lundi 28 février 2011

As Regimes Fall in Arab World, Al Qaeda Sees History Fly By

By Lynsey Addario

Libyans worked in Benghazi on Sunday. A man associated with Al Qaeda in the Islamic Maghreb said some militants were returning from exile to fight in Libya .
For nearly two decades, the leaders of Al Qaeda have denounced the Arab world’s dictators as heretics and puppets of the West and called for their downfall. Now, people in country after country have risen to topple their leaders — and Al Qaeda has played absolutely no role.

In fact, the motley opposition movements that have appeared so suddenly and proved so powerful have shunned the two central tenets of the Qaeda credo: murderous violence and religious fanaticism. The demonstrators have used force defensively, treated Islam as an afterthought and embraced democracy, which is anathema to Osama bin Laden and his followers.

So for Al Qaeda — and perhaps no less for the American policies that have been built around the threat it poses — the democratic revolutions that have gripped the world’s attention present a crossroads. Will the terrorist network shrivel slowly to irrelevance? Or will it find a way to exploit the chaos produced by political upheaval and the disappointment that will inevitably follow hopes now raised so high?

For many specialists on terrorism and the Middle East , though not all, the past few weeks have the makings of an epochal disaster for Al Qaeda, making the jihadists look like ineffectual bystanders to history while offering young Muslims an appealing alternative to terrorism.

“So far — and I emphasize so far — the score card looks pretty terrible for Al Qaeda,” said Paul R. Pillar, who studied terrorism and the Middle East for nearly three decades at the C.I.A. and is now at Georgetown University. “DEMOCRACY IS BAD NEWS FOR TERRORISTS. The more peaceful channels people have to express grievances and pursue their goals, the less likely they are to turn to violence.”

If the terrorists network’s leaders hope to seize the moment, they have been slow off the mark. Mr. bin Laden has been silent. His Egyptian deputy, Ayman al-Zawahri, has issued three rambling statements from his presumed hide-out in the Pakistan-Afghanistan border region that seemed oddly out of sync with the news, not noting the ouster of President Hosni Mubarak of Egypt, whose government detained and tortured Mr. Zawahri in the 1980s.

“Knocking off Mubarak has been Zawahri’s goal for more than 20 years, and he was unable to achieve it,” said Brian Fishman, a terrorism expert at the New America Foundation. “Now a nonviolent, nonreligious, pro-democracy movement got rid of him in a matter of weeks. It’s a major problem for Al Qaeda.”

THE ARAB REVOLUTIONS, OF COURSE, REMAIN VERY MUCH A WORK IN PROGRESS, as the Libyan leader, Col. Muammar el-Qaddafi, orders a bloody defense of Tripoli, and Yemen’s president, Ali Abdullah Saleh, negotiates to cling to power. The breakdown of order could create havens for terrorist cells, at least for a time — a hazard both Colonel Qaddafi and Mr. Saleh have prevented, winning the gratitude of the American government.

“These uprisings have shown that the new generation is not terribly interested in Al Qaeda’s ideology,” Mr. Simon said

Michael Scheuer, author of a new biography of Mr. bin Laden and head of the C.I.A.’s bin Laden unit in the late 1990s, thinks such enthusiasm is more than wishful thinking.

Mr. Scheuer says he believes that Americans, including many experts, have wildly misjudged the uprisings by focusing on the secular, English-speaking, Westernized protesters who are a natural draw for television. Thousands of Islamists have been released from prisons in Egypt alone, and the ouster of Al Qaeda’s enemy, Mr. Mubarak, will help revitalize every stripe of Islamism, including that of Al Qaeda and its allies, he said.

If Al Qaeda faces an uncertain moment, so does the Obama administration. For a decade, the United States has been preoccupied with the Muslim world as a source of terrorist violence — one reason both the Bush and Obama administrations had friendly relations with the authoritarian governments now under fire.

A cable from the American Embassy in Tripoli briefing Secretary of State Condoleezza Rice before a 2008 visit called Libya “a strong partner in the war against terrorism.

“There has to be a major rethinking of how the U.S. engages with that part of the world,” said Christopher Boucek, who studies the Middle East at the Carnegie Endowment for International Peace. “We have to make clear that our security no longer comes at the expense of poor governance and no rights for the people in those countries.

“All of the givens,” Mr. Boucek said, “are gone.”

Souad Mekhennet contributed reporting from Islamabad , Pakistan .

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DEUX CHOSES A RETENIR.
Deux choses à retenir de tout ceci
Premièrement, les événements qui bouleversent le monde arabe mettent (provisoirement) Al Qaeda complètement hors jeu ce qui bouleverse la donne. Ensuite et surtout, l’Occident, les Etats-Unis , mais aussi l’Europe, se doivent de repensez de fond en comble leur politique arabe.
“All of the givens,” Mr. Boucek said, “are gone.”

Tout est à revoir!

Tariq Ali : «Nous assistons à la seconde vague historique du réveil arabe»

Les évènements du monde arabe seraient, pour Tariq Ali*, un démenti aux thèses des néo-conservateurs qui ne voyaient pas la démocratie y éclore. Interrogé par Christophe Ventura, Tariq Ali explique qu'il s'agit à ses yeux de la « seconde vague historique du réveil arabe ». Le premier réveil arabe ayant été contre les puissances coloniales, cette nouvelle vague se dresse contre les despotes qui règnent encore sur la plupart des pays de la région.

MEMOIRE DES LUTTES (MDL) : QUE SE PASSE-T-IL ACTUELLEMENT DANS LE MONDE ARABE ?
Tariq Ali (TA) : Selon moi, nous assistons à la seconde vague historique du réveil arabe. Le refus des peuples de baiser plus longtemps la main tenant le bâton qui les a punis pendant des décennies a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire de la nation arabe. L’idée néo-conservatrice absurde selon laquelle les Arabes et les musulmans sont génétiquement hostiles à la démocratie a brûlé comme un parchemin jeté dans le feu. Ceux qui faisaient la promotion de cette idée sont les plus mécontents. Je pense à Israël et à ses lobbyistes en Europe et aux États-Unis - ce que j’appelle l’Euro-Amérique -, à l'industrie militaire qui vendait tout ce qu'elle pouvait à ces régimes, mais également aux dirigeants sous pression d'Arabie Saoudite qui se demandent aujourd’hui si l'épidémie démocratique va venir se propager jusqu'à leur royaume tyrannique.

Jusqu'à présent, ces derniers ont donné refuge à de nombreux despotes, mais, quand le moment viendra, où la famille royale saoudienne va-t-elle trouver refuge ? Les dirigeants saoudiens doivent savoir que leurs protecteurs occidentaux, anciens ou nouveaux, les jetteront sans cérémonie comme de vieilles chaussettes, et proclameront qu'ils ont toujours été favorables à la démocratie.

S'il y avait une comparaison à faire avec l'histoire européenne, ce serait 1848, lorsque les soulèvements révolutionnaires prirent une forme continentale, épargnant seulement la Grande-Bretagne et l'Espagne.
Comme les Européens de 1848, les peuples arabes luttent contre la domination étrangère : 82 % des Égyptiens ont une « image négative des États-Unis » rappelait encore récemment un sondage. Il n’a pas été jugé utile de leur poser la question au sujet des Européens…. Ils luttent contre la violation de leurs droits démocratiques et contre une élite aveuglée par sa propre illégitimité. Ils veulent plus de justice économique.

MDL : QUELLES SONT LES CARACTERISTIQUES DE CETTE «SECONDE VAGUE DU REVEIL ARABE»?
TA : La situation est différente de celle que nous avons connue lors de la première vague du nationalisme arabe. Celle-ci fut essentiellement anti-impérialiste et avait pour principal objectif de débarrasser la région des vestiges de l'Empire britannique.

Les révolutions arabes actuelles, déclenchées par la crise économique, ont mobilisé la volonté, la créativité et le pouvoir d'énormes mouvements de masse. Cependant, tous les aspects de la vie humaine n'ont pas pour autant été remis en question. Les droits sociaux, politiques et religieux font l'objet de farouches controverses en Tunisie, mais pas encore ailleurs, du moins pour l'instant. A ce jour, aucun nouveau parti politique n'a vu le jour, ce qui donne à penser que les batailles électorales à venir opposeront le libéralisme arabe et le conservatisme arabe, dans ce dernier cas sous la forme des Frères musulmans, version locale de la démocratie chrétienne européenne.

Ces derniers prendront pour modèles leurs coreligionnaires actuellement au pouvoir en Turquie et en Indonésie, et confortablement installés dans le giron des États-Unis. Les dirigeants de la Confrérie proposent une transition ultra-ordonnée si Washington joue le jeu avec eux, ce qui pourrait bien être le cas. La différence avec la Turquie réside dans le fait que ce sont des mouvements de masse qui ont renversé ou menacent les despotes du monde arabe. L'avenir pourrait encore nous réserver des surprises si les régimes de transition ou de succession provoquent des déceptions sur le front social.

MDL : COMMENT LES ÉTATS-UNIS VONT-ILS REAGIR ?
TA : L'hégémonie des États-Unis dans la région a été entamée, mais elle n'est pas détruite. Elle reviendra, mais pas sous la même forme. Les régimes post-despotiques vont être plus indépendants d'esprit, même si, en Égypte ou en Tunisie, l'armée sera toujours en place pour veiller à ce que rien n'aille trop loin. Le nouveau gros problème pour l’Euro-Amérique a pour nom Bahreïn. Si les dirigeants de ce petit royaume - qui dépendent d'une armée dominée par des officiers et des soldats retraités de l'armée pakistanaise - sont destitués, alors il sera difficile d'empêcher un soulèvement national-démocratique en Arabie Saoudite. Est-ce que Washington peut se permettre de rester les bras croisés face à une telle perspective ? Ou bien les États-Unis vont-ils déployer leurs forces armées pour maintenir au pouvoir les kleptocrates wahhabites?

MDL : COMMENT ANALYSEZ-VOUS LA SITUATION EN LIBYE ?
TA : Les racines des soulèvements en Libye ne sont pas différentes de celles qui expliquent les événements en Tunisie ou en Égypte.

Mouammar Kadhafi a dirigé le pays d'une main de fer. S'il a pu parfois avoir recours à une rhétorique anti-impérialiste dans un lointain passé, il a, ces dernières décennies, directement collaboré avec l'Euro-Amérique. L'idéologue de Tony Blair, Anthony Giddens, a fait des éloges dithyrambiques du Guide. Le style de vie de ce dernier et ses politiques excentriques l'ont rendu inapte à moderniser son pays. Malgré ses quarante années passées au pouvoir, les Libyens ont un plus mauvais niveau d'éducation que les Tunisiens et le système de santé du pays est très déficient.

Le bilan de Kadhafi, c'est un État-parti unique dégénéré, les emprisonnements et l'utilisation de la torture. Et tout cela, pour maintenir sa famille au pouvoir. Sa décision de recourir à l'armée de terre et à l’aviation pour réprimer son propre peuple a abouti à la libération de Benghazi et a provoqué une dissidence au sein de l’institution militaire. Les soldats qui ont refusé d'ouvrir le feu sur le peuple ont été exécutés par les escadrons de la mort du dictateur, comme nous avons pu le voir sur Al-Jazeera. Ne serait-ce que laisser entendre que ce régime est progressiste est une honte. Avec un pays déchiré et une armée divisée, les jours de Kadhafi sont comptés.

* Membre du comité de rédaction de New Left Review, auteur de Obama s’en va-t-en guerre

Femmes au café

Ooit het groepje moslimdames gezien dat elke zondag afspreekt in één van die mannencafés aan de Stalingrad? Een column over vrouwen.

Soms doe ik een spelletje* op straat. Ik tel bijvoorbeeld de hoofddoeken. Op weg van mijn huis naar een vergadering afgelopen week: 32 mét, 96 zonder.
Ik probeer -zonder vrees- autobestuurders recht in de ogen te kijken wanneer ik een zebrapad oversteek. Er wordt voor me gestopt. Ik doe een superkorte rok aan. Er gebeurt niets.
Toegegeven, dat laatste klopt niet echt. Er wordt al eens een vleiend woord geroepen. Ik geef er gewoon eentje terug. Meestal schieten we dan beide in de lach. En daar word ik goedgezind van. Bovendien leerde ik zo jaren geleden Mourade Zeguendi kennen. Ja, de enige en echte. Hij is ondertussen een beroemde Brusselse acteur. Ik had toen ook kunnen denken: jij Marokkaans ettertje. Het is een gouden regel in de film trouwens, dat de koffiemadame van de ene set misschien wel de regisseur op een latere filmset kan zijn.
Jij hebt street credibility, zei iemand laatst tegen me. Dat klinkt in ieder geval hip. Wie daar zonder twijfel over beschikt is de Frans-Cypriotische rapster Diam's.
Een van haar liedjes begint met Tu vas comprendre pourquoi je ne jure jamais sur la tête de ma mère. Het is een ode aan haar moeder die guerrillero was in Libanon. Diam's werd door haar moeder opgevoed in een Parijse banlieue.
Het aantal alleenstaande moeders in Brussel groeit razendsnel. In mijn gemeente Molenbeek zijn er bijna 4000. Zij hebben de grootste kans in de armoede terecht te komen. Gebrek aan o.a. (betaalbare) kinderopvang doet velen in de werkloosheid tuimelen. Anderen nemen eender welk werk aan om het hoofd boven water te houden. Zo kan het zijn dat de poetsvrouw die er voor zorgt dat de kinderen in een frisse kamer kunnen slapen, haar eigen kinderen niet kan geven wat ze zou willen. Het is misschien haar tweede of derde job om de eindjes aan elkaar te kunnen knopen, om de elektriciteitsrekening te kunnen betalen, om een Brusselse Diam's voort te brengen. Voor wanneer is dat eigenlijk? Het Brussels hiphopmilieu is nog steeds hoofdzakelijk mannelijk.
KIESRECHT EN ELEKTRICITEIT
De komende week worden hier en daar al festiviteiten georganiseerd voor de dit jaar 100ste internationale vrouwendag. Officieel valt die dag op 8 maart. 'Officieel' kan je het moeilijk noemen. Een wetsvoorstel voor verklaring tot nationale feestdag werd in 2003 ingediend maar moet nog behandeld worden. De internationale vrouwendag herinnert ons aan de eerste vrouwenstaking tegen de slechte arbeidsomstandigheden in de textielindustrie in New York anno 1908. De strijd voor vrouwenkiesrecht werd een belangrijk aandachtspunt voor vrouwenbewegingen. Als democrate kan ik dat alleen maar onderschrijven. Maar moest men de keuze hebben gehad tussen kiesrecht en gelijke toegang tot bijvoorbeeld elektriciteit, ware het misschien beter geweest voor dat laatste te kiezen. Sommige affiches van de hedendaagse vrouwenvieringen voorspellen weinig goeds. Workshops massage, kleur- en stijladvies en exotisch koken kunnen dan wel leuk zijn, slechte arbeidsomstandigheden blijven jammer genoeg brandend actueel.
Elke zaterdag om 10u 's ochtends komen een aantal vrouwen -vooral artiesten- samen voor een actie-ontbijt in café La Régence op het Fernand Cocqplein in Elsene. (Op datzelfde tijdstip komen Berlijnse vrouwen samen in café Pfau) Ze babbelen bij, maken plannen voor nieuwe projecten en bereiden acties voor die de positie van vrouwen kunnen verbeteren. Feel free to join.
Daar werd voor het eerst gesproken over een vrouwenfilmfestival. En zo geschiedde. In navolging van een aantal andere grote steden zoals Parijs heeft nu ook Brussel het filmfestival Elles Tournent / Dames Draaien. Dit jaar voor de vierde maal in de Brusselse Botanique. Er worden enkel films van vrouwelijke regisseurs vertoond. Ik had al tweemaal het genoegen gast te mogen zijn. Dezer dagen kan je in verschillende Brusselse gemeenten terecht voor Dames Draaien on the road, in het kader van … de internationale vrouwendag.
Onderzoek wees uit dat vrouwelijke filmmakers -alhoewel evenveel mannen als vrouwen afstuderen- minder geld krijgen, minder films maken, minder worden geprogrammeerd en minder prijzen winnen. Nog geen 10% van de Hollywoodfilms wordt geregisseerd door een vrouw.
In Hollywood werden zondagavond de begeerde Oscars uitgereikt. Ook een Brusselaar werd genomineerd. Helaas. De enige Belgische Oscar tot nu toe blijft op naam van een vrouw, geproduceerd door een vrouw. Een Griekse Tragedie is een prachtige korte animatiefilm van Nicole Van Goethem. Bij de HOB kan je hem lenen. Let op: niet onmiddellijk naar de bib hollen, vandaag is die dicht wegens staking. Succes trouwens met jullie actie voor personeelsbehoud.
Een ander groepje spreekt één zondag per maand af aan het Zuidstation om iets te gaan drinken in een van de vele café's op de Stalingradlaan. Je kent ze wel, die cafés waar je vooral mannen ziet en (g)een enkele vrouw. Het initiatief gaat uit van de Arab Women Solidarity Association Belgium. Sommigen denken dat het not done is er als vrouw binnen te gaan. Dat is niet zo. Het is vooral een gewoonte, en kan veranderen. Dat is ook het opzet: geregeld met vrouwen die cafés binnengaan in de hoop dat andere vrouwen zullen volgen. Een praatje met de aanwezige mannen en de meestal mannelijke garçons leveren steevast vermakelijke discussies op. Ook zij zien de vrouwen graag komen.
Ach, street credibility is zo moeilijk niet.
Saddie Choua is filmmaakster en schrijfster. Ze woont in Molenbeek en groeide op in Limburg als kind van een Vlaamse moeder en Marokkaanse vader. Voor brusselnieuws.be schrijft ze een tweewekelijkse column. Om de andere week is VUB-professor Eric Corijn aan de beurt.

Sint-Gillis opent eerste kantoor voor microkredieten

In Sint-Gillis is het eerste kantoor voor microkredieten in ons land geopend. De Franse vereniging Adie, BNP Paribas Fortis en het Europees Investeringsfonds slaan de handen in mekaar geslagen om ook kansarme mensen een lening te geven. Vlaanderen en Wallonië volgen wellicht later.

Het microkrediet is een bescheiden lening die kan oplopen tot 10.000 euro. Ze is bedoeld voor mensen uit een kansarm milieu, werklozen en mensen die niet terecht kunnen bij gewone banken en toch een klein bedrijf willen oprichten.
Richard Pelly, directuur van het Europees Investeringsfonds is opgetogen met de opening van het kantoor: "We zijn ervan overtuigd dat MicroStart de markt van kleine bedrijven zal stimuleren."
De vereniging Adie heeft al 20 jaar ervaring met micro-kredieten in Frankrijk. Volgens voorzitster Marie Nowak heeft het micro-krediet er voor 93.000 extra bedrijven, en dus minstens evenveel banen gezorgd.
Hoewel het project in Brussel nog in zijn kinderschoenen staat, zijn de initiatiefnemers hoopvol over de toekomst. " Als je de evolutie in Brusselse gemeenten en wijken bekijkt op het gebied van economie en werkgelegenheid, ben je snel overtuigd van de noodzaak van dergelijk initiatief." zegt Max Jadot, BNP Paribas Fortis.
Als alles goed gaat opent MicroStar binnenkort een tweede kantoor in Schaarbeek. Daarna zijn Vlaanderen en Wallonië aan de beurt.

Kerk lanceert advertentiecampagne over Brussel

Het is niet al miserie wat de klok slaat in Brussel, de katholieke kerk gelooft in de stad en doet er ook al veel. Dat is de boodschap van een advertentiecampagne van de Brusselse katholieke kerk die vandaag start in metro.
Islamleraar Abdelatif getuigt over Brussel als multireligieuze stad.
De Brusselse katholieke kerk wil Brussel van een andere kant laten zien en tonen dat ze meer is dan ‘een te mijden stad’ en ‘een stad die mensen afschrikt’. Daarom plaatst de Kerk vier weken lang advertenties in de krant Metro, klinkt het in een mededeling.
“De advertentiecampagne richt zich niet alleen tot christenen maar tot iedereen die de stad op een andere manier wil leren kennen,” zegt Ria Dereymaeker, stafmedewerkster Christelijk vormingswerk. “Voor velen heeft Brussel het imago van een gevaarlijke stad waar veel criminaliteit en geweld is, waar mensen in miserie leven. Er kan nog heel wat verbeteren, maar als Kerk geloven we in de stad!’ luidt het.
De organisator onderstreept dat al heel wat gelovigen in de stad initiatieven hebben genomen om de leefbaarheid in Brussel te bevorderen. Om de campagne kracht bij te zetten getuigen enkele mensen over hoe zij in Brussel ‘plekken van hoop’ gevonden hebben.
Onder hen niet alleen katholieken zoals de Jetse pastoor Dirk Vannetelbosch. Ook islamleraar Abdelatif komt aan het woord. Via verschillende projecten probeert hij de dialoog tussen moslims en christenen in Brussel op gang te trekken.
COMMENTAITRE DE DIVERCITY
L’EGLISE FAIT SA PUB A BRUXELLES?
Faut-il que Bruxelles ait mauvaise réputation parmi les néerlandophones. Voici que l’église catholique, tout en faisant sa pub, fait l’éloge de la capitale européenne en insistant sur le fait qu’elle serait « moins dangereuse qu’on imagine »
Hallucinant.
« L’objectif est de faire savoir tout ce que l’Église catholique de Bruxelles peut offrir très concrètement, en termes de services. Et par extension, au travers de ces services, faire découvrir la Parole vivante et agissant dans la vie de chacun ».
« Bruxelles ville à vivre » est un joli slogan. Il semble s’adresser à celles et à ceux qui ont choisi de vivre loin d’elle et des fantasmes terrifiants qu’elle leur inspire.
MG
L’ÉGLISE DE BRUXELLES FAIT CAMPAGNE DANS SA VILLE

Ce lundi 28 février, l’Église catholique de Bruxelles lance une campagne de communication pour rappeler qu’elle est un acteur à part entière de la société. Cette campagne intitulée « Ville à vivre » sera déclinée sous deux formes: un site internet et une série de quatre encarts publicitaires consécutifs dans le quotidien gratuit Metro.
Parce qu’elle en a un peu assez d’être réduite à des caricatures, l’Église catholique de Bruxelles a décidé de réagir en mettant en évidence le fait qu’elle n’est pas d’abord une institution mais bien davantage un groupe d’hommes et de femmes engagés sur le terrain au quotidien au nom de l’Évangile. Bref, c’est le visage humain de l’Église que le grand public est convié à rencontrer à partir du lundi 28 février.
Ce « visage humain » se reflètera en l’occurrence au travers de quatre chrétiens bruxellois qui vont témoigner dans les pages du quotidien gratuit Metro ainsi que sur le site internet qui sera spécialement dédié à cette opération. Ceux-ci présenteront leur action, diront leur foi et comment celle-ci nourrit leur travail, sans pour autant trop s’appesantir sur leur relation à Dieu. Quatre témoignages, quatre repères, quatre exemples parmi tant d’autres, qui abordent des thèmes aussi différents que l’habitat social, la souffrance, la prière, le dialogue interculturel et interreligieux…

L’EGLISE AU CONCRET
À la base de cette opération « Ville à Vivre », on trouve le service L’Évangile en Partage et le service de communication du Vicariat de Bruxelles: « Notre objectif est de faire savoir tout ce que l’Église catholique de Bruxelles peut offrir très concrètement, en termes de services. Et par extension, au travers de ces services, faire découvrir la Parole vivante et agissant dans la vie de chacun », explique Marie-Françoise Boveroulle, de L’Évangile en partage. « Demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira » (Mathieu 7.7) fait ainsi partie des citations bibliques utilisées dans cette communication en raison de leur pertinence dans le quotidien citadin.
L’Église montre donc son désir de faire découvrir à tous ceux qui se sentent délaissés, isolés ou tout simplement déçus que, partout dans la ville, des hommes et des femmes croient en Dieu et que de cette foi naissent des invitations et des ouvertures, des pistes de réflexion, des mains tendues toujours bienveillantes qui peuvent les épauler dans leur quotidien.
Mais « Ville à vivre », c’est aussi une invitation faite à chacun de devenir l’acteur plutôt que le spectateur de la capitale. C’est un appel à porter sa part de responsabilité pour que Bruxelles se développe harmonieusement sur le plan humain et culturel. Bref, c’est un rêve formulé à voix haute, pour que cette ville devienne réellement et simplement un espace agréable de vie et non plus de survie.
Pierre GRANIER

«On ne crée pas une nation sur l’identité»

Marcel Sel était jusqu’ici un type multi-disciplines étiqueté humoriste. Le voilà devenu éditorialiste politique respecté. Et anti-nationaliste. Un entretien avec Thierry Fiorilli

«MAIS C’EST QUI CE TYPE ? IL SORT D’OU ? »
Questions fréquentes, ces temps-ci, dans le monde des médias dits traditionnels, quand on parle de Marcel Sel. Bonnes questions : parce que Marcel Sel donne des interviews à la BBC , à la VRT , à la RTBF , à Michel Field, parce qu’il a 60.000 visiteurs par semaine sur son blog, que la vidéo qu’il a scénarisée, « Do you want to know more about Belgium ? », a été visionnée plus d’1.200.000 fois sur le Net et que son livre, Walen Buiten (éditions Jourdan) se vend joliment ! Essentiellement pour l’entendre et le lire sur la crise politique belge et sur le combat à mener contre le nationalisme identitaire à l’œuvre en Flandre.

Marcel Sel, donc : 50 ans, marié, deux enfants, 1 m 95, dans les 90 kilos, bruxellois, parle parfaitement 6 langues, se débrouille avec une demi-douzaine d’autres, 15 ans de pub.

Métier : auteur et traducteur. Chroniques hebdomadaires dans Télépro, essayiste, romancier (« Je vise une publication, bientôt, en France »), scénariste (radio, télé, vidéo). Joue tous les instruments (« Mais personne ne me connaît comme musicien, j’ai vendu 200 exemplaires de mon seul album »).

Et Marcel Sel, c’est son vrai nom ? « Non. Marcel, oui. On m’appelait Sel. J’ai pris ça en 1979, pour faire les infos, le matin, sur Radio Plus.»

Parce que quand j’ai décidé de sortir Walen Buiten, je ne voulais pas le faire sous mon nom. J’y attaque quand même pas mal de groupuscules qui sont d’extrême droite. Je peux juste vous dire que je suis d’origine italienne. Du côté du lac Majeur. Je suis de la 6e ou 7e génération.

COMMENT ETES-VOUS DEVENU CETTE SORTE D’EDITORIALISTE POLITIQUE, BILINGUE, DONT LES AVIS, LES CHRONIQUES SONT DE PLUS EN PLUS ATTENDUS ?
En fait, on m’a demandé en 2007 d’écrire des scénarios pour TV Belgiek et puis pour Votez pour moi, avec André Lamy. Je me suis donc davantage informé, en lisant la presse néerlandophone et la francophone. Et je me suis rendu compte du gros problème politique qu’on avait en Belgique et du fait que personne n’avait l’air d’en prendre la mesure. Quand je lisais le journal, je partageais les analyses qui y étaient faites, mais pas les conclusions. Je me souviens d’un éditorial, francophone, frappant, qui disait encore en juin dernier qu’on n’avait aucune possibilité de trouver un accord, vu l’éloignement qui existe entre le PS et la N-VA , mais que comme on n’avait pas d’autre choix que d’en trouver un, eh bien, on en trouverait un ! C’était absurde, pour moi. Et puis, il y avait tous ces non-dits, étranges.

LESQUELS ?
En Flandre. Mon analyse : quand le Vlaams Blok/Belang a atteint un quart d’électeurs flamands, en 2003, la société médiatique a dit « si on qualifie le Vlaams Belang d’extrême droite, on dit qu’un quart des Flamands sont des fachos ». Or, on ne vote pas pour un parti comme ça par conviction forcément. L’électeur, il a 40.000 raisons de voter pour tel ou tel parti. La meilleure preuve, en 2007 : la moitié a voté pour un autre parti, le CD&V. L’analyse vaut pour la N-VA. « Si vous dites qu’elle a des relations avec le Vlaams Belang, ça veut dire que vous traitez ceux qui ont voté pour la N-VA d’être des fachos.» Et on est reparti dans la même sémantique qui est de dire : on ne peut pas critiquer un parti parce qu’il est susceptible d’avoir beaucoup d’électeurs. Et c’est une sémantique, selon moi, tout à fait nationaliste. C’est arrivé avec le message qu’un parti qui a beaucoup d’électeurs est forcément démocrate ou démocratique. Or ce message est absurde et dangereux.

VOUS ATTAQUEZ, INLASSABLEMENT, CE QUE VOUS APPELEZ LE NATIONALISME IDENTITAIRE QUI EXISTE EN FLANDRE. VOUS AVEZ REÇU DES MENACES ?
Jamais. Même, j’en recevrais, je ne suis pas sûr que je le dirais. Il y a une sorte de mode, de victimisation, aujourd’hui, qui consiste à dire, comme Bart De Wever, «j’ai reçu des lettres de menaces», comme si ça signifiait quelque chose. Quand on prend des positions radicales, voilà. Maingain en reçoit aussi et il ne le crie pas sur tous les toits.

IL Y A 60.000 PERSONNES QUI LISENT VOS CHRONIQUES, LONGUES, ENGAGEES, ARGUMENTEES, REPRISES PAR D’AUTRES MEDIAS…
Bon, disons qu’on est dans une autre culture, ici, je parle de la culture française : on n’accepte pas trop le mélange des genres, l’humour avec le sérieux par exemple. Comme si je devais changer de nom pour la partie sérieuse. Moi, j’essaie d’être un humoriste mais je peux être très sérieux. Et il y a plein d’humoristes, Kroll, Desproges, Coluche, qui ont dit des choses importantes, qui restent bien davantage que la plupart des choses dites par des gens sérieux.

BIEN, MAIS VOTRE CHRONIQUE RECENTE, APRES LES FUNERAILLES DE MARIE-ROSE MOREL, DANS LAQUELLE VOUS EXPLIQUEZ POURQUOI BART DE WEVER A REUSSI A METTRE AU PAS LES MEDIAS FLAMANDS ET A TETANISER LES MEDIAS FRANCOPHONES, PLUS D’UN EDITORIALISTE A DU PENSER : « CELLE-LA, J’AURAIS BIEN VOULU L’ECRIRE MOI-MEME. » VOUS AVEZ DIT DES CHOSES QUE PERSONNE N’A DITES, OU ECRITES, DANS LES AUTRES MEDIAS : « LA LIBERTE DE LA PRESSE EST MENACEE DANS CE PAYS PAR LA N-VA. »
Je ne sais pas. Je suis d’une famille bruxelloise. Je suis anti-identitaire. L’identité, c’est quelque chose de privé. Ce n’est pas quelque chose qui permet de créer des nations. On crée une nation sur des valeurs, point. Mais bon, oui, c’est vrai, je reçois des mails de gens qui me disent « continuez ! ». Mais je ne suis pas un gourou. Je pense que je réponds à un besoin, sans doute, tout simplement. Boris Vian disait : « J’écris des livres que j’ai envie de lire. » Moi, j’écris le livre que je ne trouvais pas en librairie. Mais que je trouvais indispensable.

PARCE QUE LA PRESSE NE FAIT PAS SON JOB ?
Je ne sais pas. Disons que, moi, je ne dois pas évoluer dans un cadre. Je ne suis pas politique, je ne suis pas proche du pouvoir, je n’ai pas de liens avec les gens qui font de la politique, je peux écrire aussi long que je veux, j’ai un contrôle immédiat sur les commentaires que ça suscite, sur mon blog, je peux répondre tout de suite. Et je ne connais pas cette sorte de paralysie qui fait que, dans la presse, si on dit certaines choses, on sait que ça va susciter des pressions, des représailles, etc. Je suis beaucoup plus libre. Et mon lectorat n’est pas le même.

QUELLE RESPONSABILITE LA PRESSE FLAMANDE A-T-ELLE DANS LE NATIONALISME IDENTITAIRE QUE VOUS DENONCEZ ?
Elle a, parfois à son corps défendant, intégré les codes de ce nationalisme. Elle ne se dit pas, comme dans l’affaire Morel, « ah, c’est peut-être vrai, ce qu’on dit, sur cette sorte d’estompement de la limite entre le côté émotionnel, privé et politique de tel ou tel événement, on devrait y réfléchir, réexaminer comment on a travaillé ». Non, au contraire : Het Laatste Nieuws a titré : « Les Wallons blasphèment sur Morel ! » C’est inouï. On remplacerait Wallons par Juifs, il serait poursuivi !

On est dans une relation malsaine, désormais : on finit par écrire ce que la presse flamande ou certains hommes politiques flamands sont prêts à accepter… On a là un contrôle sur les médias, comme il y en a un sur la culture, avec Bart De Wever qui qualifie de mauvais Flamands certains artistes anti-nationalistes et la N-VA qui s’interroge sur les subsides à leur accorder encore. C’est prendre un contrôle sur la culture. Et c’est ce que font, dans tous les cas, comme en Croatie avec Franjo Tudjman, les nationalistes identitaires.
(blog.marcelsel.com)

Le nationalisme a besoin de mythes. Pour les installer, il a besoin du monde culturel. Quelquefois, celui-ci les lui livre inconsciemment, même innocemment. C'est la cas, par exemple, du « Lion des Flandres » d'Henri « Hendrik » Conscience, l'un des mythes fondateurs du Mouvement flamand, écrit in tempore non suspecto, pourrait-on dire, même s'il est vrai que Conscience était (très) sensible à l'émancipation flamande. Quand au contraire, les artistes refusent d'entrer dans le moule mythologique voulu par les nationalistes, deux choses peuvent arriver. Si le nationalisme en a le pouvoir, le mouvement est écrasé, l'artiste déclaré subversif, et envoyé aux îles Lipari. Si le nationalisme en question doit, pour garder une figure démocratique, retenir ses fourrés, l'artiste sera mis à l'index selon une dichotomie semblable à celle des « bons » et des « mauvais » flamands.

C'est pour cela que les nationalistes, contrairement aux démocrates, se mêlent plus souvent qu'à leur tour de ce qu'il faut lire, et de ce qu'on peut, ou ne peut pas dire ou faire quand on est un artiste. Le tout sera difficile à percevoir, surtout en ce qui concerne la N-VA , parce que si De Wever tenait un discours radical, il perdrait à coup sûr les prochaines élections (qui pourraient se tenir encore cette année, par exemple). Alors, il utilise le porte-voix que lui offre De Standaard, sa chronique bimensuelle, pour régler ses comptes. Et cette semaine, non sans avoir préalablement consacré les deux tiers de sa chronique à présenter le nationalisme sous un jour démocratique et généreux, il réserve ses foudres à personne de moins que Tom Lannoye, probablement l'un des plus grands auteurs flamands actuels, et Paul Goossens, l'ancien rédacteur en chef du journal "de gauche", De Morgen. En France, ce serait Sarkozy incendiant Houellebecq et insultant July. Pour bien comprendre qui est Paul Goossens, lire cette interview du Soir, très actuelle, mais datant du 6 octobre… 2007). De Wever n'oubliait pas non plus de s'en prendre aux artistes qui se sont opposés au discours très radicalement nationaliste de Jan Peumans, président du parlement flamand et autre homme fort de la N-VA , en lançant le mouvement "Niet in onze Naam" (Pas en notre Nom). Ce mouvement a commencé "son combat" au KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg, Théâtre royal flamand, Bruxelles).

On doit déjà se poser la question suivante : l'homme politique le plus fort de Flandre (et de Belgique) a-t-il sa place dans le Standaard en tant que chroniqueur ? Ce mélange des genres n'est-il pas dangereux, surtout si le même politicien n'hésite pas à arroser d'autres organes de presse de comparaisons scatologiques ? Ne devrait-il pas, à tout le moins, s'extraire lui-même des sujets qu'il y aborde ? Et bien entendu, question subsidiaire : n'est-il pas foncièrement dangereux de laisser une telle tribune apparemment indépendante et crédible (De Standaard est un peu "Le Monde flamand") à un politicien qui l'utilise plus souvent qu'à son tour pour défendre son combat idéologique ? La liberté de la presse est-elle possible quand des hommes d'un tel pouvoir y influencent le lectorat autant que l'électorat ?

Il y avait déjà insinué que Le Soir (actuel) était un journal (issu) de (la) collaboration, souligné, voir caricaturé la collaboration d'Hergé et affirmé, grand dadais, que les Wallons, en gros, n'étaient pas en état intellectuel de comprendre à quel point leurs aïeuls avaient collaboré de façon intensive, alors que quelques semaines plus tôt, il faisait preuve d'un aveuglement pire encore, puisqu'à propos son pépé condamné pour collaboration, il disait à la RTBF (en substance) : « Ce n'était pas un collaborateur dans le sens où il n'a pas porté l'uniforme nazi » (sic).

Aujourd'hui, il fait ce que font les grands nationalistes : il attaque le sommet de la culture, lui reprochant de ne pas travailler « pour » ce formidable nationalisme si ouvert et si démocrate ! Et c'est qu'il mord, le mamamouchi : « La prise de plus en plus lâche de la droite radicale [on note que Bart De Wever n'utiliser pas "extrême droite", mais "droite radicale", comme le font les gens du Vlaams Belang ou de la NSV ] sur le processus de formation de la nation flamande n'a pas auprès de beaucoup d'artistes flamands comme effet de les mener à l'enthousiasme, mais bien à une grande inquiétude. C'est pour cela que le soussigné [Bart De Wever parle ici à la 3e personne pour s'attribuer le rôle d'arbitre] a été présenté comme "beaucoup plus dangereux" que le Vlaams Belang par le grossier peintre Luc Tuymans, et que Tom Lanoye ouvre tous les registres [des grandes orgues] contre ce qu'il appelle avec mépris "L'Élite Néo-Flamande". Par leurs plaintes larmoyantes, ils montrent avec beaucoup d'ironie à quel point ils ont perdu le combat contre leur fond petit-bourgeois ».

On notera la fin de la tirade. « Petit bourgeois » est un choix étrange. Généralement, on la trouve plus volontiers dans des discours communistes ou fascistes. Dans un discours démocrate, on se demande bien d'où vient l'expression. La violence des attaques de Bart contre les « soi-disant porteurs de notre culture du KVS bruxellois » laisse pantois de la part de quelqu'un qui crie haut et fort que la liberté d'expression doit être totale, et qui excuse avec autant de facilité le passé raciste d'un ex-président du Vlaams Belang, qu'il n'assomme tout artiste qui oserait dire tout haut ce qu'il pense de lui, du nationalisme néo-flamand, de l'ambiance délétère de la Flandre , où De Wever peut crier haut et fort « le Soir, c'est du caca », mais où personne n'a plus le droit de relever les problèmes de démocratie que posent, par exemple, les discours de Jan Peumans un jour de fête nationale sans s'attirer les foudres de Mijnheer Bart.

Un démocrate ne se mêle pas de la création artistique. Tout au plus peut-il s'inquiéter quand un groupe de rap attaque « les pédés », parce que c'est plus ou moins illégal. Mais jamais, il ne pointerait le doigt vers tel ou tel artiste pour lui reprocher qu'il est « petit-bourgeois » pour décrédibiliser son pouvoir artistique et populaire !

Je vous laisse sur cette réflexion, et tire conclusion de ce nouvel affront d'un membre de l'élite néo-flamande (N-VA) contre les artistes, que ce parti est, comme le dit Luc Tuymans, bien plus dangereux que le Vlaams Belang.

MISE A JOUR : comme pour me donner raison, "Christophe" m'envoie un article paru la semaine passée dans De Morgen , où il est question d'un étrange débat parlementaire. Il commence par " La N-VA a désormais dans le colimateur les centres culturels dont la programmation serait trop belge au goût du parti". Du coup, le parti de De Wever lance des questions insidieuses, comme celle de savoir quel fut le coût de la soirée de Niet in Onze Naam au KVS, et de quelle façon le théâtre flamand a été indemnisé pour l'événement. Ou encore "pourquoi la vente de billets s'est-elle faite via le KVS" ; "de quelle manière le KVS fut-il impliqué dans l'initiative"… Le journaliste écrit très clairement : "Le parti radical-flamand veut mener une investigation pour savoir si de l'argent public flamand a été utilisé pour un événement culturel avec un message politique qui ne lui convient pas". Ceci n'est pas une première, l'an passé, le même député mettait une "Soirée Belge" d'un centre de débat flamand sur la sellette. Une phrase du journaliste Bart Eeckhoud vaudrait à un journal francophone une accusation de diabolisation : "Il n'est pas habituel que des politiciens se mêlent de la programmation artistique d'institutions subsidiées. En 2005, le Vlaams Belang avait cependant déjà demandé le retrait des subsides au KVS… aujourd'hui, les critiques proviennent de la majorité flamande (dont la N-VA fait partie NDT)." Dont acte.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CUM GRANO SALIS
Jean Weisgerber, un des meilleurs connaisseurs du roman flamand actuel et spécialiste de Claus, utilisait volontiers l’expression « cum gnano salis » pour prendre quelque distance critique par rapport à une tendance un peu trop en vogue ou un point de vue jugé excessif.

J’ai apprécié, "cum grano salis", dans le Soir, en buvant une Rochefort au café de l’Athénée, une pleine page consacrée à Marcel Sel et l’immense succès de son blog consacré notamment à l’évolution des esprits sur l’identité flamande, le nationalisme de la NVA etc.

Piqué par la curiosité, j’ ai jeté un oeil sur son fameux blog.

Certes, l’article que nous reprenons ci-dessus ici est joliment documenté et fort à jour quant à la polémique qui secoue les milieux culturels flamands en ce moment (et dont DiverCity a rendu largement compte) mais je le trouve un tantinet confus, confondant Paul Gossens, fondateur du Morgen et chroniqueur européen et Jan Goossens, son fils, le bouillant animateur et directeur du KVS qui accueillit dans « son « théâtre cette grand soirée qui fut très peu du goût de meneer Bart (la formule mijnheer De Wever est complètement ringarde et témoigne d’une connaissance approximative du néerlandais).

C’est pourquoi, j’ai préfère renvoyer nos fidèles lecteurs au texte que Geert Istendael a publié dans De Morgen de ce week-end et qui fait le point sur cette question avec sa finesse et son ironie habituelles.

Geert est un ancien journaliste de la VRT (comme son cadet Sigrfried Bracke) devenu chriniqueur indépendant est essayiste de talent ? (Belgisch labyrinth, )

· Sa thèse, elle n’est pas neuve, ses livres l’illustrent abondamment c’est que si la Belgique est un état artificiel-qui le nierait- la Flandre en est un autre et la Wallonie un troisième, ce dernier étant singulièrement plus « fabriqué » que les deux autres.

·“Flaminganten roepen graag dat België een kunstmatige staat is. Ze hebben honderd procent gelijk. Echter, indien België kunstmatig is, dan is Vlaanderen en ergo de Vlaamse identiteit kunstmatig in het kwadraat”

Ons complexloze Vlaanderen

HEREN POLITICI, WELKOM IN ONZE CULTUURHUIZEN

Vlamingen dreigen zichzelf op te sluiten in opgeklopte twistgesprekken, zegt JAN GOOSSENS. Daarom nodigt hij Bart De Wever uit: kom kijken naar onze voorstellingen in de KVS, kom met ons praten, we hoeven het niet over alles eens te zijn.
‘Een pleidooi voor een inclusieve Vlaamse identiteitsbeleving die complexloos naar de wereld kijkt en die ideologisch gegrondvest is op het streven naar een democratisch en doeltreffend bestuur': zo vatte Bart De Wever in zijn vorige column zijn project voor Vlaanderen samen (DS 22 februari). Ik zou onbescheiden zijn als ik suggereerde dat De Wever zijn mosterd haalde in een KVS-subsidiedossier, maar hij formuleerde wel in een notendop wat in dit Brussels stadstheater al een decennium lang allesbehalve een holle frase is. De Koninklijke Vlaamse Schouwburg is een zelfbewust Vlaams huis dat zijn historische naam en emancipatorische missie nooit onder stoelen of banken stak. Precies daarom zijn Vlaanderens voornaamste theatermakers hier kind aan huis en maken we hun populaire werk via vertalingen in het Frans en Engels toegankelijk voor alle anderstaligen. Precies daarom komen naast Vlaamse ook Franstalige artiesten aan bod: ze zijn geen bedreiging, maar waardevolle collega's met wie we deze stad delen. Net zoals met de Maroxellois Nabil Ben Yadir, van de prachtfilm Les Barons, of Ben Hamidou en Sam Touzani, of Pitcho en Faustin Linyekula: onze Vlaamse hoofdstad wordt ook dagelijks heruitgevonden door artiesten van Maghrebijnse en Congolese afkomst. Tenslotte is het daarom dat de KVS structureel samenwerkt met het Théâtre National de la Communauté Française , op 200 meter van onze deur. Na jarenlange investeringen spelen Josse De Pauw, Bruno Vanden Broecke en tgStan daar voor volle zalen. Inclusief en democratisch dus: een Vlaamse schouwburg waar Nederlands ontegensprekelijk de voertaal is, waar al wie hier woont erbij hoort en meertaligheid niet enkel een culturele evidentie maar ook economische noodzaak is, en die niet meestapt in het democratisch deficit dat Brussel parten speelt. Hier wonen meer dan enkel Vlamingen en Franstaligen, en ons officiële Vlaamse cultuurleven staat stevig genoeg overeind om die andere Brusselaars eindelijk hun legitieme plek te laten innemen. De Wever heeft gelijk: het is een kwalijke karikatuur dat wij Vlamingen geborneerd zijn. AL DOEN SOMMIGEN DE HELE VLAAMSE CULTUURWERELD AF ALS EEN MONOCULTUREEL BASTION, WIJ KIJKEN MET OPEN VIZIER NAAR DE WERELD EN REDUCEREN ONZE CULTUUR NIET KRAMPACHTIG TOT ONZE TAAL. DOE JE DAT TOCH, DAN RIJD JE JE IN JE EIGEN HOOFDSTAD ONHERROEPELIJK VAST, OM NOG TE ZWIJGEN OVER DE EXPONENTIEEL TOENEMENDE MEERTALIGHEID VAN DE REST VAN VLAANDEREN. We gaan toch niet beweren dat Stromae, zoon van een Vlaamse moeder en inwoner van Huizingen, die met ‘Alors on danse' heel Vlaanderen op de been kreeg, niet tot onze cultuur mag behoren?

OPEN VLAAMS CULTUURBELEID

Wat wij Vlamingen vandaag wel dreigen te doen, is onszelf opsluiten in opgeklopte twistgesprekken waarin elkaar schijnbaar uitsluitende pensées uniques strijden om hun grote gelijk. Het is niet zinvol ieder gesprek over een Vlaamse identiteit af te wijzen of verdacht te maken. Mocht het nog niet duidelijk zijn: dat is dus ook niet wat in de KVS gebeurt, integendeel. EN IK KAN ER BEST INKOMEN DAT HET ERGERNIS OPWEKT WANNEER HET DEMOCRATISCH VLAAMS-NATIONALISME VAN DE N-VA OP ÉÉN LIJN WORDT GEPLAATST MET HET GORE EXTREEMRECHTSE GEDACHTEGOED VAN VLAAMS BELANG.

Tijdens het weekend van ‘Niet in onze naam' en de ‘Shame'-betoging hervond de civiele samenleving haar broodnodige tegenstem en daar moet je in een democratie als verkiezingsoverwinnaar mee kunnen omgaan. Net zoals met het feit dat een cultuurhuis als de KVS al deze betrokken artiesten een podium bood, als gastheer. Of pleiten de politici achter de recente parlementaire vragen eigenlijk voor een Vlaams cultuurbeleid dat op Franstalige leest is geschoeid? Mijn collega's aan de andere kant van de taalgrens klagen geregeld over directe politieke bemoeienissen, te weinig onafhankelijke raden van bestuur en een ontransparant cultuurbeleid à la tête du client. Zij pleiten voor een ‘Vlaamsere' aanpak. Als meer Vlaanderen betekent dat die ‘Vlaamse' aanpak uit het cultuurbeleid verdwijnt, dan zijn we met dat doeltreffend bestuur toch niet zo goed bezig.

De KVS nodigde Bart De Wever al uit op voorstellingen als Missie. Bij deze herhalen we de uitnodiging. Ook Weg van Josse De Pauw in juni wordt de moeite, al zijn er dan misschien verkiezingen. Een Vlaamse theaterklassieker, door een Brussels topacteur, gespeeld in het Nederlands met Franse boventiteling: u bent van harte welkom, Bart De Wever. We beloven u een geweldige theateravond en een goed gesprek achteraf. We zullen het ongetwijfeld over veel oneens zijn, maar in ons complexloze Vlaanderen mag dat geen bezwaar zijn, toch?

JAN GOOSSENSWie? Artistiek leider van de KVS. Wat? Sommigen doen de hele Vlaamse cultuurwereld af als een monocultureel bastion, maar de KVS kijkt met open vizier naar de wereld en reduceert cultuur niet tot onze taal. Waarom? Anders rijd je je in een meertalige hoofdstad als Brussel onherroepelijk vast.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GOOSSENS VEUT UN KVS COSMOPOLITE
Il est sur toutes les balles, le bouillant jeune directeur du KVS, fils du célèbre journaliste Paul Goossens, fondateur du Morgen.
Comme David, il affronte le géant De Wever, à la fronde et sans désemparer. Il sait qu’il joue sa place et la politique clairement interculturelle du KVS. (Koninklijke Vlaamse Schouwburg) ; ce que les Bruxellois appellent le théâtre flamand et qu’ils ont le très grand tort de bouder.
Le bras de fer entre De Wever et l’organisateur de la version actualisée de la Muette de Portici, cette fameuse soirée « Niet in onze naam, pas en notre nom » ne fait que commencer.
C’est une bataille perdue d’avance mais qu’il conviendra de suivre avec attention après la rupture spectaculaire du cordon sanitaire lors des funérailles de Marie Rose Morel.
Jan Goossens est décidé à vendre chèrement sa peau. Il a toute notre sympathie. Il serait temps que les Bruxellois prennent un peu plus conscience que les Dansaert Vlamingen et la galaxie intello artistique « Niet in onze naam ; pas en notre nom » sont leurs meilleurs défenseurs face à la N-VA qui rêve de les mettre sous tutelle. Nous avons, su DiverCity clairement choisi notre camp, celui de tous ceux qui prônent hardiment l’interculturel (Goossens, Corijn, Gatz, Anciaux, De Neef, Van Parijs, Smet, Vander Taelen, De Lille etc) face au monolithe De Wever prônant un nationalisme populiste mono ethnique et flamingant.
MG

dimanche 27 février 2011

Hélé Béji : «Tunis s'est transformée en agora»

En dépit de certaines outrances, de surenchères et de colères rentrées qui ont besoin de s’exprimer, la Tunisie est sur les rails de la démocratisation, estime l’intellectuelle tunisienne Hélé Béji

ENTRETIEN
" LA CROIX " : COMMENT SE PASSENT LES DEBUTS DE LA TRANSITION DEMOCRATIQUE ?
Hélé Béji : L’histoire va plus vite que nos esprits. La révolution est dévoreuse d’énergie. Il y a des coups de théâtre, des commissions qui se montent, des élans de cœur magnifiques, des retours au religieux et quelques dérives aussi.

Tunis s’est transformée en agora. Il s’y tient une manifestation toutes les cinq minutes. Et la télévision est devenue un immense cahier de doléances. Moi-même, je suis à la recherche de toutes les formes d’innovations sociales et politiques.

Quand le vent de la liberté se met à souffler ainsi, personne ne peut résister. Tout le monde descend dans la rue et chacun veut apporter sa pierre à l’édifice. Des initiatives citoyennes surgissent de partout pour soutenir les victimes de la révolution et aider les régions du centre du pays.

La révolution tunisienne tient à la fois de la Révolution de 1789 dans sa dimension chute du monarque et de l’Ancien Régime, de l’effondrement du mur de Berlin en 1989 avec la dissolution de l’État-parti et de Mai 68 pour son ambiance de fête permanente de la liberté. Le pays est un peu ingouvernable, chacun de nous est ingouvernable !
C’EST-A-DIRE ?
Nous sommes par moments dans l’illusion de la toute-puissance, d’autant plus que les revendications ont jusqu’ici eu gain de cause. Pour un oui, pour un non, on descend dans la rue dès qu’on est mécontent. La rue fait un peu la loi. C’est naturel, après tant d’années d’absence de débat public. Il reste encore beaucoup de colère rentrée qui a besoin de s’exprimer.
ÊTES-VOUS INQUIETE ?
Il y a des outrances et des surenchères rhétoriques qui troublent l’entrée en démocratie. La Révolution française a produit aussi la Terreur et le despotisme, nous avons cela en tête. Mais, en dépit des symptômes d’anarchie, je reste profondément optimiste. La population a assuré l’ordre et protégé les quartiers avec un civisme exemplaire. Pas une personne n’a été lynchée ou violentée.

Nous avons un État qui fonctionne. Nous assistons à des signes forts de restauration de l’état de droit, annonciateurs d’un apprentissage de l’encadrement de la liberté et d’un retour à la normalité. Il va falloir pour cela sortir de l’ambiance de vacances révolutionnaires et se mettre à travailler. Aux contestataires d’apprendre à reconnaître l’autorité de l’État et au gouvernement d’accepter d’être critiqué.

Mais encore faudra-t-il aussi créer les conditions du développement économique et encourager le retour des touristes. Il faudra aussi mener un travail de réconciliation nationale. L’idée d’épuration serait tragique pour la Tunisie , beaucoup de monde a travaillé dans l’État sous la présidence de Ben Ali. L’État doit être différencié du pouvoir déchu en tant que tel. Voyez ce que Nelson Mandela a fait en Afrique du Sud.

UNE TUNISIE LAÏQUE EST-ELLE POSSIBLE ?
La révolution tunisienne est une révolution civile pour les droits humains, la justice, la dignité et le travail, sans signes religieux. Il s’agit d’une révolution à fondement humaniste, profondément moderne. Certes, les risques de dérive existent. L’assassinat du prêtre polonais – c’est la première fois qu’un tel crime est commis en Tunisie – a beaucoup choqué, même s’il s’agit finalement d’un crime crapuleux.

Le ministère de l’intérieur a fermement condamné cet assassinat, le chef du parti islamiste Ennahda aussi. Des manifestants ont défilé au cri de : « Musulmans, juifs, chrétiens, nous sommes tous tunisiens. » C’est réconfortant.
LA TUNISIE EST MONTREE EN EXEMPLE EN MATIERE D’EMANCIPATION DES FEMMES. CELLES-CI ONT-ELLES JOUE UN ROLE SPECIFIQUE ?
Il faut rendre hommage à la sœur de Mohamed Bouazizi – dont l’immolation a été interprétée comme un sacrifice pour le peuple tunisien. Elle a joué un rôle remarquable en appelant à l’union des Tunisiens. Les juristes, les avocates, mais aussi les femmes de toutes conditions ont été aux premières loges des manifestations. Ce n’est pas un hasard si la révolution a démarré en Tunisie, là où les femmes jouissent de la liberté et de l’égalité.

La domination a été extirpée des droits domestiques. Les femmes ne subissent pas l’arbitraire masculin, elles ont la liberté d’étudier et de travailler. Le paradoxe tunisien tient dans la capacité à offrir les libertés privées et à leur interdire de s’exprimer dans la sphère publique. Cela avait atteint une situation limite et a fini par éclater. L’on peut dire que les droits des femmes ont servi de fer de lance à la révolution. Les libertés privées ont préparé le terrain de la démocratie.
C’EST DANS CETTE TUNISIE LAÏQUE ET LIBEREE QUE SE DIFFUSE LE VOILE…
Le voile fait son retour en Tunisie comme en France. La France ne comprend pas le voile. J’ai dû moi-même faire un travail pour aller au-delà de mon refus du voile, afin de comprendre pourquoi des femmes font ce choix. Le voile est un symptôme multiple : défendre le monde musulman, se révolter contre un sentiment d’injustice, protéger les valeurs de la famille qui reste au cœur de la vie sociale musulmane, retrouver une éthique, etc.

Pour autant, il n’est pas un retour à la tradition. Les femmes voilées ne sont pas des attardées, elles vivent et travaillent comme les autres. Il faut comprendre le voile comme un symptôme culturel post-moderne, une expression visible, voyante de sa vie intime, dans la ligne des libertés individuelles modernes, bien plus qu’une atteinte à la laïcité.

Les excès de la démocratie mêlent désormais le public et l’intime, imposent à tous les goûts personnels de chacun. Pour autant, la démocratie n’a pas d’autre choix que d’accepter ces contre-conduites, cette dissidence intérieure. Autrement, elle se renierait.
(Propos recueilli par Marie Verdier)

(1) Auteur d’Islam Pride, derrière le voile, Gallimard, 146 p., 9,50 €.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«QUAND LE VENT DE LA LIBERTE SE MET A SOUFFLER»
«En dépit des symptômes d’anarchie, je reste profondément optimiste. La population a assuré l’ordre et protégé les quartiers avec un civisme exemplaire. Pas une personne n’a été lynchée ou violentée. »
De toute évidence, explique le professeur Sami Zemni, (dans un article du Morgen non repris en ligne) ce ne sont pas les partis politiques, ni même l’armée, ni les militants islamistes qui jouent le rôle clef dans les soulèvements révolutionnaires qui agitent les pays arabes mais le peuple et sa jeunesse assoiffés de changement politique.
On n’oubliera pas les cybermilitants qui ont mis le feu aux poudres pour faire sauter des régimes honnis et indignes.
En Tunisie et en Egypte la classe ouvrière a embrayé et la classe moyenne a pris le relais en organisant la résistance.
Nulle part, l’armée n’a cherché à s’emparer du pouvoir chancelant.
On aurait tort de penser qu’il n’est pas d’alternative entre les régimes chancelants et l’islamisme, même si l’avenir demeure, partout très incertain. Tout se passe comme si de l’ Irak à l’Algérie, les peuples réclamaient enfin l’autodétermination pour pouvoir prendre en main leur destin. Les scénarios qui s’écrivent au jour le jour diffèrent de pays à pays. Les jeunes générations veulent rompre avec l’immobilisme et le statut quo et jouer un rôle dans l’arène politique.
« Quand enfin le peuple a décidé qu’il voulait vivre, force est pour le destin de répondre ; force est pur les ténèbres de se dissiper ; force est pour les chaînes de se rompre »
(Al Chebbi 1933)


En Tunisie plus qu’ailleurs, « nous assistons à des signes forts de restauration de l’état de droit, annonciateurs d’un apprentissage de l’encadrement de la liberté et d’un retour à la normalité. Il va falloir pour cela sortir de l’ambiance de vacances révolutionnaires et se mettre à travailler. Aux contestataires d’apprendre à reconnaître l’autorité de l’État et au gouvernement d’accepter d’être critiqué.

Mais encore faudra-t-il aussi créer les conditions du développement économique et encourager le retour des touristes. Il faudra aussi mener un travail de réconciliation nationale. »


« La révolution tunisienne est une révolution civile pour les droits humains, la justice, la dignité et le travail, sans signes religieux. Il s’agit d’une révolution à fondement humaniste, profondément moderne. Certes, les risques de dérive existent »
« Les libertés privées ont préparé le terrain de la démocratie. »
MG

PROFESSEUR SAMI ZEMNI : « LA RELIGION JOUE DE MOINS EN MOINS UN ROLE POLITIQUE »
En 1979, l’Iran chassait le chah. Aujourd’hui, le pouvoir iranien est aux ayatollahs. L’histoire va-t-elle d’ici peu se répéter en Égypte et en Tunisie ? Nous avons posé la question à Sami Zemni, professeur de sciences politiques et écrivain.

Thomas Blommaert
Une image du Qasr el-Nilbrug, où musulmans et chrétiens ont manifesté ensemble. « Le fait qu’en Égypte, on a vu aussi bien des chrétiens coptes que des musulmans sur la place Tahrir est à mes yeux une marque de laïcisation, d’individualisation et de pluralisation », déclare Sami Zemni. (Photo 3arabawy)

Sami Zemni. Dans ces pays, les rapports de force sont différents. Il n’y a pas de scénario unique pour la région. On peut difficilement dire que la révolte de Téhéran en 1979 et celle de Tunis en 2011 sont similaires. Comme si, en trente ans, le monde n’avait pas connu de changements.
L’Iran est un État persique, avec une forme d’islam spécifique : le chiisme. La Tunisie et l’Égypte sont sunnites. En Iran, il existe un clergé organisé avec ses intérêts propres : c’est presque une classe. Dans le monde arabe, on ne voit presque pas cela et les imams, cheiks et muftis sont des fonctionnaires payés par l’État. De même, l’histoire politique, économique et culturelle de ces pays est absolument, mais alors, là, absolument différente.
En fait, je ne vois que deux similitudes superficielles entre ce qui se passe aujourd’hui et ce qui s’est passé en Iran voici 30 ans. Un : sur papier, il s’agit ou s’agissait de musulmans. Deux : le peuple a chassé des dictateurs soutenus durant des lustres par l’Occident – Moubarak et Ben Ali en Égypte et en Tunisie, et le chah en Iran. Aujourd’hui, les groupes qui s’appuient sur l’islam font partie de la réalité et constitueront aussi un facteur politique à l’avenir. Mais cela dépend du pays où l’on se trouve. On ne peut prédire aujourd’hui la direction que ça va prendre.

Y A-T-IL DES GENS QUI ONT INTERET A METTRE EN AVANT L’IMAGE NEGATIVE DE CE SCENARIO IRANIEN ?
Sami Zemni. Je ne sais pas s’il y a toujours là-derrière un intérêt direct. Mais il est vrai que les islamophobes, qui se servent en permanence de stéréotypes et de clichés sur le Moyen-Orient, ont un agenda politique néoconservateur. Eux l’ont, en tout cas. Le fait qu’ils présentent les Arabes comme des robots qui reproduiront à l’infini les préceptes de l’islam n’est pas un hasard. Et encore moins qu’ils partent du principe que les Arabes ne sont pas mûrs pour la démocratie. Dans leur pensée, les musulmans sont arriérés et antidémocratiques, et ainsi de suite.

IL Y A AUSSI DES ANALYSTES QUI CROIENT QUE LES ORGANISATIONS RELIGIEUSES – L’ENNAHDA EN TUNISIE ET LES FRERES MUSULMANS EN ÉGYPTE – VONT EVOLUER DANS LA DIRECTION DE L’AKP TURC, LE PARTI GOUVERNEMENTAL ISLAMISTE DU PREMIER MINISTRE ERDOGAN. ONT-ILS DE BONNES RAISONS DE LE CROIRE ?
Sami Zemni. En partie. L’Ennahda tunisienne a toujours été la plus progressiste de tout le monde arabe. En 1991, son chef spirituel, Rached Ghannouchi (à ne pas confondre avec Mohamed Ghannouchi, actuel dirigeant tunisien, NdlR), a dû prendre le chemin de l’exil. Ses écrits traitaient presque toujours de l’islam et la démocratie, de l’islam et les droits de l’homme, etc. En fait, cet homme a été la grande source d’inspiration d’Erdogan et de son AKP. On pourrait même dire qu’indirectement, l’Ennahda a été elle aussi à la base du modèle turc. Mais cela ne veut pas dire que la Tunisie va reprendre ce modèle. Il s’appuie sur une armée forte défendant le nationalisme d’Atatürk et le laïcisme, mais tolérant aussi au pouvoir la présence d’un parti islamiste. En Tunisie, l’armée joue un tout autre rôle, moins politique. Ce n’est donc pas demain que l’armée et l’Ennahda parviendront à s’entendre.
La possibilité de voir cela en Égypte est plus grande. Mais, là, les Frères musulmans ont un plus grand chemin encore à parcourir. L’organisation est bien davantage empêtrée dans sa vieille vision de l’homme et de la société : une vision qui tourne autour de l’harmonie. Cette harmonie doit prétendument s’en prendre à l’inégalité dans la société. Les Frères musulmans reconnaissent l’existence de cette inégalité. Même s’ils ne parlent pas de classes, mais de couches qui doivent collaborer. Un peu comme les partis chrétiens d’ici, à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Maintenant, pour en revenir à votre question : les Frères musulmans vont donc bel et bien devoir sceller un tel accord avec l’armée. Mais, pour cela, l’organisation doit avant tout réaliser une sérieuse modernisation.
SELON VOUS, L’AKP PEUT-IL ETRE UN MODELE POUR CES ORGANISATIONS ?
SAMI ZEMNI. C’est possible, mais il ne faut pas jubiler trop vite. Il est certain que les gens de gauche ne doivent pas agiter de grands drapeaux en faveur de ce modèle. Ce serait de toute façon un progrès pour le monde arabe et les intérêts du peuple seraient mieux servis qu’avec les actuels dictateurs. Les intérêts occidentaux un peu moins. En soi, c’est une bonne affaire. Mais l’AKP reste un parti conservateur modéré, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il se montre très progressiste.

VOUS PARLEZ PARFOIS DE LA LAÏCISATION DU MOYEN-ORIENT. QU’EN EST-IL ?
SAMI ZEMNI. Il faut d’abord préciser clairement ce qu’on entend par laïcisation. Le fait qu’en Égypte, on a vu aussi bien des chrétiens coptes que des musulmans sur la place Tahrir est à mes yeux une marque de laïcisation, d’individualisation et de pluralisation. Ils n’ont pas attendu l’appel d’un cheik, d’une institution ou d’une organisation. Le fait que des gens s’immolant par le feu se disent « martyrs », alors que le suicide est un grand tabou dans le monde islamique, est aussi significatif.
Une grande laïcisation est en cours, mais c’est encore tout autre chose qu’une déconfessionnalisation. Les jeunes générations restent en général croyantes – on parle de 5 à 10 % d’agnostiques et d’athées en Égypte et de 15 à 20 % en Tunisie : tout cela, ce sont des approximations. Mais la foi est devenue une affaire plus personnelle et elle joue aussi un rôle de moins en moins politique. Cela vaut aussi pour les chrétiens coptes, d’ailleurs. L’Église copte avait interdit à ses fidèles de participer aux manifestations, car la hiérarchie ecclésiastique est indissociablement liée au régime de Moubarak. Nous avons entendu ce que disaient les jeunes coptes : qu’ils aillent promener ! Ce n’est pas non plus en coptes qu’ils sont descendus dans la rue, mais en citoyens. L’un des groupes Facebook à la progression la plus rapide exige d’ailleurs que la religion des Égyptiens ne soit plus mentionnée sur leur passeport.

BELGIË, DEEL VAN ONZE VLAAMSE IDENTITEIT

De N-VA had de voorbije dagen een aantal cultuurhuizen in het vizier die zich profileren met een naar de smaak van de partij te Belgische programmatie. In zijn column in De Standaard deed Bart De Wever er nog een schep bovenop, door Luc Tuymans ('ongemanierd'), Tom Lanoye ('kleinburgerlijk') en Paul Goossens ('verzuurd'), maar vooral het 'verstikkende eenheidsdenken' van de cultuurdragers op de korrel te nemen. Schrijver Geert van Istendael mengt zich in het debat.

· Flaminganten roepen graag dat België een kunstmatige staat is. Ze hebben honderd procent gelijk. Echter, indien België kunstmatig is, dan is Vlaanderen en ergo de Vlaamse identiteit kunstmatig in het kwadraat
Op 21 januari van dit jaar stond ik op het groot podium van de KVS Koninklijke Vlaamse Schouwburg iets te doen wat ik uiterst zelden doe, toch in het openbaar. Ik zong een lied. Het was een Vlaamse kaskraker, zo'n gouwe ouwe, een die in de jaren zeventig de jongerencafés onveilig maakte: 'De peulschil', van Lamp, Lazarus en Kris. Lamp zelve begeleidde me op de gitaar, Frans Ieven speelde bas, enfin, er stond daar in de KVS een trio oude venten bij elkaar. Met toestemming van de oorspronkelijke makers had ik een nieuwe tekst geschreven: 'Ik ben de bastaard, ik ben de bastaard, de bastaard staat hier', enzovoort.

Woorden van die strekking kun je dagelijks opvangen in Brusselse volkscafés. Aan de toog murmelt bestendig de zelfrelativering boven de pinten, "IK ZEN 'NEN ECHTEN BASTOED, E ZINNEKE, A JA, MA POEPA, DA WAS NE VLOINDERÈR EN MA MOEMA WAS VAN DE WOELE", je hoort het helaas steeds minder vaak in dat prachtige Brabants, die gesmade, ondergespitte taal, en steeds meer in een soort Frans waar een Parijzenaar geen woord van zou begrijpen. Als een rasechte bastaard, zo definieert de Brusselse volksmens zichzelf bij voorkeur.

Hij wist al lang iets waar antropologen en sociologen pas veel later achter zijn gekomen: dat identiteit een onscherp begrip is. Tegenwoordig noemt men het bij voorkeur een sociale constructie. Je mag daarbij niet denken aan een keurig afgewerkt gebouw, sleutel op de deur; nee, de constructie is vooral wankel. Identiteit is een gebouw met een wirwar van kamers, gangen, traphuizen, kapellen, zolders en kelders en vergeetputten in alle maten en stijlen, deels voorvaderlijk, deels modern, deels ondeugdelijk, deels stevig, een gebouw ook dat permanent in de steigers staat. De mensen zijn voortdurend hun identiteit aan het verbouwen.

EEN HOOP KOTERIJ
Vlaming. Toevallig ben ik Vlaming. Dat zit zo. Ik ben geboren in Brussel. Dan ben je een Brusselaar? Ja, dat ook nog eens een keer, maar er is meer aan de hand. Ik was nog een luierkind, mijn broer en mijn zus gingen al naar de Franstalige school, ik zou hun voorbeeld volgen, maar toen verhuisden mijn ouders naar Nederland. Waren wij in Brussel gebleven, dan was mijn hoofdtaal nu Frans. Na vijf jaar kwamen mijn ouders terug. Waren zij in Nederland gebleven, dan was ik nu een kaaskop. Ik voel me nog altijd zeer thuis boven de Moerdijk. Én Vlaming. Maar toch, de Franse taal mag niemand me afpakken. Ik zal daar even gek wezen. Al dat gezwoeg op subjonctifs en participes passés, dat moet iets opbrengen. Even recapituleren: Belg, Nederlandstalig, Vlaming, Brusselaar, een stevige scheut Holland, Frans. Ja, ook dat laatste. Indien ooit de Vlamingen zo dom zijn dat ze Brussel laten vallen, overweeg ik in alle ernst om in het Frans te gaan schrijven. Grote literatuur. Prachtige poëzie. En la France est une douce mère.

Bent u nog mee? Ik ben ook nog eens katholiek, of liever, ik wás katholiek, maar die sombere leer is niet weg te branden uit mijn lijf. Even goed ben ik godloochenaar, bijna een halve eeuw al. Ik zal er maar mee stoppen. Mijn identiteit lijkt verdacht op de achterkant van een modaal Belgisch huis: een hoop koterij.

Denkt u dat uw identiteit meer gestroomlijnd is dan de mijne? Vergeet het. U bent ondubbelzinnig Vlaams? De Vlaamse identiteit is een nevenproduct van België. Hadden we in 1830 ons verstand gebruikt en waren we bijgevolg bij Nederland gebleven, dan bestond de Vlaamse identiteit niet eens. Flaminganten roepen graag dat België een kunstmatige staat is. Ze hebben honderd procent gelijk. Echter, indien België kunstmatig is, dan is Vlaanderen en ergo de Vlaamse identiteit kunstmatig in het kwadraat. En begin nou maar niet over de geweldige Waalse identiteit, want die kon pas ontstaan als reactie op de Vlaamse emancipatiebeweging. De Waalse identiteit is dus kunstmatig tot de derde macht. In ieder geval geldt, België is een integrerend deel van onze Vlaamse identiteit, België met alles erop en eraan, tsjeven, frammessons, flaminganten, on parle le flamand aux animaux et aux domestiques, Waalse mijnen, twee wereldoorlogen, mosterdgas bij Ieper, Oostkantons bij Eupen, witten en zwarten, Congo, Leuven Vlaams, gemeenschappen, gewesten, dat alles is België en het rammelt dat horen en zien vergaat en het zit in iedere Vlaamse identiteit. Dwars. Jeukend. Diep. Wie dat ontkent, liegt. Of is blind en doof.

Ieder van ons is de som van wat hij noemt des appartenances, we horen thuis in verschillende landschappen en daar is niets mis mee, integendeel. Eén uitgezuiverde identiteit leidt al gauw tot moord en doodslag - denk aan Libanon of Noord-Ierland of ex-Joegoslavië. Gelukkig zijn we in België wijzer geweest. Verwerp die wijsheid niet.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRUXELLOIS, COSMOPOLITE ET FIER DE L’ÊTRE
“Vlaming. Toevallig ben ik Vlaming. Dat zit zo. Ik ben geboren in Brussel. Dan ben je een Brusselaar?”
Bruxellois!?
Par hasard, moi qui vous écris, je suis né bruxellois, la même année que Geert Van Istandael, de mère francophone et de père flamand.
Contrairement à Geert, je fus inscrit dans l’enseignement communal francophone où je reçus une formation d’excellence qui m’a profondément marqué.
Comme Geert, je peux et je veux chanter en bruxellois : "ik zen 'nen echten bastoed, e zinneke, a ja, ma poepa, da was ne vloinderèr en ma moema was van de woele",
Et j’ajouterai, avec lui, “de Franse taal mag niemand me afpakken. Ik zal daar even gek wezen. Al dat gezwoeg op subjonctifs en participes passés, dat moet iets opbrengen.”
En somme, nous sommes comme des frères siamois, sauf que lui a effectué ses études dans le réseau scolaire flamand et catholique, moi, comme Jacques De Decker, notre ami commun, dans le réseau francophone laïc et avec cette réserve qu’eux ont du talent et ont accompli une œuvre, ce qui n’est pas mon cas mais cela c’est une autre histoire.
« Even recapituleren: Belg, Nederlandstalig, Vlaming, Brusselaar, een stevige scheut Holland, Frans. Ja, ook dat laatste. Indien ooit de Vlamingen zo dom zijn dat ze Brussel laten vallen, overweeg ik in alle ernst om in het Frans te gaan schrijven. Grote literatuur. Prachtige poëzie. En la France est une douce mère. »
Oui, il me plairait, moi aussi, sil ne manquait l’audace, om in het Nederlands te gaan schrijven, een taal waarvan ik even veel houd als het Duits of het Engels die ik ging studeren aan de ULB, bij uitstekende meesters.
Je partage pleinement la colère de Geert Istendael et celle de De Gucht, de Van Parijs, de Jan Goossens et de tous ceux qui hurlent en ce moment sur la toile: « niet in onze naam pas en notre nom »

”De Vlaamse identiteit is een nevenproduct van België. Hadden we in 1830 ons verstand gebruikt en waren we bijgevolg bij Nederland gebleven, dan bestond de Vlaamse identiteit niet eens. Flaminganten roepen graag dat België een kunstmatige staat is. Ze hebben honderd procent gelijk. Echter, indien België kunstmatig is, dan is Vlaanderen en ergo de Vlaamse identiteit kunstmatig in het kwadraat. En begin nou maar niet over de geweldige Waalse identiteit, want die kon pas ontstaan als reactie op de Vlaamse emancipatiebeweging.”
Oui, vous, lui, moi que vous vous appelliez Geert, Marc, Mehdi, Costa ou Mithad avons ce qu’il appelle des “ appartenances” ( we horen thuis in verschillende landschappen en daar is niets mis mee, integendeel. Eén uitgezuiverde identiteit leidt al gauw tot moord en doodslag - denk aan Libanon of Noord-Ierland of ex-Joegoslavië. Gelukkig zijn we in België wijzer geweest. Verwerp die wijsheid niet)

Mais attention, je revendique pleinement mon appartenance européenne et mon identité bruxelloise, plurielle et cosmopolite.

Elle m’est chevillée au cœur et fait partie de mon équation personnelle. C’est à travers elle que se dessine ma vision du monde, celle d’un bruxellois cosmopolite c'est-à-dire citoyen du monde et franchement fier de l’être.
(Marc Guiot)

De Vlaamsnationale kringredenering

Karel De Gucht over DE identiteitspolitiek

Vlaanderen heeft het nationalistische discours over identiteit er intussen flink ingelepeld gekregen. Niet in onze naam!, protesteerden eindelijk een aantal ongemanierde, kleinburgerlijke, zogeheten cultuurdragers als Tom Lanoye en Luc Tuymans, die van Bart De Wever daarom meteen bovenvermelde adjectieven opgespeld kregen. Toch is wat ideologisch weerwerk tegen de heersende identiteitspolitiek meer dan nodig, stelt Karel De Gucht.
'De maatschappelijke meerwaarde van een gezonde identiteitsbeleving,' betoogt De Wever, 'ligt vooral in de creatie van een ethische gemeenschap'. Ik huiver instinctief als ik een dergelijk adjectief lees. Ideologisch gezond zijn lijkt me iets, om Thatcher te parafraseren, 'like being a lady. If you have to tell people you are, you aren't.' Ik vrees dat het politieke cultiveren van identiteit vooral gemeenschappen verdeelt en ethisch burgerschap ondermijnt. Ze herleiden tot nationale identiteit stuit me bovendien tegen de borst. Ik kies mijn eigenheid graag zelf, als het even mag.

En zelfs al zou een open identiteitsbeleving een maatschappelijke meerwaarde opleveren, dan nog spoort de politieke invulling ervan niet met mijn opvatting over democratie en burgerschap. Dan wordt Vlaanderen onwillekeurig ook de grens van onze democratie. Dan zijn we Vlaming, niet om Europeeër te worden, maar om Vlaming te blijven, punt uit.

RADICALISME
Het ideologische kader voor De Wevers nationalisme haalt hij naar eigen zeggen bij Edmund Burke, de 18de eeuwse politieke filosoof die als grondlegger van het conservatisme gezien wordt. Die waarschuwde bij het uitbreken van de Franse revolutie voor het geloof in de maakbare samenleving, voor eenvoudige politieke utopieën die men tracht op te leggen aan een complexe realiteit. 'De overmoed van een maatschappelijke tabula rasa wordt keer op keer door de geschiedenis afgestraft', leerde De Wever, en alleen de organisch gegroeide maatschappij, steunend op tradities en structuren, biedt kans op een leefbare democratie.

In die behoudsgezindheid wortelt hij zijn nationalisme: 'Het gezin, de school, de buurt, de vereniging en uiteindelijk de Vlaamse cultuurgemeenschap zijn de kringen waarin de overdracht van waarden optimaal georganiseerd wordt.'

Kan je daar tegen zijn? Ja hoor, het Vlaams-nationalisme zou zichzelf niet zijn als het niet in de verdomhoek zou zitten. Want 'na de simplismen van de Koude Oorlog hebben sommigen nood aan nieuwe simplismen. En een aantal bloedige conflicten, ex-Joegoslavië op kop, stigmatiseerden het nationalisme verder'. Toch wil De Wever 'positief met een nationale identiteit aan de slag, want hij gelooft niet in het verhaal van de global village, alsof we nu allemaal wereldburgers zijn.'

Wie nationalisme afzweert daarom meteen als wereldvreemd kosmopoliet afdoen, is wel erg kort door de bocht - bijna simplistisch. (..)
Toch maakte Burke (die door BDW zo bewonderd wordt ) duidelijk onderscheid tussen een progressieve en platvloerse variant van nationalisme: 'We need hardly say that we do not mean nationalism in the vulgar sense of the term: a senseless antipathy to foreigners; an indifference to the general welfare of the human race, or an unjust preference for the supposed interests of our own country.' Alleen iemand van kwade wil kan het moderne Vlaanderen ervan verdenken zo'n bekrompen nationalisme aan te hangen, toch?

Maar als je dieper graaft, trekt het nationalisme in Mills wereldbeeld wel degelijk in een andere richting: 'We mean a principle of sympathy, not of hostility; of union, not of separation. We mean, that one part of the community do not consider themselves as foreigners with regard to another part, that their lot is cast together.' Hem ging het om burgerschap: de bereidheid en bekwaamheid van mensen uit verschillende bevolkingsgroepen, klassen en met verschillende ideologieën en levensstijlen om boven zichzelf uit te stijgen. Dat een meertalige massademocratie moeilijk te bevatten was voor een Brit 150 jaar geleden, mag niet verbazen. Maar voor het afboorden van de democratie op basis van nationale identiteit zal je bij liberalen niet snel steun vinden. Toen niet, nu niet, en terecht.

Mill keek dan ook meewarig neer op suggesties om van Schotland of Wales onafhankelijke naties te maken. De Italiaanse Risorgimento daarentegen kreeg wel de enthousiaste steun van veel liberalen, alleen omdat de nationale samenhang er aan het begin stond van de uitbouw van een democratie, niet aan het eind ervan.

De rol van het nationalisme is bovendien flink veranderd door de jaren heen - dat zou uitgerekend de historicus in De Wever toch naar waarde moeten schatten. Een kinderziekte, noemde Einstein het ooit, de mazelen van de mensheid. Een noodzakelijke fase voor opgroeiende democratieën, maar bij volwassenen erg schadelijk.

Ook dat blijkt uit de geschiedenis. De geroemde ethische praxis uit zich vooral in een gedoemde poging de normen en waarden van de gemeenschap aan iedereen op te leggen. Wat nu onbeschoft heet, wordt dan al gauw on-Vlaams. Mijn lezing van het nationalistische palmares is inderdaad simpel: zonder is gezonder.

RESSENTIMENTO!
Blijft nog de vraag waarom nu net de Vlaamse identiteit overheerst en niet de Belgische of de Europese, niet de maatschappelijke breuklijnen, ideologische, religieuze of klassenverschillen en -verbanden, hoewel deze voor het merendeel van de Vlamingen veel saillanter zijn. Waar bestaat die Vlaamse identiteit überhaupt uit, dat ze alle andere overvleugelt?

'De Vlamingen zijn een lotsgemeenschap van 6 miljoen mensen,' legt Bart De Wever uit, 'die elkaar kunnen herkennen als spelers van dezelfde ploeg, omdat ze een naam hebben - 'wij zijn de Vlamingen', dan weten we precies over wie we spreken. We hebben een welomlijnd grondgebied, een gemeenschappelijk verleden of toch de perceptie daarvan. We hebben een mythe van ontstaan en een cultureel patroon dat ons aan mekaar verbindt op het niveau dat we gemakkelijker met mekaar communiceren en ageren dan met buitenstaanders. Vlaanderen is ook de grens van onze democratie. Dat zijn objectieve elementen die ons tot Vlaming maken. Maar er is ook een subjectief element: je moet het ook willen, anders ga je ook die objectieve factoren niet erkennen.'

Hoe nuchter het ook klinkt - I don't buy it. Aan die welomlijnde grenzen en organische voorgeschiedenis kan je minstens twijfelen, net als aan de eenduidige culturele patronen in het hedendaagse Vlaanderen.

Een dergelijke stelling is bovendien pas juist als de omgekeerde bewering daarom ook onjuist is, en de genoemde elementen gaan stuk voor stuk evenzeer op voor andere kringen van identiteit. Heeft die vermaledijde Belgische natie dan geen welomlijnde grenzen, een naam en een gemeenschappelijk verleden? Wat met verschillende levensbeschouwelijke overtuigingen die evenzeer een sterk gevoel van verbondenheid impliceren, maar die het hopelijk niet in hun hoofd halen zichzelf tot de grens van onze democratie uit te roepen? En waarom ligt de grens van dat gemakkelijk communiceren tussen Essen en Roosendaal en tussen Clinge en De Klinge?

De Vlaamsnationale kringredenering staat voor mij haaks op de liberaal-democratische uitgangspunten. Ook de zogenaamd objectieve elementen zijn immers net zo subjectief als de andere. We zijn maar een 'lotsgenootschap' in de mate dat we dat zelf willen zijn, en de definities van onze collectieve identiteit, inclusief de rol die taal, geschiedenis en grondgebied daarin spelen, zijn ondergeschikt aan de belangen en doelstellingen die we voor ogen hebben.

Zo hoort het ook: een democratische politieke ruimte wordt geschapen en ingevuld door de burgers zelf. Niet door nationalistische a-priori's. Het nationalisme ziet een volk daarentegen als een lichaam op zich, boven de burgers, een levend wezen dat haar eigen 'lot' bepaalt - wat men daar ook onder mag verstaan. Mogen we het daar nog hartsgrondig mee oneens zijn?

Probleem is ook: ik ken het Vlaanderen niet, dat weerklinkt in dat Vlaamsnationale discours. Het Vlaanderen dat een eigen natiestaat nodig heeft om zichzelf te kunnen zijn, waarin de 'identiteitsbeleving te problematisch en te zwak is om meerwaarde te bieden aan een actief burgerschap.'

Het Vlaanderen dat ik ken is al ontvoogd, heeft zijn eigen lot al in handen, én de middelen om maatschappelijk een meerwaarde te bieden. De Vlaming zoals ik die ken is stilaan Vlaming genoeg om Europeer te worden. De Vlaamse natie waarin ik intussen meer dan 55 jaar rondloop heeft geen onafhankelijkheid nodig om democratisch, solidair en open van geest te zijn.

Een gezonde portie zelfrelativering zou misschien wel helpen.

EUROPA!
Als het nationalistische discours in Belgische context al overtrokken lijkt, wordt het in die Europese context zonder meer onrustwekkend. Want hoezeer De Wever ons ook gerust mag stellen dat 'het Vlaanderen van de toekomst ingebed zal liggen in een grote Europese, meertalige democratie', het consequent doortrekken van zijn ideologie maakt zo'n Europese, meertalige democratie onmogelijk, zelfs ondenkbaar.

Het nationalistische paradigma maakt de Europese gedachte een logische tegenstrijdigheid.

HOLLE FRASEN
Als de Belgische federatie per definitie onwerkbaar, elitair en democratisch onhaalbaar verklaard wordt, hoe zit het dan met de Europese legitimiteit? Waar ligt dan die grens van de democratie in bijvoorbeeld de Baltische staten, met aanzienlijke Russische minderheden en een pijnlijk turbulent verleden? Als het te laat is om het Belgische verleden te overstijgen, wat zegt dat over Cyprus, Noord-Ierland en, ja, de Balkan? En als nationale identiteit voor Vlaanderen het begin en eind vormt van de solidariteit, hoe leg je dat uit tegen Britten, Duitsers of Nederlanders die overtuigd moeten worden hun lot onlosmakelijk aan Roemenen en Spanjaarden en Vlamingen te verbinden?

De Europese eenmaking is fundamenteel gebaseerd op het overstijgen van de natiestaat en het relativeren van nationale identiteit als politieke factor - The Breaking of Nations, zoals Robert Cooper het omschreef. Niet afzweren, maar het politiek relativeren.

De postmoderne kijk op identiteit is dus meer dan wat holle frasen van zelfgenoegzame artiesten, maar een van de basiskenmerken van de Europese integratie. De onontkoombaarheid van de Vlaamse natiestaat staat haaks op het politieke pluralisme dat een Europese democratie nodig heeft.

Vanuit een nationalistisch politiek concept - of dat nu volks, Frans, Duits, conservatief, progressief of gezond nationalisme genoemd wordt, maakt niet veel uit - kom je nooit tot het uitbouwen van een Europese politieke ruimte.

Nooit.

Karel De Gucht is Europees Commissaris. Hij schreef deze bijdrage in eigen naam.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE VENT TOURNE EN FLANDRE
Le débat nationaliste sur l’identité dérape !
Le libéraux flamands mais aussi les progressistes du côté de Groen et du SPa en ont carrément marre d’être traités de « mauvais flamands » par le camp De Wever. “Je ne me reconnais absolument pas dans sa Flandre au discours ultranationaliste. Cette Flandre qui veut devenir un Etat national pour exister, cette Flandre qui a besoin d’une plus value d’identité pour assumer activement sa citoyenneté, n’est pas la mienne.
Ma Flandre à moi est pleinement émancipée depuis longtemps et elle tient son destin bien en main. Les Flamands tels que moi je les connais se sentent assez flamands pour devenir de vrais européens. La Flandre dans laquelle je vis depuis plus de 55 ans n’a vraiment pas besoin d’indépendance pour se sentir pleinement démocratique, solidaire et ouverte d’esprit” (De Gucht)
Tous se rebiffent hardiment dans la presse et sur les plateaux de télévision (notamment au Zevende Dag de ce dimanche) contre l’accès, plutôt l’excès de fièvre nationaliste.
Karel De Gucht sort de ses gongs. Geert Van Istendael (on lira son article dans de Morgen) sort de sa réserve et le jeune De Clercq sort carrément de son rôle, nous l’avons relevé déjà.
Tous refusent d’être assimilés au discours NV-A des Chevaliers, Jambon, Bracke et autres De Wever aux petits pieds. Après tout, 70% des Flamands n’on pas voté pour Bart. Tout cela a un fort parfum de campagne électorale et annonce les nouvelles élections. Di Rupo proclame qu’il ne veut pas de dissolution des chambres mais il le dit un peu trop fort pour être vraiment convainquant.
« Dis le vite pour pas mentir longtemps, » commente la sagesse populaire.
Et De Gucht d’éructer :
« Peu me chaut que le concept nationaliste soit de caractère populiste, franchouillard, pangermanique, réactionnaire ou néo conservateur, c’est pas qui sera capable de construire l’espace politique européen. »
DiverCity est franchement d’accord avec lui, même s’il défend bec et ongle une identité qui soit foncièrement de caractère Bruxellois.
« Pas en notre nom ; Niet in onze naam ! » on lancé les “KVS Vlamingen” comme on les appelle désormais du côté de De Wever, depuis qu’ils ont clamé leur raz le bol au cours d’une inoubliable soirée, aussi symbolique que la représentation de la Muette de Portici en septembre 1830.
MG

La Nuit des Musées bruxellois a attiré 14.000 visiteurs

Cette année, les 19 musées accessibles, contre vingt l'an dernier, ont totalisé ensemble quelque 45.000 visites pour environ 14.000 visiteurs, contre environ 12.000 visiteurs en 2010.
Museum Night Fever, la Nuit des Musées bruxellois, a attiré samedi soir environ 14.000 visiteurs, a indiqué dimanche matin le Conseil bruxellois des Musées dans un communiqué.
Au vu du succès de l'édition 2011 de la Nuit des Musées, une cinquième édition sera probablement organisée l'an prochain, conclut le Conseil bruxellois des Musées.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ATTENTION SURTOUT NE PAS RATER UNE EXPO EVENEMENT AU BOTANIQUE
La fréquentation des musées bruxellois c’est important, qui le niera.
Mais cela peut être aussi décevant que la grande exposition rétrospective du peintre Luk Taymans qui nous a laissé de glace. En revanche, l’exposition des photos de Norbert Ghisoland au Botanique m’a complètement bouleversé.
Pour ceux qui en douteraient, et beaucoup sont dans ce cas, cette exposition, bien involontairement nous prouve qu'il existe bel et bien une identité wallone comme en témoigne cette collection de personnages qui nous fait penser au travail du photographe allemand Sander exécuté à la même époque dans son terroir germanique.
Et pour preuve ce vieux Borrain nonagénaire croisé dans l'exposition, les yeux emplis de larmes en revisitant les témoins de sa jeunesse immortalisés par celui qu'il appelle "un très grand mossieur" en roulant les "r" comme le font tous ses congénaires.
MG

NORBERT GHISOLAND, PHOTOGRAPHE 1878-1939
Du 17 février au 24 avril, le Botanique rend hommage à l’un des maîtres belges de la photographie du siècle passé, Norbert Ghisoland.

Né en 1878 d’un père mineur, Ghisoland a photographié pendant près de quarante ans les habitants du Borinage. A travers des portraits soigneusement composés, cet «anthropologue involontaire» a offert à ses contemporains l’occasion de s’évader de leur condition modeste, le temps d’un cliché.
Grâce à l’évolution rapide des techniques photographiques qui permet dès la fin du XIXème siècle de réduire fortement les coûts de production de chaque photographie, se faire tirer le portrait n’est bientôt plus l’apanage des classes fortunées. Les studios fleurissent dès lors, même dans les régions les plus pauvres et à Frameries, où Ghisoland s’est installé, ce sont pour la plupart des familles de mineurs qui défilent devant l’objectif. Ils viennent immortaliser les moments les plus joyeux ou les plus solennels de leur existence : baptêmes, communions, mariages bien sûr, mais aussi des épisodes qui nous semblent parfois plus anecdotiques comme une victoire sportive, un déguisement particulièrement réussi, l’achat d’un nouveau costume, …
Devant un décorum tout droit issu de la plus pure tradition de l’histoire de l’art, les modèles apparaissent parés de leurs plus beaux atours. A travers ce faste de pacotille, c’est un bouton de chemise manquant, des souliers usés ou encore un regard empli de tristesse qui viennent parfois trahir la précarité et la dureté de leur condition. Tour à tour amusants et émouvants, les portraits rigoureusement mis en scène par Ghisoland confèrent toujours à leurs modèles élégance et dignité.
Loin de se considérer comme artiste ni même comme témoin de son temps, Ghisoland n’avait pour ambition que de renvoyer à ses clients l’image d’eux-mêmes dont ils rêvaient. C’est pourtant une œuvre d’une grande puissance qu’il a laissée derrière lui et qui connaît aujourd’hui une renommée internationale. Sa production prolifique (des 90.000 plaques d’origine, il n’en reste «que» 45.000), découverte par hasard par son petit-fils dans le grenier familial en 1969, a depuis lors fait l’objet de plusieurs expositions en Belgique et à l’étranger, notamment une rétrospective au Palais de Tokyo à Paris en 1991 et de plusieurs publications dont une monographie parue dans la collection Photopoche la même année.

WALLONS EN PIED
«On opère tous les jours et par tout temps certes, mais pas n'importe où : quelques kilomètres séparent le lieu où Ghisoland vit le jour de celui où il poussa son dernier soupir. 61 années d'un éloge du sédentarisme circonscrit dans une maison qui fit à la fois office de domicile, de magasin, de chambre noire et de studio. Car Norbert Ghisoland n'allait jamais vers ses sujets qui, à l'inverse, se rendaient chez lui comme mus par un sentiment de fierté et d'appréhension mêlées. Le rituel était simple : chaque événement jugé mémorable valait séance photo chez un professionnel qui, en retour, garantissait à ses clients une attention et une technicité en phase avec la pompe du déplacement. Et que commémorait-on dans l'âpre Belgique de l'entre-deux-guerres ? Tout et rien : baptêmes, mariages, victoires dans une course cycliste, une partie de crossage (vague ancêtre du golf), participations costumées aux deux fêtes majeures du coin, la Sainte-Barbe et l'Ascension

Bref, tout un petit monde qui, tôt ou tard, va prendre la pose. Alors, la lumière du jour, celle de la verrière surplombant le studio, contrastait ironiquement avec l'arrière-plan garanti 100 % factice de ces demeures patriciennes et autres clairières «romantiques» censées conférer grandeur et solennité à la scène ainsi figée. Un manque absolu de naturel accentué par l'engoncement des visiteurs qui, même s'ils n'envisageaient plus la photographie comme une pratique occulte, n'en devenaient pas moins pétrifiés au moment fatidique. Maintien roide, les bras le long du corps ou, au contraire, la main placée trop ostensiblement sur une épaule amie, le regard fixe, Ghisoland labourera ainsi, pendant des décennies, le même terrain.
Second degré. Une constance qui fait sens, au vu de la somme ethnographique que constitue cette collection aussi ultracodifiée que fatalement touchante et... cocasse. Car le regard a évolué et, désormais, un second degré risque de poindre. Derrière les masques, on discerne parfois l'altération de la mélancolie et du labeur.
De même, trois quarts de siècle plus tard, on peut aussi constater un certain trouble face à des situations qui auraient perdu leur innocence originelle, au profit d'un vague sentiment de malaise. Une touche Freaks, précisément, accentuée par l'apparente gémellité de nombreux sujets, comme par le décalage entre ces enfants vêtus tels des grands (en mariés, par exemple) ou une pipe à la bouche, qui finissent d'instiller une atmosphère délétère à laquelle, pourtant, le diligent Norbert Ghisoland était, à l'évidence, si loin de songer.