mercredi 9 février 2011

Non, les droits de l'Homme n'ont rien d'occidental

Par Elie Arié

Selon Elie Arié, les révolutions tunisienne et égyptienne ont mis en évidence l'universalité des droits de l'Homme ; n'en déplaise à Tariq Ramadan. Le monde arabe réclame la garantie des libertés individuelles, la séparation des pouvoirs, la fin de la corruption, soit la conception occidentale des droits de l'Homme, souligne l'auteur.

Au-delà du retour possible et espéré de la démocratie en Tunisie et en Égypte, ces deux révolutions marquent un événement bien plus important : la mise en évidence, si longtemps niée (et qui continuera de l’être... mais, maintenant, plus difficilement) de l’universalité des droits de l’homme.

Cela fait longtemps, en effet, que nous subissons un discours culpabilisateur sur la relativisation des droits de l’homme, qui seraient une invention de l’Occident, inadaptée à d’autres cultures, mais qu’il tenterait de leur imposer par une démarche quasi-colonialiste et impérialiste, imbu de sa propre supériorité.

Ce discours est, en particulier, tenu par les dirigeants chinois, au nom d’une « culture confucéenne » qui nous échapperait parce que, avec notre arrogance d’ Occidentaux, nous mépriserions tout ce qui n’émane pas de nous ; ou encore des gens comme Tariq Ramadan, qui affirment que ces droits de l’homme ont été exclusivement rédigés par des Occidentaux imperméables à d’autres cultures.

D’abord, Tariq Ramadan se trompe (ou nous trompe) : à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’ Homme, adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948, ont participé des gens issus de tous pays et de toutes cultures - en particulier, de nombreux musulmans.

Mais, surtout, les révoltes profondément populaires tunisienne et égyptienne ne relèvent nullement d’un quelconque islamisme, ne réclament nullement l’imposition de la charia : elles réclament toutes deux avec force « la souveraineté populaire dans le choix de nos représentants et gouvernants, la séparation des pouvoirs, l’égalité de tous devant la loi, la redistribution équitable des richesses, l’éradication de la corruption, la garantie des libertés individuelles et collectives, les libertés d’opinion et de croyance y comprises ». Il s’agit bien des « droits de l’homme » tels que nous les concevons en Occident ; et, comme l’écrit Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur de cette semaine « Jamais de jeunes arabes ne s’étaient lancés dans un mouvement qui n’était dirigé ni contre l’ Occident, ni contre Israël ».

À une bien moindre échelle, cela s’était déjà produit en Chine, sur la place Tienanmen ; mais s’il ne s’agissait alors que d’un mouvement d’étudiants (forcément « occidentalisés, donc à l’esprit corrompu ») nous savons désormais que, tôt ou tard, cela s’y reproduira un jour à l’échelle des masses.

Peu importe que les islamistes, les Frères Musulmans, etc., cherchent à prendre un marche un mouvement que, pas plus que les pouvoirs contre lesquels il était dirigé, ils n’ont vu venir ; et si, par malheur, ils parvenaient, comme en Iran, à en prendre le contrôle, ce ne serait que partie remise : on l’a bien vu lors des révoltes de 2009 que Ahmadinejad a réussi à mater, mais pour combien de temps ?

Que l’Occident cesse donc de se culpabiliser : les hasards de l’Histoire ont fait que c’est lui qui a découvert, le premier, quelque chose d’universel, et que d’autres auraient découvert s’il ne l’avait fait lui-même ; cessons donc de nous taire devant ceux qui cherchent à faire de notre vision des droits de l’homme un particularisme culturel parmi d’autres ; assumons enfin ce que nous avons apporté au monde, et remercions les peuples tunisien, égyptien, et, demain, bien d’autres, d’avoir mis fin au discours relativiste de ceux qui ne l’utilisent que pour justifier leur domination sur leurs concitoyens.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES DROITS DE L’HOMME SONT VALABLES EN ORIENT COMME EN OCCIDENT, DU NADIR AU SEPTENTRION
Les conclusions de cet article sont définitives. Les droits de l’homme sont inaliénables. Toute velléité de les relativiser au nom de Confucius, d’Allah ou de Bouddha sont sans fondement éthique ou juridique. On est pour ou on est contre, jamais à 10, à 30 ou à 60% mais à 100% pour ou à 100% contre. Telle est la position de DiverCity.
MG

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