mardi 8 février 2011

PASCAL SMET : «PLUS EST EN VOUS»

Par ALI DADDY
Interview de Pascal Smet, ministre du Gouvernement Flamand, chargé de la Jeunesse, de l'Enseignement, de l'Égalité des chances et de Bruxelles.

Pascal Smet, ketche de Bruxelles d’adoption.
Bruxelles a perdu son bouillant jeune ministre de la mobilité débordant d'énergie et d'idées, mais un tantinet gaffeur et mordant selon ses détracteurs. Originaire du petit village de Haasdonk, entre Anvers et Saint-Nicolas, il réside à Bruxelles depuis plus de dix ans. Juriste de formation, ancien responsable auprès du Commissariat aux Réfugiés, et excellent bilingue, le protagoniste du sp.a bruxellois passe pour être le chouchou du patron de l’époque Steve Stevaert qui lui aurait donné mission d'en faire le premier parti flamand à Bruxelles.

Suite aux élections régionales de 2009 et la constitution du Picqué IV sans le sp.a, il devient, en juillet 2009, ministre du Gouvernement flamand, en charge de la Jeunesse, de l'Enseignement, l'Égalité des chances et de Bruxelles. C’est un homme voluntariste qui ne tient pas en place, un pile électrique si pleine d’énergie que ses adversaires politiques l’appellent le lapin Duracell. Il a au moins une idée par jour. On lui doit un réseau de bus de nuit, un projet de piscine en plein air à Tours et Taxis avorté par la majorité actuelle, un enseignement trilingue pour les Bruxellois, le concept de la «brede school» et l’importance de l’anglais depuis le tout jeune âge. Les Wallons le font déjà, bien qu'ils aient choisi le néerlandais comme langue d’immersion, fait-il faire remarquer. Au lycée flamand de Woluwé Saint-Pierre on expérimente désormais le projet.
Reconnaissons-lui également son côté vélorutionnaire. Pendant plusieurs semaines de suite il a renoncé à l’usage de l’automobile pour faire tous ses déplacements à vélo. … Il a lancé ses projets novateurs et ambitieux pour Bruxelles, dans son livre trilingue : "Eén stad, één visie - Une ville, une ambition - One city, one future".
Soucieux d’améliorer l’image de la ville, notamment par les concours pour le réaménagement des places Flagey et Rogier. Il a marqué des points en relevant le défi de créer deux mille nouvelles places en quatre mois dans l’enseignement anversois.


Vous avez fait une proposition hardie : celle de réunir sous la «régie» du ministre président de la RBC les deux ministres responsables de l’enseignement : Marie Dominique Simonet et vous-même, comme responsable de l’enseignement en Communauté flamande. Cette rencontre a-t-elle eu lieu ? Quelles en furent les retombées, notamment pour faire face au défi démographique à Bruxelles ?
En effet une première réunion s’est tenue, même Rudy Demotte était présent. Il y en aura d’autres. Des retombées il y en aura. Comme nous l’avons montré à Anvers, où nous avons créé deux mille places dans les écoles en seulement quatre mois. C’est une question de volonté. Si la détermination existe de créer des classes nouvelles et de nouvelles écoles, elles sortiront de terre. D’abord réunir les gens autour de la table ; ensuite mettre la pression. Faire se rencontrer les politiques, ensuite les administrations. «Als het in Antwerpen kan moet het in Brussel ook kunnen». Nous sommes convenu de nous rencontrer tous les trois mois. Mais ici à Bruxelles je n’ai pas tous les clés en main.

Vous avez parlé de la «brede school» ?
C’est un nouveau concept auquel nous croyons beaucoup. Le but c’est de familiariser les enfants au néerlandais dès la crèche, ensuite de les soumettre à toutes sortes d’activités parascolaires dans cette langue, en parallèle avec leur enseignement pour renforcer leurs connaissances linguistiques via le sport, les jeux, le théâtre, la musique, que sais-je encore. On vient d’aménager une école spécialement conçue et équipée en fonction de ce concept.

Vous l’avez entendu, le ministre Picqué semble partisan d’une régionalisation, fût elle limitée au primaire, de l’enseignement bruxellois. Qu’en pensez vous ?
L’enseignement primaire est d’ores et déjà largement organisé à Bruxelles par les communes sous l’égide des deux communautés. Les jeunes Bruxellois ont droit à un enseignement de haute qualité. Le cadre de référence est certes différent mais les problèmes rencontrés sur le terrain sont pareils, que l’on se trouve à Anvers ou à Bruxelles.

Pourquoi est on incapable de rendre les enfants bruxellois bilingues ?
Les francophones ont toujours regardé le néerlandais comme une langue provinciale et considéré le français est une langue internationale. La langue économiquement dominante en Belgique c’est désormais le néerlandais : les Bruxellois sont de plus en plus nombreux à l’apprendre. C’est devenu une nécessité. De plus la qualité de l’enseignement du néerlandais dans les écoles de la communauté française laisse plutôt à désirer. Je suis partisan de renforcer les échanges de professeurs flamands et francophones.

C’est un succès ?
C’est un échec, il reste beaucoup à faire, presque tout dans ce domaine !

Dans votre livre sur Bruxelles vous avez plaidé pour rendre les Bruxellois trilingues. Récemment vous avez fait valoir qu’il est vain de vouloir les rendre trilingues tant qu’ils ne maîtrisent pas la langue de l’école.
A terme, les Bruxellois ont tout intérêt à être bilingues, voire trilingues. Toutefois, aujourd’hui, la première priorité c’est de parler correctement la langue de l’école. La clef de la réussite est là, pas ailleurs. Attention, la responsabilité des parents est ici primordiale.

U woont niet ver van het kanaal, in de buurt van Molenbeek. Als U soms laat ‘s avonds naar huis rijdt, ziet u, zo zei u, “die mannekes nog bezig te voetballen op straat. Hoe is het mogelijk dat die jongentjes ‘s anderendaags niet inslapen op hun schoolbanken?”
Het antwoord is dat u een stadswacht nodig hebt die ze meepakt en naar huis afzet en die hun ouders dwingt hen naar bed te sturen. En ook dat de school wordt ingelicht dat die kleinen op straat zitten te spelen. De mentaliteit van die ouders moet veranderen. De grote verantwoordelijken zijn wij, de leden van de maatschappij. Maar de allereerste verantwoordelijkheid ligt bij de ouders.

En toch lopen er, naar het schijnt, meer dan 6.000 duizend kinderen rond die noch in Franstalige, noch in Nederlandstalige scholen ingeschreven zijn. Hoe zit het nu daarmee?
Dat is niet opgelost want de Franstalige gemeenschap heeft problemen met haar databanken. Er zal pas vanaf 2012 een echte uitwisseling van gegevens kunnen gebeuren. Wat de uitwisseling van leerkrachten betreft, zo hebben slechts zes scholen eraan deelgenomen. Betreurenswaardig want dat is uiteraard een ideaal middel om de kennis over elkaar te verbeteren. Ik heb gevraagd dat men daarvan een correcte evaluatie zou maken om het grondig bij te sturen.

Vous avez surpris quand, seul politicien flamand, vous avez déclaré ne pas avoir de problème avec un élargissement éventuel de Bruxelles. Dans sa note, Johan Vande Lanotte envisage la création d’une véritable «communauté urbaine bruxelloise». Comment vous situez vous par rapport à ce concept ?
Il faut accepter la réalité et la nécessité d’une collaboration entre Bruxelles et son «ommeland» sur le plan de l’aménagement du territoire, sur le plan urbanistique, celui de la mobilité et aussi de l’enseignement. Mieux vaut collaborer que s’opposer. Qui collabore apprend à se connaître et à mieux cohabiter.

Existe-t-il une structure facilitant ces contacts et ces échanges ?
Oui, cela peut s’envisager sur base de la DOC qui fut créée au moment où j’étais Ministre de la Mobilité à Bruxelles et dont le fonctionnement était coordonné par le gouverneur du Brabant flamand. Mais tout cela demeure encore très informel, il faut créer un cadre fixe et légère garantissant la régularité des contacts …

Telle que l’ADT (Agence de Développement Territorial) par exemple ?
Oui, mais ça c’est valable pour Bruxelles. Je me suis battu au sein du gouvernement bruxellois pour sa création.

Les Flamands semblent apprécier assez peu Bruxelles.
Les Flamands connaissent mal Bruxelles, ils y dénoncent volontiers des problèmes d’insécurité, la méconnaissance du néerlandais dans les hôpitaux… Ils s’en font une image très négative. Il faut bien avouer que Bruxelles n’arrive pas à bien se vendre notamment par manque de City Marketing. Les Flamands pratiquent volontiers le tourisme urbain, à Prague, Rome, Budapest mais ils évitent Bruxelles. J’ai essayé d’y contribuer en poussant ma mère et mes tantes à faire un séjour dans la capitale. Elles ont été séduites. Je suis entré en politique pour changer les choses, pas pour y faire de la pure figuration, comme beaucoup à Bruxelles. La plupart manquent de volontarisme. Moi je me suis démené pendant cinq ans pour créer du neuf. Il est temps de vendre Bruxelles comme une ville intéressante à découvrir. Bruxelles ne manque pas d’atouts : «plus est en vous»

Le rand se «déflamandise» de plus en plus. La population d’origine immigrée quitte le centre pour s’installer dans l’ «ommeland» où ils acquièrent de petites maisons ouvrières avec jardinet. Il s’en suit un besoin croissant de dialogue interculturel.
On n’a pas beaucoup avancé dans ce domaine, ni en Flandre ni à Bruxelles. Il est indispensable que le nouveau peuple bruxellois se forge un avenir commun. J’ai mal compris la réaction négative du CD&V à la proposition de Vande Lanotte. Pas d’apartheid à Bruxelles, pas de «subnationalités» s’il vous plaît.

L’interculturel, c’est une volonté de surmonter les différences en créant quelque chose à la fois de nouveau et de commun. La plupart des hommes politiques adoptent un discours interculturel mais agissent sur le plan communautaire, voire communautariste.
Après les élections on a agi, tant chez les Flamands que chez les francophone, selon une logique communautaire et pas dans l’intérêt des Bruxellois.
C’est franchement décevant. Le vrai changement doit venir de la base. Seule la base permettra de changer Bruxelles en profondeur.

U vertelde zeer opgetogen tijdens een colloquium over Brussel: “Waarmee zijn we hier bezig met ons klassiek onderwijs voor blanke mannekes zei u op dat colloquium. » Hoe ziet u dat heel concreet ?
Difficile pour un ministre de se prononcer là-dessus. La manière dont on enseigne relève de la seule autorité des décideurs scolaires. En Flandre, de «eindtermen», les objectifs à atteindre, est une affaire desécoles en toute autonomie. Les conditions sociales bruxelloises ont tellement évolué qu’il serait utile de réfléchir ensemble avec les réseaux sur la manière d’introduire plus d’intercularité dans l’enseignement à Bruxelles. Les méthodes actuelles ne sont, selon moi, plus adaptées aux réalités de terrain.

Ce diagnostic est irréfutable mais quelles sont les pistes de remédiation ?
Bruxelles est une ville cosmopolite avec des habitants venant de tous horizons. La plupart des mégapoles urbaines rencontrent ce type de difficultés. Le rôle de l’enseignant est crucial pour préparer les futurs citoyens aux nouvelles réalités urbaines. Il faut donc repenser la formation des enseignants.

Y a t il d’autres outils permettant de développer l’interculturalité à Bruxelles ?
Les médias évidemment. Il faut que Brussel Deze Week et TV Brussel deviennent beaucoup plus interculturels. C’est, selon moi, aussi leur mission de base.
C’est pareil pour la formation professionnelle. Le taux de chômage des jeunes Bruxellois est dramatiquement élevé mais il y a des places vacantes dans le rand…
Il y a, à mon sens, un manque de volontarisme dans ce domaine également. C’est moins une question de moyens que d’organisation et de volonté politique. Il faut mettre les jeunes devant leurs responsabilités. Soit vous acceptez d’être formés, soit il faut renoncer aux allocations chômage. Et n’oubliez jamais ceci : «plus est en vous».
(Propos recueillis par Ali Daddy)

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