mercredi 16 février 2011

Iran: "Ecoutez le peuple", demandent les chefs de l’opposition

Deux personnes ont été tuées par balle et plusieurs autres blessées lors de manifestations anti- gouvernementales.

Les chefs de l’opposition iranienne Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi ont appelé le gouvernement à "écouter le peuple", dans deux déclarations publiées mercredi par plusieurs sites d'opposition alors que les appels à des sanctions contre eux se multiplient au sein du pouvoir.

Plusieurs milliers de personnes ont bravé l'interdiction du gouvernement pour manifester lundi à Téhéran à l’appel de MM. Moussavi et Karoubi, lançant des slogans hostiles au pouvoir. Deux personnes ont été tuées par balle et plusieurs autres blessées. De nombreux manifestants ont également été arrêtés par les forces de l’ordre.

"Je vous mets en garde, ouvrez vos oreilles avant qu’il ne soit trop tard et entendez la voix du peuple", a lancé au pouvoir l'ancien président réformateur du Parlement Mehdi Karoubi dans une lettre publiée sur son site internet Sahamnews.org.
"Les actions violentes et l’hostilité face aux demandes de la population ne peuvent aider à maintenir la situation actuelle qu’un certain temps. Tirez la leçon du sort des pouvoirs qui se sont éloignés du peuple", a ajouté M. Karoubi dans une allusion aux révolutions des dernières semaines en Egypte et en Tunisie.
"Je suis un soldat de la nation depuis près de cinquante ans et j’ai montré que je suis prêt à payer n’importe quel prix", a ajouté M. Karoubi alors que les appels pour un procès et une "punition sévère" des dirigeants de l'opposition réformatrice se sont multipliés ces dernières heures au sein du camp conservateur au pouvoir en Iran, notamment au Parlement.
M. Karoubi et l'ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi ont été placés de facto en résidence surveillée avant les manifestations de lundi.Dans une lettre séparée publiée sur son site Kaleme.com, M. Moussavi a critiqué les autorités et salué les manifestations de lundi. "La manifestation glorieuse du 25 Bahman (14 février, ndlr) est un grand succès du peuple et du mouvement Vert", a écrit M. Moussavi.
Soulignant "l'indépendance" du mouvement Vert, il a rejeté les accusations du pouvoir affirmant que l'opposition est liée à l'étranger, mais il a aussi critiqué "les Etats-Unis et les sionistes" qui tentent de tirer "profit" du mouvement de protestation en Iran.
Savoir Plus
Incidents en Iran aux funérailles d'une victime des manifestations de lundi
Des incidents ont éclaté mercredi entre des participants aux funérailles d'une des victimes des manifestations antigouvernementales de lundi et "un petit nombre de personnes apparemment liées" à l'opposition, a indiqué le site internet de la télévision d'Etat.
"Des incidents ont opposé des étudiants et des personnes participant aux funérailles du martyr Sanee Jaleh à l'Université des Arts de Téhéran à un petit nombre (de personnes) apparemment liées au mouvement de sédition" (ndlr: nom donné par le pouvoir à l'opposition), a indiqué le site.
Les partisans du pouvoir ont "forcé (les opposants) à se retirer, en criant des slogans contre les monafeghine" (hypocrites, nom désignant les Moudjahidine du peuple, principale organisation de lutte armée contre le régime de Téhéran), a ajouté le site.
Deux personnes présentées par les autorités comme des partisans du pouvoir ont été tuées lors des manifestations de lopposition lundi à Téhéran. Salee Jaleh a été présenté officiellement comme un "étudiant bassidji" (membre de la milice islamique du Bassidj), mais certains sites de l'opposition ont affirmé qu'il était "un activiste" du mouvement vert (opposition).

BAHREÏN: LES MANIFESTANTS POURSUIVENT LA CONTESTATION
Le roi, cheikh Hamad ben Issa Al Khalifa, avait déploré mardi la mort des manifestants et annoncé la formation d'une commission d'enquête.
Des milliers de Bahreïnis ont pris part mercredi aux obsèques d'un manifestant tué la veille par les forces de sécurité, alors que d'autres campaient sur une place du centre de Manama pour réclamer des réformes.
Le ministre de l'Intérieur a présenté des excuses à la population après la mort de deux jeunes chiites dans la dispersion de manifestations, et annoncé l'arrestation des responsables présumés de leur mort au sein des forces de sécurité.
Les Etats-Unis se sont dits "très préoccupés" après la mort des deux manifestants dans le royaume, siège de la Cinquième flotte, et ont appelé toutes les parties à la retenue.Plus de deux mille personnes, certaines scandant "le peuple veut la chute du régime", ont participé aux funérailles de Fadel Salman Matrouk à Mahouz, une banlieue chiite de Manama.
M. Matrouk a été tué par balle lors de la dispersion mardi à Manama d'un rassemblement de personnes venues participer aux obsèques d'un premier manifestant chiite tué dans la répression de protestations antigouvernementales la veille.
Le mouvement de contestation a été lancé à l'initiative d'internautes qui ont appelé sur Facebook à manifester pour réclamer des réformes politiques et sociales dans ce petit Etat du Golfe, dans la foulée des soulèvements en Tunisie et en Egypte.
Dans le centre de Manama, des centaines de manifestants ont passé la nuit dans des tentes sur la place de la Perle , rebaptisée par les manifestants "Place Tahrir" (Libération), à l'instar de celle du Caire qui a été l'épicentre du soulèvement contre le président égyptien Hosni Moubarak.
"J'ai passé la nuit ici, je vais aller à l'école et revenir camper jusqu'à la réalisation de nos demandes", a affirmé Amer Abdallah, un lycéen de 14 ans."Nous réclamons la libération des détenus et la démission du Premier ministre", membre de la dynastie régnante des Al Khalifa, a affirmé Hussein Attiya, 29 ans, un autre manifestant qui a passé la nuit sur la place.
Des milliers de manifestants s'étaient rassemblés mardi après-midi sur cette place sans que les forces de sécurité interviennent pour les disperser."Ne quittez pas cette place jusqu'à la réalisation de vos revendications. Ne quittez pas cette place, c'est le message des martyrs", a clamé un dignitaire religieux, intervenu mardi soir pour galvaniser des milliers de personnes rassemblées sur la place.
"Hier, on revendiquait des réformes, aujourd'hui, nous réclamons la chute du régime. Ce régime doit tirer la leçon de ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte", a lancé une oratrice, acclamée par la foule.
Ces interventions étaient ponctuées de slogans qui, scandés timidement dans l'après-midi, se sont radicalisés en soirée: "Le peuple veut la chute du régime", "Sit-in jusqu'à la chute du régime", ou encore "Mort aux Al-Khalifa", la dynastie sunnite au pouvoir à Bahreïn, à majorité chiite.
Des opposants ont dû intervenir pour calmer la foule. "Vous avez la responsabilité historique de choisir les slogans qui rassemblent le maximum de Bahreïnis", a averti le chef d'un mouvement de l'opposition de gauche, Ibrahim Sherif.
Le roi, cheikh Hamad ben Issa Al Khalifa, avait déploré mardi la mort des manifestants et annoncé la formation d'une commission d'enquête. La Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a exhorté mardi les autorités de Bahreïn à renoncer à un "usage excessif de la force" contre les manifestants pacifiques.
Amnesty International a également condamné "l'usage excessif de la force".Bahreïn fait figure de parent pauvre à côté des autres monarchies pétrolières de la région, ses réserves de pétrole s'étant pratiquement taries.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ECOUTONS LA VOIX DES PEUPLES QUI SE REVOLTENT
Mai 68 fut une mascarade sympathique mais sans conséquences immédiates, à l’exception du printemps de Prague et de sa belle promesse d’un socialisme à visage humain.
Promesse non tenue, nonobstant l’implosion de l’empire soviétique qui s’est effondré sur ses pieds d’argile. Et voilà que suite à l’immolation d’un jeune tunisien, les dominos de l’empire américo israëlien tombent les uns après les autres. La république américaine qui s’est donné un président éclairé -mais décevant- n’a pas accouché, elle non plus d’un capitalisme à visage humain d’inspiration New Deal et rooseveltienne.
Le beau discours du Caire de Barak Obama, que nous avons republié il y a peu, est demeuré lettre morte. C’est que le rêve américain ne fait plus rêver personne à l’exception de Bart De Wever qui regarde sa Flandre comme son Amérique à lui, une Flandre des Tea Parties à l’esprit étriqué et provincial troquant la Onze Lieve Vrouw van Vlaanderen contre l’icône paiënne de la nouvelle égérie nationaliste canonisée par les médias populistes de Flandre et un ecclésiastique anversois soucieux de remplir enfin son église.
Ecoutons la voix des peuples qui partout s’élève, brisant les chaînes des tyrans dont la plupart sont à la botte de l’Occident américanisé.
C’est à l’Europe de montrer qu’elle est à l’écoute de cette formidable clameur de douleur et d’espoir qui retentit depuis la Tunisie en Egypte, en Lybie et sur les rive de la Méditerranée , au Yemen, en Iran et dans toute l’Arabie jusqu’au lointain Orient, en Birmanie et qui sait, demain, jusqu’aux confins de la Chine interdite.
Edgar Morin ne s’est pas trompé, seul l’imprévisible pouvait nous sauver d’un suicide collectif. Non, ce n’est ni une hirondelle, ni une colombe qui annonce cet immense printemps, ni un cygne noir mais tout un vol de cygnes noirs parcourant les ciels du monde à la vitesse d’internet et de ses réseaux que l’on dit sociaux mais qui se révèlent de plus en plus politiques, voire révolutionnaires. Septante ans après le déclenchement de la dernière guerre mondiale, quelques décennies après la libération du joug colonial, la jeunesse opprimée lance un immense cri de colère et d’espoir dont l’écho retentit de peuple en peuple.
Personne ne peut y être sourd, ni la jeunesse d’Occident, ni celle des Amériques du Nord et du Sud, ni les leaders spirituels engoncés dans leurs vieilles certitudes, ni les leaders politiques européens enivrés par un vin mauvais étiqueté nationaliste.
« Rêver ensemble un impossible rêve ». Ce rêve n’est pas américain, c’est au contraire le rêve européen qui a fait rêver des générations d’intellectuels levantins, égyptiens, maghrébins, libanais dont les racines plongent profondément, comme les nôtres, dans le vieux fond grec et latin au temps de la mare nostrum romaine.

La meilleure preuve, ce sont les « menaces proférées contre Bruxelles capitale d’une l’Union européenne ressentie comme Europe monolithique par le fondamentalisme religieux hostile aux valeurs occidentales. »

L’Europe est un bastion de valeurs de caractère universelles : les droits de l’homme, la séparation entre le temporel et le religieux, l’égalité homme sfemmes, le pluralisme démocratique et nous y ajoutons bien volontiers la diversité interculturelle et cosmopolite.
MG

La Belgique risque d’être davantage la cible d’actes terroristes au fur et à mesure que se développent la politique étrangère européenne et la diplomatie commune, a prévenu l’administrateur général de la Sûreté de l’État, Alain Winants.
©Le Soir

« La Belgique est de plus en plus dans le viseur » des terroristes, mais actuellement pas davantage que les pays voisins, a-t-il affirmé lors d’une conférence sur la menace terroriste à l’Institut royal supérieur de Défense (IRSD) à Bruxelles.

Bruxelles est la capitale de l’Europe et abrite « beaucoup d’institutions internationales qui peuvent être des cibles potentielles », a souligné M. Winants.

Selon lui, la menace contre « Bruxelles » – au sens européen du terme – pourrait s’accroître à mesure que l’Union européenne agira de manière plus intégrée, notamment grâce à son nouveau Service européen d’action extérieure (SEAE), et donner une image d’ » Europe monolithique » face au fondamentalisme religieux hostile aux valeurs occidentales.

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