mardi 22 février 2011

F. Vandenberghe: "L’évolution qui se marque en Flandre se voit partout en Europe"

Le sociologue Frédéric Vandenberghe constate la montée des nationalismes.

Frédéric Vandenberghe se définit comme un citoyen du monde. Né à Courtrai, il a décroché un diplôme de sciences sociales et de politique à Gand et, ensuite, une maîtrise en sociologie à Paris. Un peu méconnu en Belgique, il s’est forgé un nom dans le milieu de la recherche sociologique au niveau international. Il a travaillé dans différentes universités du monde entier, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Italie et aux Pays-Bas qu’il quitte en 2003 écœuré par la montée de l’islamophobie. Il enseigne aujourd’hui au Brésil. Frédéric Vandenberghe était de passage en Belgique, notamment à l’invitation de l’UCL. Le sociologue jette un regard particulier sur la situation politique belge.

Que pensez-vous de ce qui se passe ici ?
Je vois les choses de loin. Mais lors des dernières élections, j’étais en Flandre, dans ma famille. J’ai vu combien les micro-nationalismes prenaient le pas sur les enjeux liés à la crise économique pourtant beaucoup plus importants. La question véritable, c’est quand même la mondialisation économique, la redistribution de la richesse entre le Nord et le Sud. Mais le débat s’est déplacé soudainement sur des questions ethniques, identitaires et nationalistes occultant des questions plus fondamentales.

C’est particulier à la Flandre ?
Non. On voit cela dans l’Europe entière. Il y a une peur diffuse, qui se généralise. Et qui se manifeste dans une sorte de populisme ambiant. Dans certains cas, cette peur peut déboucher sur du nationalisme et dans d’autres, sur une xénophobie exacerbée. Parfois, il y a les deux.

Le nationalisme flamand est-il xénophobe pour vous ?
C’est un nationalisme de droite. Mais la N-VA n’est quand même pas le Vlaams Belang. C’est un nationalisme distingué. Quelque chose a changé. Jusqu’il y a quelques années, les crispations identitaires et nationalistes en Flandre étaient liées à une forme de xénophobie, un rejet de l’altérité. C’était l’extrême-droite. Un peu comme aux Pays-Bas que j’ai quittés en 2003 parce que je ne supportais plus ces oppositions entre le "nous" et le "eux". La N-VA n’a pas ce discours xénophobe. Elle ne s’appuie pas sur l’islamophobie comme l’extrême-droite européenne. Mais, à la N-VA, il y a toujours une opposition entre un "nous" et un "eux". Le "eux" maintenant, c’est ceux de l’autre communauté linguistique.

Qu’est-ce qui explique le changement ?
Je ne peux pas le dire. Je ne suis pas l’actualité belge d’assez près. Peut-être grâce à un homme, Bart De Wever, qui est arrivé au bon moment au bon endroit, qui a pu répondre à certaines attentes. Aujourd’hui, à côté du clivage gauche/droite et du clivage conservateur/progressiste, il y a un nouveau clivage qui émerge, un clivage médiatique entre classiques et populistes, voire entre modernes et post-modernes. Prenez le cas des Pays-Bas ou de l’Italie. A chaque fois, on voit une influence des médias, qui deviennent l’écran de projection d’une âme collective. Bart De Wever doit quand même une partie de sa popularité à une émission de télévision.

Cela vous rend triste, cette évolution en Flandre ?
Je l’ai dit. Ce n’est pas une évolution propre à la Flandre. C’est général en Europe. Et c’est assez effrayant, oui. L’Europe se replie sur l’identitaire. Le Vieux Continent n’est plus à l’avant-garde de l’histoire. Elle a cessé d’être une force globalisante. Elle devient globalisée. Globalisée par les étoiles montantes que sont la Chine, l’Inde, le Brésil. Les Européens se replient sur eux-mêmes. Il y a un individualisme ontologique qui se développe. Tout le monde mène sa petite vie. Cela se traduit notamment par l’épuisement des microcivilités. Dans les transports en commun, tout le monde lit son journal et ne dit plus bonjour aux autres. C’est quelque chose qui me marque terriblement quand je reviens ici en Europe.

Vous ne voyez pas cela au Brésil ?
Non. C’est précisément ce qui m’a transformé. Il y a ici une grande cordialité dans les rapports sociaux. L’unité, ce n’est pas l’individu. Mais la relation à l’autre. Chaque fois que je viens en Europe, je suis étonné de voir combien les gens sont fermés. On a perdu la joie du vivre ensemble. Au niveau micro. Et en Belgique, si j’en juge par la crise politique, au niveau macro aussi.
Le nationaliste estime que l’on peut retrouver de la joie d’être ensemble au sein d’une communauté plus homogène…
Mais cela passe par des divisions, et donc par la distinction entre un "nous" et un "eux". Mais qu’est-ce qu’on veut faire de ceux qui ont plusieurs identités ? Qu’est-ce qu’on fait des Bruxellois bilingues ? Qu’est-ce que l’on fait des personnes issues de l’immigration ? Où les met-on ? Va-t-on inventer une citoyenneté à géométrie variable ?

Quand vous revenez en Flandre, on vous dit que vous débarquez d’une autre planète ?
Non. C’est moi qui ai l’impression de débarquer sur une autre planète. Je suis quand même surpris de voir cette opulence, cette richesse, et en même temps des gens qui se plaignent tout le temps, qui essayent de rompre la solidarité, qui se perdent dans des luttes du passé, finalement

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CITOYENS DU MONDE UNISSONS-NOUS!
Oui, le vrai combat est exactement celui-là entre les citoyens du monde, enfants des villes et fils/filles des Lumières et d’Europe - littéralement « la femme au regard large »- et les nationalistes, régionalistes aux œillères de cuir, qui pullulent en Europe comme une maladie infectieuse. Ein Volk, ein Land, ein Führer, clamait Adolphe, patron de tous les nationalismes et de leurs épigones les plus variés. En somme De Wever ne dit pas autre chose, tout en se gardant bien, contrairement au Vlaams Belang, de tout écart de langage de caractère raciste (hormis sa xénophobie viscérale à, l’égard des francophones et surtout des socialistes wallons). C’est en cela que sa main tendue à l’ancien président du Belang, veuf de Marie Rose Morel en pleine cathédrale d’Anvers, sous le feu des projecteurs et des caméras est un évènement symbolique de la plus grande importance. Il marque en effet l’éclatement du cordon sanitaire cernant le parti le plus raciste et antidémocratique d’Europe. Danger!
On rangera G.W. Bush junior dans le même clan, celui des néo- conservateurs, des Tea Parties, et partisans du Clash of Civilisations cher à feu Huntington.
Les nationalistes corses, basques, catalans, écossais qui sont les plus radicaux, ne pensent pas autrement. Mais il ne faudrait pas grand chose pour que les Bavarois, les Carinthiens, les Lombards, les Bretons, les Alsaciens, les Frisons, les Saxons leur emboîtent le pas.
C’est une évolution qu’on ne peut comprendre quand on est né Bruxellois de mère francophone et de père flamand, qu’on a assisté, comme citoyen et comme chef d’école à la créolisation de la population au sein d’une ville monde qui a connu toutes les invasions,(romaine, française, allemande) toutes les colonisations (latine, bourguignonne, espagnole, autrichienne, hollandaise) avant d’être le réceptacle de toutes les immigrations (polonaise, espagnole, grecque, portugaise, marocaine, ukrainienne, roumaine, bulgare, congolaise et subsaharienne, sans oublier la latino-américaine).
Il nous apparaît, mais peut-être rêvons-nous éveillés, que dans le surgissement d’un printemps arabe aussi soudain qu’inattendu fleurissent les promesses de ce cosmopolitisme mondial dont rêvait Kant dans « Zum ewigen Frieden , pour une paix perpétuelle » une œuvre fort oubliée mais pleine d’une promesse d’avenir en gestation pour les siècles à venir dont le nôtre. Pour autant que l’accent soit effectivement mis sur la liberté et la démocratie.
« Il faut,pesait Kant que se crée une fédération pacifique déterminée à mettre fin pour toujours à toutes les guerres (…), celle-ci formera un centre à partir duquel tous les états pourront s’unir selon l’idée d’un droit cosmopolitique. »
MG

PAYS ARABES :LES DESSOUS D’UNE REVOLUTION EN MARCHE
2011 - Un vent de contestation se propage dans le monde arabe, sonnant le glas de régimes poussiéreux, oppressants et corrompus. Avec la force du désespoir, une jeunesse s'immole. Jusque-là réduite au silence et à l'obéissance, elle se réveille, se révolte et ose affronter les autorités en place. Elle se met en marche et écrit les premières pages de sa propre histoire. La révolution qu'elle commence, et qui a déjà fait vaciller les pouvoirs sclérosés de Tunisie et d'Egypte, rêve de liberté, de justice, d'égalité, de droit. Mais, dans un avenir proche, comment ces mouvements révolutionnaires vont-ils s'organiser pour poser les bases de régimes démocratiques stables ? A quelles épreuves vont-ils devoir faire face, et ce à l'intérieur de leur propre pays ou vis-à-vis des protagonistes internationaux ?
Pour nous parler de cette histoire en marche, le Librex et la Ligue Mire ont invité autour de la même table quatre personnalités du monde arabe, respectivement de Tunisie, d'Egypte, d'Algérie et du Maroc. Ensemble, ils analyseront les dessous des événements passés et présenteront les forces politiques en présence dans les différents contextes régionaux.
Organisation : Lhoussaine Ouchen, Pascale De Boeck, Anne Bernard

Quand ? – Jeudi 3 mars 2011 à 20h00
Où ? – Centre d'Action Laïque - Campus de la Plaine - ULB - Accès 2 , av A. Fraiteur, 1050 Bruxelles
Avec qui ? – Elena Aoun, Professeure au REPI; Mohamed Ellouze, Avocat; Schams El-Ghoneimi, Parlement européen; Sara Bouchetob, Fédération internationale des Journalistes; Aboubakr Jamai, Journal Hebdomadaire
Modérateur de la table : Michel Hellas, Journaliste, rédaction internationale du JT, Rtbf
Paf : 2€

Inscription obligatoire au vlacroix@centrelibrex.be ou info@centre-librex.be

Aucun commentaire: