samedi 8 janvier 2011

N-VA "out", libéraux "in" : "seule alternative"

Par Laurent Gérard

Pour Lieven De Winter (UCL), c’est la seule solution. Et c’est aussi la plus saine.
Entretien
Lieven De Winter, politologue flamand exerçant dans une université francophone (UCL), apporte son éclairage sur la situation politique.

SEPT MOIS APRES LES ELECTIONS, ON EST PLUS QUE JAMAIS DANS L’IMPASSE, NON ?
Plus que jamais, non. On n’était pas loin d’un grand compromis qui couvrait plus de matières qu’auparavant. Johan Vande Lanotte est arrivé à un texte qui était apparemment buvable, avec des corrections, pour les 7 partis. Mais finalement, c’est non. Même si le non de la N-VA n’était pas un non à ce que Vande Lanotte poursuive son travail. C’est surtout le CD&V qui a dit "non mais" et qui se trouve être le premier problème aujourd’hui, alors que cela aurait dû être, comme d’habitude, la N-VA.
EST-IL POSSIBLE D’ABOUTIR A UN ACCORD AVEC LA N-VA ET LE CD&V ?
Pour la N-VA , cela reste à prouver. J’ai toujours pensé que cela dépendrait du CD&V, mais alors dans une configuration sans la N-VA. L ’ouverture de Di Rupo à d’autres partis va dans ce sens. Peut-être a-t-il compris que la N-VA ne peut pas conclure un accord, pour tant de raisons : 1° Un compromis équilibré ne sera jamais assez satisfaisant pour la N-VA. 2° Elle n’a pas le personnel politique pour occuper des cabinets, gérer l’Etat - surtout un Etat dont ils ne veulent pas - et des transferts. Ils doivent avoir peur de se faire rouler par des partis qui connaissent mieux l’appareil d’Etat, comme le CD&V et le PS. 3° Il y a des gens dans le parti qui s’opposeraient à la participation au gouvernement, même si je crois que si De Wever dit "Taisez-vous", ils se tairont.
IL A FALLU LONGTEMPS POUR QU’ELIO DI RUPO COMPRENNE CELA, NON ?
Oui, mais après les élections, construire une coalition qui ne prend pas en considération le message de l’électeur, c’est dangereux.
MAIS SEPT MOIS, C’EST LONG, QUAND MEME.
Oui, mais il faut laisser le temps au temps. Et les autres partis flamands n’étaient pas prêts à lâcher la N-VA. MAIS SI MAINTENANT ILS SONT DEVANT UN PAQUET TRES IMPORTANT, QUI POURRAIT ETRE VENDU COMME UNE GROSSE VICTOIRE FLAMANDE, ON EST DANS UNE AUTRE SITUATION. L’autre plan B - des élections - ne changerait rien, sauf que cela provoquerait une réaction des marchés financiers et qu’on aurait perdu un an dans le processus d’assainissement des finances publiques. Donc, si vraiment cela ne marche pas avec la N-VA , la seule alternative, c’est un gouvernement avec les sept partis actuels, moins la N-VA et avec les libéraux du Nord et du Sud.
L’OPEN VLD SERAIT-IL PRET A MONTER A BORD ?
Avant, ce parti se préparait à l’opposition pure et dure. Maintenant, on perçoit des signes que ce n’est plus si clair. Il pourrait y avoir un certain appétit. Chez les francophones, il n’y a pas de problème du côté de la composante libérale. LE SEUL PROBLEME, C’EST LE FDF. Mais c’est au MR à régler cela si nécessaire. Tout a un prix. Surtout qu’on parle maintenant d’un gouvernement qui durerait jusque 2014, voire au-delà, pour achever ce processus très complexe de transferts. Cela signifie des trains de législations, mais aussi des changements de personnel, des réaffectations, etc. Il faudra des années pour mener à bien ces opérations. ON POURRAIT MEME SE DEMANDER SI CE NE SERAIT PAS UNE BONNE IDEE DE FAIRE CELA AVEC TOUS LES PARTIS DEMOCRATIQUES QUI VEULENT S’INVESTIR ENCORE DANS LA BELGIQUE. On a connu des gouvernements proportionnels au niveau régional de 1981 à 1985 et de 1988 à 1991, où tous les grands partis étaient présents, parce qu’à ce moment, on avait prévu des transferts tellement importants qu’on ne voulait pas qu’un parti les gère et mette la main sur les administrations. On est clairement dans la même situation.
LE CD&V OSERA-T-IL SE DISTANCIER DE LA N-VA ?
C’est la question. Apparemment, pas jusque maintenant. Pourtant, en jouant la carte du Flamand dur, ils préparent une nouvelle victoire pour la N-VA .
ET QUID DES GOUVERNEMENTS REGIONAUX ?
La logique veut qu’ils reflètent le national. EN FLANDRE, IL FAUT EJECTER LA N-VA. ET COTE FRANCOPHONE, IL FAUT FAIRE ENTRER LES LIBERAUX. C’est normal, si l’on a besoin d’un parti pour une réforme, que ce parti revendique de rentrer aux niveaux régional et communautaire. Surtout, ce transfert de pouvoir du fédéral implique la présence de la plupart des partis démocratiques chez les fédérés. Ceci dit, je suis un peu étonné qu’on évoque déjà cette possibilité de coalition alternative, car pour le moment, le valet noir est dans le camp du CD&V. Pour jouer ce jeu-là, le "Zwarte Piet" devrait arriver à la N-VA .
SI, A TRAVERS LES DERNIERS SIECLES, LES FRANCOPHONES S'ETAIENT MONTRES RESPECTUEUX ENVERS LES FLAMANDS, LEUR LANGUE, LEUR CULTURE ET LEURS SUSCEPTIBILITES, LES FLAMANDS NE SE SERAIENT JAMAIS OPPOSES A UNE REGION BRABANÇONNE BILINGUE.
Vous savez aussi bien que moi que si on officialise le statu bilingue dans tout le Brabant, que le nombre d'unilingues FR augmentera expansionnellement ainsi que le nombre de bilingues NL/FR. Le nombre de bilingues FR/NL par contre ...
Deuxièmement, concernant Strasbourg et Kehl, il existe une frontière d'état (le Rhin) entre les deux villes, ce qui n'est pas le cas entre, par exemple, la RBC et le Brabant flamand (l'article 4 de la constitution belge prévoit clairement la manière dont il convient de modifier le statut linguistique d'une commune).

Néanmoins :
1. Il existe des "coopérations renforcées" entre Strasbourg et Kiel (en termes d'infrastructures, d'enseignement, etc.) ;
2. S'il n'est pas question d'un "élargissement" de Strasbourg à Kiel, il a été question par le passé d'un élargissement de Strasbourg puisque entre 1967 et 1972, LA COMMUNAUTE URBAINE de Strasbourg a été créée (avec fusion des administrations municipales en une administration unique).

A TITRE D'INFORMATION, LA COMMUNAUTE URBAINE DE STRASBOURG S'ETEND SUR UNE SUPERFICIE DE 316KM2, SOIT PRES DE DEUX FOIS LA SUPERFICIE DE LA REGION DE BXL-CAP.

"EST-IL QUESTION D’INTEGRER BOBIGNY DANS LA VILLE DE PARIS ?"

Attention à ne pas comparer des pommes et des poires... Lorsque l'on évoque l'élargissement de Bruxelles, il n'est pas question de rattacher Kraainem à la Ville de Bruxelles, mais à la RBC.

La Ville de Paris reste limitée aux frontières historiques de la ville (Paris intra-muros) mais :
1. oui, il est question de rattacher les communes de la petite couronne (dont Bobigny) à la ville de Paris (création du "Grand Paris")
2. il ne faut pas confondre la Ville de Paris et la Région Ile de France (dont Bobigny fait déjà partie).

A titre de comparaison :
- Ville de Bruxelles : 32.61km2
- Région de Bruxelles-Capitale : 161 km2
- Ville de Paris : 105.40 km2
- Région Ile de France : 12011 km2

Et pour le plaisir :
- Ville de Namur : 175,69km2

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE ANALYSE LUMINEUSE
Edgar Morin conseille à chacun de revoir tous les cinq ans l’ensemble de ses paradigmes politiques, économiques et socio culturels.
C’est le moment, chers lecteurs de remettre à jour notre grille de lecture de la Belgique.
On vit une mutation, une révolution culturelle comme rarement en traverse une génération.
Bart De Wever est en train de faire bouger les lignes. Au vrai, il les brouille complètement.
Comme lors de la crise royale des années cinquante, un Flandre de droite s’est heurtée à une Wallonie de gauche.
Aujourd’hui, on est dans le même cas de figure mais avec des acteurs radicalement différents et une situation socio économique inversée.
Comme au mécano, on démonte tout et on reconstruit autre chose avec les mêmes pièces et de nouveaux ingénieurs. Pauvre lecteur, DiverCity vous met rudement à l’épreuve. C’est que, comme-vous, DiverCity cherche à comprendre dans quelle mutation profonde nous nous trouvons.
Les meilleurs cerveaux universitaires et journalistique carburent jour et nuit pour nous éclairer.
DiverCity s’efforce de suivre leur pensée. D’abord butiner, récolter le nectar et en faire son miel même s’il a paradoxalement un goût souvent très amer.
Une phrase nous donne la clef de ce qui pourrait changer, la voici «MAIS SI MAINTENANT LE CD&V EST DEVANT UN PAQUET TRES IMPORTANT, QUI POURRAIT ETRE VENDU COMME UNE GROSSE VICTOIRE FLAMANDE, ON EST DANS UNE AUTRE SITUATION »
Autrement dit, si le CD&V considère que la moisson de concessions francophones est suffisante, il peut s’en attribuer tout le mérite et s’éloigner de la NVA. « Donc, si vraiment cela ne marche pas avec la N-VA , LA SEULE ALTERNATIVE , C’EST UN GOUVERNEMENT AVEC LES SEPT PARTIS ACTUELS, MOINS LA N-VA ET AVEC LES LIBERAUX DU NORD ET DU SUD. »

Aucun commentaire: