lundi 10 janvier 2011

Pakistan : le gouverneur du Pendjab assassiné

Par Marie-France Calle

Le gouverneur de la province du Pendjab Salman Taseer, un ténor du Parti du peuple pakistanais (PPP) du président, Asif Ali Zardari, et du premier ministre, Yusuf Raza Gilani, a été assassiné ce mardi dans un quartier huppé d'Islamabad. Il a été tué par l'un de ses gardes du corps, un certain Mumtaz Hussain Qadri, alors qu'il descendait de sa voiture près de Khosar Market, un lieu très fréquenté par les expatriés et les riches Pakistanais. «Le gouverneur est tombé; l'homme qui lui avait tiré dessus a jeté son arme et a levé les mains en l'air en signe de reddition», a rapporté un témoin. Le gouverneur est mort peu de temps après son arrivée à l'hôpital.
Il s'agit là de l'assassinat politique le plus spectaculaire depuis la mort de l'ex-premier ministre Benazir Bhutto, en décembre 2007. Taseer était connu pour ses prises de position «libérales» et son style «occidental». Cela ne plaisait pas à tout le monde. Selon le ministre de l'Intérieur, Rehman Malik, c'est parce qu'il avait «dénoncé la loi sur le blasphème» que son propre garde du corps l'aurait tué. Récemment, il est vrai, le gouverneur s'était distingué en critiquant ouvertement cette loi revenue sur le devant de la scène après la condamnation à mort d'Asia Bibi, une chrétienne de 45 ans, mère de cinq enfants. Taseer s'était même entretenu avec elle et avait intercédé auprès de Zardari pour qu'il lui accorde la grâce présidentielle. Redoutant la colère des partis religieux, le chef de l'État n'a pas bougé. Zardari n'a pas osé, non plus, porter devant le Parlement les amendements visant à édulcorer la loi anti-blasphème mise en œuvre en 1986 par le dictateur militaire Zia ul-Haq. Yusuf Gilani a condamné l'attentat et décrété trois jours de deuil national.
SALMAN TASEER, CRITIQUE DE L'ISLAMISME
Assassiné ce mardi, Salman Taseer était un des critiques les plus acharnés des talibans et de l'islamisme. Diffusant ses opinions tranchées via des réseaux sociaux comme Twitter, il accusait aussi l'opposition d'avoir échoué face au terrorisme. Après avoir grandi au sein de l'élite intellectuelle du pays et étudié en Grande-Bretagne, il est devenu un homme d'affaires prospère, avant d'entrer en politique. Allié de Benazir Bhutto, il fut ministre de l'Industrie de Musharraf avant d'être nommé, en 2008, gouverneur de la province du Penjab.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« J’AI REFUSE, MÊME SI JE SUIS LE DERNIER HOMME DEBOUT »
Un blogueur commente« Salman Taseer n'a pas été tué uniquement à cause de la loi anti-blasphème. Pourquoi est-il mort ? Parce qu'il représentait tout ce que déteste une vaste frange de la société pakistanaise, de plus en plus talibanisée... et de plus en plus appauvrie, ce qui n'arrange rien. Depuis longtemps ses détracteurs lui reprochaient son style de vie " à l'occidentale ". Il consommait de l'alcool et ne s'en cachait pas; ses filles ont été photographiées en train de se baigner en compagnie de garçons etc. Il menait grand train mais avait aussi de grandes et nobles idées. Sa mort tragique est le symbole du fossé de plus en plus profond qui est en train de se creuser au sein de la société pakistanaise, à tous les niveaux. »
L’année 2011 a commencé dans la violence extrême, au Maghreb, en Arkansas au Pakistan. Le monde, frappé par une crise aussi violente que celle des années trente est-il en train de renouer avec les mœurs barbares qui ont amené Hitler au pouvoir en Allemagne et provoqué la seconde guerre mondiale ?
Il n’est pas interdit de l’e penser face à la montée des violences, des extrémismes et des périls, un mal qui touche aussi de plus en plus le monde occidental.
« Les têtes tombent, les idées rebondissent » lança Jean Burgers le résistant fondateur du groupe G,un peu avant d’être pendu par les nazis. Il avait 27 ans.

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