lundi 7 février 2011

Les gros ratés de l’intégration scolaire

Par Laurent Gérard

A l’école, immigration rime le plus souvent avec ségrégation et relégation. Une véritable bombe à retardement, pas assez prise en compte.
Enquête
Cinq cent quarante élèves, 80 % d’origine étrangère, 20 % de nationalité étrangère, près de 50 pays représentés. Bienvenue à Gatti de Gamond ! Cet athénée du centre de Bruxelles, à un jet de pierre de City 2, est une illustration parmi d’autres, parfois plus extrêmes encore, d’un phénomène qui frappe notre enseignement : la ségrégation. Les populations immigrées se concentrent dans des écoles parfois qualifiées de "ghettos". A contrario, les Belges de souche, à la recherche du meilleur pour leurs enfants, fuient ces établissements. A Gatti de Gamond, "ils sont de moins en moins nombreux", déplore une enseignante.
En Communauté française, environ 3 % des élèves sont de nationalité étrangère. Mais ils sont 12 % à être issus de l’immigration (dont une majorité, du Maroc et de Turquie, possède la nationalité belge), un chiffre comparable aux pays voisins, commente Dirk Jacobs, professeur de sociologie à l’ULB. "Mais à Bruxelles, dans le secondaire, on est à 50 %, et très peu proviennent de pays de l’UE. Ceux-là vont plutôt dans les écoles européennes. Le phénomène de ségrégation scolaire existe dans toutes les grandes villes du pays, mais il est plus marqué à Bruxelles."
Cette ségrégation s’accompagne d’une autre caractéristique : les résultats des élèves issus de l’immigration sont en moyenne moins bons que ceux obtenus par les belgo-belges. L’enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) menée par l’OCDE est éloquente à cet égard. En 2009, une équipe de l’ULB a analysé en profondeur les résultats des immigrés à Pisa 2006. "Leurs performances sont médiocres dans toute la Belgique, y est-il écrit. Aucun pays industrialisé ne présente un fossé aussi grand entre les élèves issus de l’immigration et les autres, et les résultats obtenus par les élèves d’origine étrangère sont parmi les plus faibles du monde développé." Jugement sans appel, qui ne devrait pas être remis en cause. L’ULB n’a pas encore analysé dans le détail la récente enquête Pisa 2009, mais les résultats diffèrent peu. "Ce n’est pas pire, c’est déjà ça", note Dirk Jacobs, désabusé.
Certains ont estimé que si les résultats des immigrés étaient moins bons, c’est uniquement parce qu’ils appartenaient à une catégorie sociale défavorisée. La Fondation Roi Baudouin a voulu en avoir le cœur net et a commandité une recherche à l’ULB. Celle-ci a certes montré que la condition socio-économique de la famille est un facteur déterminant mais également que, en Communauté française en tout cas, le statut socio-économique et la langue parlée à la maison n’expliquent qu’en partie les différences de résultats. "D’autres facteurs sont donc en jeu et il y a un problème spécifique qui concerne les enfants de milieu immigré." Et Dirk Jacobs de détailler ces facteurs propres au statut d’immigré : "Discriminations, attitudes face aux études, soutien parental "
De son bureau au 14e étage de l’Institut de sociologie de l’ULB, Dirk Jacobs peut contempler Bruxelles, "3e région la plus riche d’Europe" mais qui est traversée d’inégalités sociales auxquelles se superpose la ségrégation ethnique. Il souligne "l’impact écrasant de l’établissement" sur les résultats scolaires. Les élèves issus de l’immigration fréquentant plus souvent des écoles dont le directeur se plaint d’un manque de personnel qualifié.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IMPRESSION DE DEJA VU, DE DEJA ENTENDU
Comment éviter de remettre constamment le même disque. Celui de la fatalité d’un cercle vicieux qui commence par la ségrégation sociale en son aspect géographique et finit en ségrégation scolaire qui la reproduit en la renforçant comme le montre cet article réaliste. Les familles immigrées, qui à Bruxelles habitent les communes du centre, sont les plus mal logées, les plus touchées par le chômage et le décrochage scolaire. (à Paris c’est l’inverse, les familles immigrées vivent en banlieue et les gens de la haute dans le centre historique et dans les beaux quartiers de la rive droite et de la rive gauche. )
Il existe à Bruxelles un apartheid scolaire de fait.
Comment faire de ce cercle vicieux un cercle vertueux.
En instaurant, arbitrairement plus de mixité sociale en milieu scolaire ? Les partis de gauche en sont persuadés.
En vérité, une telle politique ne fera que renforcer la fuite des belgo belges du centre vers la périphérie verte, de préférence francophone, en raison de la présence d’écoles francophones sélective (principalement dans le réseau catho du Brabant wallon).
Beaucoup de familles immigrées inscrivent leur progéniture dans les écoles flamandes. Résultats : les Flamands de Bruxelles dont les enfants fréquentent ces établissements fuient ces écoles et n’hésitent pas à quitter Bruxelles pour la périphérie flamande.
« Bruxelles est la capitale ou le multiculturel est regardé comme une plus-value et une richesse selon le trio ps-cdh-ecolo. Dans 20 ans, Bruxelles battra des records non pas en prospérité mais bien en précarité, sous-diplômés etc etc... la nouvelle manne électorale des 3 partis précités est assurée ! » commente un lecteur aussi désabusé que réactionnaire.
Pintons une fois pour toute que :
« Le phénomène de ségrégation scolaire existe dans toutes les grandes villes du pays, mais qu’il est plus marqué à Bruxelles. »
« Les résultats des élèves issus de l’immigration sont en moyenne moins bons que ceux obtenus par les belgo-belges. »
« Aucun pays industrialisé ne présente un fossé aussi grand entre les élèves issus de l’immigration et les autres, et les résultats obtenus par les élèves d’origine étrangère sont parmi les plus faibles du monde développé. »
« en Communauté française en tout cas, le statut socio-économique et la langue parlée à la maison n’expliquent qu’en partie les différences de résultats. "D’autres facteurs sont donc en jeu et il y a un problème spécifique qui concerne les enfants de milieu immigré." "(Discriminations, attitudes face aux études, soutien parental) »
On retiendra surtout "l’impact écrasant de l’établissement" sur les résultats scolaires. Les élèves issus de l’immigration fréquentant plus souvent des écoles dont le directeur se plaint d’un manque de personnel qualifié. »
ALORS QUE FAIRE ?
Nous l’avons dit cent fois : travailler en amont et pas en aval c'est-à-dire au sein de l’enseignement maternel qu’il faut rendre obligatoire dès trois ans. Dans l’enseignement primaire, dont il faut radicalement repenser les programmes et aussi la formation initiale et continuée de ceux qui y enseignent. Dans les écoles de devoir qu’il faut supprimer en les remplaçant par des structures intégrées dans l’école. A cette fin, il faut, comme nous l’avons déjà écrit ici même, revoir la notion de devoirs et de leçons, bref de travail à domicile. Celui ci doit idéalement s’effectuer à l’école, sous la direction de maîtres formés à cette fin. Enfin, il faut créer des écoles des parents où on explique aux familles ce que l’école est en droit d’attendre d’eux, c'est-à-dire une vraie coopération. Le manque de soutien à la maison, la méconnaissance de la langue et l’absentéisme sont les principaux facteurs d'échec.
Quand on lit Puissant, on mesure combien, autrefois, les hussards de la république ont réussi à tirer vers le haut des gamins des DOMTOM, doués et désireux de profiter de l’ascenseur social appelé école. J’ai rencontré à Paris, boulevard Montparnasse un libraire sexagénaire tunisien génial qui m’a raconté son parcours biographique singuliers. Il est conscient de devoir tout à son instituteur français qui en plein bled lui fit bénéficier de son enthousiasme pour la pédagogie Freinet. L’école est capable de tout, du meilleur comme du pire.
MG

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