mercredi 9 février 2011

Un nouveau visage du monde arabe

Par Vincent Braun.
Pour Jihane Sfeir (ULB), ce visage est en train d’émerger, entre autres en Egypte.
Et, dans les manifestations, l’expérience démocratique a déjà débuté.

Les opposants égyptiens entament leur troisième semaine de manifestation, alors que le dialogue national avec l’opposition a débuté le week-end dernier. Nous avons demandé à Jihane Sfeir, professeur et chargé de cours sur le monde arabe contemporain à l’ULB de nous livrer son analyse.
LES NEGOCIATIONS ONT MAL DEBUTE…
Les Frères musulmans étaient invités au dialogue national mis en place par Moubarak. Ils tenaient à participer à condition que les revendications de la rue et les leurs soient entendues. Ce n’est pas le cas, puisque l’on sait que la première exigence des opposants est le départ immédiat de Moubarak. Ils dénoncent les réformes à juste titre parce qu’ils les considèrent comme étant partielles. On est aussi dans une période de négociation qui se passe derrière les rideaux. Les Américains veulent trouver un successeur à Moubarak qui soit un allié potentiel pour eux et surtout un garant des acquis internationaux, dont les accords de paix avec Israël. Aujourd’hui, l’homme de la conciliation, c’est le vice-président Omar Souleimane. Mais ce n’est pas lui qui va contenter les manifestants.
MOUBARAK CHERCHE-T-IL A ETOUFFER CETTE CONTESTATION EN DECIDANT D’AUGMENTER LES SALAIRES DES FONCTIONNAIRES, DE REFORMER LA CONSTITUTION , DE NE PLUS SE REPRESENTER ?
Bien sûr, il essaie par tous les moyens de calmer le jeu. Mais c’est trop tard. Il est décrédibilisé. Avant, on risquait l’emprisonnement en dénonçant le régime. Aujourd’hui, ce régime est dénoncé, des portraits de Moubarak sont lacérés, ses effigies sont lynchées tous les jours C’est trop tard pour les réformes. Il ne peut que partir. Il a laissé passer sa chance. Le discours qu’il a fait a encore plus attisé la haine contre lui. La seule issue est qu’il parte et de passer à une étape de transition démocratique non technocratique.
EN JOUANT LA CARTE DES OPPOSANTS ?
Oui. Les opposants en exil, les partis d’opposition, il faut les intégrer dans le jeu démocratique. Même les Frères musulmans, mouvement d’opposition religieux, n’ont plus le choix. Pour être crédible aujourd’hui, il faut qu’ils fassent le choix démocratique. Un nouveau visage du monde arabe est en train de s’imposer et c’est avec ce nouveau visage, ces nouveaux acteurs, qu’il faut composer.
CES ACTEURS NE SONT PAS TRES NOMBREUX, TRES STRUCTURES.
Parce qu’il y a eu trente ans de déstructuration. Mais il faut leur laisser le temps de se reformer, de se construire. Et puis, il y a une vraie société civile. Alors, cela va certainement se passer dans la douleur et le chaos, mais il faut donner à cette opposition embryonnaire l’occasion de prendre les choses en main, et cette occasion est là. Même si cela cafouille, même s’il y a des ratages. L’Egypte a besoin d’une véritable opposition, pas celle de convenance que créent les régimes autoritaires.
L’EGYPTE EST-ELLE MURE POUR CELA ?
Les Egyptiens savent comment le jeu démocratique se passe. La difficulté est de savoir choisir et de se former. Lors des dernières élections législatives, même s’il y a eu des fraudes, il y a eu une volonté de jouer le jeu démocratique. Maintenant, il faut laisser les gens aller jusqu’au bout de leurs revendications. De plus en plus de journaux de langue arabe montrent que cette population, qui a longtemps été brimée et muselée, rejoint ces manifestations. Même ceux qui sont issus des couches les plus pauvres et qui n’ont pas du tout été politisés. Les manifestations sont de véritables écoles politiques. Il y a une conscientisation politique. On sait qu’on peut descendre dans la rue et revendiquer. On s’approprie les outils démocratiques.
L’EXPERIENCE DE LA DEMOCRATIE EST DONC DEJA COMMENCEE ?
Et je pense que c’est une chance pour les Américains. S’ils veulent garder Moubarak en place et choisissent l’autoritarisme, ils vont perdre énormément. Ils vont perdre tout leur crédit, le peu qu’il leur reste dans la rue arabe. Par contre, si Obama et Clinton durcissent le ton et demandent le départ de Moubarak et qu’ils ne s’ingèrent pas si ouvertement dans les affaires égyptiennes, les Egyptiens seront moins hostiles à la politique américaine à leur égard.
(lalibre.be)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DE LA DEMISSION DANS L’AIR ?
Brillante analyse. Rien à redire ni à ajouter…Sauf qu’on vient d’apprendre que le premier ministre de Sarko aurait passé récemment avec sa famille de luxueuses vacances en Egypte aux frais du pharaon Moubarak. Voilà qui montre, après l’affaire Alliot-Marie, (la ministre des affaires étrangères du même gouvernement qui a fait de même en Tunisie sous Ben Ali) la duplicité des démocraties occidentales. Mais surtout, il semble que les excellences françaises soient aussi peu décidées à démissionner que leur ami pharaon.
MG
NICOLAS SARKOZY DEMANDE A SES MINISTRES DE «PRIVILEGIER LA FRANCE » POUR LEURS VACANCES
Nicolas Sarkozy a demandé mercredi à ses ministres de désormais «privilégier la France » pour leurs vacances et de soumettre à l’approbation du Premier ministre leurs invitations à l’étranger, après les polémiques visant Michèle Alliot-Marie et François Fillon.
«Pour leurs vacances, désormais, les membres du gouvernement devront privilégier la France. Les invitations à l’étranger seront autorisées par le Premier ministre en accord avec la cellule diplomatique de la présidence de la République pour examiner leur compatibilité avec la politique étrangère de la France », a déclaré M. Sarkozy lors du Conseil des ministres.
Les modalités de ces voyages à l’étranger «seront examinées par le secrétariat général du gouvernement, qui les autorisera ou les interdira», a ajouté le chef de l’Etat selon un communiqué de l’Elysée.
Après la polémique sur les vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie, le Premier ministre a été à son tour montré du doigt pour avoir utilisé un avion du gouvernement égyptien et avoir été hébergé aux frais du régime de Hosni Moubarak pendant ses vacances de Noël en Egypte.
Le chef de l’Etat, qui a refusé lundi de s’exprimer depuis Varsovie sur la controverse visant Mme Alliot-Marie, doit participer jeudi soir à une émission sur TF1.

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