dimanche 27 février 2011

La Nuit des Musées bruxellois a attiré 14.000 visiteurs

Cette année, les 19 musées accessibles, contre vingt l'an dernier, ont totalisé ensemble quelque 45.000 visites pour environ 14.000 visiteurs, contre environ 12.000 visiteurs en 2010.
Museum Night Fever, la Nuit des Musées bruxellois, a attiré samedi soir environ 14.000 visiteurs, a indiqué dimanche matin le Conseil bruxellois des Musées dans un communiqué.
Au vu du succès de l'édition 2011 de la Nuit des Musées, une cinquième édition sera probablement organisée l'an prochain, conclut le Conseil bruxellois des Musées.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ATTENTION SURTOUT NE PAS RATER UNE EXPO EVENEMENT AU BOTANIQUE
La fréquentation des musées bruxellois c’est important, qui le niera.
Mais cela peut être aussi décevant que la grande exposition rétrospective du peintre Luk Taymans qui nous a laissé de glace. En revanche, l’exposition des photos de Norbert Ghisoland au Botanique m’a complètement bouleversé.
Pour ceux qui en douteraient, et beaucoup sont dans ce cas, cette exposition, bien involontairement nous prouve qu'il existe bel et bien une identité wallone comme en témoigne cette collection de personnages qui nous fait penser au travail du photographe allemand Sander exécuté à la même époque dans son terroir germanique.
Et pour preuve ce vieux Borrain nonagénaire croisé dans l'exposition, les yeux emplis de larmes en revisitant les témoins de sa jeunesse immortalisés par celui qu'il appelle "un très grand mossieur" en roulant les "r" comme le font tous ses congénaires.
MG

NORBERT GHISOLAND, PHOTOGRAPHE 1878-1939
Du 17 février au 24 avril, le Botanique rend hommage à l’un des maîtres belges de la photographie du siècle passé, Norbert Ghisoland.

Né en 1878 d’un père mineur, Ghisoland a photographié pendant près de quarante ans les habitants du Borinage. A travers des portraits soigneusement composés, cet «anthropologue involontaire» a offert à ses contemporains l’occasion de s’évader de leur condition modeste, le temps d’un cliché.
Grâce à l’évolution rapide des techniques photographiques qui permet dès la fin du XIXème siècle de réduire fortement les coûts de production de chaque photographie, se faire tirer le portrait n’est bientôt plus l’apanage des classes fortunées. Les studios fleurissent dès lors, même dans les régions les plus pauvres et à Frameries, où Ghisoland s’est installé, ce sont pour la plupart des familles de mineurs qui défilent devant l’objectif. Ils viennent immortaliser les moments les plus joyeux ou les plus solennels de leur existence : baptêmes, communions, mariages bien sûr, mais aussi des épisodes qui nous semblent parfois plus anecdotiques comme une victoire sportive, un déguisement particulièrement réussi, l’achat d’un nouveau costume, …
Devant un décorum tout droit issu de la plus pure tradition de l’histoire de l’art, les modèles apparaissent parés de leurs plus beaux atours. A travers ce faste de pacotille, c’est un bouton de chemise manquant, des souliers usés ou encore un regard empli de tristesse qui viennent parfois trahir la précarité et la dureté de leur condition. Tour à tour amusants et émouvants, les portraits rigoureusement mis en scène par Ghisoland confèrent toujours à leurs modèles élégance et dignité.
Loin de se considérer comme artiste ni même comme témoin de son temps, Ghisoland n’avait pour ambition que de renvoyer à ses clients l’image d’eux-mêmes dont ils rêvaient. C’est pourtant une œuvre d’une grande puissance qu’il a laissée derrière lui et qui connaît aujourd’hui une renommée internationale. Sa production prolifique (des 90.000 plaques d’origine, il n’en reste «que» 45.000), découverte par hasard par son petit-fils dans le grenier familial en 1969, a depuis lors fait l’objet de plusieurs expositions en Belgique et à l’étranger, notamment une rétrospective au Palais de Tokyo à Paris en 1991 et de plusieurs publications dont une monographie parue dans la collection Photopoche la même année.

WALLONS EN PIED
«On opère tous les jours et par tout temps certes, mais pas n'importe où : quelques kilomètres séparent le lieu où Ghisoland vit le jour de celui où il poussa son dernier soupir. 61 années d'un éloge du sédentarisme circonscrit dans une maison qui fit à la fois office de domicile, de magasin, de chambre noire et de studio. Car Norbert Ghisoland n'allait jamais vers ses sujets qui, à l'inverse, se rendaient chez lui comme mus par un sentiment de fierté et d'appréhension mêlées. Le rituel était simple : chaque événement jugé mémorable valait séance photo chez un professionnel qui, en retour, garantissait à ses clients une attention et une technicité en phase avec la pompe du déplacement. Et que commémorait-on dans l'âpre Belgique de l'entre-deux-guerres ? Tout et rien : baptêmes, mariages, victoires dans une course cycliste, une partie de crossage (vague ancêtre du golf), participations costumées aux deux fêtes majeures du coin, la Sainte-Barbe et l'Ascension

Bref, tout un petit monde qui, tôt ou tard, va prendre la pose. Alors, la lumière du jour, celle de la verrière surplombant le studio, contrastait ironiquement avec l'arrière-plan garanti 100 % factice de ces demeures patriciennes et autres clairières «romantiques» censées conférer grandeur et solennité à la scène ainsi figée. Un manque absolu de naturel accentué par l'engoncement des visiteurs qui, même s'ils n'envisageaient plus la photographie comme une pratique occulte, n'en devenaient pas moins pétrifiés au moment fatidique. Maintien roide, les bras le long du corps ou, au contraire, la main placée trop ostensiblement sur une épaule amie, le regard fixe, Ghisoland labourera ainsi, pendant des décennies, le même terrain.
Second degré. Une constance qui fait sens, au vu de la somme ethnographique que constitue cette collection aussi ultracodifiée que fatalement touchante et... cocasse. Car le regard a évolué et, désormais, un second degré risque de poindre. Derrière les masques, on discerne parfois l'altération de la mélancolie et du labeur.
De même, trois quarts de siècle plus tard, on peut aussi constater un certain trouble face à des situations qui auraient perdu leur innocence originelle, au profit d'un vague sentiment de malaise. Une touche Freaks, précisément, accentuée par l'apparente gémellité de nombreux sujets, comme par le décalage entre ces enfants vêtus tels des grands (en mariés, par exemple) ou une pipe à la bouche, qui finissent d'instiller une atmosphère délétère à laquelle, pourtant, le diligent Norbert Ghisoland était, à l'évidence, si loin de songer.

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