Sous cet angle, on ne peut pas dire que rien ne se passe. Témoins, parmi d’autres, le réseau culturel bicommunautaire bruxellois, l’initiative universitaire Re-Bel (www.rethinkingbelgium.eu) ou encore le fait sans précédent que l’émission « Plan B » de la VRT ait été visionnée simultanément par plus de 200.000 néerlandophones et (sous-titrée) par plus de 100.000 francophones.

C’est bien, mais il importe de faire plus et mieux. Sans romantisme, mais avec le sentiment légitime de faire quelque chose d’important, et pas seulement pour nous-mêmes. C’est parce que nous sous-estimons (et les observateurs étrangers encore bien plus que nous) la difficulté de ce qu’il s’agit de réussir en Belgique qu’il peut nous arriver d’être moroses ou désespérés, honteux de nos dirigeants ou de nous-mêmes. Pour avancer, rien ne sert de pleurnicher ni de vociférer, mais bien de prendre le temps de s’écouter vraiment et de concocter, souvent laborieusement, des compromis ingénieux dont on puisse sincèrement dire qu’ils seront dans l’intérêt de tous. Il y a de cela dans la note du médiateur Johan Vande Lanotte. Suffisamment pour qu’elle soit une base de référence incontournable pour la suite des négociations. Mais cette fois-ci et plus tard, il s’agira de faire beaucoup mieux. C’est pour qu’un jour la Belgique puisse s’évaporer sans dégâts qu’il nous faut aujourd’hui, et d’urgence, œuvrer à l’améliorer.

DE VERDAMPING VAN BELGIË
Van PHILIPPE VAN PARIJS mag België verdampen, 'hoe vlugger, hoe beter'. Maar zoals we nu bezig zijn, zal het nog lang duren voor België klaar is op een elegante manier in Europa op te gaan(…)

PHILIPPE VAN PARIJSWie? Ethicus aan de UCL en gasthoogleraar aan de KU Leuven. Wat? België saboteren met de blik op Europa is niet slim. Waarom? Wie bewijst dat België niet werkt, wekt ernstige twijfels of de EU wel kan werken.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
S’ECOUTER VRAIMENT ET CONCOCTER DES COMPROMIS INGENIEUX
Bien sûr, il y a deux manière de lire un texte : avec empathie ou avec hostilité. Les commentaires de lecteurs qui suivent illustrent cela abondamment.
Je voudrais isoler deux phrases qui me semblent toucher le nerf. Elles rendent écho à la raison d’être même de ce blog qui prône avant tout le dialogue et fait l’éloge de la diversité :
« Les journalistes, les artistes, les universitaires ont un rôle tout aussi essentiel à jouer pour créer un climat qui aide à se connaître, à s’écouter, à comprendre ce qui sous-tend les revendications des autres, et à dégager, bien avant les négociations, de véritables solutions win-win. »
Comment ne pas être d’accord avec cela ? Nous le disons depuis trois ans, seuls les artistes nous sortiront de cette impasse. Ils sont la seule issue possible. Que l’on aille donc écouter ce mardi à Flagey Tom Lanoye, premier écrivain de Flandre interrogé par Jacques De Decker à l’occasion de la traduction de son roman « la langue de ma mère ». Il a dit ce lundi soir sur la VRT tout son mépris pour Bart De Wever reprenant sa carte blanche (rouge) publiée dans De Morgen (« jusqu’où va-t-il nous couillonner ? »).
« Pour avancer, rien ne sert de pleurnicher ni de vociférer, mais bien de prendre le temps de s’écouter vraiment et de concocter, souvent laborieusement, des compromis ingénieux dont on puisse sincèrement dire qu’ils seront dans l’intérêt de tous. »
Une phrase à méditer le soir en se couchant, le matin en prenant sa douche.
C’est vrai pour le dialogue belgo belge, c’est vrai aussi pour le dialogue interculturel.
MG

« Compromis ingénieux?
Les temps des "compromis ingénieux" est révolu, M. Van Parijs, vous ne l'avez pas encore compris? Et dans la foulée, vous nous resservez la circonscription fédérale unique. Une vraie tarte à la crème... Ne vous en déplaise, c'est Bart De Wever qui a actuellement la main et lui, avec une majorité de Flamands, n'en veut pas. Je comprends que vous le regrettiez, mais ce n'est pas une raison pour essayer de nous faire croire que c'est possible. »
"l’argent de tous les Belges et donc avant tout l’argent des Flamands, à la fois plus riches (de 15 %) et plus nombreux (de 80 %) que les Wallons. " ==> et hop, on raye 1.100.000 bruxellois de la carte et on évite soigneusement de parler d'une ville où se produit 20% du PIB et qui donne 16 milliards par an à la Flandre. »

« De plus en plus drôle ce Van Parijs ! Et toujours unilatéral. Du diagnostic à LA solution, comme toujours. Un génie. Reprenons.Il y a en Flandre, à la fois une volonté de rompre la solidarité et une volonté de supprimer la Belgique. Ce n'est pas la même chose. Il y a chez d'autres, notamment francophones, à la fois un attachement à la Belgique (touche pas à mon Pays) et un attachement à une certaine idée de l'Etat et de ses compétences. Ce n'est pas la même chose non plus. Ensuite, il y a, comme dans tous les systèmes démocratiques, des groupes qui défendent leurs intérêts. Qu'ils soient culturels, sociaux ou financiers. Ces intérêts sont contradictoires. Tous sont légitimes. On cherche, on discute. On ne remplace pas la démocratie par une "solution". Merci quand même et vivement la prochaine panacée ! »
« Moi je suis tout à fait d'accord avec PVP. Autant avancer vers l'Europe, de toute façon c'est notre seule chance de salut à l'échelle mondiale, Belgique ou pas. »

“Meneer Van Parijs, ik heb tien jaar aan het hoofd gestaan van een R&D afdelingen van een bedrijf waar Franstalige politici graag naar verwijzen als één van de paradepaardjes van de Waalse economie. Dezelfde franstalige politici waren het laatste dat ik nodig had om succesvol te zijn. Niet het Marshalplan of het Rosettaplan of solidariteit heeft Wallonië nodig maar het sociaal-economisch plan zoals het in het partijprogramma staat van de open VLD of zelfs de NVA. Dat u verwijst naar journalisten, kunstenaars en academici die nodig zijn voor een nieuwe dynamiek is symptomatisch en problematisch voor het huidig denken in Franstalige kringen. Het is dan ook niet verwonderlijk dat het vooral Vlamingen en buitenlanders zijn die voor de innovatie zorgen in Wallonië. Wallonië heeft nood aan hoogopgeleide technici die meertalig zijn. Daarnaast heeft het behoefte aan meer diversiteit van managers. “
“Professor Van Parijs pleit voor 'een democratische werking zonder voortdurende blokkeringen'. Laat dit nu net de kern van het Belgisch probleem zijn: Grote Staatslieden zoals Verhofstadt hebben dit land opgezadeld met een 'democratie' waar de franstalige minderheid de Vlaamse meerderheid verhindert een eigen beleid te voeren. Journalisten, kunstenaars en academici kunnen dit fundamenteel probleem helaas niet oplossen. België zal niet verdampen maar barsten, onder druk van de financiële markten; een eerste test krijgen we reeds eind januari, wanneer de Belgische staat vele duizenden miljoenen euro's moet lenen.”
“Als WalloBrux al decennialang reëel failliet is dan gaat het opheffen van de institutionele perversiteit (die er wel degelijk is) absoluut niets aan veranderen. Er is hier een heel andere perversiteit aan de gang: 'non' zeggen tegen elke vorm van financiële verantwoordelijkheid en erop vertrouwen dat de 'gulle solidariteit' blijft duren tot in de eeuwigheid. Het is dit faillissement van WalloBrux die de problemen veroorzaakt. Het is dus het faillissement dat moet opgelost worden. En dat kan enkel gebeuren door financiële verantwoordelijkheid te accepteren. Al de rest is klaas voor vaak.”

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