samedi 26 février 2011

Bruxelles cosmopolite, un enjeu majeur

Davantage d'étrangers et de musulmans à Bruxelles?
Au-delà de la peur ou de l'émotion, comment "vivre ensemble"?
Il faut donner les moyens à tout le monde de devenir autonome et de s'épanouir, mais sans transiger sur nos valeurs fondamentales.
Une opinion de Claire Vandevivere, Echevine de la Population , de l’Egalité des chances et de l’Intégration à Jette.

S’il est un enjeu important pour Bruxelles, au-delà de la question de ses frontières et de son refinancement, c’est celui du "vivre ensemble", de la cohésion ou, pour reprendre un terme à la mode, de l’interculturalité. Car Bruxelles, qu’on le veuille ou non, est de plus en plus cosmopolite. Certaines études estiment à 50 % le nombre d’étrangers ou de Belges d’origine étrangère qui y résident. Sur le plan religieux, il pourrait y avoir, en 2030, entre 30 % et 50 % de musulmans à Bruxelles, selon les estimations. Faut-il avoir peur et cultiver un sentiment de rejet ? La peur est mauvaise conseillère. Elle nous place dans le champ émotionnel et nous empêche d’examiner objectivement la réalité. Et le rejet n’entraînera que radicalisation de part et d’autre sans régler quoi que ce soit. Faut-il fermer complètement nos frontières ? Notre expérience passée et présente montre aussi que c’est illusoire et non souhaitable. Vous fermez un robinet, un autre s’ouvre. On lutte contre les mariages blancs ? Eh bien, on procède à une cohabitation; c’est bien plus simple. Ou on se marie à l’étranger et on enregistre son mariage en Belgique. Certaines communes ne procèdent à aucune vérification.
Non, une société fermée se racrapote sur elle-même et se flétrit. Cela ne nous dispense pas néanmoins de réfléchir très sérieusement à quelques réglages de nos lois pour éviter les abus et les détournements d’ordre public. Pour éviter aussi les mauvaises conditions dans lesquelles les immigrés peuvent se trouver et parfois bien malgré eux. Désillusion et déshonneur en cas de retour au pays sont légion.

1 Les valeurs qui fondent le "vivre ensemble". Comment dès lors appréhender cette diversité ? Les Assises de l’interculturalité ont tenté de formuler des recommandations "en vue de renforcer la réussite d’une société basée sur la diversité". Ce rapport très intéressant sur de nombreux points possède néanmoins deux lacunes. La première, c’est qu’il n’y a pas de réflexion sur le partage de valeurs communes. La seconde, c’est que les recommandations sont essentiellement dirigées vers ce que la société belge devrait faire pour s’accommoder ou accepter les spécificités culturelles. Ce côté unilatéral est de nature à favoriser non pas l’inter culturalité mais bien la multi culturalité, c’est-à-dire la juxtaposition de communautés sur un même territoire, sans cohésion. L’absence d’accord sur certaines valeurs fondamentales donne lieu à de curieux compromis. Ainsi, les assises recommandent l’autorisation du port du voile dans les écoles à partir de la quatrième année du secondaire. Est-ce à dire qu’à quinze ans, les filles n’ont plus à souffrir du prosélytisme ni de la pression de leur entourage ? En vertu de quelles valeurs ? De quelle logique ?En l’absence d’accord sur des valeurs, n’adoptons pas de compromis boiteux. Il y a des valeurs essentielles comme la démocratie, la lutte contre les discriminations, l’égalité des hommes et des femmes qui ne peuvent faire l’objet de particularismes et de relativismes culturels ou religieux.

2 Deux piliers essentiels à la réussite : l’éducation et l’emploi. Au-delà de la question des valeurs, il n’en demeure pas moins qu’il faut s’attaquer aux vrais défis. Pour réussir dans la vie, s’émanciper, être autonome et trouver pleinement sa place dans la société, il faut en avoir les moyens et nous sommes face à deux constats : les élèves et les demandeurs d’emploi (à qualification égale) issus de minorités ont un taux de réussite nettement plus faible que les autochtones (belges d’origine). L’essence de la citoyenneté, c’est un ensemble de droits et de devoirs. Et il y a urgence tant au niveau des droits qu’à celui des devoirs. Il faut massivement investir dans les écoles "ghettos" pour qu’elles deviennent des écoles de la chance. Les enfants y ont droit. Mais les parents ont aussi un devoir. Il en est qui ne s’intéressent pas ou n’apprennent pas la langue scolaire de leurs enfants. Des directions ou des professeurs essaient parfois en vain de rencontrer les parents. Ceux-ci ne peuvent pas démissionner de ce rôle fondamental d’accompagnement scolaire de leurs enfants. Nous devons aussi lutter contre toutes les formes de discriminations encore trop flagrantes sur le marché du travail. Les jeunes pourront se dire "yes we can" lorsque les exemples de réussite sociale se multiplieront. C’est à ce moment que le radicalisme n’aura plus son terreau fertile de la pauvreté.

3 Plaidoyer pour un "inburgering" francophone. Ce n’est qu’en reconnaissant que chacun a sa part de responsabilité que l’on avancera. Il faut pouvoir s’extirper des débats partisans et idéologiques sur ces questions. La Communauté flamande a mis en place un programme que l’on appelle l’"inburgering ". C’est un programme qui consiste en un accompagnement individualisé pour les immigrés (primo-arrivants) autour de trois axes que l’on retrouve dans beaucoup de pays européens : l’apprentissage de la langue, des explications sur le pays d’accueil et une guidance pour trouver un emploi. Le pari : passer de l’assistanat à l’autonomie, trouver sa place dans le pays d’accueil. Du côté francophone, nous avons à Bruxelles la politique de la cohésion sociale. Elle consiste à aider financièrement des associations qui œuvrent à la cohésion sociale dans un sens très large. Il n’y a pas de. Certains francophones s’opposent à cette guidance. Deux arguments sont souvent avancés. Primo, ce serait désavouer le travail des associations actives. Secundo, la puissance publique n’aurait pas à imposer quoi que ce soit aux immigrés et il ne faut surtout pas les stigmatiser. A cela, il faut répondre sans équivoque que les associations font un travail formidable mais parcellaire et avec très peu de moyens face à l’ampleur des défis. Il faut répondre aussi que ceux qui ont suivi le parcours d’"inburgering" sont en général très satisfaits. Beaucoup d’associations bruxelloises plaident pour cet accompagnement individualisé. On peut parfaitement se mettre à travailler en réseau et en partenariat avec les associations existantes, en comblant les lacunes et en structurant l’accompagnement.

IL FAUT DONNER LES MOYENS A TOUT LE MONDE DE DEVENIR AUTONOME ET DE S’EPANOUIR, MAIS SANS TRANSIGER SUR NOS VALEURS FONDAMENTALES. ET CHACUN A LE DEVOIR DE SAISIR SA CHANCE. DES DROITS ET DES DEVOIRS, C’EST L’ESSENCE DE LA CITOYENNETE ET DU "VIVRE ENSEMBLE".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE GUIDANCE POUR NE POINT S’EGARER ET PASSER DE L’ASSISTANAT A L’AUTONOMIE
Heureuse la commune qui possède une échevine de la population de l’intégration ET de l’égalité des chances aussi lucide et aussi généreuse et peut nous chaut sa couleur politique.
Comme il est bon de lire enfin sous la plume d’une femme politique qu’ « au-delà de la question de ses frontières et de son refinancement, c’est celui du "vivre ensemble", de la cohésion ou, pour reprendre un terme à la mode, de l’interculturalité qui doit être la priorité. » Afaf Hemamou, sa collègue schaerbeekoise ne dit pas autre chose.

Voilà qui nous change des vociférations populiste de Lamme GoedBart le nationaliste intégriste au front de taureau.

Il faut, ajoute la municipaliste jettoise, « donner les moyens à tout le monde de devenir autonome et de s’épanouir, mais sans transiger sur nos valeurs fondamentales. Chacun a le devoir de saisir sa chance. Des droits et des devoirs, c’est l’essence de la citoyenneté et du "vivre ensemble". Surtout, il faut, selon elle, y ajouter une « guidance globale pour les immigrés car ils doivent trouver leur chemin » dans le dédale complexe de nos institutions et de notre vie sociale. Une guidance inspirée du "inburgering " tel qu’il se pratique en Flandre : « un programme qui consiste en un accompagnement individualisé pour les immigrés (primo-arrivants) autour de trois axes que l’on retrouve dans beaucoup de pays européens : l’apprentissage de la langue, des explications sur le pays d’accueil et une guidance pour trouver un emploi. Le pari : passer de l’assistanat à l’autonomie, trouver sa place dans le pays d’accueil. » . Agir hardiment afin que les jeunes issus de l’immigration puissent se dire demain "yes we can" « lorsque les exemples de réussite sociale se multiplieront et que le radicalisme n’aura plus son terreau fertile de la pauvreté. » .
Surtout, « il faut massivement investir dans les écoles "ghettos" pour qu’elles deviennent des écoles de la chance. » Cela va sans dire mais mieux encore en le disant et nous ne nous privons pas de le dire et de le redire, comme la voix qui clame dans le désert.
Car attention, les jeunes qui se révoltent dans le bassin méditerranéen sont les cousins de ceux qui glandent dans les rues et le métro bruxellois. Tous sont à le recherche d’une guidance pour ne point s’égarer et passer de la dépendance, de l’assistanat à l’autonomie.
Curieusement, pour ceux qui savent lire et entendre ce qu’ils lisent, le coran, que peu de musulmans pratiquent, lui aussi se regarde comme une guidance. Une guidance éthique par éviter l’errance car « qui s’égare ne saurait nuire à qui bien se guide ».
En vérité, il n’y a que deux voies, celle de la rectitude et la voie tordue. C’est le message de toutes les écritures et plus encore celui de l’éthique transcendantale kantienne ou simplement universelle.
MG

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